LA CIRCULATION
obligé de porter avec jui 1 000 kilogrammes de fonte. L’argent et l’or, péniblement extraits des mines par un laborieux travail, recherchés à cause de leur beauté et leur éclat pour la parure, ont une valeur supérieure à tous les autres métaux usuels (excepté le platine et peut-être raluminium), puisque le kilogramme d’or fin a aut 3 444 francs et le kilogramme d’argent 222 francs. Première qualité.
2“ Il était nécessaire que la monnaie fût faite avec une substance parfaitement homogène et inaltérable. Si un kilogramme du métal monétaire eût pu être tantôt d’une qualité supérieure, tantôt d’une qualité inférieure, si, avec le temps, cette qualité avait été susceptible de s’améliorer ou de se détériorer , il n’y aurait plus eu de dénominateur commun; 20 francs auraient pu n’être pas l’équivalent de 20 francs. C’est ce qui serait arrivé si l’on avait pris pour unité monétaire la livre de bœuf : entre une livre d’aloyau et une livre de jarret, il n^y a pas homogénéité et, partant, pas équivalence. Qu’esl-ce qu’une livre de viande huit jours après qu’on l’a achetée ? L’altération est si grande que la valeür est réduite à rien. Le même inconvénient existerait si l’on avait pris pour unité le litre de vin ; il y a des vins de toutes qualités et à tout prix ; un litre de vin de la dernière récolte ne vaut pas, à beaucoup près, un vin ayant cinq ans de bouteille. Au contraire, avec l’or et l’argent fins, cette uniformité est complète : entre un kilogramme d’or venu des mines du Mexique il y a deux siècles et un kilogramme d’or recueilli dans l’Oural l’année dernière, il n’y a aucune différence ni dans le poids, ni dans l’état moléculaire, ni dans l’aspect, ni partant dans la valeur. Deuxième qualité.
30 II était bon que la marchandise-monnaie pût être divisible sans que la somme des parties eût moins de valeur que le tout. Cette qualité se rencontrait dans quelques monnaies rudimentaires, comme le tabac qui servit aux échanges dans la Virginie jusqu’au milieu du xviii" siècle; mais elle ne se rencontrait pas dans les fourrures dont se servirent autrefois les Russes. Elle ne se rencontrerait pas non plus dans les pierres précieuses qui ont la qualité de posséder une très grande valeur sous un petit volume. Parvenez à briser
LA MONNAIE
un beau diamant en deux; portez les fragments chez un marchand, et vous verrez si chaque morceau vaut encore la moitié de ce que valait la pierre entière. Au contraire, prenez un lingot d’or fin ; coupez-le en quatre, en dix, en cent morceaux. Si les morceaux sont parfaitement égaux, chacun d’eux vaudra exactemejit le quart, le dixième, le centième du lingot. Fondez-les ; vous aurez recomposé le lingot, et la valeur sera toujours la même. Troisième qualité.
4“ Enfin il était bon que la marchandise-monnaie eût une valeur aussi fixe que possible. La vouloir absolument fixe est une chimère et une contradiction avec le sens même du
mot valeur qui désigne un rapport variable par essence. Mais, d’un autre côté, la supporter très variable, c’est annuler une des fonctions essentielles de la monnaie, celle de dénominateur commun des valeurs : une mesure qui varie sans cesse ne permet aucune comparaison sérieuse.
C’est ce qui serait arrivé si l’on avait adopté le blé, mar-
chandise qui possède la qualité d’être
très généralement de
mandée. Mais, d’une année à l’autre, la récolte peut varier beaucoup. Comme le blé se consomme en grande partie d’une moisson à l’autre et que l’approvisionnement ne se
compose jamais de deux récoltes entières, une mauvaise ré-
colte produit immédiatement sur l’approvisionnement général un déficit très sensible d’un vingtième, d’un dixième, même plus, et une bonne récolte produit en sens inverse des effets analogues. La hausse ou la baisse des prix traduit ces oscillations, dont l’amplitude peut aller jusqu’à doubler, dans l’espace de moins de six mois, sur un même marché, le prix de l’hectolitre.
Avec les métaux précieux l’inconvénient est bien moindre. Ils varient sans doute de valeur, et, quand on envisage un long espace de temps, on s’aperçoit que ces variations sont considérables. Mais ce phénomène ne se produit pas instantanément. On a beau découvrir de nouvelles mines ou exploiter plus savamment des mines anciennes, la production d’une année, plus ou moins abondante, ne constitue jamais (ju’une très minime portion de l’approvisionnement général du monde, composé de la production de toutes les années
LA CIRCULATION
antérieures,^ défalcation faite de l’usure et des pertes accidentelles. Car 1 usage ne détruit pas les métaux précieux ; il les emploie, les transforme; mais la matière demeure, diminuée seulement de la poussière impalpable que le frottement enlève et des pertes causées par la thésaurisation et les nau- Irages. Il n y a pas de marchandises qui possèdent cette qualité au même degré que les métaux précieux, parce qu’il en est peu qui soient moins altérables.
Les métaux précieux sont donc bien ce que le commerce cherchait : une marchandise précieuse [grande valeur), toujours la même {homogénéilé et divisibiUlé), facile à conserver [inaltérabilité), facile à aiîcumuler [densité), propre à servir de mesure commune [stabilité relative de valeur).
