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fREJlIÈRf-: PARTIE. CHAPITRE VI
l’organisation d’un service de statistique générale? Mais n’est-il pa»s évident que le fonctionnement de ce service, à raison même île la tâche écrasante qui lui serait imiiartie, serait fréquemment sujet à l’erreur? Il devrait en effet, pour toute nature de produits, se tenir au courant à la fois du chiffre de la production et de l’étendue des besoins, d'ailleurs essentiellement variables. Il devrait en outre, pour éviter le gaspillage, connaître à tout instant rimportauce des approvisionnements de toute espèce- Comment l'Etat pourrait-il. par l'organe de ses fonctionnaires, remplir convenablement cette mission, alors que le marché d'un grand nombre de produits est, non pas local, mais national, international, mondial même pour quelques-uns? Comment pourrait-il adapter la production aux besoins, quand l’étendue de ces besoins peut diflîcilement être précisée, lorsque même, à raison de circonstances multiples, ils sont sujets à de brusques resserrements ?
.Actuellement, il est vrai, les crises ne sont pas évitées; elles iïont du moins peu dm’ables et les mouvements des prix fournissent des indications qui permettent de rétablir rapidement l'équilibre rompu. Comment l’Etat pourrait-il remplacer ces indications qui, si parfois elles sont tardives, sont du moins sûres comme rexpression d'une force naturelle agissant automatiquement et inconsciemment? Trouverait-on facilement des hommes assez instruits, assez vigilants, assez sûrs d’eux mêmes pour assumer la direction d'un service d’où dépendrait le bien-être, sinon rexistence même de tous les citoyens? Et peut-on penser à l’effrayante responsabilité de ces hommes, dont une erreur de calcul suffirait à entraîner, pour tout un pays, les conséquences les plus désastreuses !
278. .3« Comment opérer, sous un régime de production socialisée, le classement des individus entre les divers emplois dont l'existence serait jugée nécessaire à la collectivité? Actuellement, ce classement s’ojière de lui-même, les fonctions in.suffisamment pourvues attirant une clientèle à raison d’un taux plus élevé de rémunération, salaire ou jirofit. L’Etat devrait-il, ])oiu' obtenir le même résultat, déterminer l’échelle des rémunérations, en décidant par exemple qu’une heure de tel travail vaudrait trois heures de tel autre? Comment, en dehors des indications que donne la concurrence, pourrait-il équitablement mesurer les valeurs comparatives des divers travaux? Et si, pour une nature particulièrement pénible ou répugnante
LE ROLE UE l’ÉT.VT DAN.S LA PRODUCTION
de production, malgré le taux de rémunération offert il ne se iirésentait pas de volontaires, l’Etat ne serait-il jias obligé de recourir à la contrainte, à la corvée ?
Alors que, sous un régime de concurrence, l’intérêt personnel suffit à assurer la satisfaction des besoins les plus divers, il faudrait, pour y iiarvenir sous un régime de production socialisée, porter atteinte plus ou moins gravement à la liberté des individus.
27î). B) Doctrines élatistes et interventionnistes. — Elles ne diffèrent entre elles que parole nombre et l’importance des cas dans lesquels l intervention de l Etat leur parait^ légitime en matière de production.
Les doctrines étatistes lui attribuent pour mission de se substituer progressivement à l’initiative privée dans toutes les natures de production qui paraissent jiouvoir comporter un mode d exploitation collectif. Formulées j)our la pz’emière fois avec netteté au célèbre Congrès d’Eisenach, en 1872, ’ces doctrines inspirent, non seulement les écrits des économistes qui font iiartie de l’Ecole dite du « socialisme d’Etat ^ «, mais les programmes de certains partis politiques. L’Etat est considéré tout a la fois comme un organe de conservation sociale et comme un facteiu’ de civilisation et de progrès économique. Beaucoup plus que les individus, même associés, il peut avoir la conception de l’intérêt général et la force nécessaire pour lui donner satisfaction. L’accroissement progressif de son rôle dans la production apparaît comme le résultat d’une véritable loi d’évolution. Suivant l’observation de Dupont-White, « à plus de vie, il faut plus d’organes, à plus de forces, il faut plus de règles. La règle et l'organe d'une société, c’est l’Etat ». Partant de là, on admet que l’Etat devra se substituer aux individus dans toute nature d’entreprise qui correspondrait à un besoin d ordre général ou qui tendrait à constituer une sorte de monolîole privé. Les doctrines étatistes conduisent au développement des services publics et des régies municipales, au rachat et à 1 exiffoitatiou directe par l’Etat d’un certain nombre de grandes industries qui fout actuellement l’objet de concessions ou que la concentration tend à transformer eu monopoles privés,