‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 20 sur 55 · QUATRIÈME · texte numérisé non relu

QUATRIÈME

ÉPOQUE

1*'« qualité.

Seules cultivées, rente = 0.

Rente = 10 mesures de blé.

Rente = 20 mesures de blé.

Rente = 30me sures de blé.

yo

Non

cultivées.

Cultivées, rente = 0.

Rente = 10.

Renie = 20.

Idem.

Non

cultivées.

Cultivées, rente = 0,

Rente = 10.

Idem.

Idem.

Non

cultivées.

Cultivées, rente = 0.

LA REPARTITION

L observation de Ricardo est vraie, quoiqu’on soit en droit e ui objecter que le phénomène de rente représentant l’aclon cooperative, peut se produire et se produit légitimement meme pour la dernière qualité des terres exploité^es. En vain des économistes, tels que Bastiat en France et Garey en Amérique, ont prétendu renverser la théorie de la rente, le premier en s appliquant à prouver que la terre n’a de valeur que par les capitaux et le travail que l’homme y enfouit et que par e le-même elle donne, comme tous les agents nature s, sa force productive gratuitement, le second^en monrant en outre, par des exemples pris dans les défrichements de son pays, que les terres les plus fertiles ne sont pas ordi nairement les premières que l’homme cultive, parce^^u’elles sont souvent situées au fond de ^'allées qui exigent des travaux préparatoires, et, par conséquent, une certaine civilisa-

— ^ Us n ’y sont pas parvenus,

eu importe en effet que les premières terres défrichées soient foneierement ou ne soient pas les plus fertiles : elles

1er" mt^'cXs • ™

Sans doute, le capital améliore le sol, et il est souvent impossible de demêler la part de l’un et de l’autre dans la valeur d un fonds de terre; souvent aussi, la valeur d’un bienonds res e fort au-dessous de la valeur totale des capitaux et U travail qui y ont été successivement dépensés. Il n’en est

propr' auréeir productive qui lui est

propre, que cette force n’est pas la même pour toutes les

mesure dri’niîrr " ■

mesure de 1 utilité qu elle procure. Jl ,j a toujours « un moment donne, eomme le dit Roscher, des terres nui avec le

f«M(7,renrfentpte que k autres ■ la dtlferenoe qui existe alors entre le rendement des Jus ■

“JaJf ** '"U*”* favorisées constitue la rente

Bast at voulait prouver que la terra ne différait en rien

des autres capitaux, et que sa valeur émanait tout entière du travail de 1 homme, croyant fortifier par là le droit de propriété; sa proposition, qui contient une grande part de vente, est cependant fausse, étant absolue. S’il y a en effet

sur le globe bien des terres qui ne valent rien, parce que la j

présence et le travail de l’homme civilisé ne les ont pas vivifiées, il arrive souvent aussi qu’un fonds de terre acquiert j

une plus-value de rente sans que son propriétaire ait dépensé un capital ou un travail supplémentaire; c’est le cas par '

exemple d’une ferme éloignée de tout débouché, près de laquelle on vient à construire un chemin de fer conduisant à 1

un marché important, ou d’un terrain qui, dans une ville, se trouve en façade sur une grande rue nouvellement percée. î

On a beau dire que c’est le travail de la société qui a fait la plus-value : ce n’est pas moins le propriétaire qui a le béné- ;

fice, c’est-à-dire la rente.

Cette rente n’existe pas seulement, comme on le voit, entre deux champs de blé. Le vent souffle pour tout le monde, et !

cependant, de deux moulins construits exactement de la même |

manière et avec un capital égal, mais placés l’un sur une !

éminence dominant toute la région, l’autre dans un pli de terrain, le premier donnera une rente, et l’autre n’en donnera pas.

On voit aussi que la rente n’augmente pas le prix des choses; car elle est la conséquence et non la cause de la hausse. A cet égard, on ne saurait donc lui reprocher de porter préjudice aux intérêts des consommateurs : nous verrons bientôt qu’elle leur est au contraire souvent favorable.