Aussi sont-ils la matière dont on fait la monnaie, mais ils ne sont pas précisément la monnaie même. Voici un lingot. Quel est son poids? Est-il fin? On pourrait bien avec une balance s’assurer du poids; mais on ne peut constater le degré de fin que par une longue et difficile opération chimique. Ce sont là autant d’obstacles à l’échange. En Chine, on se sert de lingots portant l’indication du poids, du titre ei souvent la marque des principaux négociants qui les ont reçus ; mais de telles formalités sont gênantes, et de pareils lingots peuvent être rognés. Dès l’antiquité, on avait imaginé un système bien meilleur, qui est aujourd’hui celui de tous les peuples civilisés, la Chine exceptée. Il consiste à frapper, sous la garantie et avec V empreinte de l'Etat, des disques d'or et d'argent dont la forme, le poids, le titre sont rigoureusement déterminés par la loi, que, par conséquent, les particuliers peuvent reconnaître aisément, et qu’ils sont obligés d accepter comme monnaie dans les payements, parce (]ue ces pièces en forme de disque ont cours légal. C’est,
comme nous 1 avons dit, un des caractères essentiels de la monnaie.
8«. i.es deux étalons. — Les disques de métal peuvent être frappés suivant des systèmes qui diffèrent : 1° sous le rapport du métal ou des métaux adoptés par la loi comme valeur fondamentale et régulatrice ; 2“ sous le rapport du poids et du titre et, par conséquent, de la valeur des pièces.
■f LA MONNAIE ’ l8o
La première considération soulève la question dite de Vétalon monétaire. On entend par « étalon » l’unité de mesure des valeurs telle que la loi d’un pays l’a fixée. Quand la loi a établi le mètre ou le litre, elle leur a attribué une certaine longueur ou une certaine étendue, qui sont identiques à elles-mêmes dans tous les temps, dans tous les lieux, quel que soit l’objet long ou l’objet volumineux à mesurer, et ^ qui, indépendants de cet objet, le mesurent sans être mesurés
par lui.
Quand la loi établit une unité monétaire, elle n’en fixe pas, comme nous l’avons dit, la valeur, puisque la valeur de la monnaie est mesurée à chaque échange par l’objet qu’elle achète, comme elle mesure elle-même la valeur de cet objet. La loi ne fixe en réalité qu’une chose : la nature de la pièce de monnaie servant d’unité de compte, c’est-à-dire son type, i son poids, son titre. Cette pièce sera-t-elle en or? sera-t-elle
en argent ? sera-t-elle indifféremment faite d’or ou d’argent ? C’est là une question importante. Car les métaux pré- \ deux sont au nombre de deux; et, puisque toute valeur est
j variable, le rapport qui existe entre l’un et l’autre ne peut
pas être immuable; que le kilogramme d’or s’échange à un
] moment contre lo kil. 1/2 d’argent, cela ne signifie pas que
15 kil. 1/2 d’argent vaudront toujours 1 kil. d’or. Or, un emprunteur reçoit 210 000 francs qu’il s’engage à rendre dans vingt ans et il reçoit cette somme en monnaie d’or, que doit-il restituer? 100 kil. d’or ou 1 550 kil. d'argent? La loi peut trancher la question de trois manières différentes :
1“ Par l’adoption de l’étalon d’or : c’est le système anglais ;
2° Par l’adoption de l’étalon d’argent : c’est le système allemand ;
3° Par l’adoption du double étalon, avec ou sans restriction : c’est le système français.
Le système du double étalon ou bi-métallisme a l’avantage de constituer un marché monétaire plus large et un stock inétallique plus considérable, parce qu’il admet également l’un et l’autre métal avec la même autorité, et. par conséquent, ^'amortir les brusques oscillations de la valeur. En effet,
LA CIRCULATION
représentez la quantité de l’or existant dansle monde par iüO et supposez qu'il soit seul étalon; si, par suite d’une découverte, vous ajoutez en quelques années 10 à cette quantité, I accroissement sera de 1/10. Représentez également j)ar 100 la quantité d’argent et supposez que Tor et l’argent aient tous deux le caractère d’étalon; la masse des métaux monnayables sera égaleà:200; par conséquent, l’addition de 10 ne 1 augmentera que de 1/^0, et Ja dépréciation sera moindre.
Mais le double étalon a l’inconvénient de rendre ces oscillaitons plus fréquetites, puisqu’elles peuvent être produites par le rendement des mines d’argent et par le rendement des mines d or, et de pousser toujours à la baisse de la monnaie, parce que, dans les pays à double étalon, les débiteurs ont toujours intérêt à se libérer a\ ec celui des deux métaux qui, ayant cours légal, vaut le moins, tandis que les ban-
(luiers ont intérêt à exporter à l’étranger, comme lingot celui qui vaut le plus. ’
Les partisans du bi-métallisme pensent que si plusieurs grands Etats s entendaient pour adopter d’un commun accord le même rapport, soit celui de 1 cà 15 1/l>, entre les monnaies d or et d’argent, cette entente suffirait pour fixer à peu près le rapport de valeur des deux métaux dans le commerce et procurerait sans inconvénient un large marché monétaire. Elle contribuerait sans doute à maintenir l’équilibre, parce que le monnayage étant le principal emploi des métaux précieux, l’un et l’autre auraient un placement assuré à un prix déterminé. Mais il n’est jamais sage de substituer un
équilibre factice résultant d’une décision législative à l’équilibre naturel des valeurs et rien ne pourrait empêcher un Etat qui croirait quelque jour y avoir intérêt, de dénoncer à
certaine époque la convention et de rompre par là cet équi-
Le système de runité d'étalon, or ou argent, a les inconvénients et les avantages opposés. Mais, en somme, il est plus logique, plus conforme à 1 objet même de la monnaie qui est à'avoir une mesure fixe, sinon quant à la valeur — ce oui est impossible— du moins quant à la matière. Tel emnruniP 100 kil. d’or à 9/10 de fin, ce qui s’exprime par les mois
ïllO 000 francs; il rendra 100 kil. d’or. Il est bon que les contrats soient toujours clairs : celui-ci l’est parfaitement. Ces 100 kil. vaudront-ils plus ou moins? Peu importe; il n’y a pas d’ambages ; ce que l’emprunteur a reçu, il le restituera.
