LA FONCTION ÉCONOMIQUE DE L ENTREPRENEUR
120. Le cas du « producteur autonome »; l’artisan, le paysan. — La production suppose le concours de plusieurs facteurs : travail, nature, capital. Il peut se faire que ce concours soit réalisé par la volonté d’une seule personne, laquelle fournira tout le travail et tout le capital nécessaù-e à la production. Ce sera le cas de l’artisan qui, à l’aide d’outils lui appartenant et de matières premières par lui achetées, fabrique par son propre travail et sans l’aide d’auxiliaires salariés certains produits qu’il vendra directement et sans intermédiaire à sa clientèle. C’est également le cas du paysan petit propriétaire qui cultive son champ lui-même, avec des instruments de travail lui appartenant en propre, et sans autre concours que l’aide non salariée des membres de sa famille. Un semblable producteur est « autonome », (on dit aussi producteur indépendant) en ce sens que sa volonté est la seule loi qui règle les conditions d’emploi du travail et du capital. Sous un semblable régime de production, la question de répartition des valems produites est considérablement simplifiée. Nul individu ne peut prétendre venir partager avec l’artisan ou le paysan, puisque celui-ci, seul, a fourni la totalité du travail et du capital.
Mais l’hypothèse du producteur autonome, autrefois la règle alors que la production et l’échange étaient localisés, est deve-
nue beaucoup moins fréquente, par suite des progrès de la grande production. S’il fallait en croire même les écrivains collectivistes, qui d’ailleurs manifestent pour le régime |de production autonome une certaine sympathie à raison précisément du caractère équitable de sa règle de répartition, ce régime serait appelé à disparaître par suite de l’évolution sociale h
121. L’association iiitéqralc. — Il peut se faire que tout le travail et tout le capital nécessaire à la production soient fournis non par un seul individu, mais par plusieurs personnes qui conviennent de réunir ces divers apports et de les soumettre, dans leur ensemble, aux risques de la production. Il y aura dans ce cas « association intégrale ». Les applications en sont d’ailleurs assez limitées. L’exemple le plus important que l’on puisse en donner dans la piatique est celui du contrat de métayage^. Le propriétaire foncier fournit la plus grande partie du capital, sous la forme notamment de la terre, du Irétail et des machines agricoles. Le métayer fournit le travail, et parfois quelques instruments de culture. On décide que la récolte, bonne ou mauvaise, se partagera suivant certaines proportions, généralement par moitié. Le travail et le capital ont ainsi, l’un et l’autre, couru les risques de la production.
122. La production sous le ré{|iine de l’entreprise. — La plupart du temps il n’en est pas de même; parfois, c’est le capital seul qui assume les chances de profit et de perte, en payant au travail un salaire, c’est-à-dire une rémunération dont le montant est fixé d’avance et qui est due en tout état de cause, quel que puisse être le résultat favorable ou défavorable de la production. D’autres fois, comme dans l’association coopérative de production®, c’est le travail qui court les risques et qui se procure à forfait le capital, en lui payant un intérêt ou un loyer. Plus souvent encore une partie seulement du capital engagé dans l’affaire et une partie seulement du travail sont soumises aux risques, le surplus de ces deux facteurs étant rémunéré d’une manière fixe et à forfait.