Mais, si le fait observé par Ricardo est exact, certaines conséquences qu’il montre et qui ont effrayé d’autres économistes sont moins exactes ou moins à redouter qu’il ne le fait croire.

Si la rente augmente à mesure que la population augmente, c’est que le prix du blé augmente, et si les salaires restent stationnaires, et que l’ouvrier paye son pain plus cher, le résultat définitif est que les pauvres s’appauvrissent, pendant que les riches s’enrichissent davantage : voilà la thèse de Ricardo. Pour qu’elle devînt une réalité, il faudrait supposer que, durant cette évolution de la rente, aucun progrès n’a été accompli ni dans la culture, ni dans l’industrie; sans quoi le progrès agricole aurait abaissé le prix de l’heclolitre ou le progrès industriel aurait élevé les salaires. Ce

KCO.NÜ.MIt: POLITiglE. 1)

LA REPARTlTiOiN

n’est pas ce que l’expéfience des faits montre, depuis que Ricardo a produit sa théorie. Il y a eu à la fois progrès agricole, ayant pour effet des récoltes plus abondantes ; progrès commercial, permettant un plus large approvisionnement des marchés; progrès industriel, rendant le travail de l’ouvrier plus fécond, et il s’est trouvé que c’était le prix du blé qui demeurait à peu près stationnaire, tandis que les salaires haussaient.

La rente a augmenté cependant aussi d’une manière générale, tout en se déplaçant quelquefois. Ainsi telles terres qui avaient le privilège de nourrir une grande ville ont pu perdre, lorsque les chemins de fer ont accru la rente de telles autres terres en leur ouvrant un débouché jusqu’à cette ville. Mais, la rente a augmenté d’une manière absolue, on peut dire qu’elle décroît d’une manière relative et qu’elle devient une moindre portion de la richesse totale dans un pays dont l’industrie prospère.

La théorie générale de la rente. — Nous avons dit que le champ de blé n’a pas le piivilège de la rente ; c’est trop peu de dire que les terrains à bâtir y participent aussi, de même que les mines, dont les unes, une fois ouvertes, s’épuisent vite, tandis que d’autres recèlent deÿ richesses immenses. La rente est un phénomène beaucoup plus général encore.

Fn effet tout instrument de production^ tout travailleur qui a une supériorité naturelle quelconque au point de vue de la production sur les autres instruments ou sur les autres travailleurs du même genre, jouit d'une rente.

Ün marchand de vin est établi à un coin de rue très fréquenté; avec le même travail, il fait plus d’affaires que ses concurrents placés dans les rues adjacentes ; il y a phénomène de rente, et il est probable que le propriétaire en prélève une partie en lui faisant payer le loyer plus cher qu’ailleurs.

Un fermier élève plusieurs chevaux qui mangent chacun la même quantité d’herbe, de foin et d’avoine; il s’en trouve un qui est plus fort et plus résistant que les autres, et le fermier s’en sert avec profit pour les gros charrois et les labours profonds ; il y a phénomène de rente.

LA PART DU CAPITAL

if'

Un manufacturier a acheté chez un constructeur une machine à vapeur qu’il a payée d’après le même tarif que les autres acheteurs; mais à cause, soit de quelque détail du mécanisme, soit de l’inslallation, elle brûle moins de charbon que les autres pour fournir une même quantité de vapeur, et le manufacturier s’en applaudit : il y a phénomène de

rente.

Un avocat a un remarquable talent de parole et de la linesse d’esprit; il n’avait pas plus travaillé que ses condisci- . pies à l’Ecole de droit, et il ne prend pas aujourd’hui plus de temps qu’eux pour étudier un dossier. Cependant les affaires affluent dans son cabinet, (juoiqu’il se fasse payer plus cher que ses confrères, et il est en train de faire une grande fortune : il a une rente.

Un forgeron a une grande force musculaire; comme il fait plus d’ouvrage que les autres ouvriers, il reçoit un salaire plus fort : il a une rente.