Dans le choix du métal auquel l’Etat conférera la qualité d’étalon, Vor est en général préférable. Il est, comme on l’a dit avec raison, la monnaie des peuples riches. Aujourd’hui il est devenu assez abondant pour suffire, avec le secours du crédit et des monnaies auxiliaires, à la circulation. L’or remplit mieux encore que l’argent deux des conditions requises pour la monnaie : il a beaucoup plus de valeur sous un même volume et, partant, il est plus facile à transporter; il est plus inaltérable et, partant, l’usure en est moindre. Enfin l’adoption de l’étalon d’or ne bannit nullement l’emploi de l’argent comme monnaie divisionnaire, tandis que l’adoption de l’étalon d’argent rend assez incommode l’emploi de l’or, devenu une simple marchandise variable selon les cours du marché.
Cependant cette préférence n’est pas une règle absolue. Tel peuple qui n’a qu’un petit commerce ou tel pays, comme l’Inde, dont les habitants sont habitués à ne manier que des pièces d’argent, peuvent avoir de justes raisons pour choisir l’étalon d’argent.
8'î. La monnaie divi«»ionnaii‘e. — NouS avons dit qu’unité d’étalon ne signifie pas proscription du métal qui n’a pas cette qualité. Le métal-étalon sert à fabriquer la monnaie principale avec laquelle tout débiteur a le droit de s’acquitter et que le créancier ne peut refuser dans aucun cas. Mais, à côté de cette monnaie principale, il peut exister des monnaies secondaires, n’ayant pas cours légal ou n'ayant cours légal que dans des limites restreintes. Par exemple , comme il est impossible de faire des pièces d’or d’une valeur minime, on peut avoir besoin de frapper de menues pièces d’argent et des pièces de cuivre destinées à servir d’appoint; dans ce cas, l’Etat détermine par une loi le maximum au delà duquel nul ne peut être contraint de les accepter dans un payement. Ces pièces sont dites monnaies divisionnaires.
Puisqu’elles ne sont qu’un simple appoint, on conçoit que,
LA CIRCULATION
üi-
sans manquer à la règle fondamentale de la monnaie, on puisse leur donner une valeur réelle inférieure n leur valeur nominale ; c’est ce qui a toujours eu lieu pour les pièces de billon ou de bronze, et ce qui, en France, a lieu aujourd’hui pour les pièces d’argent au-dessous de cinq francs. On comprend aussi pourquoi, lorsqu’elles cessent d être un équivalent pour devenir un simple signe représentatif de la valeur, il est nécessaire de limiter la quantité qu un débiteur peut forcer son créancier à accepter.
HH. Les sjstèmes nioiiétaîres. — La considération du poids et du titre des pièces de monnaie conduit à l’étude des systèmes monétaires des différentes nations.
Il suffit de bien connaître celui de notre propre pays, qui est, en meme temps, par une convention du 23 décembre 1865, celui de la Belgique, de la Suisse, de l’Italie et de la Grèce, ces Etats ont formé une Union monétaire sont aujourd’hui sous le régime du double étalon mitigé
Les lois du 18 germinal an III (7 avril 1795), du 28 brumaire anllletdu / germinal an XI (28 mars 1863) avaient décidé que
' T/m franc, pesant 5 grammes d’argent
a 9/1 ü de fin (autrement dit contenant 4 gr. 5 d’argent fin)
et que l’on frapperait des pièces d’or dont le poids était réglé sur une valeur de 15 fois 1/2 la valeur du même poids en argent. Les monnaies d’argent sont restées jusqu’en 1849 le principal instrument des échanges.
Depuis cette époque la grande production et l’affluence de 1 or, ayant fait baisser la valeur de ce métal, ont déterminé
1 exportation de l’argent et l’or est devenu le principal instrument de nos échanges. Pour empêcher la sortie des pièces divisionnaires d’argent qui sont indispensables à la circulation pour les petits payements, deux lois, en 1864 et 1866, et la convention internationale ont réglé que les pièces de
2 francs, de 1 franc, de 0 fr. 50 et de 0 fr. 20, au lieu
^ 900/1000 de lin, le seraient dorénavant a 83O/1000, cest-à-dire qu’elles contiendraient moins d’argent tout en conservant le même aspect, afin qu’ayant une valeur réelle inférieure à leur valeur nominale, elles ne pussent être exportées sans perle pour l’exportateur. Mais la loi
LA MONNAIE
a décidé en même temps que l’on n’en pourrait pas faire accepter dans un payement pour plus de 50 francs, précaution nécessaire pour que le système monétaire ne perdît pas le caractère à' équivalence. Les pièces de 5 francs ont conservé leur titre et leur poids, et, par conséquent, toute leur puissance libératrice comme monnaie.
