‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 141 sur 568 · V. plus haut, n · texte numérisé non relu

V. plus haut, n

2. Sous réserve de l’influence passagère exercée sur les mouvements des prix par les crises ayant un caractère général. Dans ce cas au surplus, la hausse ou la baisse se traduit dans les moyennes des prix sans affecter pour autant toutes les marchandises.

l’Échange, la valeur et le prix

Il peut au contraire y avoir hausse générale ou baisse générale des prix. Si tous les prix s’élèvent, c’est simplement parce que la valeur de la monnaie a baissé. Dans le rapport qui s’établit entre la valeur [d’une marchandise quelconque et la valeur de cette marchandise spéciale qui constitue la monnaie, si ce dernier terme vient à changer, le premier subit naturellement une variation inverse. Au cas où la valeur de la monnaie s’abaisse, où son pouvoir d’acquisition diminue, le pouvoir d’acquisition de toutes les autres marchandises, par rapport à la monnaie c’est-à-dire leur prix, s’élève nécessairement. Et,inversement, toute augmentation du pouvoir monétaire entraîne l’abaissement de la valeur de toutes les marchandises qui s’échangent contre la monnaie, c’est-à-dire de tous les prix. Si, dans un des plateaux de la balance on place la valeur de la monnaie, dans l’autre plateau la valeur d’une marehandise quelconque, le premier plateau ne pom*ra s’abaisser sans que le second s’élève, et inversement. Une hausse ou une baisse générale des prix, incompatible avec une hausse ou une baisse générale des valeurs de toutes les marchandises, s’explique donc aisément par la hausse ou la baisse de valeur de cette marchandise spéciale qui s’appelle la monnaie b

329. Il est vrai que les variations des prix peuvent être influencées non seulement par les changements de valeur de la monnaie, mais encore par les changements survenus' dans les valeurs des marchandises elles-mêmes. Ces valeurs sont essentiellement mobiles et leur déplacement s’opère soit dans le même sens que celui de la valeur monétaire soit en sens inverse. Dans le premier cas, l’influence exercée sur les prix par le chan gement de valeur de la monnaie se trouvera atténuée; dans le second cas, elle sera au contraire accentuée. Si par exemple la valeur de la monnaie vient à doubler, le prix d’une marchandise qui, auparavant était de 10, ne tombera pas nécessairement à 5. Il peut se faire que la valeur de la marchandise elle-même se

1. Sur les hausses et baisses générales des prix, v. les articles de M. Leseure, dans la Revue d' Economie politique, 1912; Flist, La hausse du taux de l’intérêt et la hausse des prix, dans la Revue économique inlernationale, 1913; Daniel Zulla, La hausse des prix et le développement de la produc'ion agricole, dans la Revue politique et parlementaire, 1912. V. également Levasseur, « Les prix, » 1893, et « Les périodes de l’histoire des prix en France au XIX® et au xx* siècles », dans la Revue économique internationale, 1910; d’Avenel, Histoire économique de la propriété, des salaires, des denrées et des prix.

soit dans nne certaine pro])ortion. Cette circonstance,

qui développe son pouvoir u acquisition par rapport à la monnaie, aura pour effet de ralentir la Laisse de son prix et de fixer celui-ci à 7 peut-être, au lieu de 5. Et si, à l’inverse, la valeiu’ de cette marchandise a baissé, en même temjis que doublait le pouvoir d’achat de la monnaie, la baisse du prix va se trouver

accent née.

De là résulte qu’en se fondant sm- les variations des prix des diverses marchandises considérées chacune isolément, il paraît impossible de mesurer exactement le changement survenu dans la valeur’de la monnaie. La >^ausse ou la baisse des prix, lors mê Uo qaWie serait générale, se manifeste en effet très inégalement suivant les marchandises; elle sera pour l’une de 10 %, de 20 % pour une autre, de 2 % seulement pour une troisième, suivant que leur valeur propre se sera pins ou moine élevée ou abaissée. Toutefois la difficulté disparaît si on envisage. non plus chaque marchandise isolément, mais l’ensemble de toutes les marchandises. Kous savons en effet que leure valeurs ne peuvent, pour toutes à la fois, se déplacer dans le même sens; si les unes s’abaissent, les autres nécessairement se relèvent. On peut admettre que l’influence de ces mouvements sur la moyenne générale des prix se trouve neutralisée, du fait même de leur direction contradictoire b De telle sorte que, si cette movenne générale des prix indique, d une époque à uns autre, une certaine hausse ou um^ certaine baisse, 10 % par exemple, cette proportion pourra être considérée comme mesurant entre les deux époques la hausse ou la baisse de la valeur

de la monnaie.

