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Hoissanl, Lr synilictil mixli-, lH9(i

1. I liiijpi't-N’alleroiix, Histoire des corporalinn-i de métiers. I-Ssô.

168 l'RKMIÈRE PARTIE. CHAPITRE III

Le monopole reconnu aux eorporation.s le.s encourageait d’ailleiu-s à exagérer leurs prétentious et, pour les contenir dans de justes limites, il fallait que l’autorité publique recourût à la taxe. Celle-ci était le contrepoids et le correctif naturel du monopole corijoratif; aussi en usait-on largement. Les produits les plus divers étaient taxés; on taxait aussi les salaires des compagnons. D’où un mécontentement profond, d’où aussi dans la fabrication des fraudes et des sophistications souvent difficiles à prévenu- et qui donnaient lieu, lors«iu’elles étaient découvertes, à une répression rigoureuse.

Le régime des corporations était enfin très contraire au progrès industriel. Les statuts corporatifs et les règlements fixant minutieusement les procédés de fabrication et la composition des produits, il était imposisble d’appliquer aucune innovation utile. II eût fallu poiu- cela que l’inventeur iiarvînt à faii-e agréer sa découverte aux autorités de la corporation, ce qui, en la divulguant, lui eût fait perdre à lui-même le profit qu’il était en droit d’en attendre, ou qu’il obtint de l’autorité publique le droit d’exploiter le procédé nouveau, ce qui était assez rare, par suite même de l’opposition de la corimration intéressée. Aussi, un grand nombre d’inventions dont les auteurs étaient Français ne reçurent-elles tout d’abord leur application que dans d’autres pays, en Angleterre notamment où l’industrie n’était pas entravée par le régime coriioratif et revinrent-elles en France lorsque la Eévolution, en proclamant le principe de liberté du travail, eût substitué à ce régime le régime actuel de libre concurrence.

SECTION II

EXAMEN r.HITiqi’E DU RÉGIME DE LIBRE CONCURRENCE

180. Opinions divergentes eoneernant le régime de libre concurrence L — Les économistes ont, pendant fort longtemps jiroclamé les beautés et les harmonies du régime de libre concurrence. Certains, dans leur enthousiasme, allaient jusqu’à comparer l’action de la concurrence dans le monde économique à

1. Raynaud, Concurrence : lutle pour la vie ou liberté économique, dans la Herue d'Eeonorrtie politique, 1910,

LES CONDITION*’' KCONOMIOl K^ DE L.V PROUrcTION 1

celle du soleil dans la nature. Il faudrait cependant, si l’on en *

croit les adversaires de l’oi-ganisation sociale actuelle, ap}x>rter ,

quelques ombres à ce brillant tableau. Nous sommes ainsi amenés à rechercher quels sont les avantages et les inconvé- *

nients de ce régime tant vanté par les uns, tant décrié par les ;

autres. j

181. Avanlagos attribués an régime de libre concurrence b — 1-

La concurrence est, dit-on, le meilleiu- régulateur, le seul |

régulateur naturel de la production. Elle a pour etfet de maintenir celle-ci au niveau des besoins et de répartir convenable- i

ment le^i indivndus entre les divers emplois oûerts à leur acti- -j

vité. La concurrence peut remplir cette double fonction régu- ï;

latrice grâce aux indications que foTirnissent les mouvements des prix. Lorsque, dans une branche de la production, les prix ; B

baissent, c’est la preuve que les produits sont surabondants, par rapport aux besoins. La conséquence prochaine de cet état ’ |

de choses, si on n’y prend garde, sera la baisse des profits et |

des salaires. Le capital et le travail ainsi avertis se détourneront J

de cette branche de la production pom- se porter vers d’autres emplois moins encombrés. Si, à l’inverse, une hausse des prix T

venait à se manifester, travail et capital seraient attirés par b

l’espoir d’un taux élevé de rémunération.