I La continuation de la baisse de l’argent a déterminé les
Etals de f Union monétaire à limiter depuis ce temps la quantité de monnaie que chacun d’eux pourrait frapper chaque année et à suspendre complètement le monnayage de l’argent depuis 1878.
Quant aux pièces de bronze (10, 5, 2, 1 centimes), dont la valeur réelle est à peine le tiers de la valeur nominale, on ne peut être contraint d’en accepter pour plus de cinq francs .
89. I.a valeur des métaux précieux. — Lingots et monnaies ne sont qu'une seule et même marchandise; il ne peut exister d'une manière permanente entre la valeur de l'un et de Vautre que la différence des frais de fabrication de la monnaie. Dans les pays où, comme en Angleterre, ces frais sont à la charge de l’Etat, une pièce de monnaie ne vaut ni plus ni moins qu’un lingot de même poids et de même titre. En France, où, ces frais étant à la charge du porteur, on retient 6 fr. 70 pour convertir en pièces de monnaie un kilogramme d’or à 900/1000, c’est-à-dire pour fabriquer 155 pièces de 20 francs, le lingot d’un kilogramme à 900/1000 de fin ne peut guère descendre au-dessous de 3100 francs moins 6 fr. 70, soit 3093 fr. 30.
La raison en est facile à comprendre. Si la valeur du kilogramme tendait à descendre plus bas, on aurait intérêt à le
> porter à l’hutel des Monnaies, qui donnerait 155 pièces de
20 francs, pour 1 kilogramme d’or, plus 6 fr. 70. D’un autre coté, si le lingot tendait à s’élever plus haut, seulement d’uii centième et demi, chacun fondrait sa monnaie, certain d’échanger ses 155 pièces réduites en lingot contre 156 pièces monnayées. Le niveau se maintient ainsi nécessairement de lui-même. Si cette égalité subit quelques exceptions dont profitent les banquiers pour exporter ou pour
LA CIRCULATION
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clairement que la marehanrUcA on saurait
baissé. On ne saurait faire de mêml ^
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port. Si la monnaie est la m«e ^ap-
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nombre. moins un grand
con^ESr’^lf'hlo"' -ï'!’«ne, onn-en pourrait rien
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d’unlixit^^^otnt' col“C nt
ces marchandises est en hausse drasl^nVm-^ ^*^ car, la valeur n’étant qu’un rapport LTl""
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Mais on en conclura léo-itirnempni m,A i i ^
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antres, a baissé dans la même proporTio^ ^
valeur des métaux précieùrd^ 2 1
opposée à celle donUn u«e de a ^ rn^'d^
Pte /c;,ri. ^es nmrc/iule,: ' ? te ' ’esuf e" u'
tant donner d’or ou d’amAni rvev i ’ ^ ^^^'‘^'«•re plus il métaux précieux ont dfnl/c >»<>ins les
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iMo.tée ,,ar le coût de production de nouvelles tantit'rde
LA MONNAIE
métaux. Si la quantité des métaux précieux eu circulation venait à doubler, en supposant que l’activité commerciale du monde fût demeurée la môme, les métaux perdraient moitié de leur valeur ; si la découverte de procédés plus économiques ou de mines plus riches permettait d’extraire le kilogramme d’or fin avec une dépense de !2000 francs, les capitaux et les travailleurs se porteraient avec empressement vers celte industrie lucrative, et il s’ensuivrait une abondance de production qui ferait baisser la valeur de l’or.
Mais l'activité commerciale n’est pas une quantité immuable. Il y a, selon les temps, plus ou moins de salaires à payer et de produits à échanger ; les produits peuvent passer dans un plus ou moins grand nombre de mains, et la transmission peut en être plus ou moins rapide. Ce sont là les éléments qui constituent la demande. Or, il est évident (pie, si cette deriiande avait doublé pendant que doublait l'ofire, la valeur des métaux précieux serait demeurée la même, mais que, si celte demande avait trijilé, la valeur des métaux serait en hausse.
Des variations de ce genre se sont produites dans l’un et dans l'autre sens.
Durant l’antiquité et le moyen âge, le marché n'était alimenté que par les mines d’Europe. Les métaux précieux étaient bien moins abondants que dans les temps modernes; mais le commerce était beaucoup plus restreint; et, comme les communications étaient plus rares, le niveau de la valeur des métaux était et restait très différent dans diverses contrées.
Il s’abaissa durant les premiers siècles de l’Empire romain qui possédait toutes les mines connues du bassin de la Méditerranée.
Il se releva au iv° siècle, surtout durant la période des invasions, parce que la crainte des barbares faisait enfouir les trésors et arrêtait l’exploitation des mines.
Il tendit vers la baisse à la suite des croisades, parce que, si le commerce reprenait alors son essor, des exploitations minières, commencées ou renouvelées en Espagne, en Allemagne, en Hongrie, approvisionnaient mieux le marché.
192 la circulation
11 se relevait au xv® "Siècle par suite d'un commerce plus actif coïncidant avec un état stationnaire des mines, lorsque Christophe Colomb découvrit l’Amérique.
