L influence des niaehines sur l’état intellectuel des
«uvriers. Nous venons de dire que la machine formait et disciplinait 1 ouvrier. On lui a pourtant reproché le contraire On 1 a accusée d’abétir l’ouvrier, en condamnant, par exemple, un homme à faire toute sa vie la même tête d’épini^le en
meme temps que de l’appauvrir en supprimant une partie de la main-d’œuvre. r
Le premier reproche provient d’une vue étroite. Il y a eu es déplacements, mais il n ’y a pas eu diminution de l’effort intellectuel dans le travail, même dans le travail manuel • au contraire (voir § 20). Sans doute, dans certaines industries, les longs apprentissages par lesquels on apprenait à fabriquer toute la diversité des produits d’une même industrie ne sont .plus aussi nécessaires, parce que la division du travail (dont nous parlerons plus loin) a amené la spécialité. Sans doute aussi, un ouvrier ordinaire, la machine
aidant, suffit souvent là où auparavant un ouvrier habile était necessaire.
Mais tous les ouvriers qui travaillent avec des machines ont besoin de plus d’activité, jiaree que la machine va très vite et qu il faut aller aussi vite qu’elle pour s’en servir.
es machines sont des outils très compliqués et savantsleur fabrication implique une dépense dmtelliqence jjlus grande chez les ouvriers qui les ont produites que la fabrication des simples outils dont on se contentait auparavant Souvent aussi leur emploi exige plus dmtelligence : il est
LE CAPITAL h3
j évident, par exemple, que la bonne femme qui file la quenouille dépense moins d’activité et fait preuve de moins I d’intelligence que l’ouvrier qui conduit un métier renvideur, surveille les 800 broches et rattache les fils cassés avec une telle dextérité qu’on a à peine le temps d’apercevoir ce qu’il
fait.
Enfin il ne faut pas omettre le service que la machine a rendu en contribuant à la diminution des heures de travail pour un certain nombre d’industries, grâce à une production abondante dans un temps court et à l'augmentation des salaires : deux résultats qui donnent à l’ouvrier, s’il le veut, le loisir et le moyen de développer son intelligence par
l’instruction.
Ces lois d’harmonie n’impliquent pas que les machines soient pures de tout inconvénient. Car, d’une part, l’assiduité qu’elles exigent cause quelquefois une grande fatigue à l’ouvrier et, quoique les heures de travail aient diminué dans certaines industries, la multiplication des machines, capital coûteux qu’il importe de laisser le moins possible improductif, exige, en général, une plus grande dépense d’activité de la part des travailleurs ; d’autre part, l’usage de machines-outils travaillant automatiquement diminue parfois l’habileté manuelle, de sorte qu’il est plus rare aujourd’hui qu’autrefois, dans certaines industries, de rencontrer des ouvriers capables d’exécuter une certaine diversité de travaux ou de donner le dernier fini à leur ouvrage.
3S. I.'iiifluencc des machines sur le «léplaeement des intérêts. — Examinons le second reproche. En procurant une économie sur le produit et un bénéfice à 1 entrepreneur, serait-il vrai que les machines fissent la ruine de 1 ouvrier remercié et qu’elles eussent pour résultat dernier 1 enrichissement des riches et l’appauvrissement des pamres? H y a un demi-siècle, Sismondi a porté contre elles cette accusation que d’autres, après lui, ont répétée et exagérée. L examen de deux des notions élémentaires de 1 économie politique suffit pour dissiper le lanterne :
1“ C’est avec des produits que les produits s’achètent. Partant, plus chaque producteur produit dans sa journée.
il!
plus est grande la quantité de choses utiles qu’il peut vendre e^t acheter et, par suite, consommer comme rémunération de son travail journalier.
2» Le eapilal nail de l’épargne. Or, le capital est le fonds qui alimente les salaires. Parlant, les bénéfices supplémentaires faits par le patron avec une raacliine nouvelle, avant chance d etre capitalises au moins en partie, procureront du travail a des salaries, soit dans la même industrie, à laquelle
le bon marehe des produits ouvrira des débouchés plus étendus, soit dans une autre industrie.
