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V^ Cauwi'i, ti polilique, S** édition, t. II, ODJ

LE COMMERCE INTERNATIONAL

mettant dans l'impossibilité de tirer parti aussi largement de l’écart entre les prix de revient des produits nationaux et les coûts de production moins élevés de l'étranger. Et ce serait, de la part des autres pays une erreur économique d’user de représailles à l’égard de cet Etat, en élevant contre lui des barrières douanières, puisque l’on se priverait ainsi plus ou moins de la faculté d’acheter les plus avantageux de ses produits.

3" Puisque, en vertu de la loi des débouchés, un pays paie nécessairement ses imiiortations avec ses exjiortations, son bénéfice commercial sera d'autant plus élevé que son industrie sera plus arriérée, que l’écart sera plus grand entre le prix de revient de ses propres proiluits et le coût de production des marchandises similaires à l'étranger. Si, par exemple, il achète 10 ce qui lui aurait coûté 20 à produire, il gagne à cette opération une valeur de 10, tandis qu'un autre pays, dont le coût de production serait de 15, ne gagnerait à l’échange international qu’une valeur de 5.

La conclusion qui paraît s’imposer, c’est donc que le seul régime rationnel, en matière de commerce international, est le libre-échange absolu, unilatéral, en dehors de toute préoccupation do rapports diplomatiques et sans restrictions d’aucune

sorte.

(Îl3. Avec Stuart Mil, la théorie des valeurs internationales revêt une forme moins intransigeante. Il importe en effet, suivant cet économiste, de distinguer entre les échanges intérieurs et les échanges internationaux. Sans doute, pour les uns comme pour les autres, le prix normal est bien constilué par le coût de production, mais celui-ci étant ts.sentiellement différent d'un pays à l’autre pour la même nature de produits, il en résulte entre producteurs nationaux et producteurs étrangers des conditions de concurrence très inégales. Si par exemple, pour une marchandise déterminée, le prix de revient, qui est de 20 en France n’est que de 10 en Angleterre, les producteurs anglais 'pourront, tout en conservant une marge de profit suffisant'^, abaisser sensiblement au-dessous de 20 le prix de leurs exportations à destination de la France, alors qu'au même prix les producteurs français seraient constitués en perte. Une semblable concurrence ne saurait évidemment se prolonger et devra plus ou moins vite alioutir à l'élimination sur le marché français des producteurs nationaux. Mais alors, les producteurs anglais seront, sur ce marché, en possession d’un véritable

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monopole de fait, et le prix de vente ae trouvera fixé en conaéquence. Son minimum aéra fixé ])ar le coût do production en Angleterre, augmenté du prix de transport entre les deux pays et d’un taux suffisant de profit. .Vu-dessous du x>rix ainsi déterminé, les prodncteur.s anglais n’auraient i)lus intérêt, en effet, à exporter leurs marchandises. Le i)rix maximum sera déterminé par le coût de production en France des produits similaires, augmenté d’un profit suffisant. Au-dessus de ce prix, la concurrence française tendrait en effet, à renaître, et le prix courant à trouver dans le coût de production national un régulateur nouveau. JjO. prix des ])roduits inqiortés sc fixera donc entre ces deux limites extrêmes, suivant les rai)ports de l’offre et de la demande.

Ainsi, les « valeurs internationak'S » dépendent es.sentielleinent, suivant St\iart Vlill. du rapport eut re l’offre et la demande, c’est-à-dire entre les quantités importées et les besoins du pays importateur. Cela n’empêche pas, au surplus, que les importations soient toujours payées parles ex]»ortations, conformément à la loi des débouchés, mais les proportions quantitatives des unes et des autres sont variables suivant les besoins comparatifs des deux pays en présence. Si l’iin de ces pays a moins besoin des produits du premier, les conditions de l’échange international seront naturellement plus favorables au premier qu'au second. Il vendra cher et achètera bon marché; en conséquence il aura besoin, pour payer ses importations, d’une moindre quantité de marchandises exportées. Pour l’autre, pays, à l’inverse, le rapport quantitatif des importations aux exportations se traduira dans le sens d’un excédent de celles-ci.

