V. plus loin, n
LA MONNAIE
la plus constante, celle qui agit le plus efficacement pour chasser de la circulation la bonne monnaie et l’y remplacer par la mauvaise, c’est la spéculation. Dans l’hypothèse d’une monnaie forte, dès que par suite de l’écart survenu entre la valeur nominale et la valeur marchande du métal monnayé il peut y avoiiintérêt à convertir les pièces en lingots, les spéculateurs en métaux précieux, banquiers et changeurs, se chargent de ce soin. La monnaie forte est chassée de la circulation en vue de la vente au poids; seule, la monnaie droite, qui dans l’hypothèse constitue la monnaie inférieure, continue à circuler. Au cas d’une monnaie métallique dépréciée, c’est la monnaie de bon aloi qui va disparaître. On s'en sert pour acquérir, au cours du marché, le métal déprécié que l’on fait ensuite frapper, ainsi que le permet le principe du libre monnayage b Cette opération laisse au spéculateur, comme bénéfice, la différence entre la valeur monétaire et la valeur marchande du métal déprécié.
A côté de la spéculation, le commerce mternational agit comme cause d’expulsion de la bonne monnaie. Une monnaie ne peut, en effet, circuler comme telle, avec sa valeur légale, que dans les limites territoriales de l’Etat qui l’a frappée. En dehors de l’hypothèse où une convention internationale aurait étendu sa circulation, ce qui est ])récisément le cas pour la monnaie d’argent à l’époque actuelle ^, la monnaie ne vaut à l’étranger que pour sa valeur marchande, en tant que lingot. Et de là résulte que, pour les paiements à faire à l’extérieur, dans les limites d’ailleurs assez étroites où ces règlements ne s’oxjéreront pas au moyen de titres de crédit, le métal exporté sera de préférence le bon métal, celui dont la valeur marchande ne sera pas à l’étranger inférieure à sa valeur monétaire dans le pays du débiteur. 8i deux monnaies sont en circulation et que l’une soit plus ou moins faible, plus ou moins dépréciée, on n’aura pas intérêt à l’exporter, car le créancier étranger, auquel sa valeur légale ne s’impose pas, ne l’accepterait que pour sa valeur métallique, inférieure à cette valeur légale. Mieux vaut donc la conserver pour la circulation intérieure et réserver pour les paiements internationaux la monnaie droite, qui ne perdra rien de sa valeur par sa transformation en lingots.
La thésaurisation peut enfin, dans une mesuie qui n’est pas négligeable, contribuer à raréfier dans la circulation la bonne monnaie. Nous avons vu que la monnaie a pour fonction de permettre l’accumulation des valem’s sous une forme particulièrement stable b De nos jours, elle remplit ce rôle beaucoup moins pour le compte des particuliers que pour le compte des grandes banques par actions. Mais, de même qu’autrefois les particidiers, les banques lorsqu’elles constituent leurs réserves métalliques, se préoccupent de les composer autant que possible du meilleur métal. C’est ainsi que l’encaisse de la Banque de France comprend actuellement plus de 5 milliards 1 /ff d’or contre environ 280 millions seulement d’argent : et on peut relever, de la part des autres grandes banques d’émission, la même tendance à réduire dans leur encaisse la proportion du métal blanc.
Les faits contemporains offrent une illustration particulièrement saisissante de l’effet des diverses causes que nous venons d’indiquer. Dès le début de la guerre, l’or a été chassé de la circiüation et drainé vers l’encaisse des banques, puis, lorsque l’Etat en eut, sous des pénalités sévères, interdit l’exportation et le trafic, vers les réserves des particuliers. Après le métal jaune, ce fut l’argent, puis le billion lui-même qui, considérés comme bonne monnaie par rapport aux coupures de papier tendirent à disparaître presque complètement de la cü’culation intérieure.