‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 81 sur 568 · lonceiUration dans riiidiisirie manufacturière b · texte numérisé non relu

lonceiUration dans riiidiisirie manufacturière b

L’examen des statistiques relatives soit à l’industrie manufacturière dans son ensemble, soit à quelques-unes seulement des branches de cette industrie, révèle un mouvement assez accentué de concentration. En Allemagne, pour l’ensemble de la production industrielle, si l’on compare les statistiques relatives aux années 1882, 1895 et 1907, on constate qu’entre ces trois dates le nombre des établissements décroît d’une manière continue (2.080.000 eu 1907, aulieu de2.147.000enl895et2.270.000 en 1882) et cette réduction numérique affecte exclusivement les petites exploitations. D’autre part et corrélativement, la répartition du personnel se modifie dans un sens favorable aux grandes exploitations (plus de 50 ouvriers) qui, en 1907, occupent 49 % de la iiopidation active, contre 40 % en 1895 et 30 % 1882. Diminution absolue et proportionnelle du nom-

bre des petits établissements, augmentation de la puissance productive des grandes exploitations, tous les indices de la concentration se trouvent réunis.

I. \'. ï»oiir Ifs slalisU<|iies ulilW‘es <lans ce premier paragraphe les études de MM. l'onlaine, Mardi, Sayous, de Hou.siers et Weiss, dans Touvrage intitulé La amceniralion des entreprises industrielles e! commerciales, 1913. — - V. également Bourguin, Les systèmes socialistes et révolution économique, annexes: — Bulletin de rOffice du travail (octobre !91 1 ), recensements professionnels ou industriels effectués en tlivers pays vers 190ü.

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LA CONCENTRATION DE LA PRODUCTION

Mêmes constatations pour la France b De 1896 à 1906, dans l’ensemble de la production industrielle, le nombre des établissements occupant au moins un salarié a un peu augmenté (632.000 en 1906 contre 603.000 en 1896); mais cette augmentation numérique totale coïncide avec une diminution numérique proportionnelle des petites entreprises. La proportion numérique des exploitations occupant de 1 à 5 ouvriers décroît en effet de 27,7 à 24,6 % et celle des établissements occupant de 6 à 10 ouvriers, de 7,8 à 7,2 %, alors que cette proportion s’élève, pour les établissements occupant plus de 10 ouvriers, de 64,5 à 68,2 %. De plus, le nombre des très grands établissements, occupant plus de 500 ouvriers, n’a cessé de s’accroître (611 en 1906, contre 441 en 1896 et 133 en 1840). 11 y a donc bien concentration. Cette conclusion est confirmée par l’examen des chiffres relatifs à la répartition du personnel ouvrier. En 1906, les 7/10 de la population ouvrière travaillent dans des établissements occupant chacun plus de 10 salariés. On estime, d’après des données qui, pour le passé, ne peuvent il est vrai prétendre à une certitude rigoureuse, que la proportion du personnel de l’industrie a passé, pour les établissements occupant au moins 50 ouvriers, de 26 % en 1840 à 45 % en 1896 et 49 % en 1906.

Les statistiques anglaises concernant l’industrie textile dénonceat, dans cette branche importante de la productioa manufacturière britannique, une concentration très accentuée.

Les statistiques américaines fournissent des renseignements plus complets. Dans l’ensemble de la production industrielle le nombre des établissements a sensiblement augmenté de 1850 à 1900 (512.339, au Ueu de 123.025), mais la puissance moyenne ' des diverses entreprises s’est également accrue d’une manière considérable. Le capital moyen passe en effet, par établisse-, ment, de 4.335 dollars en 1850, à 19.196 en 1900; le nombre moyen des salariés, de 7 à 11 ; la valeur moyenne de la production annuelle par établissement, de 8.283 dollars à 25.399, et le mouvement de eoncentration semble s’être encore accentué au cours des dix dernières années. La concentration s’est manifestée surtout dans certaines branches d’industrie, dans l’industrie du fer et de l’acier notamment, où la moyenne par

l. Lucien March, La concentration dans les inniislries de fabricalion.

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établissement passe, pom* le capital, de -16.716 dollars en 1850à 858.371 en 1900, pour le nombre des salariés, de 53 à 333, poiu' la valeur de la production, de 43.650 dollars à 1.203.545 b

203. Coucentralion dans l'industrie commerciale et dans rindustrie des transports b — Dans rindustrie commerciale, la tendance à la concentration est également révélée par l’examen des statistiques. En Allemagne, le nombre total des exploitations commerciales a sensiblement augmenté, mais ce phénomène s’est manifesté surtout pour les moyennes et les grandes exploitations. De 1882 à 1895, dans le commerce et les transports, que les statistiques allemandes ne séparent pas, l’accroissement munérique des petites entrejirises a été de 33,9 % contre 85,7 % pour les moyennes exploitations et 107,3 % pour les grandes. Ce mouvement de concentration s’est encore accentué depuis 1895. Entre cette date et 1907, en effet, le nombre des petits établissements commerciaux n’augmente que de 33,1 % alors que celui des moyens et des grands établissements s’élève de 55 et de 1 94,6 %. Corrélativement, la répartition du personnel occupé s’e.st modifiée dans un sens favorable aux moyennes et aux grandes exploitations. L’augmentation proportionnelle de ce personnel a été, pour les moyennes exploitations, de 94 % entre 1882 et 1895 et de 68,9 % enti'e 1895 et 1907, et, pour les grandes exploitations, de 137,8 % entre 1882 et 1895 et de 204,6 % entre 1895 et 1907, tandis que le personnel des petites exploitations commerciales ne s’élevait entre 1882 et 1895, que de 48,9 % et entre 1895 et 1907, de 36,3 %.

