CHAPITRE II
légale et fixant au même clnffre, dans tous les pays, le rapport légal (le leurs valeurs.
Que faut-il penser de cette thèse? Elle peut, ratioimellement, n’être pas inexacte. Il n’est pas douteux que la reprise par tous les grands Etats de la frappe libre de l'argent aurait poiu’ elïet de relever sen.siblement la valeur de ce métal, en lui restituant son utilité monétaire, (lu’il a en partie perdue. Peutêtre le rapport réel des valeurs des deux métaux se maintiendrait-il conforme à leur rapport légal, .si les particuüers avaient la certitude de pouvoir les utiliser l'un et l’autre comme monnaie internationale, s’il pouvaient, en les exportant, les faire monnayer en tous pays avec la même valeur légale. Eieii n’empêclierait d’ailleurs, si la production de l’un d’eux venait à se modifier sensiblement, qu’un nouvel accord international intervînt pour modifier, en conformité des faits, le rajiport légal antérieurement étabb.
Ce n’est donc pas à des objections d'ordre théorique que paraît se heurter la thèse du bimétallisme international. IMais, pratiquement, il est peu vrai.semblable que les Etats qui, pour fonder leur système monétaire sur runique étalon d’or, ont dû subir des pertes très élevées, soient disposés de sitôt à courir les risques d’une nouvelle transformation monétaire. Et si, comme cela s’est produit récemment, la valeur relative du mét al blanc est appelée à ,se relever, l’abondance même de la cb-culation métallique, non moins que le développement de la circulation fiduciaire et des moyens de crédit, paraîtra sans doute de nature à atténuf^r dans une larg<* mesure les avantages attribués au bimétallisme *.
Eu fait, toutes les tentatives qui, de la part de pays producteurs d’argent comme les Etats-Unis et le M(ixique, ont eu poui’ but d’amener les Etats mononiétallistes au bimétallisme international ont complètemeni échoué. Malgré les conférences officielles et les congrès internationaux, les divergences de vues continuent à s’accuser et le monométallisme n’a pas ces.sé, depuis une trentaine d’années, de manifester ses progrès dans la pratique monétaire d’un grand nombre d’Etats.
1. Observons loiilefois que, malgré son accroissement rapide, le stock d'or monnayé tend à devenir insuffisant pour servir de support à la masse de plus en plus considérable des valeurs mobilières et autres titres de crédit, dont la circulation repose précisément sur leur convertibilité en or. V. plus haut n® 327.
LA MONNAIE
3(>(». Appréciation du syslèiiic nioiiélairi' de ri'iiiun latine. —
Le moment serait, en tout cas, mal choisi pour demander aux Etats de l’Union latine l’abandon de leur politique monétaire. Ils lui ont dû en effet une s.tuation particulièrement avantageuse. Jusqu’en 1911, ils ont, grâce à lui, conservé une circulation intériem’e abondante, ce qui en facilitant les échanges assurait d’autre part la stabilité des prix. Us ont évité les pertes considérables qu’aurait entraînées la démonétisation de leur stock de métal blanc. Par des mesures empiriques ils ont pu, à deux reprises, échapper aux effets de la loi de (Iresham, et le maintien, comme monnaie légale, de la pièce de cinq francs en argent lem* a permis de constituer des réserves d'or extiêmemeut importantes qui, au conr.s de la guerre, lem- ont rendu les plus appréciables services.
11 lient se faire que leiu’ .système monétaire soit, tliéori(iiiement, peu satisfaisant; en fait, ce « bimétallisme liâtard » leur a assuré tous les avantages du monomêtaUisinc-or, en y ajoutant les avantages du bimétallisme même. Us semblent par suite n’avoir aucun intérêt sérieux à reprendre la frapjie libre de l’argent qui, même au cas d’un accord international, pouiTait leur faire courir certains risques; ils ont encore moins d’iutérêt à se rallier au mouométallisme et à démonétis(*r leurs éciis d’argent alors surtout que, par suite de multiples causes la valeur relative du métal blanc tend à se relever.