Les Espagnols trouvèrent au Mexique et au Pérou des mines dont la richesse dépassait de beaucoup tout ce qu’avaient connu l’antiquité et le moyen âge. Il s’ensuivit, comme le remarquaient avec chagrin des contemporains. « une cherté excessive de toute chose, » c’est-à-dire une grande et rapide dépréciation des métaux précieux : à Paris, l’hectolitre de froment, qui valait environ 10 grammes d’argent fin à la fin du xv® siècle, était payé plus de 80 grammes dans la première moitié du xviie. En même temps, le rapport de l’or à l’argent se modifiait. Il avait été environ de 1 à 12; mais, les mines d’Amérique étant surtout des mines d’argent, il ne tarda pas à être de 1 à 15.
Les communications entre les marchés éloignés ayant été pendant tout le moyen âge plus difficiles qu’aujourd’hui, il y avait entre la valeur des métaux précieux dans un lieu et leur valeur dans un autre lieu des différences beaucoup plus grandes qu’aujourd’hui.
Vers 1848, la production annuelle était d’un peu plus que 200 millions de francs, dont 3/4 environ en argent et 1/4 en or. A cette époque, la découverte des mines d’or de la Californie, puis de l’Australie, et le développement des exploitations de l’Oural et de la Sibérie élevèrent la production annuelle des métaux précieux à près de 1 milliard, dont les 5/6 étaient en or. Comme conséquence, la valeur des métaux précieux s'est abaissée depuis 1848. Elle se serait abaissée beaucoup plus sans le développement que le commerce, stimulé par diverses caus(;s, a pris en même temps durant cette période.
Comme les nouvelles mines avaient surtout produit de l’or, ce fut l’or dont la valeur baissa le plus. Cependant, depuis 1870, quelques pays, comme l’Allemagne, ayant adopté l’étalon d’or et les mines d’argent des Etats-Unis étant devenues très productives, l’argent s’est trouvé à son tour en surabondance et sa valeur est devenue inférieure à 15 fois 1/2 son poids d’or. En 1880, la production <les métaux précieux
la monnaie 193
était d’environ 1100 millions, moitié en or et moitié en argent.
De l’histoire des métaux précieux il résulte que :
1 Les variations de valeur entre les deux métaux ont été continuelles, sans cependant que le rapport de l’argent
à l’or dans le monde civilisé ait été au-dessous de 10 ou se soit élevé jusqu’à 20 pour 1 .
2« Les variations de prix, c’est-à-dire de la valeur de la monnaie, ont été continuelles aussi et ont eu des amplitudes beaucoup plus considérables; on peut dire approximativement qu’un kilogramme d’argent achetait, à la fin du XV® siècle, huit à dix fois plus de denrées qu’aujourd’hui 3° Les variations de prix ont été plus souvent dans le
sens de la baisse des métaux précieux que dans le sens de la hausse.
4® Si l’on embrasse une courte période (or, tous les échanges dans le commerce ordinaire se font dans une courte période), /a monnaie est la mesure des valeurs la pins exacte.
5“ Si, au contraire, on embrasse une longue période, c’està-dire une période historique de plusieurs siècles les métaux précieux deviennent une ?nesure tout à fait insuffisante. On peut leur préférer soit la journée d'un ouvrier ordinaire^ soit le prix d’un objet de consommation très générale, comme le blé, ou mieux chercher à établir un terme de comparaison à l’aide de la valeur combinée d’un grand
nombre de marchandises; mais il faut renoncer à trouver une mesure exacte.
Résumés
La monnaie est par excellence l’instrument des échanges. C’est une marchandise qui, selon la loi commune de l’échange, se vend et s’achète ce qu’elle vaut mais qui, étant revêtue d’un caractère légal, sert d’ïiitermédiaire dans l’échange des autres marchandises et
de dénominateur commun dans la comparaison des valeurs. .
LA CIRCULATION
Les métaux précieux ont les qualités requises pour servir de monnaie : grande valeur sous un petit volume, homogénéité et divisibilité , inaltérabilité , densité ,
stabilité relative de valeur.
Le système monétaire peut être fondé sur le double étalon ou sur l’unité d’étalon. — Le double étalon fournit un marché monétaire plus large et un approvisionnement métallique plus considérable ; il amortit les brusques oscillations de valeur de la monnaie, mais il rend ces oscillations plus fréquentes et il pousse à la baisse de la monnaie. — L’unité d’étalon est un système plus logique, parce qu’il fournit une mesure üxe, sinon quant à la valeur, du moins quant à la matière. — L’étalon d’or convient aux peuples riches.
Les monnaies divisionnaires peuvent avoir une valeur réelle inferieure à leur valeur nominale, à condition que le cours en soit limité par la loi.
La France et les États qui ont contracté avec elle l’Union monétaire sont sous le régime du double étalon mitigé.
Lingots et monnaies sont une même marchandise : il ne peut exister entre la valeur des uns et des autres que la différence des frais de fabrication.
Plus le prix des marchandises est élevé, moins les métaux précieux ont de valeur ; moins le prix des marchandises est élevé, plus les métaux précieux ont de valeur.