Une couturière adroite n’arrête presque jamais sa machine et ne casse pas son fil ; elle fait tous les jours plus de mètres de piqûre que les autres ouvrières de l’atelier, et, comme le travail est aux pièces, elle gagne davantage : elle a une

rente.

Aucune de ces rentes ne grève le consommateur. Le marchand ne vend pas son vin plus cher; le prix du fer et celui des pi(jûres n’en sont pas affectés, et les plaideurs, qui peuvent choisir entre les avocats, croient sans doute avoir avantage à préférer celui qui demande plus que les autres.

Toutes sont, au contraire, des suppléments de services rendus par V instrument ou 2mr le travailleur à. la société, et la société, qui vit des services, y gagne. Elle a intérêt à la multiplication de ces supériorités. (Ju’arriverait-il si le nombre en augmentait considérablement? Les supériorités se feraient concurrence, et, comme elles produisent avec moins d’efforts, elles donneraient leurs services à meilleur marché. Il y aurait, et il y a souvent en réalité, un abaissement des prix, c’est-à-dire un résultat tout opposé à l’hypothèse dont s’effrayait Ricardo.

(>-l. I.a coupéi'atioii du eafiital. — IL faut de toute ne-

132 LA RÉPARTITION

cessité que^ pour produire^ le travail et le capital soient associés. Nous l’avons prouvé en traitant du rôle du capital.

A quelles conditions? A des conditions diverses selon les cas, mais qui toutes impliquent un partage du produit, puisqu’il y aura eu participation de l’un et de l’autre à l’œuvre de la production.

Le cas le plus élémentaire est celui où le capital et le travail sont réunis dans une même personne, c’est-à-dire où le travailleur produit avec des outils et des matières premières qui lui appartiennent en propre. Ce n’est pourtant pas, au point de vue de l’analyse scientiiique, le plus simple à étudier. En effet, les deux facteurs de la production y sont si intimement mêlés qu’on ne prend pas toujours garde dans la pratique de les distinguer. Le savetier, dans son échoppe, paye un loyer, se nourrit, possède un matériel industriel, c’est-à-dire travaille avec un petit capital. Songe-t-il à lui faire une part distincte dans les bénéfices? Non; il songe à vivre. Cependant, s’il cède quelque jour ce matériel et sa clientèle à un camarade, il saura très bien que tout cela a une valeur; il en demandera et en obtiendra une certaine somme d’argent. L’influence du capital est certaine.

Deux tisserands de campagne travaillent, celui-ci sur son propre métier, celui-là sur un métier appartenant à un fabricant du bourg voisin ; le premier recevra le prix intégral de la façon de ses toiles; le second n’en recevra qu’une partie, l’autre étant retenue par le fabricant pour la participation de son capital. L’influence du ca}>ital apparaît ici plus manifeste.

Elle devient si clairement manifeste, lorsque l’industriel a des ouvriers et un établissement organisé, qu’il est inutile d’insister; il suffit de renvoyer à ce que nous avons dit plus haut à propos du rôle de l’intelligence et de celui du capital. Ce précieux coopérateur qui augmente dans une propor- ! ' lion si considérable la puissance productive du travail, U est

! juste de le payer. Comme tout associé, il a droit à sa part.

! «3. i.a gratuité du crédit. — Hâtons-nous d’ajouter : Il

! I est impossible de ne pas le paye)\ aussi bien qu’il est im-

ï possible de ne pas payer le travail, ün ami peut gratuitement

LA PART DU CAPITAL 133

nous prêter une somme d’argent, comme il peut gratuitement nous rendre un service ou nous donner un produit de son travail : ce sont là des actes que la sympathie inspire et que ne règle pas l’économie politique. Dans les rapports ordinaires de la vie, les hommes échangent entre eux des services. « J’ai besoin de votre capital, dit le travailleur, parce qu’avec son aide, je produirai beaucoup plus. » — « Le voici, répond le capitaliste; quelle part du produit lui réserverez -vous? » Qu’il propose lui-même les conditions, ou qu*il attende qu’on les lui fasse, il ne donne son argent qu’avec l’espérance d’un profit raisonnable. L’emprunteur offre-t-il moins que son voisin, le capitaliste prêtera probablement au voisin, s'il trouve la même sécurité.