C’est ce que Bastiat, dans un passage souvent cité de ses pamphlets, a clairement expliqué par l’exemple suivant :
« Jacques Bonhomme avait deux francs qu’il faisait gao-ner a deux ouvriers. Mais voici qu’il imagine un arrangement de cordes et de poids qui abrégé le travail de moitié. Donc il obtient la meme satisfaction, épargne un franc et congédie un ouvrier. Il congédié un ouvrier, c’est ce qu’on voit Mais derrière la moitié du phénomène qu’on voit, il y a 'l’autre moitié qu’on ne voit pas. On ne voit pas le franc épargné par Jacques Bonhomme et les effets nécessaires de cette éparime. Puisque, par suite de son invention, Jacques Bonhom^me^ ne dépense plus qu un franc en main-d’œuvre à la poursuite d une satisfaction détérminée, il lui reste un autre franc. Si donc il y a dans le monde un ouvrier qui offre ses bras inoccupés, il y a aussi dans le monde un capitaliste qui offre son franc inoccupé : ces deux éléments se rencontrent et se combinent et il est clair comme le jour qu’entre l’offre et la demande du travail, entre l’offre et la demande du .ala rf le rapport n est nullement changé. L’invention et un ouvrL; paye avec le premier franc font maintenant l’œuvre qu’accomplissaient auparavant deux ouvriers. Le second ouvrier navé avec le second franc, réalise une œuvre nouvelle. Qu’y a-HI donc de changé dans le monde? II y a une satisfaSion nouvelle de plus, en d autres termes, l’invention est une con quête gratuite un profit pour l’humanité... Elle donne pour
résultat definitif un accroissement de satisfaction à trav.il égal. » ^«vuix
« Qui recueille cet excédent de satisfaction? C’est d’abord
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l’inventeur, le capitaliste, le premier qui se sert avec succès de la machine, et c’est là la récompense de son génie et de son audace. Dans ce cas, ainsi que nous venons de le voir, il réalise sur les frais de production une économie, laquelle, de quelque manière qu’elle soit dépensée (et elle l’est toujours), occupe juste autant de bras que la machine en a fait renvoyer. Mais bientôt la concurrence le force à baisser son prix de vente dans la mesure de cette économie elle-même. Et alors ce n’est plus l’inventeur qui recueille le bénéfice de l’invention, c’est l’acheteur du produit, le consommateur, le public, y compris les ouvriers, en un mot l’humanité. Et ce qu’on ne voit pas, c’est que l’épargne, ainsi procurée à tous les consommateurs, forme un fonds où le salaire puise un aliment qui remplace celui que la machine a tari. »
Le fait est d’accord avec la théorie et tranche le débat. Car la statistique constate que nulle part les ouvriers ne sont en plus grand nombre que dans les contrées où il y a beaucoup de machines et que, d’une période à l’autre, leur nombre augmente en même temps qu’augmentent les machines. En France notamment, les départements qui ont le plus de machines à vapeur, comme le Nord, le Pas-de-Calais, le Rhône, la Seine-Inférieure, la Seine, sont ceux qui, avec une population déjà dense, voient cette population augmenter le plus d’un recensement à l’autre et sont aussi ceux où les salaires ^ sont d’ordinaire le plus élevés.
Il faut donc dire d’une manière générale : les machines attirent et multiplient les ouvriers.
Ceci ne veut pas dire que l’introduction d’une machine nouvelle dans une industrie ne puisse, comme toute modification d’un ordre quelconque dans l’économie sociale, causer momentanément un trouble général et même porter un préjudice définitif à certains intérêts particuliers. Cependant la révolution économique se fait presque toujours lentement, parce qu’un nouvel outillage est coûteux à établir et qu’on se sert — à tort le plus souvent — de l’ancien aussi longtemps qu’on peut résister, parce que tous les entrepreneurs n’accomplissent pas le changement au même moment, et que les ouvriers ont des années devant eux, les anciens pour
chercher peu à peu d’autres ateliers, les nouveaux pour ne pas entrer dans l’industrie menacée. D’ailleurs il est faux de croire que le préjudice, lorsqu’il y en a un, n’atteigne que les salariés.
