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plus loin, II"' 371 et

LA MONNAIE

Une semblable thèse reçoit des faits de multiples démentis.

Ainsi que nous le verrons, certaines monnaies se maintiennent sans difficulté dans la circulation en conservant une valeur nominale très supérieure à leur valeui' réelle; le surplus de cette valeur leur vient, donc de la frappe. L'Etat lient en elïet conférer à une monnaie une partie plus ou moins importante de sa valeur, et cela, de deux manières. Tout d’abord il agit sur la valem' réelle de la marchandise qui la constitue. La valeur des métaux iirécieux, en tant que marchandises, tient^^ en effet en grande partie à leiu’ utilité. Mais cette utilité même est principalement une utilité monétaire et lem‘ vient de la frappe, de la volonté de l’Etat qui les reconnaît comme monnaie. S’üs étaient réduits à leur utilité industrielle, aux emplois dont ils sont susceptibles comme bijoux, vaisselle, objets d’art, nul doute que leur valeur se trouverait très sensiblement diminuée. On (*n a eu la fireuve par la dépréciation du métal argent, qui était due, pour partie au moins, à la démonétisation dont il avait été l’objet de la part d’un certain nombre d’Etats. Si donc la valeur nominale de la monnaie ne pouvait se maintenir ([U autant qu elle serait calquée sur sa valeiu- nielle, on devrait reconnaître du moins qu'une jiartie de cette valeur est due jirécisement à la frapjie, c'est-à-dire à l'action de l’Etat.

Il faut aller plus loin et admettre qu’une partie de la valeiu’ nominale de la monnaie peut être purement conventionnelle, résulter de la frappe en dehors de tout accroissement de la valeur réelle, et se maintenir cependant sans trop de peine. Nous en avons plusieurs exemples. Tous les Etats pratiquent, liour les petits échanges, une monnaie de billon dont les jiièces sont loin d’avoir, comme lingots, la valeur que leur attribue la loi. Ces pièces circident cependant avec leur valeur nominale, et sans (jue personne fasse aucune dift'iculté pour les accepter en paiement. De même, par suite de la dépréciation de l’argent, les pièces frappées avec ce métal avaient perdu environ la moitié de leiu valeur marchande; elles continuaient. cependant à être reçues dans les échanges pour leur valeur nominale.

11 peut donc dépendre de la volonté de l'Etat de conférer à une marchaiidise une valeur monétaire supéfieiue à sa valeur réelle, et ceci peut s’expliquer. Ce qui fait qu'une monnaie circule avec la valeur que lui attribue la frappe, c’est qu’elle inspire confiance. Or, cette confiance qui, pom- la plupart des

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monnaies, tient à régalité de leur valeur nominale et de leur valem- réelle, peut aussi, dans certains cas, naître de l’intervention de l’Etat. Si les particuliers sont iimenés à penser que, ])ar l'autorité de la loi ou pour toute autre cause, une pièc4‘ dont iU valeur nominale est en partie fictive sera cependant acceptée d’un commun accord et sans résistance dans les paiements, rien n’empêchera que cette pièce puisse se maintenir dans la circulation sans subir aucune dépréciation. En pareil cas, la volonté de l’Etat se trouve ratifiée par le consentement universel. Il pourra en être ainsi par exemple lorsque la loi aura .strictement limité la frapjie aux quantités répondant aux besoins actuels des échanges.

.Mais une semblable monnaie, bien que conservant en fait sa valeur nominale, ne constituera pas une bonne monnaie en ce sens qu’elle ne sera pas susceptible d’une circulation très étendue. Elle ne sera pas emjiloyée dans les échanges internationaux, parce qu’on ne l’accepterait à l’étranger que pour sa valeur métallique, inférieure à sa valeur monétaire. A l’intérieur même du pays où elle circule, la loi en limitera l’usage, la plupart du temps, au rôle d’appoint dans les petits paiements, en ne lui conférant force libératoire que jusqu’à concurrence d’une valeur strictement limitée.

3-îl. ('.ommeiit mainlonir l'é{jali(é entre la valeur nnniinale (le la monnaie et sa valeur réelle. Le principe de libre inonnayajipi. — Si la monnaie, pour être bonne et susceptible de remplir en toutes circonstances les multiples fonctions qui lui sont dévolues, doit avoir une valeur réelle toujours égale à sa valemnominale, la question est précisément de savoir comment cett(‘ condition pourra se trouver remplie. Le lingot de métal a, par lui-même, une valem- essentiellement instable. Cette valeur, comme celle de toute autre marchandise, varie suivant le rapport, qui se modifie sans cesse, des quantités aux besoins. La monnaie tire au contraire de la frappe une valeur nominale fixe, consolidée, dont seule une loi postériem-e pourrait modifier l'expression. Si une pièce d’argent pesant .■) grammes au titre

1. Sur le Inécanism^ de la Frappe lilire. v. Moelmssen, « ï’rappe elandcsl ine et frappe libre », dans la fievue tV Economie poliliqjie, Kdmond 'l'Iiéry