En France, les statistiques accusent également une augmentation du nombre absolu des exploitations commerciales. Il s’élève, pour les établissements occupant un personnel salarié, de 250.000 en 1896, à 278.000 en 1906. Cette augmentation

. 1, La tendance à la concentration est encore accentuée, dans les entreprises industrielles, par la pratique financière qui consiste, au lieu de distribuer les bénéfices annuels sous forme de dividendes, à en conserver la plus grande partie pour augmenter progressivement le capital social, sauf à dédommager les actionnaires par la remise d’actions nouvelles émises à un cours avantageux ou même gratuitement, Cette « politique des réserves », très pratiquée par l’industrie allemande, a reçu en France même, au cours des dernières années, un certain nombre d’applications. — V. Denys Prunet, La politique des réserves dans les sociétés allemandes par actions, thèse, 1919.

2. V. Bourguin, annexe 1, et Sayous, Le mouvement de concentration dansle commerce de détail.

LA CONCE.NTRATION DE LA PRODL CTION 201

numérique se traduit d’ailleurs, au point de vue proportionnel, d’une manière très différente suivant l’importance des entreprises. Le pourcentage se trouvée relevé pour les établissements occupant plus de 10 salariés (34,1 % au lieu de 32,1); il e.st, au contraire, abaissé pour les établis-sements occupant de 1 à

5 salariés (54,4 % au lieu de 55,6) et pour ceux occupant de

6 à 10 salariés (11,5 % au lieu de 12,3). Le nombre des très grands établissements (occupant plus de 500 personnes) s’élève sensiblement (26 en 1906, contre 15 en 1896) et, parmi ces établissements, 7 occupent en 1906 plus de 2.000 employés chacun, contre 3 en 1896. Ces observations sont d’autre part eonfii’mées par l’examen des cliiffres relatifs à la ré^^artition du personnel entre les diverses catégories d’entreprises. Il y a donc eu concentration, mais beaucoup moins sensible qu’en Allemagne. On peut même observer depuis quelques années un mouvement de réaction qui rendrait aux petites exploitations commerciales, aux dépens des moyennes principalement, une

* partie du terrain qu’elles ont perdu.

Dans un certain nombre de pays, en France, en Allemagne,

. en Angleterre, aux Etats-Unis, la concentration commerciale se manifeste, soit sous la forme de « grands magasins » réunissant dans leurs multiples rayons les branches les plus diverses du commerce de détail, soit, particulièrement pour les commerces relatifs à l’alimentation, sous la forme de puissantes entreprises, plus ou moins spécialisées, multipliant leurs succursales et leurs correspondants^. Certains Grands Magasins, le Bon Marché ou le Lountc par exemple, font annuellement un chiffre d’affaire égal ou supérieur à 150 millions de francs. Et ces chiffres sont encore dépassés par ceux de certaines entreprises commerciales étrangères, telle la maison ’Whiteley, à Londres, qui se charge de fournir à sa clientèle les moyens de satisfaire les besoins les plus divers, alimentation, vêtement, logement, distractions même.

Dans le commerce de banque, la concentration s’est opérée d’une manière particulièrement sensible. En France, 4, ou 5 grandes sociétés de crédit possédaient en 1914, un capital total supérieur à un milliard de francs et recevaient des dépôts

1, Pierre Moride, Les maisons à succursales multiples, 1913; Nogaro et Oualid, L'évolution du commerce, du crédit et des transports depuis cent cinquante ans, 1914.

l’RKMIÈRK PARTIE. CH.VPITRE IV

pour une valeur cinq fois plu.s considérable. A côté d’elles, de juiissantes banque.s d’affaires, dont le capital total représente plusieurs centaines de millions, alimentent les grandes entreprises industrielles et facilitent leur développement. En Angleterre, 45 grandes banques par actions possédaient en 1914, un capital suiiérieur à quatre milliards de franes et le nombre de leurs succursales dépassait 5.000. En ^yiemagne, c’est également par milliards que se chiff re rimportance financière des grands établissements de crédit. I^e capital des neuf grandes banques berlinoises^ s’élevait, en 1910, à 1.200 millions de marks, sans compter .400 millions de marks pour les réserves. L’une d’elles possédait à elle seide, capital et réserves compris, une valeur supérieure à .300 millions de marks. Au.v Etats-Unis, la concentration est, au contraire, beaucoup moins avancée dans le commerce de banque. On comptait dans ce pays, en 1909 environ 15.000 banques possédant un capital total supérieur à 4 milliards 300 millions de francs. Dans ce nombre, moins de 4 % avaient un capital supérieur à 1.250.000 francs; trois banques seulement possédaient chacune plus de 25 millions de francs.

La concentration s’est d’ailleurs opérée d’une manière différente suivant les Etats ^ En France et en Angleterre, elle a eu pour conséquence la disparition d’un grand nombre de banques locales, qui n’ont pu ré.sister à la concurrence des sociétés de crédit et de leurs succursales. En Allemagne, la concentration s’est traduite par l’absorption des petites banques dans les grandes ou par leur association avec les établissements de crédit plus puissants.

Au cours de ces dernières années, le nombre des grandes banques de dépôts anglaises a encore diminué, par suite de fusions ou d’amalgations, et la jmissance financière de celles qui subsistent s’est trouvée, de ce fait, considérablement augmentée.

204. Dans l’industrie des transports, l’existence de la concentration n’est pas moins évidente que dans le commerce et dans l’industrie manufacturière. Elle se manifeste, notamment en France, sous la forme d’un petit nombre de puissantes Compa-

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