Les plus agiles à se déplacer sont ceux qui souffrent le moins d’une crise de ce genre, parce qu’ils vont promptement chercher fortune ailleurs.
Les capitaux circulants sont le plus favorisés à cet égard; ils peuvent se dégager promptement, non sans blessure toutefois, et chercher un autre placement.
Les entrepreneurs et les ouvriers viennent ensuite. Cependant il est vrai de dire que les uns et les autres, quand ils sont vieux ou quand ils ne sont pas suffisamment actifs et intelligents, sont condamnés à voir la source de leur revenu diminuer ou tarir, et exposés quelquefois à tomber dans une misère imméritée.
Les capitaux fixes sont les plus maltraités, quand la machine inventée est de nature à renouveler la face d’une industrie.
Exemple. Quand les chemins de fer ont remplacé les diligences, les conducteurs et courriers ont eu à traverser des jours difficiles; cependant aujourd’hui la circulation, étant au moins dix fois plus active qu’elle n’était il y a trente ans, emploie pour le moins trois ou quatre fois plus de personnes et fournit à la majorité d’entre eux de meilleurs salaires. Mais les auberges des grandes routes délaissées ont été ruinées, et ce sont d’autres capitaux qui ont servi à édifier les nouveaux hôtels dans les villes.
36. Le capital circulant. — L’atelier d’imprimerie, dont nous avons formé le capital fixe, n’est pas encore en activité. Pour l’y mettre, il faut que le patron ait du travail à exécuter et, pour l’exécuter, des travailleurs sous ses ordres et des matières premières dans son magasin. Ces travailleurs, au nombre desquels il se place lui-même en première ligne, ont des fonctions différentes; les uns au bureau, désignés sous le nom d’employés; d’autres à la machine à vapeur, d’autres aux casses, aux presses, chaufleurs, compositeurs, tireurs, etc., désignés sous le nom d’ouvriers; d’autres distri-
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huant, surveillant, révisant le travail, sous le nom de contremaîtres ou de protes. Patron, employés, ouvriers, contremaîtres dépensent chaque jour pour vivre; le premier dépense un argent qu’il prend dans sa caisse pour ses frais de maison; les autres, un argent qu’ils ont reçu chaque mois ou chaque semaine à titre à' appointements ou de salaire et qui est tiré de la même caisse. Cette caisse contient du capital, et du capital qui commande, au premier chef, le travail, puisqu’il fournit Ventretien de tous les travailleurs.
Ce n’est pas du capital fixe. Chaque mois, ce capital est entièrement consommé, on pourrait dire chaque jour, si la paye avait lieu chaque jour. Il faut donc, si l’opération n’a pas été mal conduite, qu’e/ se retrouve tout entier dans le produit obtenu chaque jour ou chaque mois : c’est le caractère distinctif du capital circulant.
C’est donc par conséquent au capital circulant qu’on doit attribuer tout ce qui, étant consommé entièrement dans un court espace de temps, doit se retrouver entièrement dans un ou plusieurs produits, par exemple la houille qui fait marcher la machine à vapeur, l’eau dont l’industriel paye la concession, l’encre, le papier, toutes les matières premières en un mot.
Il est bon ici de faire une distinction ; l’encre et le papier sont véritablement des matières premières^ qui se retrouvent en substance dans la feuille imprimée. Mais nous y chercherions vainement la houille, l’eau, l’huile avec laquelle on a graissé les rouages des presses, le gaz qui a éclairé l’atelier. La dépense figure cependant aux frais généraux ; l’industriel fera bien de classer cette dépense dans un chapitre particulier, sous le titre de matières accessoires. Il ne doit négliger aucun moyen de rendre sa comptabilité parlai tement claire ; dans toute entreprise industrielle, on ne fait bien qiC à la condition de savoir exactement ce que l'on fait.
