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LA DEPENSE ET L EPARGNE

richesses qui, tôt ou tard, pourront recevoir un emploi productif. Reste, il est vrai, à savoir s’il n’eût pas été préférable encore, au point de vue de l’intérêt général, que l’avare consacrât au développement de ses facultés et à l’éducation de ses enfants une partie de ses épargnes, car on ne saurait oublier que le facteur essentiel de toute production, c’est l’homme, et que l’accroissement du capital dépend surtout de la productivité du travail, c’est-à-dire de rintelligence humaine. On peut se demander d’autre part ce que deviendrait une société où tous les individus, pour pouvoir épargner davantage, auraient décidé de restreindre au strict nécessaire la satisfaction de leurs besoins. Un semblable état social aurait sans doute pour résultat non seulement de réduire au minimum le bien-être de chacun, mais de contenir dans d’étroites limites l’essor de la production et le développement de la richesse. C’est en effet la consomma tion qui commande la production, car on ne produit pas pour produire, mais pour consommer. Il est vrai que les produits se servent réciproquement de débouchés mais cela suppose que les marchandises de toutes catégories répondent à des besoins suffisamment étendus. Comment serait-il possible de continuer à produire, si le resserrement systématique des besoins de toute nature rendait inutile une partie des produits de toutes sortes? On allègue encore que l’accumulation du capital résultant d’une épargne ainsi généralisée amènerait l’abaissement des prix, et sans doute, par là même, l’accroissement de la consommation; mais il faudrait pour cela, précisément, que les hommes renoncent à réduire leurs consommations personnelles. P.st-il bien certain, d’ailleurs, que l’accroissement des stocks, dû à une production dépassant les besoins, n’aurait pas pour premier résultat d’amener, avec une crise, le découragement lie l’épargne, par suite, de la baisse des taux d’intérêt et de profit ? De telle sorte que si l’avarice individuelle peut, au point de vue social, ne pas présenter de graves inconvénients, il en serait tout autrement de l’avarice générale.

884. C’est donc entre l’avarice et la prodigalité, — à égale distance de l’une et de l’autre, serions-nous tentés d’écrire — qu’il convient de chercher la limite normale de l’épargne et de la dépense. Pour qu’une société développe sa richesse et s’élève en civilisation, il faut que le capital dont elle dispose ne cesse de

s’accroître. Une partie importante des revenus individuels doit donc être nécessairement affectée à l’épargne. Mais il faut d’aulre part que sur ces revenus soit prélevée la part destinée à assurer aux besoins légitimes une satisfaction suffisante. Et les besoins légitimes ne sont pas seulemsnt les besoins essentiels, les besoins primordiaux, ceux dont la satisfaction s impose comme une nécessité. Nous savons en effet que le propre de la civilisation est de dé velopper les besoins ^ .\ mesure que la richesse générale augmente, les besoins matériels tendent à s affiner, et à côté d’eux apparaissent d’autres besoins, d’ordre plus élevé, besoins intellectuels ou moraux, qui doivent, eux aussi, recevoir satisfaction. L’homme n’a pas seulement le droit de prélever sur son revenu ce qui est nécessaire à son existence; il peut également <lemander à ce revenu, lorsqu il est suffisant, de lui assurer un certain degré de bien-être, et ce désir se concilie parfaitemnt avec le souci de l’épargne.

im.Â. La question du luxe. — i^ie dépense de luxe, c’est au sens le plus large du mot une dépense qui n’est pas nécessaire, une dépense qui ne répond pas à un besoin essentiel. Le luxe, tel que rentendent les économistes, ne se confond cependant pas avec le bien-être; il est (pielque chose de plus.

e luxe, c est un degré de bien-être supérieur à celui de la plupart des autres hommes au même moment. En ce sens, la notion de luxe est essentiellement relative; elle l’est également au point de vue historique. Ainsi qu’on l’a fait observer, en effet, il n est giiere d’objets d’usage courant dont l’emploi n’ait été, ors de leur ap])arition, considéré comme du luxe, et cela est vrai même d un giand nombre de bi«}iis que nous regardons aujourd’hui comme faisant essentiellement partie du nécessaire ■>.

Il paraît évident que le luxe répond à un instinct de l’homme, au besoin naturel d’améliorer ses conditions d’existence, de conquérir plus de bien-être. Il est, par cela même, un des facteurs du progrès industriel et de la civilisation. Avant qu'une consommation nouvelle ait pu devenir accessible au plus grand nombre, avmnt (pi’elle se soit démocratisée, elle a, pendant un temps plus ou moins long, conservé le caractère d’une consommation de luxe. C’est par le luxe tpie les besoins se multiplient ‘‘t oue le bien-être se généralise. Le luxe cependant compte de

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