CHAPITRE II
d’autres frais accessoires, d'une part le loyer, 1 intérêt, 1 entretien et ramortissement du capital fixe (emplacement, constructions, machines), d’antre part la valeur intégrale du capital circulant (prix des matières premières, salaires payés aux ouvriers). Lorsque du prix de vente on a déduit l’ensemble des frais de production, ce qni reste, s'il reste quelque chose, constitue le profit; celui-ci apparaît ainsi avec ses caractères essentiels de rémunération aléatoire et indéterminée dans son
montant.
700. Mais il peut se faire, et il arrivera le plus souvent, que l’entrepreneur, au lieu de recourir à la location et à l’emprunt pour se procurer tout le capital nécessaire à l’entreprise, fournisse lui-même une partie de ce capital. Il sera par exemple propriétaire de l’usine et aura acquis, avec sa fortune propre routillage itK'canique. Il se peut également qu’il fournisse à l’entrexirise un travail personnel, travail de coordination et de direction, travail d’exécution même, dans les entreprises de la petite production. Devra-t-il alors faire rentrer dans son prix de revient, à côté de l’intérêt du capital loué ou emprunté, une certaine valeur représentant l’intérêt de son capital personnel ? Devra-t-il également, à côté des salaires qu'il paye à ses ouvriers, compter dans ses frais de production une certaine somme constituant la rémunération de son travail propre ? Dans ce cas, le profit n’existerait que si, en ajoutant à l'intérêt et au salaire effectivement payés au capital et au travail étrangers un intérêt et un salaire rémunérant le capital et le travail personnels de l’entrepreneur, et en déduisant du prix de vente le total ainsi obtenu, il restait un excédent de valeur. Ce mode de calcul paraît, il est vrai, lieu conforme aux habitudes du langage courant. L’artisan, lorsqu’il a déduit de la valeur totale réalisée par la vente de ses produits le prix des matières premières qu’il avait dû acheter et les frais d'entretien de son outillage, c està-dire les sommes effectivement sorties de son patrimoine, considère le surplus comme ses bénéfices, comme son profit, sans le décomposer en diverses parts dont l’une constituerait le salaire de son travail, et dont une autre serait 1 intérêt de son capital. De même, l’actionnaire, qui touche un dividende, c’està-dire un revenu d’entrepreneur, ne se préoccupe pas de discerner ce qui, dans ce revenu, pourrait être considéré comme l’intérêt de son apport. En d’autres termes, le profit paraît comprendre l’ensemble du revenu perçu par l’entrepreneur, dé-
LA RÉPARTITION DES REVENUS
falcation faite seulement des frais effectivement payés par celui-ci, sous forme d’intérêt et de salaire, au capital et au travail étrangers.
Telle n'est pas cependant la conception économique du profit de l’entrepreneur. La plupart du temps, surtout dans 1 industrie et le commerce, le chef d'entreprise fait état, dans ses prévisions et dans sa comptabilité, d’une certaine somme représentant, au taux normal de l’intérêt sur le marché, la rémunération du capital propre qu'il a engagé dans 1 affaire. Fréquemment aussi, comme rétribution de son travail, il s attribue un traitement calculé d’après le taux de salaire qu il aurait ini espérer obtenif eu louant ses services à autrui. Cet usage, font observer les économistes, se justifie aisémentl'ne personne ne peut avoir intérêt à engager dans une entreprise un certain caiiital, que si elle en attend un taux de rémunération au moins égal à celui qu’elle aurait pu espérer en plaçant ce capital à forfait, sans courir les risques de la production, en le louant, s'il s’agit d’un caintal fixe, en le prêtant, s’il s’agit d’un capital circulant. De même, l’homme qui consacre ses soins à la direction d'une entreprise a le droit de comiiter, pour son travail, sur une rémunération au moins équivalente à celle qu’il eût obtenue eu travaillant pour le compte d’autrui. Dans ces limites mêmes, le revenu de l’entrepreneur rémunère seulement le capital et le travail de celui-ci, non le risque, qui est l’élément caractéristique de sa fonction. Pour que l’entreprise puisse être considérée comme laissant un profit, il faut donc non seulement qu'elle paie tous les frais avancés par l'entrepreneur en rémunération du capital et du travail étrangers, mais en outre qu’elle rémunère au taux normal le travail et le capital propres de l’entrepreneur, et enfin qu’il y ait encore un excédent de valeur. C'est précisément cette valeur supplémentaire qui constitue le profit, au sens économique du mot. C’est, dans le revênu total de l’entrepreneur, la part qui correspond au risque, 1 a seule par suite à laquelle il ait droit en tant qu'entrepreneur; le surplus de ce revenu lui est acquis en tant que capitaliste et que travailleur.
701. 8i le taux du profit dépend de l’écart existant entre le l^rix de vente des produits et leur prix de revient ainsi déterminé, nous savons d’autre part que le prix de revient lui-même est plus ou moins compressible b Le taux minimum de profit