‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 147 sur 568 · L.A MONNAIE · texte numérisé non relu

L.A MONNAIE

337. Qualités qu«‘ doit posséder une bonne monnaie. — Si rassentiinent général a, dan.s les pays civilisés, confirmé le choix comme instrument monétaire de l’or et «le l’argent, c’est que ces deux métaux possèdent, à un i)lus haut degré que les autres marchandises, l’ensemble des qualités sans lesquelles^ il ne saurait y avoir de bonne monnaie.

Physiquement, l’or et l’argent sont de nature liomogène. Deux échantillons d’un de ces métaux, ayant des origines géographii^ues très différentes, unt nécessairement la même composition chimi«iue, d’où l’identité de lem- valeur sur le même marché. Ils sont malléables et peuvent facilement faire l’objet des opérations industrielles nécessaires pour donner aux lingots la forme et le rôle de monnaie frappée. Ils sont essentiellement divisibles, ce q'di permet de donner aiix pièces le volume et les dimensions correspondant aux valeurs les plus diverses. Ils sont enfin inaltérables et ne subissent pas, dans leur composition chimique, l’influence des agents atmo.sphériques, ce qui assure leur conservation et leur durée indéfinies.

Au point de vue économique, les métaux précieux satisfont à d’autres conditions. Ils possèdent une grande valeur sous un petit volume, ce qui, réduisant proportionnellement les frais de transport, leur maintient une valeur sensiblement égale sur des marchés différents. Pour la môme raison, jointe à leur inaltérabilité, l’or et l’argent remplis.sent efficacement une fonction nouvelle, «}ui s’ajoute à celles déjà indifpiétîs d instrument des échanges et d’étalon des valeurs. Ils constituent dans les sociétés modernes, particulièrement sous la forme de l’encaisse des banques, rinstrument le plus sûr d'accumulation des valeurs et, à ce titre, servent de base à l’organisation du crédit. Les métaux précieux ont enfin, sinon une valeur invariable, du moins une valeur beaucoup plus stable que celle «le la plupart des autres marchandises.

Cet avantage important, puisque la monnaie doit servir de commune, mesure à toutes les valeurs, l’or et l’argent le doivent en partie à leur inaltérabilité physique. Par suite d’une accumulation continue, leiu's stocks sont devenus considé-

certains tronliies dans la production ne saiirail ôlre considéré que comme un phénomène passager, Texcédent de mêla! précieux étant soHicité detoutes parts. (V. plus loin, n® 345).

râbles, à tel point que la production annuelle, malgré son importance, ne change ])as sensiblement le niveau existant. Or, nous avons vu que la valeur de la monnaie dépend, sinon exclusivement, du moins pour une large part, des quantités en circulation. La stabilité relative de ces quantités a pour conséquence la stabilité de la valeur monétaire elle-même. C’est seulement pour les comparaisons entre des prix se référant à des époques plus ou moins éloignées l’une de l’autre qu’il y a beu de tenir compte des variations survenues dans la valeur de la monnaie, précisément parce que, d’une époque à l’autre, le stock monétaire a pu se modifier d’une manière as.sez sensible pour amener un changement dans la valeur du métal monnayé.

A tous ces points de vue, les métaux précieux apparaissent comme très supérieurs aux diverses natures de marchandises par lesquelles on a pu songer à les remplacer en tant qu’instrument monétaire. Ainsi, les .pierres précieuses, le diamant, qui plus encore que '‘or présenteraient une grande va'eur sous un petit volume, auraient l’inconvénient grave d’être très difficilement divisibles et ne pourraient pratiquement être uti'isés dans la plupart des échanges courants. La diversité des gemmes est d’aillem-s considérable et chacune tire de sa forme, de son orient, une valeur particulière. L'homogénéité leur fait défaut. Le blé, le riz, que certains peuples ont pratiqué comme monnaie, sont loin d’être inaltérables et se détruisent sous l’action de causes extérieures multiples. Leurs variétés sont nombreuses; enfin, leur valeur monétaire serait bien loin d'être aussi stable que celle des métaux précieux, car les stocks existants seraient susceptibles d’une variation annuelle considérable sous l’action d’une bonne ou d’une mauvaise récolte. Le travail enfin, dont certains auteurs socialistes proposent de prendre la durée comme mesure des valeurs, n’échapperait pas aux mêmes critiques. Rien n’est moins homogène que l’heure de travail, et le calcul nécessaire pour ramener à l’unité de travail simple les divers travaux qualifiés constituerait une opération singulièrement malaisée.

338. La iiiouuaie est-elle uu équivalent, ou un siyue de valeur?^ . — Nous avons considéré jusqu’ici la monnaie comme

1. sur celte questioa le Traité des monnaies^ de Nicolas Oresme, au XIV® siècle, édité par Wolowski en 1864, et les ouvrages précités de Stanley devons et Michel Chevalier.

