I.K.S CONDITIONS ÉCONOMK.UIES DE LA CRüDl C IION LlÎ
ou ils l’épargneront en vue d'acheter par exemple des actionsou obligations émises par une entreprise collective. Quel que soit au surplus le mode d’emploi réservé à cet excédent de revenu devenu libre, on voit (ju’il se traduit, en dermere analyse, par
une commande de travail. ^ -i
Les machines ne dégagent donc pas .seulement du travail^
elles dégagent en outre la rémunération de ce travail devenu libre et permettent par suite de l’employer à la création d utilités nouvelles. Et ce résultat est, en définitive, très conforme a l’intérêt général, piüsque, sans augmentation du revenu dont peuvent disposer les consommateurs, il se traduit pour eux, c està-dire pour l’ensemble de la société, par une augmentation de la quantité des produits. Quant aux ouvriers, ils n’y perdent rien puisque le travail qui leur était enlevé par la machine leur est iestitué sous une autre forme: ils bénéficient meme, comme les autres classes, du bon marché des produits, dû à 1 emploi de 1 outillage mécanique. . .-.«O
U;3. Ce raisonnement un peu trop optimiste n est pas sans
contemi- cependant une certaine part de vérité. Il n est guère douteux qu’à la longue les machines aient rendu aiix ouvriers plus de travail qu’elles ne leur en avaient pris. Il suf fit, pow s en Lnvaincre. de considérer, au point de vue du personne qu elles occupent, certaines branches de la production que 1 outillage mécanique a transformées : l’industrie des transports ou celle du tissage par exemple. En dehors même de ces mdustnes ou s est opérée la substitution plus ou moins complète du travail mécanique au travail musculaire, combien d’autres branches de la production, nées grâce aux^machines, occupent dans tous les pa^^s du monde des milüers de travailleurs ! Et chaque jour apparaissent de nouvelles professions qui n’existeraient pas sans la vulgarisation du petit moteur actionne par la force électrique
ou la puissance expansive des gaz. •
Cependant tout n’est peut-être pas injustine dans les ^efs allégués par les ouvriers contre les inaehmes. CeUes-ci dégagen , dit-on, en même temps que du travail, une certaine partie du revenu qui, devenu Ubre, assurera au travail de nouveaux emplois. Mais on oubUe que cette affectation noiiveUe “ se tera pas d’ime manière immédiate, du jour au lendemain, al époque même où les oui-riers sont jetés sur le pavé par la machine. Ri ne prouve au surplus que l’emploi ainsi donné au revenu dégagé sera toujours accessible au travail devenu libre. Si par
il'
4?xemple w revenu est employé a u loin, à développer des entreprises fondées dans une autre région, ou à l’étranger, il constituera sans doute une commande de travail, mais au profit d’autres travailleurs que les ouvu’iers expropriés par les machines. Fût-il même employé sur place, dans des industries déjà existantes et qui prendraient grâce à lui un nouvel essor, ces ouvriers ne trouveraient pas là une compensation équitable. Le salaire varie en effet suivant les professions, et il varie également suivant le degré d’éducation professionnelle du travailleur. L’ouvrier, qui dans son ancien métier gagnait de forts salaires grâce à l’habileté due à rapprentissage et à une longue pratique, n'aura sans doute plus eet avantage dans l’exécution d’un nouveau travail auquel rien ne l’avait antérieurement préparé. On peut donc s expliquer fort bien l’irritation causée aux ouvriers par la substitution brusque et rapide de l’outillage mécanique aiï travail musculaire dans la plupart des travaux de l’industrie manufacturière au cours du siècle dernier. Et ce qu’il y a, semble-til, de mieux à répondre à leurs griefs contre les machines, c'est que, deimis longtemps, celles-ci ont largement réparé les souffiances qu’elles avaient, à certaines époques, pu leur occasionner.
1(»4. Mais n’est-il i)as à craindre, du moins, de voir se renouveler, par suite des perfectionnements apportés sans cesse à l’outillage mécanique lui-même, une semblable crise de maind’œuvre f C’était la pensée de Proudhon pensée que les faits ne semblent pas d’ailleurs justifier jusqu’ici, et il n’est guère à prévoir qu’elle se réalise davantage dans l’avenir. Dans leur ensemble en effet les machines représentent actuellement une valeur considérable. Pour cette raison, et à supposer même que, par suite du progrès scientitique, le renouvellement intégral de cet outillage vînt à s’imposer, une semblable transformation ne pourrait guère s’opérer du moins que graduellement et à mesure que le permettrait ramortissement de l’outillage antérieur. Il est donc peu probable que la production industrielle connaisse à nouveau, du fait des machines, une crise de maind’œuvre analogue à celle qui a marqué la première moitié du XIX® siècle.