Si tous les emprunteurs, imbus d’idées fausses et s’imaginant que les capitalistes abusent de leur position en réclamant une part du profit, refusaient absolument de donner cette part, qu’adviendrait-il? Les capitalistes garderaient leurs fonds. Les uns, les plus sensés, se mettraient à travailler pour utiliser eux-mêmes l’instrument dont ils n’auraient pu trouver le placement lucratif et en tireraient un revenu ; les autres le consommeraient d’une manière improductive, aimant mieux, tout calculé, se procurer des jouissances temporaires que de s’imposer les privations d’une épargne sans fruit.

Car il ne faut pas oublier que la source du capital est l’épargne et que l’épargne est une privation de jouissances. Or, l’homme prévoyant ne se prive dans le présent qu’en vue d’une jouissance dans l’avenir, pour lui ou pour les siens; supprimez le droit à la jouissance dans l’avenir, c’est-à-dire le profil du capital prêté, et vous supprimerez du même coup l'épargne.

Cette supposition est d’ailleurs tout imaginaire et la gratuité du crédit est une utopie. Les hommes sont guidés en pareille matière par leur intérêt; et, comme l’intérêt des travailleurs à se procurer du capital n’est pas moins grand que l’intérêt des capitalistes à trouver de l’emploi à leurs capitaux;, l’accord est en quelque sorte nécessaire. Mais les préjugés, comme les mauvaises lois, peuvent le rendre plus difficile.

G«. Le fîiux de riiiféeét. — Comme toutes les valeurs, le

LA RÉPARTITION

tt

capital est soumis à la loi de l’offre cl de la demande. Le taux de sa rémunération est fixé au point où s’accordent le capitaliste qui cherche le plus grand profit possible et l’emprunteur qui cherche la moindre dépense. Nous pouvons dire d’une part : capital rare, capital cher, c e^t-à-dire intérêt élevé: capital abondant, capital à bon marché, c’est-àdire intérêt bas.

Nous n’avons ainsi qu’une des faces du problème; il faut ajouter d’autre part : capitaux très demandés, capitaux chers: capitaux peu demandés, capitaux à bon marché.

Le taux de l’inlérét se règle principalement : 1“ sur l’état çjénéral de la richesse qui tend à faire baisser d’autant plus l’intérêt quelle est elle-même plus abondante, 2" sur l'activité de l'esprit d' entreprise C[ui, par contre, tend à faire, hausser l'intérêt d’autant plus quelle est plus f/rande elle-même.

On peut comparer ce jeu du taux de l’intérêt au mouvement d’une balance. Dans le plateau de l’offre, ajoutez du capital : aussitôt le fléau de la balance incline vers la baisse. Mais mettez de nouveaux emprunteurs dans le plateau de la demande, et le fléau se relève vers la hausse ; chacune des oscillations, c’est-à-dire chaque variation du taux de l’intérêt, marque, non pas la quantité absolue de capital disponible, mais le rapport entre cette quantité et la demande. C’est ainsi que, dans une époque de langueur du commerce, on voit s’abaisser l’intérêt. Est-ce que le capital est plus abondant ? Nullement ; mais il est beaucoup moins demandé.

Il en résulte que l’abaissement indéfini du taux de l’intérêt est une utopie. Les faits sont en contradiction avec une pareille théorie. Le raisonnement l’est aussi. Ce qui est désirable, c'est que les capitaux soient très abondants et qu'ils soient toujours très demandés. Ce qui signifie : il est dé^irable qu’il y ait beaucoup d’instruments de travail à la disposition de l’industrie humaine, et que ces instruments soient constamment employés à produire, parce que ce sont deux conditions qui concourent puissamment à conduire l’œuvre économique vers son but. Trop haut, l’intérêt en- Irave la production; trop bas, il n’encourage pas la forma-

LA PART DU CAPITAL idn

tion du capikd. Mais la moyenne ne saurait jamais être déterminée sans témérité; car elle varie suivant les cas, les

lieux et les temps.

