L'inipoitanee du capital dans la ppoducfioii
Quel rôle important le capital joue dans la production c’est ce qu’on comprend d’autant plus aisément qu’on vit soimeme dans une société plus riche. Un sauvage, qui n’avait que son arc, se fatiguait une journée entière pour suivre ou pour épier un bison qu’il n’atteignait peut-être pas. Un fermier, dans un pays civilisé, a dans son étable de nombreux bestiaux, bœufs et moutons, qu’il peut abattre ou vendre pour 1 abatage par douzaines. Qu’est-ce qui fait que ce dernier a des prairies aménagées, du foin en grange, des bâtiments pour abriter ses bêtes et de jeunes animaux à engraisser? Cest le capital.
Un pêcheur, seul avec son filet, malgré son habileté,
LE CAPITAL
feia une pêche moins abondante que le propriétaire qui ou\re la vanne de son étang, le dessèche et fait ramasser à pleins paniers le poisson qui avait grandi durant plusieurs années. Qu est-ce qui a permis à ce propriétaire de consacrer ainsi une vaste étendue de terre à ce genre de culture, d’y faire les travaux d’appropriation nécessaires, d’y mettre les premiers poissons et d’attendre? Cest le capital.
Voici un tiperand de campagne qui n’a pas les moyens de se procurer d’autre outil que son métier en bois, monté dans sa cbaumière, près de son lit. Dans la même vallée, son voisin, riche manufacturier, a, dans un vaste bâtiment, cent métiers que mettent en mouvement plusieurs roues hydrauliques. Le premier a peine à faire dans un mois trois pièces
une trentaine de mètres et gagne 30 sous par jour ou moins de sept sous par mètre; le second, en se contentant d un bénéfice moindre de moitié, gagne, tous les frais aetalques, Ilo francs par jour avec ses métiers qui battent , P us régulièrement et plus vite. Qu’est-ce qui lui a permis de construire ce vaste bâtiment, d’installer ces grandes roues, ces nombreux engins, ces métiers de fer et de fonte ? qu’est-ce qui lui permet d’acheter par avance de grandes quantités de fils, de payer beaucoup d’ouvriers et de garder quelquefois
pendant des mois entiers beaucoup de pièces de toile en magasin? Cest le capital.
Ce rôle bienfaisant du capital s’étend au delà de la fabrique. A qui devons-nous dans une grande ville, telle que Paris, ces approvisionnements si variés de produits de toute sorte, capables de satisfaire tous les goûts et toutes les fantaisies des acheteurs? Au capital, qui permet au marchand d emmagasiner et d’attendre. A qui devons-nous cette facilité et celte fréquence des communications dont les chemins de fer nous ont dotés et que les générations précédentes ne connaissaient pas? A la science d’abord, sans doute; mais aussi au capital qui a permis à la science de réaliser ses plans et qui, à grands frais, a aplani la route, élevé les viaucs, percé les tunnels, garni les voies ferrées d’un coûteux matériel. A qui devons-nous cette multitude de constructions qui composent nos villes et nos villages, à qui devons-
nous nos rues, nos égouts, nos routes et tous les travaux d’art de la civilisation qui constituent le fonds de la communauté? Au capital.
Pénétrons plus avant encore, jusque dans la partie de ce vaste domaine qu’on oublie souvent, parce qu’elle ne se présente pas aux regards sous une forme matérielle. Qu’est-ce qui a communiqué à l’homme civilisé cette grande puissance productive que nous admirons, dont nous jouissons et qui précisément procure un emploi fructueux à tant de capitaux matériels? C’est la science, avons-nous déjà répondu. Mais la science n’est pas une entité douée d’une existence indépendante; elle vit par l’homme et dans l’homme. C’est parce que les hommes s’instruisent (jue la science s’est formée, qu’elle se conserve et qu’elle se développe. Or, chaque jour, une grande quantité de capitaux est en quelque sorte déposée dans les générations existantes, et principalement dans les jeunes générations, sous forme de leçons données par des professeurs, d’apprentissage chez un patron, d’études personnelles; le résultat est de maintenir constamment la société au niveau des connaissances acquises et d’élever ce niveau. C’est donc encore au capital qu’est dû le développement de la force productive par excellence, celle de l’homme, aussi bien que la création des instruments de production. Nous ne ferons pas entrer néanmoins ici cet article en ligne de compte, puisque nous l’avons classé plus justement dans le chapitre du travail, sous le nom de capital intellectuel ; mais il est bon de marquer ici que la formation du capital intellectuel exige une dépense considérable de capitaux matériels.