Ainsi pré.sentée, la théorie des valeurs internationales conduit à des conséquences différentes de celles que nous avons indiquées précédemment ^ :

1° Le libre échange est encore considéré comme le moyen pour un pays de se procurer à meülein' compte les marchandises qu’il ne pourrait i>roduire lui-même qu’à un prix plus élevé; mais, pour que la réalisation de l’échange international soit vraiment avantageuse, il ne suffit pas que le coût de production à l'étranger soit inférieur au coût de production national, il faut en outre que le pays importateur ne soit pas oblgié, en paiement des marchandises qu’il achète aux autres Etats, de vendre

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à trop bas prix ses propres produits. U n pays aura par suite intérêt à voir se développer de préférence celles des branches de sa production qui sont susceptibles de provoquer, de la part des autres pays, une demande étendue, et qui peuvent lui assurer, sur les marchés extérieurs, un quasi-monopole de fait.

20 Un pays peut avoir intérêt, au lieu de s’isoler dans la pratique unilatérale du libre-échange, à conclure avec d autres Etats des traités de commerce, s’il peut attendre de ces arrangements une extension des débouchés offerts à sa production et xme amélioration de sa situation au point de vue des rapports comparatifs de l’offre et de la demande.

Dans ses conséquences, sinon dans son principe, la théorie de Stuart Mill conduit donc, non plus comme celle de Kicardo et de Bastiat, à un libre-échange absolu et unilatéral, mais à un libéralisme commercial tempéré par la possibilité de conventions douanières et tendant à développer, en vue de l’exportation. les principales sources de la production nationale.

01. (',oiisidêrafion.s d’ordre pratique ou faveur du lihreêehauqe. — En dehors des considérations doctrinales que nous venons d’indiquer, les partisans du libre-échange invoquent, en faveur de leur système, un certain nombre d’arguments d’ordre pratique. Us s’inspirent de cette idée que le libre-échange a pour base l’application, entre nations, du principe de la division du travaiU. Chaque pays, en se spécialisant conformément à ses aptitudes naturelles, va pouvoir développer celles des branches de sa production pour les<iuelles il lui est le plus facile d’acquérir une incontestal)le supérioiûté. Il en résultera l’abondance et le bon marché des produits, avantages précieux auxquels les autres Etats pourront participer, grâce à l’échange international.

Ainsi : 1" Le libre-échange est conforme à l’intérêt des consoiiimateurs. Grâce à la concurrence qu’il institue entre les producteurs nationaux et les producteurs étrangers, chacun peut se procurer, dans les meilleures conditions de prix, les produits de toute nature. L’établissement de droits de douane eu vue de protéger certaines catégories de producteurs nationaux aurait, au contraire, pour effet de nuire aux consommateurs en réduisant la concurrence et en relevant les prix. Mais l’intérêt de.s consommateurs, c’est l’intérêt général, tandis que l’intérêt des

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indnstr-'c’.s et agriculteurs protèges, c’est l’intérêt de quelquesuns. Le libre-échange est donc conforme à l’intérêt général: la protection sacrifie, au contraire, l’intérêt général aux intérêts particuliers.

2° Par cela même qu’elle implique le sacrifice de l’intérêt de tous aux intérêts de (pielques-uns, la protection douanière présente un caractère injuste. Elle aboutit à prendre d’autorité aux consommateurs le supplément de prix qu’ils devront payer, et à l’offrir gratuitement aux diverses catégories de producteurs protégés. L’Etat, en agissant ainsi, intervient dans la répartition de la richesse pour en modifier les conditions naturelles. 11 consacre une atteinte au droit de pro]>riété, une spoliation dans un intérêt de classe; on peut être tenté de voir làune mesure de socialisme, dont bénéficieraient non les ouvriers, mais les industriels et les agriculteurs.