L’histoire montre que les variations de valeur entre les deux métaux ont été continuelles; que les variations de prix ont été continuelles aussi et beaucoup plus considérables ; qu’elles ont été le plus souvent dans le sens de la baisse ; que, dans une courte période, la monnaie est la mesure des valeurs la plus exacte ; mais que, dans une longue période, elle devient une mesure tout à fait insuffisante^
LE CRÉDIT ET LES BANQUES
LE CRÉDIT ET LES BANQUES
SoM«RE - 90. I.a nature du crédit. - ni. L’iulluence du crédit.
raerce.' - ofLeS d™ ba„ntr““V- 1 e"*' 1' T'
n„p= Qfl I I manques. — 9o. Le mécanisme des ban-
banoûe en vue du crédit. - 97. Le billet de
la drcuiatTon 99 >!« !’e"caisse, du portefeuille et de
itc K ; ; T papier-monnaie. — 100. Le mode d’émission des lullels de banque. - loi. La Banque de France. - Les principales Banques étrangères.
MO. La naiare ,1.. crédit. Si la monnaie est le seul dénominateur commun, elle n’est pas le seul instrumenl des échangés. Elle a un puissant auxiliaire dans le crédit ^ous pouvons déjà dire d’une manière générale que le crédit consis e dans l ec/iange d’une réalité actuelle, c’est-à-dire d’une richesse existant acluellement sous forme de monnaie, de marchandise ou de valeur quelconque, contre une probabilité future, e est-à-dire contre le remboursement, à une
époque ulleneure el si le débiteur est solvable, de la richesse pretee et des intérêts du prêt.
Étudions la nature de cet instrument en prenant le cas le plus simple. ^
Un omrier a besoin de pain; mais il n’a pas d’an/ent
efrm’ilh 1* f'J* la dernière quiiizainè
V ! I 1“''® *'“■* prochaine. Il
ta chez le boulanger, qui lut donne un pain dont il lui nro-
met de payer la valeur dans buil jours. Ou plutôt il n’a be-
P**'"! lioulanger a niabilude de le lui donner chaque jour; l’ouvrier a l’habilude
de le payer chaque quinzaine; le premier en use de même
avec loules ses pratiques en qui il a confiance : c’est un con-
Irai iacite qui est avantageux à tous, puisqu’il permet à l’ou-
rmi an. .f “ lioulanger de vendre un pain
lut aurait peut-etre inutilement attendu dans sa boutique un
autre consommateur. Voilà le phénomène du crédit sous sa
196 LA CIRCULATION
forme la plus simple. C’est ce qu’on appelle « faire crédit » et « acheter à crédit » : le langage ordinaire est ici d’accord avec le langage de la science.
Que s’est-il passé ? Le boulanger a eu confiance dans la probité et la solvabilité de son acheteur : voilà le principe. Il lui a livré sa marchandise sans en exiger immédiatement le payement, c’est-à-dire qu’il lui a fait avance de la valeur de cette marchandise : voilà le fait. La marchandise, que l’ouvrier n’aurait pu acheter au comptant que dans huit jours, est entrée plus tôt dans la circulation : voilà le résultat.
Si le boulanger n’avait pas cru l’ouvrier assez honnête ou assez riche pour payer son pain, si même il n’avait pas trouvé quelque avantage à se défaire promptement de sa marchandise, il n’aurait peut-être pas agi ainsi; la confiance et la circulation jouent donc un grand rôle dans le crédit. Toutefois le crédit, considéré en lui-même, a été une manière de prêt, une faculté de consommer ou d'utiliser une certaine valeur appartenant à autrui sans que le consommateur donne en même temps une valeur égale. S’il avait donné celte valeur égale, l’échange eût été parfait : l’acte de crédit est un échange inachevé.
C’est par la contingence même d’un des deux termes du rapport que le crédit diffère essentiellement de l’échange ordinaire. Bans l’échange ordinaire, où l’on livre produit contre produit, l’opération est complète du premier coup. Dans un fait de crédit, l’échange reste comme suspendu jusqu’à ce ([ue le débiteur se soit acquitté. Celui-ci a donc, en premier lieu, l’usage, pendant un certain temps, d’un produit dont il ne fournil pas l’équivalent; en second lieu, il est certain qu’il a reçu, tandis (ju’il est seulement probable qu’il rendra. De là, la légitimité de l’intérêt qu’il paye à son créancier comme prix de l’usage, et l’élévation du taux de cet intérêt d’autant plus grande que l’éloignement de l’époque du remboursement ou le peu de confiance qu’inspire l’emprunteur rendent moins certaine la livraison future du produit équivalent.
Toutes les autres formes du crédit ne sont que des variations plus ou moins compliquées du phénomène que nous
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venons d’analyser et peuvent toujours se ramener à un contrat semblable à celui du boulanger avec l’ou\Tier. Qu’au lieu d’un pain il s’agisse d’un habit, de dix balles de café, de vingt pièces d’étolïe , d’un fonds de commerce de 100 000 fr., d’un travail personnel, il y a toujours un vendeur qui livre une certaine valeur sans recevoir immédiatement en échange Tune valeur équivalente , et un acheteur qui reçoit cette valeur en s’engageant, moralement ou par écrit, à rembourser la dette qu’il contracte. Dans toute opération de crédit, il y a donc, d’une part, le vendeur., lequel est prêteur ou créancier, d’autre part, V acheteur., lequel est emprunteur ou débiteur ; entre les deux, une marchandise que le premier avance au second, parce qu’il a confiance en lui.