30. I.e rôle du capital à l’égard du travail. — Le capital est presque toujours à l’origine du travail : c’est un fait qui ressort des explications précédentes. Un artisan ne saurait vivre avec son travail présent, car ce travail n’a pas encore donné un produit consommable; forgeron, cordonnier, il est évident qu’il s’entretient, pendant qu’il confectionne une barre de fer ou un soulier, avec des produits antérieurs, c’est-à-dire avec du capital. Boulanger ou cultivateur, il est exactement dans le même cas; ce n’est ni le
LE CAPITAL
pain qu’il pétrit en ce moment, ni le blé qu’il moissonne qui le nourrissent. Entre l’artisan qui travaille pour son compte
et l’ouvrier qui reçoit un salaire, il n’y a pas à cet égard de différence fondamentale; tous deux vivent sur le capital, l’un vit sur son capital, l’autre sur son salaire payé par le capital
du patron.
Dans un pays civilisé, quelque atelier que l’on visite, on voit toujours et partout le capital secondant et payant le travail en plus ou moins grande abondance. Toutes les constructions, tout l'outillage, toutes les matières premières, tous les aménagements préparatoires, tous les salaires font partie du capital. Sans lui, l’homme est pour ainsi dire nu sur la terre et n’a, pour attaquer et soumettre la nature à ses besoins, que ses mains, ses ongles et ses pieds. La bêche du cultivateur et l’aiguille de la couturière sont déjà des capitaux. Quels faibles capitaux, il est vrai, à coté de ceux que représentent nos grandes manufactures contemporaines, dans lesquelles les simples outils sont remplacés par de gigantesques mécaniques, accomplissant automatiquement la plus grande et la plus ingrate partie de la besogne, centuplant la puissance effective du travail et ne lui laissant plus pour ainsi dire d’autre peine que de régler par l’intelligence humaine l’action des forces de la matière !
De tout ceci il résulte :
Que le travail, dans une société civilisée, ne peut rien sans le capital, et que le capital ne peut jamais rien sans le travail; ce sont deux alliés nécessaires lun à l'autre;
Que le capital alimente le travail, puisqu’il paye les salaires et nourrit le producteur avant que celui-ci n’ait pu achever son produit et le transformer, par la vente, en objets propres à sa consommation personnelle ;
Que le capital contribue à rendre le travail manuel moins pénible, puisqu’il arme l’ouvrier d’outils plus perfectionnés ;
Par conséquent, que le capital commande le travail, c’est-à-dire (\u’ttucun travail ne saurait être exécuté, dans l’état actuel de nos sociétés, sans un capital préexistant ; Enfin, que la somme des travaux qui peuvent être en-
trepris est entièrement subordonnée à la somme des capitaux dispo7îibles.
Nous pouvons donc conclure en disant : Plus il y a de capital, plus il y a de travail.
31. Les capitaux proiliietifs et impeodiietifs. — Quoique le propre du capital soit d’être engagé dans la production, on se sert souvent des expressions capitaux productifs et capitaux improductifs. En effet, une fois lancée dans le mouvement industriel, l’épargne est devenue capital; mais le capital peut s arrêter de temps à autre, sans perdre sa qualité, pourvu qu’il conserve sa destination.
Exemples. Une usine, pour cause de réparation ou faute de travail, se ferme ; les bâtiments et les machines ne cessent cependant pas d’être un capital, mais ils deviennent momentanément un capital improductif. Un négociant a dans sa caisse une forte somme d’argent provenant de la vente de ses produits; il ne 1 emploie pas à racheter des matières premières, soit qu il prévoie une baisse prochaine du prix de cette matière, soit qu il redoute une diminution dans la demande du produit : son argent est momentanément un capital improductif. C’est ce qui a lieu en temps de crise ; le capital n est pas anéanti ; mais il cesse d’être en mouvement, parce qu’il n’a pas la hardiesse ou parce qu’il n’a pas les moyens de s’engager dans de nouvelles affaires.
