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l’organisation de la production
Dans ces multiples hypothèses, les rapports du travail et du capital sont réglés, au point de vue de leur collaboration comme au point de vue de la répartition des valeurs produites, par des conventions conclues entre leurs représentants. On dit que la production s’opère sous le régime de l’« entreprise » et l’on désigne sous le nom d’« entrepreneur » la personne physique ou morale, individu, société, Etat même qui consent à assumer seule les chances favorables et défavorables de l’entreprise, les risques de profit et de perte h
123. La fonction de l’entrepreneur. — Ce rôle est, suivant certains auteurs, des plus complexes. C’est à l’entrepreneur que revient normalement l’initiative de la production. C’est lui qui doit concevoir le but à atteindre et les moyens de réaliser ce but. C’est également lui qui a la direction de rentreprise, qui doit, en conséquence, se préoccuper de trouver le travail et le capital, et d’assurer la collaboration de ces deux facteurs, en réglant avec chacun d’eux les conditions de leur emploi. C’est lui enfin qui assume la responsabilité, les risques de l’entreprise et c’est là précisément, nous le verrons, la fonction essentielle de l’entrepreneur, celle qui le distingue, en dehors de tout autre caractère, du capitaliste et du travailleur. Il appartient donc à l’entrepreneur de chercher les débouchés et de propm tionuer à leur étendue le chiffre de la production; il doit calculer le piix de revient et le prix de vente des produits, puisque c’e.st de l’écart entre ces deux prix que dépend son profit ou sa perte.
Pour être bien remplie, la fonction d’entrepreneur exige un ensemble de qualités éminentes et rares : qualités morales et qualités intellectuelles. 11 doit avoir les aptitudes commerciales que suppose la pratique de la spéculation; il doit posséder en outre l’aptitude administrative que nécessite la diiection de toute affaire de quelque importance. Il doit y joindre encore
]. Observons que celle définilioii de l’enlrepreneur s’applique au producleur aulonome qui, lui-même, court pour son travail et son capital personnels les risques de la production. Ceci expliipie que, le plus souvent, on fasse rentrer dans le cadre de Tentreprise le cas du producteur autonome. Dans Thypolhèse de rassociation intégrale, chacun des associés remplit pour sa part la fonction d*entrepreneOr. On peut donc soutenir que là encore il y a entreprise.
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des connaissances techniques suffisantes pour pouvoir contrôler le choix de la main-d’œuvre et l’exécution du travail, et pour pouvoir adapter au mode de production de l’entreprise les perfectionnements qui viendraient à être découverts. Si ces qualités lui font défaut, il risque de se ruiner et de rendre un mauvais service à la société aussi bien (ju’à lui-même.
124. Distinction de l’entreproncur et du capitaliste ou du travailleur. — C’est J.-B. Say qui semble avoir, le premier, discerné nettement la fonction économique de l’entrepreneur ^ et qui l’a séparée de celle du capitabste avec laquelle, depuis f Adam Smith, les économistes de l’école anglaise l’avaient confondue. Cette confusion s’explique d’ailleurs par le rôle prépondérant que paraît jouer le capital dans la direction d’un grand nombre d’entreprises, et par ce fait que l’on ne connaissait pas, à la fin du XVIII' siècle et au commencement du xix', certains modes d’organisation de la production, telle la coopération, | dans lesquels c’est le travail et non le capital qui court les risques | et qui, par suite, remplit la fonction d’entrepreneur.
L’entreprenem* doit cependant être soigneusement distingué du capitaliste. Il peut se faire, en effet, que l’entrepreneur ne possède aucun capital; c’est par exemple un homme technique*, un ingéniem-, qui, sachant inspirer confiance, ’se procure des capitaux au moyen de l’emprunt. C’est lui seul qui court les risques de la production; si l’entreprise prospère, lui seul aura droit au profit; si elle périclite, lui seul sera tenu des pertes. Quant au capitaliste, que l’affaire soit bonne ou mauvaise, il pourra prétendre au taux d’intérêt convenu et, à l’époque fixée, au remboursement de son capital.