Par analogie, on peut placer dans la même catégorie les provisions de ménage, vin en cave, conserves dans l’armoire. etc., que le patron destine à sa consommation personnelle, mais à condition d’en faire un chapitre distinct ; il y a toujours un grave inconvénient à confondre les dépenses
personnelles du patron avec les dépenses industrielles de l’entreprise.
La même caisse a fourni ces sommes. Elle contient soit des espèces sonnantes, soit des billets de banque, soit des effets de commerce, soit de simples créances par comptecourant dont le total compose le fonds de roulement. A mesure qu’elle se vide d’un côté pour fournir aux frais des opérations présentes, elle se remplit d’un autre côté par les sommes que les acheteurs versent en payement des opérations antérieures.
Elle est le réservoir du capital circulant.
Lhabileté commerciale d'un industriel consiste en grande partie à savoir bien régler le double mouvement d" entrée et de sortie des fonds de sa caisse.
Il est en effet entre deux dangers. S’il exagère la sortie, la caisse est bientôt à sec, et il est réduit à interrompre ses opérations commencées, peut-être à faire faillite. S’il exagère l’entrée, c’est-à-dire s’il recouvre ses créances sans engager de nouvelles affaires , il laisse son capital improductif et manque à gagner; or, précisément,’ il ne s’est fait entrepreneur d’industrie qu’en vue de faire produire un capital.
Dans les rentrées, il importe de savoir faire à chaque chapitre sa part. Tout n’est pas du capital circulant. Il faut restituer au capital fixe tout au moins ce qu’il a donné, sous peine de voir le fonds industriel bientôt réduit à néant (voir § 30). Si l’industriel veut 's’agrandir, acheter des machines, construire des bâtiments, il ne doit pas le faire aux dépens du capital circulant, mais au moyen de bénéfices bien liquides ou de sommes empruntées; car on ne doit jamais perdre de vue que d’ordinaire, pour faire utilement valoir un capital fixe que Von double, il faut au moins ti'ipler son capital circulant. Cependant, certaines industries, travaillant surtout à façon pour d’autres industries, emploient plus de capital fixe que de capital circulant.
En résumé, le capital circulant dune entreprise corn-
fonds de roulement qui se compose de monnaie, de papiers de crédit et de créances et qui, comprenant le
prend lo L
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fonds des salaires, destiné au payement des salariés, une partie du fonds de consommation du patron, fournit les sommes nécessaires à V entretien de tous les travailleurs, et fournit, en outre, aux frais généraux.
2° Les matières premières qui se divisent en matières premières proprement dites et en matières accessoires.
3® Les produits en fabrication, encore inachevés.
Par extension, nous y joignons les produits fabriqués, c'est-à-dire achevés et ex'istant en magasin, quoiqu’e^z réalité ils forment une catégorie à part dans l’inventaire économique de la richesse, puisqu’ils ne sont pas employés pour la production ; mais les industriels les comptent ordinairement dans leur capital.
4° La partie du fonds de consommation en nature, c'est-à-dire les provisions de ménage, les vêtements, etc.
Capital fixe et capital circulant ne sont pas séparés par une barrière infranchissable ; on voit même que les capitaux passent fréquemment d’une catégorie à l’autre, puisque la caisse fournit l’argent nécessaire pour acheter les machines , et qu’une partie de la valeur du capital fixe d’une entreprise se mobilise en quelque sorte chaque année par l’amortissement. Tel objet, qui est du capital circulant ici, devient là du capital fixe : ainsi la machine à vapeur est un produit, partant un capital circulant, chez le constructeur qui la vend ; elle est du capital fixe chez le manufacturier qui l’a achetée. On peut même dire que l’argent qui est du capital circulant pour les particuliers est une manière de capital fixe pour le pays dans lequel il circule sans être consommé, rapidement du moins.
ri On dit d’un homme qui place son argent et cherche les I meilleures combinaisons pour en tirer un intérêt à la fois sûr
1 et élevé qu’il fait valoir ses capitaux. Il s’agit dans ce cas
1 d’un capital circulant que le propriétaire engage et trans-
1 forme en capital fixe en achetant des actions ou des obliga-
I tions, c est-à-dire une part’ ou une créance dans une entre-
I prise industrielle, et qu’il dégage ensuite et ramène à l’état
J de capital circulant lorsqu’il vend ses titres.