II faut toutefois bien distinguer l’improductivité momentanée du capital de la destruction du capital. Si le négociant, au lieu d’attendre, avait dépensé en festins et en fêtes la somme d argent qu’il avait en caisse, il eût privé à jamais son entreprise et la société de la puissance qu’avait ce capital de commander une certaine somme de travail. Mais, dans 1 exemple que nous avons donné, il n’a fait que la réserver ; dès que l’occasion lui paraîtra favorable, il la fera rentrer dans la circulation industrielle, où elle exercera de nouveau et sans délai son influence.
32. Le capital fixe — Nous avons dit qu’il faut distinguer le capital fixe et le capital circulant. Cherchons à nous rendre compte de la nature de l’un et de l’autre, en prenant encore un exemple, celui d’une imprimerie.
LE CAPITAL
Avant de s’installer dans le local qu’il a loué, l’imprimeur a dû le faire disposer pour y placer commodément son atelier de composition, ses presses, sa machine, ses bureaux : ce sont des frais d' aménagement , relativement considérables, qu’il ne peut récupérer que par un lent amortissement. Le local prêt, il a fallu qu’il achetât une machine à vapeur, qu’il la fît poser dans l’établissement avec les transmissions nécessaires, qu’il munît ses ateliers de presses, de tables, de casses : ce sont les frais du mobilier industriel., qui sont généralement plus élevés que ceux d’aménagement et dont le recouvrement est également lent. Les uns et les autres sont souvent confondus sous le nom de frais de premier établissement et font partie du capital fixe. Il est souvent utile de les distinguer; car les dépenses d’aménagement font corps avec l’immeuble et sont entièrement perdues si l’industriel fait faillite ou change de local; le matériel peut être déplacé et conserver, en cas de déplacement, une partie de sa valeur.
Si l’industriel était propriétaire de la maison qu’il habite, la valeur de l’immeuble devrait entrer dans le total de ses capitaux fixes; s’il n’est que locataire, il paye le loyer aux termes convenus avec son capital circulant.
Une fois installé, l’imprimeur a besoin de se munir de rouleaux, de caractères typographiques, de formes et d’une foule d’autres objets qui constituent l'outillage du métier; cet outillage est encore du capital fixe, destiné à servir à une longue suite d’impressions. Il servira moins longtemps cependant que les presses et les casses; c’est pourquoi il est bon, quand on analyse le rôle du capital, de faire de l'outillage une catégorie particulière. Un industriel intelligent ira même plus loin; il remarquera non seulement que l’outillage fait un service moins long, mais que souvent même il fait un service moins régulier. Supposons que, dans sa collection de caractères, notre imprimeur ait des caractères arabes : voilà assurément un matériel qui s’usera lentement, mais c’est parce qu’il restera presque toujours dans quelque coin du magasin, à l’état de capital improductif. En calculant le prix de revient d’un livre arabe, l’imprimeur aura soin de tenir compte de cette difl'érence.
If
A côté de ces capitaux matériels, nous pensons qu’il importe de mentionner, comme nous avons déjà commencé à le faire et sans pour cela le confondre avec les capitaux maternels, le capüa/ intellectuel et moral, lequel ne figure pas dans un inventaire, mais qui n’en a pas moins une grande importance et une valeur commerciale très réelle : à savoir, le talent de l’industriel, la réputation de la maison, conséquence de ce talent, la marque de fabrique, les inventions et procédés de fabrication dont l’industriel a la jouissance légale par brevet ou dont il a su conserver le secret.
Le capital fixe d'une entreprise comprend donc :
Le fonds de terre pour le cultivateur, les batiments pour le cultivateur et l industriel .
2o Les améliorations foncières pour les industries agricoles et extractives, distinguées en améliorations permanentes, comme drainage, et en améliorations temporaires, comme marnage.
3“ Zes frais d'installation et le mobilier d'exploitation constituant les frais de premier établissement.