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une marchandise, dont la valeur serait soumise dans ses fluctuations aux lois qui règlent les valeurs des autres marchandises. Une opinion différente a été soutenue ; la monnaie ne serait pas une marchandise tirant sa valeur de la substance même qui la constitue, ce serait un signe de valeur. En d’autres termes, la valeur de la monnaie serait indépendante de la valeur propre de l’instrument monétaire; à côté de la valeur réelle, tenant à la nature même de la marchandise choisie comme monnaie, il y aurait la valeur monétaû’e, la valeiu- nominale, et celle-ci résulterait exclusivement de la frappe, de la volonté de ri'Ttat manifestée par rempreinte apposée sur l.i monnaie. Une pièce de 20 francs vaudrait 20 francs non pas parce que le lingot d’or ayant le même poids vaut 20 francs, mais parce que l’Etat a reconnu à cette ])ièce la valeur de 20 francs. La frappe n’aurait pas seulement pour effet de déclarer une valem’ antérieurement existante dans la marchandise choisie comme monnaie, de certifier cette valeur; elle aurait pour effet de la créer. La monnaie ne serait donc pas un équivalent, la simple représentation de la valeur propre du lingot, ce ser dt le signe, l’indication de la valeur qui lui est attribuée par l’Etat.

Cette conception de la monnaie, que l’on désigne quekiuefois sous le nom de « théorie de la monnaie-signe » est d’origine fort ancienne. Elle fut, sous l’ancien régime, celle d’un grand nombre de juristes, et plus d’un roi se l’appropria en se reconnaissant le pouvoir d’ « augmenter la monnaie », c’est-à-dire d’en modifier le poids et le titre en frappant au lingot de métal fin un plus grand nombre de pièces tout en conservant à chacune d’elles la valem- nomin;de primitive L C’était un moyen facile de faire face aux besoins financiers de l’Etat, et cela sans inconvénient semblait-il, car, le pouvoir monétaire émanant du prince, celui-ci pouvait le reconnaître à un poids quelconque de métal. Il pouvait même le reconnoître à une marchandise quelconque, si minime que pût être sa valeur intrinsèque, et ainsi se justifiait théoriquement l’émission de papier-monnaie. En conférant la qualité de monnaie, et le pouvoir libératoire qui en est la conséquence, à un morceau de papier portant son

I. Landry. Essai économique sur les mutations des monnaies dans V ancienne France, 1910; Hoger Picard, l.es mutations des monnaies et la doctrine économique en France, du xvi*^ .siècle à la Hévolulion, dan.<; la Revue eP Histoire des doctrines économiques.

PEIlREAir, T. I, 2* éd.

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DEUXIÈME rAKTIE. CHAriTRE II

empreinte, l’Etat réalisait même l’économie, des frais considérables que représente la production de la monnaie métallique et se réservait la facilité de pouvoir indéfiniment multiplier l’instrument monétaire.

339. Les faits historiques se sont chargés de donner un démenti à la théorie de la monnaie- signe, dans ce que, du moins, elle avait d’excessif. Le papier-monnaie se déprécie la plupart du temps très vite et parfois dans des proportions considérable.s. L’Etat qui s’est laissé séduire par la perspective de se créer ainsi des ressources faciles subit, du fait de cette dépréciation, des pertes fort sensibles auxquelles il ne peut échapper qu’à la condition de rétablir un régime monétaire normal, au prix de sacrifices parfois très supérieurs aux avantages qu’il avait escomptés b

(tuant à la pratique ancienne du faux-monnayage légal, il semble bien qu’elle ait également porté les plus déplorables fruits. Elle avait pour premier résultat de ruiner la confiance du public dans le bon aloi de la circulation monétaire. Non seulement les jirix s'élevaient dès que la fraude était soupçonnée, la valeur de la monnaie suspecte s’abaissant en proportion des retranchements qu’on lui avait fait subir matériellement, et parfois au delà; mais les particuliers avaient trouvé le moyen de se passer etïectivement de cette monnaie en recourant, pour régler leurs transactions, à certaines monnaies de compte dont les banques leur facilitaient l’usage, monnaies invariables de poids et de titre parce que monnaies idéales, jmrement conventionnelles et n'ayant aucune existence réelle.

340. Nous pouvons donc conclm’c, semble-t-il, qiu* pour être une bonne monnaie, remplissant dans la jilus large mesure et sans qu’il y ait à craindre de surprises fâcheuses les fonctions qu’on attend d’elle, une monnaie doit tirer sa valeur de sa propre substance en tant que mar<*handise, avoir, en d’autres termes, une valeiu- réelle égale à sa valeiu’ nominale. Mais il ne faut pas aller plus loin et prétendre, comme semblent lo faire certains économistes, qu’une monnaie tire nécessairement de la marchandise quila constitue la totalité de la valeur qu’elle conserve dans la cii’culation, l’Etat étant impuissant à lui conférer par la frappe une valeur distincte de celle qu’elle possède comme marchandise.

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