Quand les capitaux sont associés, ils peuvent avoir de grandes chances de profit, de même qu’ils courent de graves risques de perte. Si l’affaire est très bonne, c’est peut-être par 10, 20, 50 0/0 que se compte le profit ; si ell^ est ou si elle devient médiocre, le profit s’abaisse vers 0 ; si elle est tout à fait mauvaise, non seulement le profit est nul, mais le capital est détruit en totalité ou en partie, et le capitaliste perd intérêt et principal.

Le prêteur peut se mettre à l’abri de ces grandes oscillations. Au lieu d’un revenu variable et proportionnel aux bénéfices faits dans l’année, il peut stipuler d’avance un revenu fixe, calculé à peu près sur la moyenne des bénéfices annuels de l’entreprise ou réglé d’après la valeur des capitaux sur le marché. Dans ce cas, les fonds qu’il fournit ne sont plus du capital associé, mais du capital salarié. Tous les ans, le prêteur recevra l’intérêt stipulé, soit, par exemple, 6 0/0. Si le travailleur qui a fait l’emprunt a réalisé de gros bénéfices, tant mieux pour lui ; il en est le seul et légitime propriétaire, quand une fois il a payé la somme convenue ; mais si, d’autre part, son profit total n’est que de 4 0/0, il faudra, pour s’acquitter, qu’il prélève 2 sur son avoir, et le résultat pour lui sera une perte. Dans ce cas, le capital prêté n’a de risques à supporter que si l’entreprise était tellement mauvaise que, loin de donner des bénéfices, elle dévorât improductivement tous les fonds de l’emprunteur et la totalité ou une partie des fonds prêtés : ce qui, d’ailleurs, n’est pas sans exemple.

Aussi le capital salarié fait-il son choix et ses conditions. Dans une industrie qui présente de bonnes garanties et avec des industriels qui, par leur richesse ou leur réputation, méritent le crédit, il se donne, eu égard à l’état général du marché, en grande quantité et à bon marché ; dans les entreprises où il y a beaucoup à hasarder, soit à cause de la nature du travail, soit à cause du peu de fortune ou du peu de moralité du Iravailleur. il évite de s’engager ou il ne le fait

LA RÉPARTITION

qu’avec la perspective d’un intérêt assez élevé pour compenser la possibilité d’une perte. Pour cette cause, on dit que le taux de Vmtérêt est généralement proportionnel aux risques, c’est-à-dire que les entreprises hasardeuses payent un intérêt supéi'ieur, et les entreprises très solides un intérêt inférieur à la moyenne du taux dans un pays et dans un temps donnés.

Le capital mobilier peut être prêté sous différentes formes : sous la forme générale de numéraire propre à être converti par l’emprunteur en instruments quelconques, sous la forme d’instruments de production ou de marchandises, sous la forme de crédit ouvert sur les livres d’une maison de banque ou d’une maison de commerce, etc. Chacune d’elles exerce une influence sur le taux et sur les conditions du prêt.

(ît. La régleiiieiitatioii de Tinterèt. — La loi de 1807 a fixé le maximum de l’intérêt à 5 0/0 dans les prêts civils, à 6 p. 0/0 dans les prêts commerciaux ; mais elle a été tantôt impuissante, tantôt gênante, comme toute loi qui prétend réglementer la valeur des choses. Le taux ordinaire de l’intérêt n’est pas plus élevé dans les pays qui n’ont pas de lois pareilles, et les capitaux, y circulant plus aisément, peuvent mieux y seconder le travail du prêt.

Une loi de 1857 a dispensé la Rauque de France pour le taux de son escompte de la limitation imposée par la loi de 1807.

Une conception plus juste des rapports économiques a conduit la Chambre des députés à voter, en 1882, un projet de loi qui supprime la limitation en matière commerciale et qui sera soumis au Sénat.