¥ Z'outillage, qui comprend les machines, et, pour les agriculteurs, le cheptel vivant et qui est lui-même une divis'ion du mobilier d'exploitation.
5“ Le mobilier personnel de l'entrepreneur.
Si l’on dressait l’inventaire social, il faudrait faire entrer dans le capital fixe les voies de communications, les édifices
affectés à un service public, etc. ^ ^
33. Les machines. — Les machines forment une subdivision très importance de l’outillage. Elles sont de nos jours un des modes d’action les plus ordinaires et les plus énergiques du capital. Elles existaient à peine il y a deux cents ans, et l’économie politique, si elle avait alors existé elle-même à l’état de science distincte, les aurait volontiers confondues dans l’outillage. Elles ne sont en effet, à proprement parler, que des outils perfectionnés. La nature n’a armé le corps de l’homme que de pieds et de mains munis d ongles. Tout ce que son intelligence a su y ajouter, depuis la ligne du pêcheur dont l’hameçon et l’appât vont jusqu’au fond de I eau tromper et retenir le poisson, ou la houe du cultivateur qui
LE CAPITAL
I' fouille la terre, depuis la lime du serrurier qui mord le fer ou
j la truelle du maçon qui prend le plâtre, le glisse dans les
I interstices des pierres et en unit la surface, tout est outil ou machine, c’est-à-dire instrument passif que la volonté du travailleur fait mouvoir.
Tant que l’instrument est mû par la main même du travailleur, comme la lime, la scie, le marteau, le pinceau, on le désigne sous le nom d’outil.
On l’appelle machine, lorsque le travailleur ne fait plus que diriger un instrument dont il nest pas le moteur. Une scie circulaire qu’un arbre de couche fait tourner et à laquelle le menuisier n’a qu’à présenter sa planche est une machine, tandis que la scie que conduit la main de son voisin est un outil. La bêche et le râteau sont des outils; la charrue et la herse sont des machines. La rame est un outil ; l’hélice d’un bâteau à vapeur est l’organe d’une machine.
On sent qu’il ne faudrait pas trop insister sur certaines I nuances. La machine à coudre que l’ouvrière fait seule mou-
I voir est-elle, malgré son nom, un outil? Le vilebrequin est
I bien un outil; la machine à percer dont se servent les serru-
I riers en est-elle encore un, quoique l’ouvrier en fasse péné-
I trer la mèche sans avoir besoin d’appuyer la crosse sur sa
I poitrine? Aussi, pour les instruments de ce genre, a-t-on créé I le nom de machines-outils.
I Ce qui importe, c’est de bien comprendre, en premier lieu,
I que l’homme ne saurait, pour confectionner un produit I quelconque, se passer d'instruments, outils ou machines;
I en second lieu, que plus il a d'instruments perfectionnés,
I plus il peut obtenir de résultats utiles d'un même effort.
I II suffit de se rappeler ce que nous avons dit à propos du
fl bon marché et de la gratuité des services de l’intelligence
I dans la production pour saisir la vérité de cette seconde pro-
I position.
I Citons cependant encore quelques exemples. Si avec la scie
I à main l’ouvrier peut débiter 100 mètres de planches dans sa
I journée, combien plus avantageuse est la scie mécanique, qui
I lui permet, dans une même journée et avec moins de fa-
I tigue, d’en débiter plus de 600? Si la paysanne, avec sa que-
nouille, filait 5000 mètres dans sa journée, combien est plus avantageux le métier renvideur, qui, muni de 800 broches
XT" ‘ a TnTif P"™"* » l’ouvrière de liler
800 lois 10 000 métrés ou fi millions de mètres dans une meme journée?
