LA LIBERTÉ DU TRAVAIL
h;.). Dil'I'émils réqiines (l’oryaiii'^alioii du (ravail. ^^La liberté du travail est le droit reconnu à tout individu de choisir sa profession et de l’exeicer à sou gré, soit comme entrepreneur en courant les i-i.-^ques de la production, soit en qualité d'oiu'rier ou d'emplové en louant ses services moyennant salaire. L organisation de la production fondée sur le principe de liberté du travail porte le nom de « régime de libre concurrence ». Elle est toute spontanée et résulte de conventions librement conclues entre les producteurs sous l’impulsion de l'intérêt personnel et en
dehors de toute coercition légale.
Historiquement, le régime de libre concurrence a été précédé par une série de régimes de contrainte et de réglementation qui ont porté divers noms : esclavage et servage, régime des castes et régime des corporations. Certains de ces régimes ont laisse des traces ; d’autres subsistent encore partiellement (lans divers Etats. En France, depuis la Révolution, la production s opère sous le régime de libre concurrence. li’apidication de ce régime comporte d’ailleurs un certain nomlire de restriction.s et de tempéraments, sous la forme notamment de monopoles et de dispositions législatives réglementant soit l’exercice de diverses professions, soit les rapports contractuels qui s’établissent entre les
facteuTfi rte la prortuction.
SECTION I
nÉVKLURPKMKNT HISTOHIOl E Dl PRINCIRK DK KIIÎKHTK
in TRAVAIL
DU». L’eselavajje et le servage ‘ . — L’esclavage est un fait universel dans le monde antique. Son existence et son maintien s’expüquaient alors par une considération d’ordre économique, le préjugé courant qui faisait con.sidérer le travail industriel comme
Cauwès. Cours d' Economie politique, 3® édition, t.
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PFiKMlERK PARTIE.
< HAPITRK III
indigne des hommes libres. Il tant, ]>ensait-on. que les esclaves produisent toute la vai’iété de richesses nécessaire pour que les citoyens puissent consacrer leur temps aux affaires de la Képublique et à la défense de son territoüe. T.e travail étant exclusi' vement, — ou à peu près — une œuvre servile, l’esclavage devient une institution sociale. C’est ainsi que le considèrent et le justifient un grand nombre de penseurs de l’antiquité grecque et romaine, iiristote notamment. L’esclave est une machine qui travaille jiour riionime libre; son emploi sera nécessaire tant que la navette ne tissera pas toute seule.
L’esclavage se maintient d'ailleiu s aussi longtemps qu’il parait correspondre aux besoins généraux de la société. Il disparaîtra sous l’influence d’iin facteur moral, le christianisme, et d’un facteur économique, les transformations survenues dans le monde romain au point de vue des conditions de la production. Après l’invasion des barbares, à l’esclavage succédera rapidement le servage, autre régime de contrainte, plus humain et qui x>araît mieux correspondre aux nécessités économiques de la société nouvelle.
Ti’esclavage reparaît à partir du xv® siècle, dans les colonies du Nouveau-Blonde où les peuples européens l’ont rétabli. Le climat de ces régions ne permet i)as d’y utiliser la main-d’œuvre des blancs. Les indigènes, décimés par la conquête, sont peu uombreux. Grâce à la traite, on se procurera eu Afrique les bras nécessaires poiir la mise en valeur des plantations. Des raisons économiques ex]-»liquent donc le rétablissement de l’esclavage moderne. Ce sont encore des considérations de même ordre qui, aux diverses éi)oques, régleront la situation matérielle des esclaves. Dans l’antiquité, comme aux premiers temps de l’escla v'age moderne, l'esclavage était un capital d’une réelle valeur; on le ménageait par suite et les mœmrs corngeaient parfois en sa faveur la rigueur excessive des lois. Mais lorsque, par suite du déveloijpement de l’empire i omain ou des encouragements accordés à la traite, les marchés d’esclaves sont abondamment pourvus, la concbtion de l’esclave va se trouver singulièrement aggravée. A Kome, il deviendra le jouet de la cruauté du rnaitrcÿ dans les colonies tropicales, il sera réduit à l’état de simple bétail. Les lois interviendront alors pour le ]>rotéger contre les mœurs. A Eome, ce sont les constitutions des empereurs; dans nos colonies des Antilles, c’est le Code Noir, dont la diu-eté, qui nous révolte, apportait cependant une limitation nécessaire au douvoir arbitraire et à la cruauté du maître.
LES CONDITIONS KCONOMIOrES DE LA PRODUCllON L>7
HÎ7. L’esclavage a disparu des colonies européennes au xix« siècle. Aboli jiar l’Angleterre dès 1833, il le fut par la France en 18 18 et par les autres x>euples européens à des dates plus récentes.
Il ne subsiste plus guère aujourd’hui que dans l’intérieur du continent africain où, sous une de ses formes,'la a captivité de case », il revêt d’ailleurs ordinairement les apparences d un état de domesticité assez doux. Ne pouvant atteindre complètement l’esclavage au pavs d’origine, les grandes puissances se sont préoccupées d’en arrêter le développement en proscrivant rigoureusement, sur terre et sur mer, le trafic de la traite. Tel a été notamment l’objet de l’acte général signé à Bruxelles en 1800, à la suite de la conférence anti-esclavagiste à laquelle dix-sept Etats s ‘étaient fait représenter. Comme pour l’esclavage primitif, la suppression de l’esclavage moderne ])eut être attribuée à un double facteur, économique et moral. Le facteur moral a été la campagne abolitionniste commencée dès le xvm® siècle, en France par Blontesqiiieii et les philosophes, et à laquelle, au xix® siècie, .8choelcher a attaché son nom: le facteur éeonomiiiue. la révolution survenue dans les conditions de la production ])ar 1‘emploi généralisé de l’outillage mécanique et l’es])oir de substituer fructueusement cette foriiK* de capital au travail servile.
Quand au servage, aboli en Angleterre dès le xiv® siècle, et en France à la fin du x\un®, il n'a disparu dans d‘iuiti-es Etats qu’à une date beaucoup plus récente. En Kiissie, c est en ls6l seulement que, par un ukase du tsar Alexandre II les paysans mit été émancipés du servage, moyennant d’ailleur.s le paiement aux jiropriétaires d’une indemnité dont l Etat a fait 1 aiance et qui devait lui être restituée sous la forme d’une série d annui-
IG8. Sur les résultats écononii<iues de rafïranchissement des esclaves et de l’émancipation des serfs à ré])oque moderne. 1 observation des faits conduit à porter un jugement très dilTérent suivant les circonstances dans lesquelles ces mesures sont intei-
venues.
Elles n’ont eu que des conséquences avantageuses pour la production lorsque leur application a été préparée par un régime transitoire permettant aux nouveaux affranchis de faire l apprentissage de la liberté; ou du moins, le trouble qui a pu en ré-