L’entrepreneur doit être, à l’inverse, distingué du travailleur, avec lequel un grand nombre d’économistes, surtout en France, ont tendance à le confondre. La fonction de l’entrepreneur peut, nous l’avons vu précédemment, comporter un rôle d’initiative et de direction; mais cela n’est pas nécessaire. Dans les grandes entreprises, celles qui sont montées par actions, l’entrepreneur, c’est-à-dire l’ensemble des actionnaires, ne fournit même, le plus ordinairement, ni travail d’initiative, ni travail de direction. L’initiative de l’affaire vient, la plupart du temps, d’un techni-
1, V. le Traité d’économie politique de J.-B. Say, dans la « Collection de» principaux économistes ». I
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cien ou d’un financier qui se charge de faire les premières démarches pour lancer l’idée, appeler sur elle l’attention du public et provoquer l’afflux des capitaux nécessaires. Il sera récompensé de cette initiative, lorsqu’elle aboutit, par des avantages de diverse nature, honoraires ou indemnités, parts de fondatem', fonction administrative dans l’entreprise. Quant à la direction, les actionnaires ne l’exercent que de très haut, par l’intermédiaire d’un conseil d’administration composé bien souvent d’hommes dont la compétence particulière est insuffisante. En fait, le travail de direction est fourni par des hommes qui possèdent professionnellement cette compétence particulière, industriels, ingénieurs par exemple. Ce sont de véritables salariés, car, au point de vue économique, les traitements, ai>pointements, honoraires qui leur sont attribués rentrent dans la catégorie plus large du salaire. Ils ont droit à cette rémunération en tout état de cause et quels que soient les résultats, bons^ou mauvais de l’entreprise. Ils sont soustraits aux risques de la production, et c’est précisément en quoi leui rôle se distingue de celui de l’entrepreneur. Ce dernier rôle est rempli par les actionnaires qui, eux, ne fournissent à l’entreprise, personnellemeot, aucune espèce de travail, mais qui courent le» risques de la production.
125. Nous définissons donc l’entrepreneur la. personne qui court les risques; mais le capitaliste, en tant que capitaliste, et le travailleur, en tant que travailleur, ne com‘ent-ils pas euxmêmes certains risques 1 Cela est vrai; le capitaliste, surtout lorsqu’il a fourni à ^l’entreprise du capital circulant, risque de n’être pas remboursé si l’affaire périclite et si l’entrepreneur devient par suite insolvable. Le danger est moins grand lorsqu’il s’agit de capital fixe; celui-ci, usine, fonds de terre pourra cependant avoir été détérioré ; de plus, le propriétaire est exposé à perdre les loyers ou fermages qui lui étaient dus. Le travailleur court de son côté, certains risques, celui par exemple de perdre son salaire, sans compter le risque personnel d’accidents tenant à la nature du travail.
Mais les risques dont sont menacés le travailleur et le capitaliste, quelle qu’en puisse être la gravité, n’ont rien de commun avec le risque de l’entrepreneur. Celui-ci tient directement aux conditions commerciales de laproduction ; il résulte de l’écart possible entre le prix de revient et le prix de vente. Si ce dernier est supérieur au premier, il y a profit sinon, il y a perte, dont
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seul l’entrepreneur subit les conséquences. Le capitaliste et le travailleur, au contraire, ont un recours personnel contre l’entrepreneur à raison des risques qui les atteignent, recours effectif ou illusoire il est vrai, selon que l’entrepreneur est solvable ou insolvable. En d’autres termes, capitaliste et travailleur courent simplement des risques dans la production ; l’entrepreneur seul court les risques de la j»roduction.
126. Il peut arriver que la même personne cumule jilusieurs qualités différentes, celle d’entrepreneur par exemple et celle de travailleur ou de capitaliste. Tel sera le cas du directeur salarié ou de l’employé qui serait en même temps actionnaire de l’en- , ^ treprise qui l’occupe. Tel encore le cas de l’actionnaire qui au-
rait consenti un prêt d’argent à l’entrepiise, en achetant par exemple une ou plusieurs des obligations émises par celle-ci. Eemarquons d’ailleurs que les diverses qualités ainsi réunies dans la même personne restent ceiiendant pai'faitement distinctes l’une de l’autre. Cette personne, en tant que directeur ou employé, touchera un salaire, un traitement, des appointements, c’est -à-dire une rémunération fixe et indépendante des résultats de l’entreprise. En tant qu’actionnaire, elle pourra prétendre à des dividendes, c’est-à-dire à une part du profit, s’il y en a. Comme obligataire, elle aura droit de réclamer un i, tant pour cent d’intérêt, lors même que l’entreprise subirait des
I pertes. .4insi le travail et le capital continueront à être rémuné-
I rés d’une manière bien différente, alors même qu’ils se trouve-
r raient réunis dans les mêmes mains, suivant qu’ils auront ou
? non couru les risques de la production.