‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 415 sur 568 · V. t. l, 51, note · texte numérisé non relu

V. t. l, 51, note

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l’organisation sociale actuelle, l’inégalité économique est la conséquence nécessaire des différences d’aptitudes entre les hommes, et aussi des chances bonnes ou mauvaises qui accompagnent tout acte de production. Dans une société collectiviste, où la répartition des valeurs" produites s’opérerait entre les individus en proportion du travail de chacun, l’inégalité apparaîtrait encore et tiendrait à la nature différente des travaux. Alors même qu’un pouvoir social instruit et vigilant parviendrait, — contre' toute vraisemblance — à établir entre les travaux de diverse nature une échelle équitable de valeurs, l'inégalité persisterait à raison de l’habileté différente des individus. Même sous un régime communiste, où la répartition n'aurait d’autre régie que le besoin, l’inégalité se manifesterait

encore entre les hommes au point de vue du rapport existant, pour chacun d'eux, entre les facultés productives et les besoins. Dans l’ordre économique, comme dans tout autre ordre de phénomènes, l'inégalité est donc une loi de nature. Bien que les effets de cette loi puissent quelquefois contrarier notre sentiment de la justice, elle est bienfaisante au fond, parce qu’elle est la condition même de l'effort et du progrès. Suivant l’ingénieuse observation de Bastiat, « l’inégalité n’est qu’un aiguillon qui nous.pousse malgré nous vers l’égalité ».

Ce qui est choquant d’ailleurs, c'est moins le fait même de l’inégalité économique que le contraste, parfois saisissant, de l’extrême opulence et du paupérisme, l’existence simultanée d’un petit nombre de grandes fortunes et de la misère générale. Une semblable situation a généralement des causes multiples et de divers ordres; parmi ces causes iieut figurer l’oi*^anisation de la propriété, son régime légal, mais le principe même de la propriété ne saurait être incriminé. Ce n’est pas parce qu’il y a

des propriétaires dans un pays que le fléau du paupérisme peut y sévir, mais tout au contraire parce que les institutions de ce pays ne permettent pas à un assez grand nombre d hommes d’y devenir propriétaires. Là où la propriété foncière notamment est très concentrée, où la tradition et la loi contribuent à la maintenir dans les mêmes familles, à l’empêcher de se diviser, l’inégalité économique peut devenir excessive. Le plus sûr remède à cet état de choses consistera précisément dans la diffusion de la propriété, dans sa généralisation.

(»î)0. Quant à l’hérédité, il ne saurait être question d’y porter Atteinte sans dénaturer du même coup la propriété et sans lui

LA PROPRILTE

faire perdre la plus grande partie de sa valeur.sociaie. Ce qui pousse en effet les hommes à épargner et à travailler, c est moins peut-être le souci d’assurer la satisfaction complète de leurs propres besoins que le désir de transmettre après eux à leurs proches le fruit de leurs efforts. Et c’est la raison pour laquelle, dans les affaires, on voit fréquemment les pères de famille, après fortune faite, continuer à produire, alors que dans les mêmes conditions, les célibataires et les individus sans enfants cessent bien plus tôt de travailler. En supprimant 1 hérédité, on risquerait donc de détruire le stimulant le plus énergique et le plus efficace de l’activité économique.

Il est d’ailleurs imiiossible. si l'on admet la légitimité de la propriété individuelle, de contester sérieusement celle de l'hérédité, qui en est la conséquence nécessaire. Le propriétaire pouvant consommer à son profit exclusif l'utilité de sa chose, peut à plus forte raison la réserv’er pour en faire bénéficier d’autres personnes. Ayant le droit d’en disposer de son vûvant, il peut la léguer, la donner au dernier moment de sa vie; et c est le testament. 8'il ne l'a pas fait, le législateur iieut le faire à sa place, d’après ses instructions présumées et en tenant compte des liens du sang; c’est alors la succession ab intestat. La transmission héréditaire ne se justifie donc pas seulement par les avantages qu’elle présente pour la Société elle-même; elle se justifie encore par la nature et par les caractères essentiels du droit de propriété.