RÉSUMÉS
L’épargne consiste à ne pas dépenser immédiatement pour la satisfaction de ses besoins personnels tout le produit de son travail ou tout son revenu.
Les deux vertus cardinales de l’économie politique sont le travail et l’épargne, que l’on peut nommer le principe créateur et le principe conservateur de la richesse.
La propriété est le droit d’user et de disposer des choses. — C’est de l’épargne que vient le plus souvent la propriété. — Son fondement premier est dans le cachet de la personnalité humaine, imprimé par le travail à la matière. — A mesure que la personne humaine vaut plus dans une société, les lois protègent plus complètement dans leurs diverses manifestations la liberté et la propriété individuelles.
Le fonds de consommation est la portion de la richesse dépensée pour l’entretien et la consommation personnelle.
Capitaliser, c’est utiliser les épargnes pour la production.
Les capitaux, étant des avances à la production, doivent être récupérés, immédiatement et en totalité, ou peu à peu et par parties sur le produit qu’ils servent à créer. — Les capitaux ne sont productifs qu’à condition d’être consommés. — Si le capital existant se transmet d’année en année, de siècle en siècle, ce n’est pas par sa conservation, mais par sa reproduction perpétuelle. .
La formation du capital intellectuel exige une dépense considérable de capitaux matériels.
LE CAPITAL 71
Le travail, dans une société civilisée, ne peut rien sans le capital ; le capital ne peut jamais rien sans le travail : ce sont deux alliés nécessaires l’un à l’autre. — Le capital alimente le travail et contribue à rendre le travail manuel moins pénible : il commande le travail. — Plus il y a de capital, plus il y a de travail.
Les machines économisent la main-d’œuvre et font le bon marché des produits ; épargnent à l’ouvrier les travaux les plus durs et rendent le travail manuel moins pénible; rendent la production plus rapide et plus abondante et, partant, accroissent la richesse; augmentent la puissance d’action de l’homme sur la nature en augmentant considérablement sa force et en lui communiquant des qualités dont ses organes n’étaient pas capables. — Elles sont, jusqu’à un certain point, une garantie contre le chômage. — Elles disciplinent l’ouvrier. — Elles exigent de l’ouvrier plus d’activité et, dans certains cas, plus d’intelligence. — Elles contribuent à l’accroissement des salaires.
Le capital fixe comprend : 1° les fonds de terre et les bâtiments ; 2“ les améliorations foncières ; 3° les frais de premier établissement, frais d’installation et mobilier d’exploitation; 4° l’outillage; 5° le mobilier personnel.
Le capital circulant comprend : 1° le fonds de roulement, à savoir fonds des salaires, fonds de consommation , frais généraux ; 2° les matières premières, matières premières proprement dites et matières accessoires ; 3° les produits , produits fabriqués et produits en fabrication; 4° le fonds de consommation en nature.
LA NATURE. LA TERRE
Sommaire. — 37. La nature. — 38. La terre. — 39. L’appropriation de la terre. — 40. L’étendue des propriétés et des cultures. — 41 . Le morcellement. — Résumés. »
STI. La nature. — La nature comprend la totalité de la matière et de la force qui existe dans le monde ; elle est le grand réservoir d’où l’homme tire les éléments de sa production. Elle lui fournil la matière^ comme l’air, l’eau, la terre, les plantes, les animaux, et les forces inhérentes à cette matière, comme la chaleur, l’électricité, le vent, le cours des rivières, la puissance végétative, l’énergie musculaire et même l’intelligence des hèles. Nous aurions pu placer l’étude de la nature en tête de l’analyse des éléments de la production, puisque la nature est la substance de toute production; mais, comme cette substance, lorsqu’elle est appropriée, se présente le plus souvent sous forme de capital, l’analyse en sera plus facilement comprise après celle du capital.