330. La méthode des « index-numhers ». — C’est précisément sur cette observation que se trouve fondée la conception d’une méthode particulière de comparaison des valeurs et des prix, dite méthode des « index-numbers », ou des « nombres indicateurs ». Voici en quoi elle consiste : on prend comme terme de comparaison le prix d’une marchandise à une époque déterminée, en désignant ce prix par le chiffre conventionnel 100. On ^ établit ensuite l’échelle des prix de cette marchandise à diffé- ' rentes époques, en faisant varier le chiffre indicateur proportionnellement à l’importance de la hausse ou de la baisse qui

1, \ , Colson, Cours (P Ecorutrnie poUliqiic.

l’échange, la valeur et le prix 343

a pu affecter le prix. On opère de même, sinon pour toutes les marchandises, du moins pour les principales d’entre elles, pour eelles qui, dans le pays, font l’objet d’un nombre important de transactions commerciales. En rapprochant les diverses échelles de prix ainsi obtenues, on établit pour chaque période le prix moyen de l’ensemble des marehandises considérées et, en dressant l’échelle de ces prix moyens, oh détermine dans quel sens et dans quelle mesure la moyenne générale des prix s’est modifiée d’une époque à l’autre. La valeur delà monnaie a subi des variations inversement eorrespondantes à ces variatious dans la moyenne générale des prix. Si par exemple le prix moyen, au lieu d’être représenté par le chiffre originaire 100, est représenté par 200, c’est la preuve que la valeur de la monnaie a diminué de moitié.

Connaissant les prix d’ime marchandise à deux époques différentes, et ayant d’autre part déterminé les variations d« la valeur de la monnaie dans l’intervalle, il devient facile d* mesurer ie changement survenu dans la valeur de la marchan* dise elle-même. Ce sera le résultat d’une simple opération arithmétique b Si, par exemple, la valeur de la monnaie venant à doubler, le prix de la marchandise reste constant, on peut en conclure que la valeur de cette marchandise a elle-même doublé.

Elle n’aurait pas changé, au contraire, si le prix avait diminué de moitié, alors que doublait la valeur de la monnaie.

331. On ne saurait, il est vrai, attribuer à tous ces calculs une force très probante. L’emploi de la méthode des index-numbers soulève en effet certaines objections. Pour qu’elle pût *

donner des résultats vraiment exacts, il faudrait non seulement que l’opéruffion prît eu considération les prix de toutes les marchandises ayant quelque importance commerciale, mais que chacune de ces marchandises pût être affectée d’un coefficient correspondant exactement à son importance relative par rapport à l’ensemble des produits considérés. Il peut se faire, en effet, d’une part que 1’ « index-number » néglige de tenir compte d’une marchandise dont les variations de prix auraient exercé une influence sur la moyenne générale des prix. Et il se peut, à l’inverse, qu’il fasse rentrer parmi ses éléments, en lui attribuant une action sur les prix égale à celle d’autres marchandises, un produit de faible consommation, qui, par suite, eût pu être négligé.

1, V, Cülson, Cours (V Economie politique, livre I, p. 144.

Malgré ces causes d’erreur, la méthode des iiidex-numbers; est intéressante en ce qu’elle permet de déterminer, sinon avec une précision très exacte, du moins avec une sûreté suffisante, les mouvements généraux des prix et l’influence exercée sur ceux-ci, aux diverses époques, par les variations de valeur de la monnaie.