«s. La eoiiservatîoii du capital. — La situation du capitaliste est assurément plus agréable et plus facile que celte de l’ouvrier auquel le travail de chaque jour est nécessaire pour gagner le pain du lendémain. L’administration d’un capital n’est pourtant pas une sinécure et l’esprit de conservation qu’il suppose est une qualibi nécessaire au rentier. Un économiste a cru même pouvoir désigner cette fonction du capitaliste sous le nom de travail-épargne, mot excessif, parce que l’épargne consiste beaucoup plus dans un effort d’abstention que dans un effort d’action.

LA PART DU CAPITAL

Le capitaliste doit posséder d’abord la vertu de l’épargne : c’est l’effort d’abstention qui lui fait quelquefois épargner une portion du revenu et généralement conserver le capital, qu’il l’ait formé par son propre travail ou reçu en héritage. Tous ne savent pas faire cet effort ; la preuve est qu’il y a des prodigues qui se ruinent. On les rencontre beaucoup moins parmi" ceux qui, ayant eux-mêmes amassé leur fortune petit à petit, connaissent le prix de l’argent, que parmi ceux qui ont reçu de leurs parents une fortune toute faite.

Ce n’est pas assez de ne pas ruiner son fonds en prodigalités ; il faut savoir l’administrer ; si ce sont des biens-fonds, ne pas les laisser s’amoindrir faute d’entretien et même s’infmnier à en accroître la valeur par des améliorations foncières ; si ce sont des capitaux mobiliers, ne pas se laisser induire à de mauvais placements par la perspective trompeuse d’un gros bénéfice, se rendre compte de la moralité et de la capacité des gens avec lesquels on traite et apprendre à connaître le marché des capitaux, comme un gros meunier connait le marché des farines. Cet art n’est pas sans difficulté, puisqu’on voit beaucoup de capitalistes compromettre leur situation et même se ruiner entièrement, quelques-uns parce qu’ils ont été malheureux dans leurs opérations, beaucoup parce qu’ils ont été ignorants ou téméraires.

Or, (jue la prodigalité ou l’insuccès soient la cause de la destruction des capitaux, la société n’en subit pas moins un préjudice, puisque l’abondance des capitaux lui est profitable ; par contre, elle retire une utilité du seul fait de la conservation du capital par son propriétaire.

’ RÉSUMÉS

^ Le métayage est un contrat par lequel le propriétaire

fournit la terre et le matériel d’exploitation et a droit à une part déterminée dans les produits. — Le fermage est un contrat par lequel le propriétaire loue sa terre pour un temps et moyennant une somme déterminés.

iB

LA RÉPARTITION

Métayage et fermage sont la rente on part de la terre dans la répartition.

La rente, dans le sens théorique, est cette portion du produit de la terre que l’on paye au propriétaire pour avoir le droit d’exploiter les facultés productives et impérissables du sol. — H y a toujours à un moment donné des terres qui, avec le même capital et le même travail, rendent plus que d’autres ; la différence qui existe alors entre le rendement des plus favorisées et celui des moins favorisées constitue précisément la

lente. La lente est la conséquense et non la cause de la hausse des prix.

Tout instrument de production et tout travailleur ayant une supériorité naturelle quelconque au point de vue de la production sur les autres instruments ou sur les autres travailleurs du même genre jouissent d’une rente. — Tous ces phénomènes de rente ont pour origine des suppléments de services rendus par l’instrument ou par le travailleur à la société.

Il est juste de payer la coopération du capital. — Il

est impossible de ne pas la payer; la gratuité du crédit est une utopie.

Capital rare, capital cher ou intérêt élevé. — Capital abondant, capital à bon marché ou intérêt bas.

Le capital prêté à intérêt fixe est un capital salarié.

— Le taux de l’intérêt est généralement proportionnel aux risques.

La société retire une utilité du seul fait de la conservation du capital par son propriétaire.

d LA PART DE L’ENTREPRENEUR

LA PART DE l’ ENTREPRENEUR

Sommaire. — 69. Le profit de l’entreprise. — 70. Le dividende.