Dans l'un et l’autre cas, les indications des prix sous un régime l

de concurrence agissent efficacement pour rétablir l’équilibre eutre la production et les besoins de la consommation, en por- i

tant le travail et le capital vers les emplois où ils sont désirés, en les détournant des branches de la production où ils sont sura- |

bondants. C’est grâce à cette fonction régulatrice de la concur- ?

rence, qu’en dehors de toute intervention de l’autorité publique I

on voit les plus grands centres de population toujours approvisionnés suffisamment des produits correspondant aux besoins J

les plus divers. Les indications des prix sous un régime de j

concurrence assurent ce résultat bien mieux que ne pour-

raient le faire, sous un autre régime, les statistiques dressées j

avec le plus de soin. j

2° La concurrence est trC favorable au progrès industriel |

et elle a pour conséquence le bon marché des produits. Sous ^

1. V. 1 oroy-Heaulien, Traité tVEconomie politique. 3' cditiun, t. I p. ^39. \

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t’HKMIKRlL l'VItTn;. — - riIUMlRK ni

un régime de libre concurrence, tous les producteurs sont intéressés à perfectionner leurs iirocédés de fabrication et à abaisser leurs prix afin d attirer la clientèle. Chacun d’eux s’einpres" sera d’utiliser les découvertes pouvant avoir pour résultat de réduire son prix de revient au-d«*ssous de celui de ses concurrents, ou, à égalité de prix, d’améliorer la qualité de ses produits. Il y trouvera son compte; la société également,, car les progrès industriels ne tardent jamais bien longtemps à se vulgariser dans leirr application. La concurrence récompense l’effort et le mérite; elle se charge, en retour, de châtier l’inertie et lu routine. Sous un régime de libri* concurrence, une entreprise ne peut impunément .se laisser distancer quant aux conditions techniques de la production, et l’homme que lesr ha.sards de la naissance ou de la fortune auraient placé trop haut ne saurait se maintenir longtemps à la place usurpée. La concurrence est, au point de vue social, un excellent instrument de sélection.

IU2, (]rili(|ue.«i adressées au réqiiiie de libre eoiieiirrence *. — 1“ On conteste les mérites de la concurrence comme régulateiu de la production. De nos jours où, pour un grand nombre de produits, le marché est devenu international, mondial même, les ruptures d’équilibre entre la production et les be.soins de la consommation sont fréquentes. Il ne saurait en être autre-’ ment, dit-on; comment proportionner en effet la production à des débouchés dont il est impossible de connaître exactement l’étendue, non seulement parce qu’elle est con.sidérable, mais parce cpi’elle se modifie sans cesse, à raison même de la concurrence internationale et des changements apportés par les divers Etats dans leur législation douanière. Il est d’autant plus difficile aux producteurs de calculer exactement leurs débouchés qu’ils ont ce,s.sé d’être, comme autrefois, en rapporfs directs avec les consommateurs. Ils travaillent aujourd’hui pour des intermédiaires, pour des spéculateurs qui, eux-mêmes, ne mesurent pas toujours exactement leurs commandes aux besoins, parce que leur rôle consiste en grande partie, non seulement à tenir compte des besoins actuels, mais à pressentir et à provoquer de nouveaux besoins. Si ces intermédiaires se trompent dans leurs prévisions, ils donnent à la production une impul-

I. Courfi d' Econumie pulUifuii', 4* édition, t. I, pp. IMO el ssiiiv.

LES CONDITIONS ÉCONOMIOCES DE L.\. PUODCCTION 1/1

sion trop vive ou trop lente; d’où une crise. L éqmlibre pouvait être maintenu entre la production et les besoins lorsque le marché avait un caractère local et que la coiicuireuee était restreinte. Alors, chaque producteur connaissait personnellement la clientèle et i>ouvait calculer ses débouchés. Cela est devenu impossible depuis i[ue le marché s'e.st étendu et que la concurrence est devenue une force sans frein.