Parmi les statisticiens qui ont usé de cette méthode, on peut citer notamment MM. Sœtbeer, de Foville et Sauerbeck. Ce dernier a dressé, pour l’Angleterre, d’après les prix moyens quotidiens des 45 principales catégories de marchandises, des tableaux qui lui permettent de calculer des moyennes mensuelles, puis des moyennes annuelles. Le prix servant de base au calcul, et auquel a été donnée la cote 100, est le prix moyen de la période 1867-1877. L’ensemble des marchandises considérées est réparti en deux groupes : produits alimentaires et matières premières, et chacun de ces groupes est lui-même divisé en trois catégories spéciales. Ce sont, pour les produits alimentaires : les produits végétaux, les produits animaux, certaines marchandises spéciales (sucre, café, thé); pour les matières premières, on distingue les matières minérales, les matières textiles et les matières diverses.

Appliquant sa méthode aux deux grandes divisions de marchandises en produits alimentaires et matières premières, M. Sauerbeck arrive aux résultats suivants :

Pour les produits alimentaires, la moyenne des prix est, dans la période 1878 à 1887, 84; dans la période 1890 à 1899, 68; dans la période 1902 à 1911, 71.

Pour les matières premières, les nombres indicateurs sont :

76, pour la période 1878 à 1887; 64 pour la période 1890 à 1899;

77, pour la période 1902-1911.

Pour l’ensemble des 45 catégories de marchandises considérées, on a :

Année par année, les chiffres sont, depuis 1900 :

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Les conclusions qui se dégagent des statistiques de M. Sauerbeek spécialement pour l’Angleterre sont confirmées par l’examen des statistiques officielles françaises ^ relatives aux mouvements des prix en Allemagne, en Angleterre, en France et aux Etats-Unis. Il en résulte l’indication très nette, pour ces divers Etats, d’un mouvement caractéristique de baisse des prix après 1870 et particulièrement dans la période qui va de 1883 à 1898. Un mouvement de hausse assez accentué se manifeste ensuite, à partir de 1898 et s’accélère avec une extraordinaire rapidité depuis 1915, sous l’influence de causes multiples, et particulièrement de l’inflation monétaire dont la guerre a été l’occasion.

332. Effets économiques des variations de prix dues à la monnaie*. — Les variations des prix ne sauraient, en aucun cas, être considérées avec indifférence; elles ont en effet pour

1. Annuaire statistique, partie rétrospective (Le chiffre 100 a été fixé pour la période 1891 à 1900).

2. V. Edmond Théry, Réfutation des objections formulées contre le bimé-iallisme international, 1896.

marchandises elles-mêmes est ordinairement pour les entrepreneurs et les ouvriers, dans les branches de la production où elle se manifeste, un phénomène avantageux et qui se traduit par un relèvement des taux de profit et de salaire. A l’inverse, la baisse des prix apparaît comme un phénomène fâcheux qui aura pour effet, plus ou moins ])romptement, de détourner vers d’autres emplois le travail disponible et le capital en formation ®. Toute différente, il est vrai, sera l’appréciation des consommateiu’s relativement à ce double phénomène. La baiss* des prix leur sera favorable en permettant, soit une consommation plus large, soit une économie sur le revenu antérieurement affecté à cette consommation. La hausse des prix lei obügera au contraire, soit à restreindre leurs achats, soit, par application de la loi de substitution *, à recourir pour la satitfaction de leurs besoins à d’autres j)roduits moins coûteux.

Les effets économiques des variations des prix seront analogues, mais avec une portée beaucoup plus étendue, lorsqu# ces variations, tenant à des changements survenus dans la valeur de l’instrument monétaire, présenteront elles-mêmei un caractère de généralité. La hausse générale des prix, qui rendra les conditions de vie plus onéreuses et plus difficilee à la masse des consommateurs, agira d’autre part comme un stimulant énergique à l’activité économique. Elle entraînera aussi, le plus souvent, la hausse des salaires, bien que le relèvement de ceux-ci ne suive pas toujours d’une allure aussi rapide l’élévation du coût de la vie. A l’inverse, la baisse générale des prix, avantageuse à l’ensemble des consommateurs, I sera pour la production une cause de dépression qui, si elle

agit avec quelque durée, pourra entraîner l’abaissement des ^ salaires et la ruine d’un certain nombre d’entrepreneurs.

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