3 Oî>. Le profit de l’entreprise. — Le profit de 1 entreprise

est un chapitre tout à fait distinct des deux autres chapitres de la répartition, rémunération du capital, sous forme de loyer de la terre et d’intérêt du capital, et salariat du travail.

I Ceux-ci font partie des frais de production et constituent,

I avec les matières premières employées pour la fabrication

du produit et une part des frais généraux afférente, le pmx de revient du produit ; celui-là est le bénéfice de 1 opération.

Les uns sont nécessaires et certains ; ils sont souvent payés, ils sont toujours dus avant la vente et même avant l’achèvement du produit, puisque travail et capital sont consommés pour la fabrication et pendant cette fabrication. L’autre est éventuel et n’existe, lorsqu’il existe, qu’au moment où la vente du produit, ajoutons même, pour être plus précis, au moment où le payement par l’acheteur de ce produit permet à l’entrepreneur de calculer avec précision 1 excédent du prix de vente sur le prix de revient du produit, cest-àdire sur la somme totale des déboursés en salaires,^ en capitaux et en intérêts; la différence est le profit de l’entreprise. ... 11-

Gon vient-il de faire entrer dans les frais généraux les dépenses de maison de l’entrepreneur? Nous le pensons. L’entrepreneur est un des travailleurs de l’entreprise : il doit . s, vivre de son travail, aussi bien que ses salariés, et compter

1 ses frais d’existence, à condition de ne pas les élever au delà

du niveau que comporte sa situation individuelle, conmie il compte le salaire de ses coopérateurs. Ainsi les associés stipulent souvent dans l’acte d’association la somme qui sera allouée à chacun d’eux pour ses dépenses personnelles. Ainsi, quand l’entreprise, sous forme de société anonyme, est conduite non par un patron, mais par un directeur, les émolu-

140 LA RÉPARTITION

ments de ce directeur, quelque considérables qu’ils soient, comptent dans les frais généraux et sont considérés non comme des profits , mais comme des dépenses de l’entreprise ; le directeur peut avoir, en outre, part aux profits, s’il est intéressé dans l’affaire.

L’entrepreneur d’industrie ne peut donc savoir s’il a un profit qu’après l’achèvement complet de l’opération. Lorsque l’opération est simple, comme l’entreprise des terrassements d’une voie ferrée, il se rend compte de sa situation au terme de son unique entreprise. Lorsqu’elle est complexe, comme celle d’un manufacturier qui continuellement achète, produit et vend de grandes quantités d’objets, il s’en rend compte en faisant, à la fin de l’année, son inventaire, et en calculant si, toutes dépenses payées, son avoir est supérieur à celui de l’inventaire précédent. Il peut se trouver dans un des trois cas suivants :

1° Il fait (\es profits, c’est-à-dire que, tous frais comptés sans omission et prélevés, il a un actif supérieur à celui de l’année précédente; cet actif peut consister en espèces, en marchandises ou en matériel.

2“ Il ne fait pas de profits, c’est-à-dire que son actif est égal à celui de l’année précédente. L’industriel a vécu pendant ce temps et se félicitera peut-être d’avoir traversé une crise sans sombrer, mais il ne s’est pas enrichi .

3® Il subit nm perte, c’est-à-dire que son actif est moindre que l’année précédente.

L’inventaire est nécessaire à tout négociant pour la connaissance de ses propres affaires : c’est par lui qu’il apprend si la voie qu’il suit est bonne et conduit vers la fortune, but de ses efforts, ou si elle est mauvaise et aboutit à la faillite, s’il doit poursuivre ou rectifier sa marche, changer de route ou s’arrêter.

Car il ne suffit pas qu’il affiche à 20 francs un objet dans lequel il entre 5 francs de matière première et qui coûte 5 francs de salaire pour qu’il ait le droit de dire : « Je fais un profit. » Il faut savoir s’il trouvera un acheteur à 20 francs, et en admettant qu’il le trouve pour un article, si les prix ne baisseront pas le mois prochain, si même une partie des arti-

LÀ PART DE l’entrepreneur

des ne restera pas invendue ou ne se f Pas, si les tais généraux, dont on ne discerne pas bien tout d abord la quotepart afférente à chaque unité de produit, n ont pas ete excessifs Donc, comme nous le disions, le pr-ofU est essenUellement éventuel et variable. Il peut être très considérable dans une entreprise et à une époque, comme il peut etre nul dans une autre entreprise ou à une autre époque, comme aussi le capital qu’emploie l’entreprise et dont elle est responsable peut être détruit en partie ou en totalité.