Un copiste transcrit, tant bien que mal, une quarantaine de paj,es dans la journée. Gulemberg est venu et, en inventant 1 imprimerie, a mis aux mains de l’ouvrier une machine nui lui permet, une fois la composilion faite, de tirer dans sa jour-
Db?s‘‘d’.mri‘ ‘T- “ôme feuille contenant
plus d une trentaine de pages de copie. Depuis quatre siècles
a presse a reçu de nombreux perfectionnements, et, indépen-
dammen des livres, brochures, etc., il sort chaque jour des
journaux
tellemen considérable que, si nous étions encore L temps des copistes toute la population du département de la Seine travaillant du matin au soir, ne suffirait pas à les écrire ’ On pourrait réunir tous les forgerons du département de
1 I» n.o*’ '*7 * "'=,P'‘"’>“'^™'™t pas, avec leurs marteaux a la main, a forger des pièces d’acier pesant plus de 10000 ki-
logrammes et à fabriquer l’arbre de couche d’une hélice
destinee a un navire cuirassé. C’est le marteau-pilon qui a
donne une le le puissance à l’homme en lui permettant de
battre le métal avec un poids de 80 000 kilogrammes, sans
que 1 ouvrier qui le manœuvre ait d’autre effort à faire que celui d ouvrir et fermer un robinet.
La France possédait, en 1880, une force de 3341 000 cheveaux-vapeur dans ses machines et appareils à vapeur de toute sorte; comme un cheval-vapeur équivaut à la toroe de 21 hommes de peine, e est un travail égal à celui qu’auraient pu faire lO millions d’hommes, à peu près deux fois la population de la France. Voilà un fait qui montre clairement combien les machines accroissent la force productive de l’homme La machine donne aussi bien la délicatesse et la précision que la puissance. Dans tel atelier, une machine divise avec une exactitude parfaite une règle par dixièmes de millimètre et une autre machine enregistre avec la même régularité la centième partie d’une seconde.
LE CAPITAL
Si nous ajoutons que la machine donne au produit une certaine régularité que le travail à la main n’atteint pas toujours, qu’elle oblige l’ouvrier à une activité et à une attention incessantes, qu’en faisant engager par l’entrepreneur un très gros capital, lequel constituerait une perte considérable s’il demeurait improductif en cas de chômage, elle le détermine à continuer le travail et, par conséquent, à entretenir ses ouvriers, même quand les commandes ne viennent pas ou quand la vente est sans bénéfice, nous pouvons embrasser les principaux avantages des machines et dire :
1° Les machines économisent la main-d’œuvre et font le bon marché des produits.
2° Elles épargnent à l'ouvrier les travaux les plus durs et rendent le travail manuel moins pénible.
3° Elles rendent la production plus rapide et plus abondante et., partant, elles accroissent la 7Ùchesse.
4° Elles augmentent la puissance d'action de l'homme sur la natw'e en augmentant considérablement sa force et en lui communiquant des qualités dont ses orgaiies n'étaieiit pas capables.
5° Elles sont jusqu'à un certain point une garantie contre le chômage.
6“ Elles disciplinent l'ouvrier.
T Enfin, ce qui trancherait le déhat s41 y en avait encore sur l’opportunité de leur emploi, lorsqu'elles existent, elles s'imposent bientôt comme une nécessité, parce que la concurrence ne permet pas à un manufacturier de travailler longtemps avec des outils imparfaits quand d’autres produisent avec des machines économiques.
Il est juste d’ajouter que tout n’est pas bénéfice dans l’accroissement de production dû à une machine. Pour obtenir un supplément de production, il faut employer une machine plus coûteuse, autrement dit plus de capital, ainsi que nous 1 avons déjà montré. C est à 1 entrepreneur de bien faire son calcul. Si 1 intérêt et 1 amortissement du capital-machine employé pour obtenir un certain produit représente une somme supérieure à 1 économie réalisée sur la main-d’œuvre, la machine ne rend très probablement pas de services. Si, au
contraire, l accroissement de rémunération du capital est
moindre que Véconomie réalisée sur la main-d'œuvre, il
faut employer la machine. ])e cette proposition, on déduit tacilement ce corollaire ;
Plus le taux des salaires est élevé dans un pays, plus on a intérêt à multiplier les machines.
C’esl une des deux raisons qui expliquent pourquoi le régné des machines date de la seconde moitié du xviii® siècle et surtout, en France, du xix^ siècle.
La seconde raison est dans le progrès des sciences appli-
quees a l industrie, et, tout d’abord, dans l’emploi de la machine a vapeur.