3° La protection condamne le pays à se suffire à lui-même et le prive des avantages ((u’il eût retirés de la collaboration économique des autres Etats. Elle restreint le pouvoir d'achat des consommateurs nationaux, en les obligeant à payer plus cher tout produit protégé. Méconnaissant les effets de la division du travail, elle devient ainsi, pour le pays lui-même, un régime d’appauvrissement.

4“ La protection douanière, contraire aux intérêts des consommateurs, peut également nuire aux intérêts des prodiicteurs nationaux. Puisque en effet les produits se servent les uns aux autres de débouchés, poxir pouvoir exporter, un pays doit importer. Toute mesure qui entrave le développement des importations doit, par contre-coup, porter atteinte aux exportations.

Ainsi, un Etat qui, pour protéger quelques industries malingres et peu viables, établit des barrières douanières, court le risque de compromettre la prospérité de ses industries d’exportation les plus vigoureuses, en leur enlevant une partie de leurs débouchés. Il est à prévoir en efbd/ que, si l’étranger ne trouve plus dans ses importations le moyen de payer ses achats, il ira porter ailleurs ses commandes. La protection nuit également aux intérêts des industries de transport et en particulier de la marine marchande. Les navires d’un pays protectionniste perdent, à l’importation, le fret des marchandises étrangères que, sans les droits de douane, ils auraient pu avoir à transporter. Ils risquent de perdre en outre le fret des marchandises nationales dont l’exportation viendrait, par contre-coup, à être restreinte.

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En régime protecteur n est pas seulement nuisible aux industries d'exportation et de transport, il porte atteinte aux intérêts de toutes les autres branches de la production qui ont quelque rapport avec l’industrie protégée. Le but des droits de douane est, en effet, de relever le prix des produits importés de manière à eiüever aux consommateurs tout inti'rêt à s adiesser, pour eux, à la production étrangère. Par suite, toutes les industries (jui emploient un produit protégé vont elles-mêmes subir une hausse de leur covit de production, et voir s aggraver les difficultés de la concurrence étrangère. Elle seront, par cela même, amenées à solliciter à leur tour des mesures jirotectrices. Ainsi, en voulant favoriser quelques branches de la production nationale, considérées comme particulièrement intéressantes, l’Etat va se trouver amené à protéger toutes les autres et à isoler plus ou moins complètement le ]>ays, au point de vue des relations commerciales. (.,jue si, pour échapper à cette objection, certains proposent de distinguer entre les matières premières et les produits fabriqués, ces derniers seuls devant faire l’otijet c.e mesures protectrices, on peut répondre que rien n’est plus difficile que d’opérer rationnellement une telle distinction b tout produit d'une industrie pouvant être la matière première d’une autre industrie. Si donc un pays ne veut pas se voir obligé de protéger progressivement toutes les branches de sa production, le plus sûr est, semble-t-il, de n’en protéger aucune.

50 La protection douanière nuit encore à la production en imprimant à celle-ci une direction factice. Alors que, par des tarifs de douane l’Etat cherche à favoriser des industries qui ne trouvent pas dans le milieu naturel dos conditions favoraoles à leur essor. Celles des branches de la production nationale qui, spontanément, auraient pu acipiérir une importance primordiale vont se trouver gênées dans leur développement par les représailles douanières, ou, simplement, par le contre-coup de la protection. Mieux eût valu abandonner à elles-mêmes les industries peu vigoureuses, au risc[ue même de les voir disiiaraître et laisser l’activité économique nationale, travail et capital, se concentrer sur celles des branches de la production qui ont le plus d’avenir.

(il 5. Considêratioiis doctrinales en faveur de la protection. Théorie de la balance du commerce. — Au point de vue doctrinal.

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