Au fond de tout acte de crédit, il y a une avance, et c’est l’avance même qui constitue le phénomène du crédit : avance sur promesse implicite de remboursement dans les rapports ordinaires d’un tailleur avec son client, avance sur promesse écrite dans d’autres cas. Quand l’ouvrier reçoit au bout de la quinzaine le prix de son travail de deux semaines, quand le propriétaire louche au terme le loyer d’un logement dont jouit depuis trois mois le locataire, n’y a-t-il pas encore avance de services et acte de crédit? Mais comme, au fond, produits et travail sont des services, on doit dire d’une manière générale : le crédit est une avance de services.
On emploie ce mot de crédit dans un sens un peu différent quand on parle du « crédit publie » ou d’un homme « qui a du crédit ». On veut désigner non plus l’avance ellemême, mais la faculté qu’a un Etat ou un particulier de se procurer des avances de services.
Pour qu’il y ait avance de services, il faut nécessairement qu’il y ait d’abord des services rendus, des produits créés, une richesse réelle; on ne prête pas le néant. Si le tailleur n’avait pas d’habits, il ne pourrait pas en fournir à crédit. Il en est. de même d’un marchand de soieries, d’un bailleur ^de fonds, d’un ouvrier; s'ils ne possédaient pas l’un des pièces d’étoffe, l’autre de l’argent, le troisième du travail, tous enfin quelque valeur réelle et échangeable, il ne leur serait
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pas plus possible de vendre à crédit qu’au comptant. Cette observation est si simple qu’elle paraît puérile. Elle conduit pourtant à une vérité très importante et parfois méconnue : c’est que le crédit doit toujours reposer sur une valeur réelle; et conséquemment à cette autre vérité capitale : le crédit est par lui-même un déplacement et non une création de capitaux.
La quantité de valeurs que chacun possède, comme étant sa propriété ou comme résultant d’un emprunt, est donc la limite du crédit qu’il peut accorder à un moment donné. De plus, on n’accorde de crédit qu’à ceux qui ont assez de moralité pour inspirer confiance ou qui possèdent assez euxmêmes pour présenter une garantie. Ces deux raisons font que, dans une nation pauvre, il y a peu de crédit, parce qu’il y a peu de gens capables de le donner et peu de gens jugés dignes de le recevoir; au contraire, dans une nation riche, le crédit est d’un usage très fréquent et devient un des grands moteurs du mouvement économique. Mais, quelque riche que soit cette nation, le crédit, en supposant que les nations étrangères n^interviennent pas dans ses affaires, ne saurait jamais y être plus grand que la masse de ses richesses, et il ne peut s’accroître que par suite d’un accroissement proportionnel de la production; car, encore une fois, il faut que la richesse, soit créée pour qu’elle puisse être déplacée et prêtée.
îM. L’inniience du crédit. — Le crédit n’en exerce pas moins une très grande influence sur la création des richesses et, par suite, sur la formation du capital.
Voici un homme qui est actif, intelligent, laborieux, mais (|ui, faute d’argent, était resté longtemps ouvrier serrurier, et qui gagnait à peine avec ses deux bras de quoi suffire à son entretien journalier. Un capitaliste lui a prêté 3000 francs a l’aide desquels il a pu louer une petite boutique, faire construire une forge, acheter des outils, du charbon, du fer et travailler pour son propre compte. Gomme il est adroit, les pratiques ne lui ont pas fait défaut. Sur ces 3000 francs, 2000 seulement avaient servi aux frais de premier établissement; 1000 avaient été employés à acheter du fer, qui, sous le marteau de l’artisan, s’est converti en serrures et en
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objets divers valant plus de 3000 francs. Avec ces 3000 francs, il a encore acheté du fer dont la valeur, grâce à son industrie, a triplé; si bien qu’au bout de six ans ce serrurier avait remboursé les 3000 francs empruntés, et qu’il possédait déjà une boutique achalandée et un petit capital. Une avance de 3000 francs pendant six ans avait opéré ce changement, tiré un homme de la médiocrité et enrichi la société de toute la valeur de sa production : c’est là un miracle dCi à la puissance du crédit.
Un homme avait acheté une terre de quelques arpents qui valait à peine 1300 francs, parce que l’ancien propriétaire, faute d’argent, l’avait laissée presque en friche. Cet homme était riche. Il confia celte terre à un pauvre hère du village qu’il savait laborieux et lui fournil une paire de bœufs, une charrue, des moutons, des semences. A l’aide de ces instruments de travail, le métayer cultiva; la terre, qui par ellemême était fertile, répondit à ses soins. Au bout de dix ans le pauvre hère était devenu un villageois aisé ; son bétail avait doublé et la terre elle-même , retournée et fumée , aurait valu plus de 3000 francs si le propriétaire avait voulu la vendre. Voilà encore un miracle du crédit.
Les exemples de ce genre sont infinis. Interrogez les industriels et les négociants que vous rencontrez dans la société ; la plupart vous diront qu’au début de leur carrière ils ont eu recours à des capitaux empruntés et que c’est le crédit qui leur a permis de former leurs premières entreprises. En saurait-il être autrement? L’homme ne peut rien sans avoir un capital, et comment aurait-il pu amasser un capital avant d’avoir rien fait? Sans le crédit, il n’y a guère que ceux auxquels leurs parents auraient laissé quelque fortune qui seraient capables d’exercer une industrie ou un commerce quelconques. Que d’intelligences, que de facultés diverses et précieuses ne demeureraient pas stériles? et combien la société tout entière ne serait-elle pas plus pauvre sans l’influence bienfaisante de ce crédit, c’est-à-dire sans ce déplacement du capital qui est venu s'associer au travail?