Europe cl Etols-Vnis rr Amérique, !SV)9, et ihi même autenr, F^éfuîalion des objections formulées contre le bimétallisme inlernationaL

de 900/1.000 de métal fin vaut nominalement un franc, cette pièce continuera à valoir un franc, lors même qu’au coms du marché des métaux précieux 5 grammes d’argent au titre de 900 /lOOO vaudraient 1 fr. 50, ou à l'inverse ne vaudraient plus que 0 fr. 50. Et elle conservera cette valeur nominale aussi longtemps que le législatem- n’aura pas cru devoir, par exemple, décider que désormais la pièce-d’argent qualifiée franc ne sera plus frappée qu’au titre de 835 /lOOO, au lieu de 900 /lOOO comme auparavant *.

Ainsi donc, lors même qu’il y aurait, à l’époque de la frapp<*, équilibre entre la valem nominale et la valeur réelle de la monnaie, cet équilibre paraît être essentiellement instable, et à la merci de tout écart qui viendi-ait à se produire dans les coms des métaux précieux. On constate en effet que l’égalité des (leux valeurs n’existe pas toujoms ou, suivant l’expression consacrée, que la monnaie n’est pas toujoms « droite ». Elle })eut être « forte », lorsque la valeur nominale est inférieme à la valeiu réelle, lorsque le même poids de métal vaut moins comme pièce que comme lingot. Elle sera « faible » bien plus souvent, lorsque, le métal s’étant déprécié par suite de son abondance ou pour toute autre cause, les pièces se trouveront avoir conservé une valem nominale supériem-e à celle des lingots qui les constituent.

,3'52. Il existe cependant un moyen pratique de remédier à cette situation; c’est de reconnaître à tout possessem d’un lingot le droit de le porter à l’Hôtel des Monnaies pom le faire convertir en pièces au taux de conversion déterminé par la loi. Grâce à l’application de ce principe, dit principe de la « libre frappe » ou du « libre monnayage », il ne pom-ra se produire d’écarts entre la valem- nominale et la valem réelle de la monnaie, ou du moins ces écarts seront réduits au minimmu, et quant à leiu- importance, et quant à lem- durée.

Si par exemple la monnaie d’or devient faible, si la inèce de 10 francs ne vaut plus comme lingot que 9 francs, une grande quantité de lingots d’or vont être transformés en monnaie par les soins de lem-s possessem-s, désü-eux de s’assmer la prime de un franc par pièce résultant de l’écart entre la valeur nominale et la valeur réelle du métal frappé. L’or disponible sm le marché des métaux précieux va diminuer de

j. V. plus loin, 11° 359.

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quantité: sa valeur s'élèvera, d’oii rétabüssement plus ou moins prompt de l’équilibre entre «îette valeur marchande et la valeur monétaire du métal jaune. Si à l’inverse la monnaie était forte, si le lingot faisait prime, une quantité plus ou moins considérable de pièces seraient vendues au poids pour leur valeur métallique, ce qui aurait pour résultat, en même temps que de diminuer le stock monétaire, d’augmenter les quantités disponibles sur le marché des métaux précieux et d’abaisser

les coiirs.

343. Observons d'ailleui-s <iue si l’application du principe de libre frappe a pour résultat de maintenir l’égalité entre la valeur nominale et la valeur réelle du métal monnayé, la jnonnaie n'en est pas moins, comme toute autre marchandise, soumise à des fluctuations incessantes de valeim. Suivant que l’importance du stock monétaire augmentera ou diminuera par rapport aux besoins, on verra les prix se modifier dans le sens de la hausse ou de la baisse, conséquence d’un changement survenu dans le pouvoir de la monnaie b La pièce de 10 francs continuera sans doute à êti’e qualifiée 10 francs et la pratique du libre monnayage pourra bien avoir pour résultat d’empêcher que cette pièce, en tant que poids de métal sur le marché, vaille pendant quelque temps 0 francs ou 11 francs; mais rien ne saurait empêcher que la valeur du franc, son pouvoir d achat par rapport aux diverses marchandises, soit sujet à des oscillations dans le sens de la hausse ou de la baisse, et que par exemple il faille aujourd’hui 20 francs poiu acheter tel objet qui, au commencement du siècle dernier, n’en valait peut-être que cinq ou sLx. En d’autres termes si, par l’application du principe de libre frappe, la valem* de la monnaie tend à se sta- Idliser, c’est seulement par rapport ü la marchandise spéciale qui constitue matériellement cette monnaie.

344. Il existe des cas où l’Etat croit devoû renoncer à l’application du principe de libre monnayage; c’est lorsqu’il est décidé à maintenir un écart de quelque importance entre la valeur métallique et la valeur monétaire s’il s’agit par exemple d’une monnaie de billon destinée à servir d’appoint dans les paiements. L’Etat ne saurait, en pareil cas, reconnaître aux possesseurs de lingots le droit de les faire monnayer, sans s’exposer

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