Elle se justifie en outre par le lien très étroit qui l’unit à la conception même de la famille. Si, par l’effet de 1 hérédité physique et morale, les qualités et les tares, les aptitudes, les vertus et les vices sont, dans une certaine mesure, susceptibles de se transmettre de génération en génération, comment n en serait-il pas ainsi du patrimoine pécuniaire, accessoire obligé de ce patrimoine physique et moral !

Il y a d’ailleurs quelque injustice dans les griefs allégués contre l'hérédité. Grâce à elle, un certain nombre d’hommes naissent riches et peuvent, dit-on, se trouver dispensés de tout trav^ail. Beaucoup, parmi ces prétendus oisifs, seront sans doute appelés à rendre à la société de signalés services b II existe, en effet, divers ordres de fonctions fort utiles dont l’apprentissage

I. \'. Paul Leroy-BuauÜou, Trailé tC Hconifniie pnlitiffiie, 3*^ édition. 1900, |tp. fi 15 et suiv.

PKunKAU,T. II,*2®éd.

est long et coûteux, et auxquelles on ne peut se préparer qu’à la condition de se trouver placé au-dessus des nécessités matérielles immédiates. Ce sera notamment parmi ces hommes auxquels rbérédité aura procuré les loisirs et les moyens de s’assurer une instruction plus complète, que se recrutera le personnel des professions libérales. D autres pourront, grâce à 1 hérédité, se consacrer aux recherches désintéressées, aux carrières artistiques. Quant à ceux qiu, méconnaissant leur devoir social, ne sauraient ou ne voudraient faire de la richesse dont ils ont hérité un usage utile et conforme à rintérèt général, ils ne tarderaient sans doute guère à en subir eiix-mémes le châtiment. Il n est pas exact en effet que, de nos jours, 1 inégalité économique puisse indéfiniment se perpétuer en s’aggravant par le seul fait de Thérédité. Trop de risques divers menacent les fortunes acquises pour qu’elles j)uissent se maintenir sans travail pendant un nombre quelque peu élevé de générations.

<>ÎM. 1^;, proprièlè serait eoiilraâicloire dans sou r*onc-

tioniieineiil : examen criliqne de cette objection h Ce tiavail est, d’après les économistes, 1 origine et le fondenuuit de la propriété. Tout travail devrait donc être, pour son auteur, le principe d’une propriété légitime. Or, il n en est jias ainsi, précisément parce que la propriété existe. 1 n certain nombie d’hommes s’étant attribué un droit exidusil sur la matière, objet de tout travail, et celle-ci étant limitée dans sa ([uantite, il en résulte que les autres hommes se trouvent, par cela meme, placés dans l’impossibilité de travailler. La contradiction, sîgnalee par Ihoudlion, consiste donc en ceci que la ]>ro])rieté. fruit du tiavail, tarit sa source et engendre le pi'ivilège. C est surt out contie la propriété foncière que cette objection a été dirigée. T n grand nombre de jihilosojihes et d’économistes, Ilerljert Spencer, Stuart :\lill, J,-IL Say lui-mème, ont conçu des doutes sur la légitimité de la propriété appliiiiiée au sol; Kousseau et I roudhon l’ont nettement condamnée. (?ette propriété a ])our effet, ]>ensent-ils, de placer les non-proprietaires sous la dépendance étroite des propriétaires, sans le consentement desquels les premiers ne pourraient ni travailler, ni même exister. A quoi tient donc cette contradiction relevee entre le principe de la propriété et son fonctionnement ? A ceci que les piopriétaires

1. V Cauwès, Cours d' Ecotuuuir polilique, l. III, n®" et 971 à 975.

LA PROPRIÉTÉ

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