‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 523 sur 568 · C.\ DHCENSF ET I.*ÉP.\UGNE · texte numérisé non relu

C.\ DHCENSF ET I.*ÉP.\UGNE

que ses besoins de tout premier ordre iiourraient recevoir sans cela une satisfaction suffisante. La prodigalité est donc essentiellement une question de mesure, de iiroportion.

Quel jugement convient-il de porter sur elle ? Envisagée en elle-même la prodigalité relève de la morale; c est surtout par ses consé(iuences qu’elle intéresse l’économie politique. Les moralistes blâment la prodigalité parce qu elle dénote la faiblesse de l’indivi<lu en face de ses penchants, son incapacité à réfréner ses passions, parce (lu’elle peut aussi 1 empêcher de remplir un jour ses devoirs envers les autres hommes, et particulièrement envers sa famille. H n'est pas douteux d’autre part, et l’économi.ste ne saurait le méconnaître, que le prodigue se nuit à lui-même, puistjiie, sacrifiant l’éiiargne à l’augmentation de ses dépenses personnelles, il se met ainsi dans 1 impossibilité de s'enrichir. La prodigalité pourra être une cause d’appauvrissement, et même le conduire à la ruine, si les dépenses absorbent non seulement les revenus, mais le capital.

Plus délicate est la détermination des effets de la prodigalité au point de vue social. On a dit parfois qu’elle n'avait rien de nuisible pour l’ensemble de la société, parce qu’elle s’analyse en un simple déplacement de richesse, faisant passer celle-ci des mains du prodigue dans les mains d'autres personnes plus capables que lui d’en faire un bon u.sage. Elle a, d’autre part, l’avantage de stimuler la production; elle fait « marcher le commerce ». Tant pis pour le prodigue, s’il se ruine; ses folles dépenses, du moins, ne portent préjudice qu'à lui-même.

'Nous ne saurions souscrire à ce jugement. Sans doute le prodigue, par ses dépenses, encourage la production, mais l’épargne l'eût encouragée bien davantage et d’une manière plus éclairée, en créant le capital. La prodigalité, dit-on, n'opère qu'un déplacement de richesse : si le prodique dépense son revenu, ou même son capital, les personnes auxquelles il en transfère la possession sauront, mieux cpie lui, en tirer parti dans l’intérêt général. Soit; mais que sont devenues les utilités acquises par le prodigue avec son revenu, ou avec son capital ? Elles ont été consommées en totalité pour la satisfaction de ses besoins personnels, tandis que s’il eût consenti à restreindre ses dépenses dans une mesure raisonnable, une partie de ces utilités eût pu être consacrée à la satisfaction d’autres besoins que les siens, ces derniers ayant été eux-mêmes suffisamment satisfaits. En dehors même des hypothèses, fort heureusement assez rares.

OÙ elle se traduirait par des actes de destruction absolument contraires au bon sens, comme le fait de briser les meubles après boire, ou d’allumer sou cigare avec un billet de banque, la prodigalité paraît donc impliquer, par sa nature même, un certain gaspillage et entraîne, pour l’ensemble de la société, une déperdition de richesse.

883. Le prodigue est l’homme qui exagère ses dépenses; l’avare, au contraire, s’efforce de réduire les siennes au minimum. L’avarice comporte d’ailleurs bien des degrés et peut revêtir des formes très diverses. Tout d’abord, celle de l’économie dans la consommation b L’avare limite au strict nécessaire les satisfactions qu’il accorde à ses besoins, même aux plus essentiels. Il peut ainsi accumuler la richesse, sous la forme particulièrement de monnaie métallique, c’est-à-dire thésauriser. Mais, dans les sociétés modernes, ce n’est ni sous l’aspect de l’économie à outrance, ni même sous celui de la thésaurisation, que se révèle le plus souvent l’avarice; elle est devenue simplement l’excès de l’épargne. L’avare d’aujourd’hui ne se contente pas d’économiser sur ses besoins; il se garde généralement de thésauriser; il épargne le plus qu’il peut. 8es consommations, comme celles du prodigue, absorbent l’ensemble de son revenu; mais ce sont, pour la plus grande partie, des consommations reproductives-, an lieu d’être exclusivement des consommations personnelles. Le prodigue sacrifie l’épargne à la dépense; l’avare s’abstient le jdus possible de dépenser, afin de placer davantage.

L’avarice est, au point de vue moral, considérée à juste titre comme une des formes les plus haïssables de l’égoïsme. Au point de vue économique, l’avare se nuit à lui-même, puisqu’il se prive volontairement de satisfactions légitimes. On peut observer cependant que les économistes lui témoignent, en général, beaucoup plus d’indulgence qu’au prodigue®. A la différence de la prodigalité, 1 ’a varice pourrait en effet, semble-t-il, être considérée comme une cause d’enrichissement social, parce qu’elle a pour résultat l’accroissement du capital. Même sous la forme de la thésaurisation, elle présente encore pour la société l’avantage de retirer du fonds de consommation une certaine quantité de

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