Quand on songe au nombre des entreprises, petites ou grandes, qui échouent parmi les entreprises innombrables qui se forment incessamment dans une société active, a la quantité de capitaux qui sont compromis, ébréchés ou entièrement anéantis dans le mouvement économique, on comprend que est le poids de cette responsabilité. Les gros profits ne sont que la compensation des très petits profits et des ruines.

Si la situation de l’entrepreneur a de plus brillantes perspectives que celle du salarié, elle est entourée de plus de périls. En général, ce n’est pas par un coup de de, "jf!® un long et persévérant travail, soutenu de 1 esprit d économie, que les industriels arrivent à amasser de quoi vivre dans le loisir durant leur vieillesse; car la concurrence agit sur les profils d’une manière non moins énergique que sur l’intérêt des capitaux. Si les profits étaient, comme il arrive quelquefois, très élevés dans une certaine industrie, es entreVeneurs s’y porteraient en grand nombre, se disputeraient la clientèle et ne l’obtiendraient qu en abaissant Jeur prix de vente : ce qu’ils ne tarderaient pas a faire jusqu a la

limite du moindre profit. ,

Quelle que soit la moyenne — impossible a fixer du

profil, il est légitime qu’elle soit supérieure à la moyenne des salaires, pour deux raisons, parce qu elle est la recomnense d’une responsabilité très lourde en cas d insuccès et Lrce quelle est la rémunération d’un travail intellectuel qui

exerce une action prépondérante sur la P™'’"'**®"’ . .

Les profits sont d’ailleurs soumis dans leurs a

la loi générale, comme les salaires et les capitaux. Da . industries où la concurrenee est grande, les profits sont

LA REPARTlTlOiN

médiocres, parce que les entrej)reneurs sont obligés de vendre à bon marché; dans les industries où ils jouissent tout à fait ou presque d’un monopole, les profits ont chance d être élevés; dans les industries ([ui opèrent avec un très

foil capital, le total des profits peut être considérable sans que la quotité en soit élevée.

70. Le dividende. — Dans la société anonyme, il n’v a que des capitaux associés : ce sont eux qui sont les entrepreneurs; tous les agents sont des salariés. Cest donc aux capitaux qiC appartient le profit. Ils le reçoivent sous forme de dividende.

Le dividende, étant un profit, est donc éventuel et variable; il est élevé quand le bénéfice est grand, nul quand il n y a pas de bénéfice. Car, en s’associant, les capitaux renoncent au bénéfice du salariat, c’est-à-dire de l’intérêt fixe • pour eux intérêt et profit se confondent dans le dividende. C’est par un mode de comptabilité qui ne change rien à la nature des choses que certaines compagnies payent le dividende en deux coupons dont l’un, censé fixe, est désigné sous le nom d’intérêt Il resuite aussi de cette condition que si l’entreprise, au heu de faire des bénéfices, a fait des pertes au moment où elle est liquidée, capital des actions ou capital associé

qui supporte ces pertes, tandis que le capital des obliqations, lesquels sont des capitaux prêtés ou capitaux salariés recevant un intérêt déterminé, est préalablement remboursé comme étant un capital créancier.

Une part seulement des profits peut être attribuée au dividende, l’autre à la réserve. Celle répartition ne change pas la nature des choses. La réserve reste, comme faisant partie du profit, la propriété des actions.

Dans la société en commandite, le capilal commanditaire est un associe, mais il n’a dans le profit que la fraction qui lui est attribuée par l’acte d’association.

RÉSUMÉS

Le profit de l’entreprise est l’excédent du prix de vente sur le prix de revient, c’est-à-dire sur la somme

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