«Juant aux indications fournies par les mouvements des prix sous un régime de libre concurrence, elles peuvent bien sans doute renseigner sur l'existence ou sur 1 ajiproche de la crise, mais elles sont impuissantes à la prévenir et à l’arrêter. 11 ne faut pas oublier, en effet, que le capital et le travail ne peuvent se déplacer facilement et immédiatement entre les diverses natures d’emplois dont ils sont susceptibles. Sous certaines formes le capital engagé dans l’industrie ne saurait sans graves pertes en être dégagé. La mobilité du travail est elle-même contrariée par diverses causes, notamment ]>ar les habitudes des travailleurs et par leurs intérêts de famille’. Ce n'est qu’à la longue, et alors que la crise aimi eu tout le temps de faire sentit ses effets nuisibles, tjue le capital et le travail pourront .se détourner de l’industrie encomlirée pour se porter vers de nouveaux emplois plus rémunérateurs. En attendant, la concuirence, dont le développement même est la cause directe de la crise, n’aura pu fournir aucun moyen efficace ni de la prévenir ni même de l’enrayer.

2” Le rôle de la conciuTcnce est tout aussi imparfait lorsqu’il s'agit de répartir les hommes entre les divers emplois qui s’offrent à leur activité. Ou a bien des fois signalé la multiplicité excessive de.s détaillants dans certaines branches du commerce de l’alimentation, et l’encombrement des carrières ilites libérales. Sous un régime de libre concurrence on voit les fonctions les plus importantes et les plus utiles, tels le.s travaux de l’agriculture, désertées alors qu’il y a pléthore de candidats aux fonctions publiques, même aux plus modestes.

30 Si la concurrence amène le lion marché des produits elle nuit, en retour, à leur bonne qualité. Poiu’ parvenir à abaisser le prix de revient, condition de succès dans la concurrence, les producteur, s sont incités à sacrifier la qualité de la matière ]ire-

l. V, plus haut, 91 et 119.

l•lu■:M!Kl!K l■Af^II.. — r.tiAi'i ri!i-; in

mière. Parfois aussi la ((mciuTfnf»' n amfnie pas seukanent la médiocrité des produits, elle entraîne la fraude sur leur nature et sur leur composition. Les consommateurs peuvent ainsi se trouver gravement lésés.

d® La concurrence d'ailleurs ne crét‘ pas toujours et nécessairement le bon marcké, comme paraissent le su})poser ses partisans. Parfois même elle })eut entraîner la cherté La preuve en résulte de divers exemples, dont l’un des plus connus est fourni ])ar le commerce de la boulangerie. En France, jusqu'en 18dd, ce commerce faisait l'objet d’une réglementation minutieuse; le nombre des établis.s(‘ments. notamment, était limité. Or, depuis qu'on a substitué à cette organi.sa tion un régime de liberté eornplète, le prix du j)ain s'est sensiblement élevé. La concu)renc('. au lieu d’engendrer le bon marché, a produit la cherté. Ce résultat s’explique d’ailleurs assez aisément. L’accroissement de la consommation ne s'est pas opéré pour le pain, après 1863, dans des proportions aussi fortes que raccroissement du nombre des boidangeries. Par suite, chaque établissement a vu diminuer sensiblement sa production moyenne et, les frais généraux demeurant constants, il a fallu pour conserver un chiffre suffisant de bénéfices élever le prix des produits.

5° Le régime de libre concurrence est nuisible aux classes ouvrières. Il constitue pour le peuple, suivant l’expression de Louis P>lanc ^ un « régime d’extermination ». Puisque l’abaissement du prix de revient, permettant l’abaissement du prix de vente et l'extension de la clientèle, est sous le régime de con eurrence la condition essentielle du succès, les chefs d’entreprise sont amenés par leur intérêt même à le chercher dans une réduction du taux des salaires, c’est-à-dire dans la misère des ouvriers. Les spéculations sm’ lessalaii'cs sont d’aillem's favorisées par la concurrence excessive que les ouvriers eux-mêmes se font sur le marché du travail.

D’autres inconvénients, d'après de Sisinondi^ résulteraient encore de la concimrence irour les classes ouvrières, notamment la prolongation de la durée du travail, l’utilisation à bas prix des forces de la femme et de l’enfant. Tous les abus qui nuisent à la santé physique et morale des ouvriers auraient pour cause pre-

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