La nature fournit à l’homme la matière et les forces, tantôt en quantité illimitée ou à peu près, comme l’air que nous respirons, l’eau de la mer, et même, dans un grand nombre de cas pour les riverains, l’eau des rivières; tantôt en quantité limitée, comme le diamant ou comme la terre elle-même. Cette distinction est importante, car elle donne lieu à des phénomènes économiques très différents.
Quoi qu’il en soit, il n’entre pas dans les desseins de la divinité que ces éléments, matière ou forces, illimités ou limités, se présentent à l’homme combinés d’avance en vue de la plus grande utilité qu’il en puisse retirer. Il faut, suivant l’expression de la Bible, que l’homme mange son pain à la sueur de son front. Dans les contrées dont il n’a pas encore pris possession et où la nature domine sans partage, les ter-
LA NATURE. — LA TERRE là
rains les plus fertiles se couvrent, avec les siècles, de forêts magnifiques sans doute, mais où il est presque impossible de pénétrer autrement qu’avec la hache et où les grands carnassiers et les reptiles venimeux régnent en souverains. Dans les vallées où s’est accumulée la terre végétale, les rivières épandent leurs eaux et des marais pestilentiels couvrent l’humus qui pourrait donner les plus riches récoltes. Les fleuves abondent en poissons; mais, ici, les rives détrempées sont inabordables ; là, des animaux malfaisants en rendent les abords presque mortels. Les torrents descendent des hauteurs en grondant et en dévastant ; les richesses minérales sont enfouies dans les entrailles de la terre, déguisées sous diverses combinaisons et cachées d’ordinaire dans les régions les moins accessibles. Aussi n’y a-t-il rien de plus misérable et de plus précaire que l’existence des peuplades sauvages qui abandonnent à la nature le soin de régler la production de leur subsistance.
Au point de vue économique, les éléments naturels de la production se divisent en trois catégories :
1® Les forces non susceptibles â/être appropriées, parce qu’elles ne s’incarnent pas dans une portion de la matière et qu’elles sont en quantité illimitée, comme l’air, la lumière et la chaleur du soleil. Ne pouvant pas être appropriées, elles ne deviennent pas des valeurs, excepté dans quelques cas exceptionnels, ainsi que nous l’expliquerons plus loin. Mais elles sont des utilités, voire même des utilités de premier ordre, comme l’air que nous respirons, ou des agents très efficaces dans certaines industries, comme la lumière du soleil pour la photographie, et elles donnent léurs services' gratuitement, puisqu’on se les procure sans avoir besoin de les acheter. On peut dire en général que les forces de la nature, sans la coopération desquelles l’homme ne saurait rien produire, ne sont pas par elles-mêmes susceptibles d’être appropriées, mais que la plupart cependant le sont indirectement par l’appropriation de la portion de matière à laquelle elles sont inhérentes.
2o La matière qui, suscejitible d'appropriation, n'est pas appropriée ou reste ordinairement à F état de propriété
iii -irm’
fSSKs
74 la production
collective. Tels sont les cours d’eau flottables et navigables ; telle est la mer que certaines nations maritimes ont tenté en vain de s’approprier autrefois, mais qui cependant, dans le voisinage des côtes, est considérée comme propriété de l’Etat riverain pour des raisons économiques et politiques.
3® La matière qui est appropriée et qui., dans une civilisation avancée, a généralement le caractère de propriété individuelle.
Les deux dernières catégories sont le plus souvent réunies sous le nom de terre.
Les forces de la nature ont une telle importance pour la production que la formation des groupes de population et le développement de la civilisation sont en grande partie subordonnés à leur existence. Les zones glaciales sont à peu près désertes. La zone torride est peuplée ; mais la continuité de la chaleur et l’exubérance de la végétation y énervent l’énergie de l’homme, excepté sur quelques points favorisés d’un climat meilleur. C’est dans la zone tempérée que toutes les grandes civilisations se sont formées, et, quand on étudie l’histoire des principales contrées de cette zone, on trouve dans le climat, dans la nature du sol, dans la situation géographique de chacune d’elles des raisons de leur richesse et la preuve des rapports intimes qui existent entre le mode et le degré de développement économique des nations et les conditions physicques de la contrée qu elles occupent.