D’aillleurs ce n’est pas seulement au début de la carrière, a’est dans toutes les branches et à tous les degrés de l’activité
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industrielle que l’influence salutaire du crédit se fait sentir.
Un négociant déjà riche a un capital de 100 000 francs en marchandises.
Supposez que le crédit n’existe pas. Ce négociant ne pourra renouveler son assortiment que lorsqu’il aura vendu les marchandises qu’il possède, et il ne les vendra qu’argent comptant. Bien des acheteurs, qui se seraient présentés immédiatement sans cette condition, sont obligés d’attendre cinq et six mois jusqu’à ce qu’on leur ait acheté à eux-mêmes et payé leurs produits. Ce n’est qu’au bout d’un an que le négociant aura vendu ses 100 000 francs et que, rachetant de nouvelles marchandises au fur et à mesure de chaque vente, il aura entièrement renouvelé son assortiment. Les marchandises, qui sont restées longtemps en magasin, auront pu se détériorer; et, si ce négociant fait un bénéfice net de 15 0/0, il n’aura gagné que 15 000 francs.
Supposez maintenant que le crédit existe. Le même négociant voit affluer chez lui les acheteurs et il leur livre aussitôt ses marchandises sur la simple promesse d’en payer la valeur trois mois après. Il va lui-même trouver ses fournisseurs, et il remplit, au fur et à mesure, les vides de son magasin, sans bourse délier, en s’engageant seulement à payer dans trois mois. Il paye en effet avec l’argent que lui donnent à l’échéance ses acheteurs. Il se trouve ainsi avoir vendu en trois mois ce qu’il n’aurait vendu, sans l’intervention du crédit, qu’en un an ; il renouvelle quatre fois dans la même année ses opérations ; les marchandises n’ont pas le temps d’être avariées ni de passer de mode; il peut se contenter d’un bénéfice de 10 0/0; les acheteurs payent moins cher, et lui-même gagne 40 000 francs au lieu de 15 000.
Appliqué à tous les industriels, à tous les négociants d’une nation qui, par un enchaînement semblable, se font des avances et en reçoivent mutuellement les uns des autres, le crédit anime la production, il augmente dans une proportion considérable l’effet des forces productives de la société. On ne saurait donc trop l’encourager, non seulement pour procurer le bien-être à ceux qui ne l’ont pas, mais pour donner
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de nouvelles forces à ceux qui ont déjà acquis l’aisance et pour acccroître la masse des richesses, j Disons, en résumant cette analyse, que, si le crédit, à pro •
prement parler, ne crée rien et s’il est un simple déplacement de capitaux, néanmoins, en portant le capital à l’endroit ! même où celui-ci peut être le plus utilement employé, en
i fournissant au travail des instruments, en rendant actif ce
qui était inerte, fécond ce qui était stérile, ce simple déplacement apporte une modification profonde dans l’économie de la société, rend la production plus active et permet à l’industrie de créer, dans le même temps, une masse de richesses plus considérable. Il ne faut jamais perdre de vue ni l’un ni l’autre des deux aspects de la question ; c’est en l’envisageant dans son ensemble que l’on conclut que le crédit est une avance de services, faite sous forme de travail actuel ou de produits antérieurement créés, déterminée par la coniidincQ, produisant une circulation plus rapide et, par suite, contribuant à ^augmentation de la richesse.
02. Les principaux modes de crédit. — Le crédit se présente presque aussi souvent sous forme d’une avance de travail que sous forme d’une avance de marchandises. En effet, tous les produits qui sont donnés à crédit par le marchand ont été auparavant fabriqués à crédit par les ouvriers dont on n’a pas payé heure par heure ni même jour par jour les services. Arrêtez un vendredi soir le compte général de la production en France. Les sept ou huit millions d’ouvriers et d’ouvrières qu’emploie l’industrie manufacturière ont fait à leurs patrons l’avance d’environ cinq jours de travail, soit à raison de 3 francs en moyenne, plus de 100 millions de francs ; les quinze millions d’ouvriers de ferme et de cultivateurs salariés qu’on paye souvent par mois ont fait une avance au moins égale. Le crédit du travail, sans parler même du traitement des commis et des employés, roule ainsi à la fin de chaque semaine sur un fonds de plus de 200 millions ; néanmoins, comme il ne se traduit d’ordinaire par aucun contrat écrit, il passe presque inaperçu.
( Quand on parle de crédit, on entend presque toujours une
avance de marchandises ou de choses ; de plus, comme les
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^ marcliandises s’évaluent à l’aide de la monnaie, c’est en mon-
naie, autrement dit en espèces sounantes, que le contrat de • crédit est stipulé et que se fait le remboursement du service
'• avancé, c’est-à-dire que l’échange, demeuré imparfait et sus-
ii pendu, se complète par la livraison de la contre-valeur mé-
|! tallique promise par le débiteur.
. Les contrats de crédits, presque toujours stipulés en ar-
gent, se distinguent donc moins par la nature de la marchan- (5 dise fournie que par la nature des garanties données par
l’emprunteur pour inspirer confiance. On peut diviser ces contrats en quatre catégories ;
Le crédit simple ou prêt direct a dû être la forme pri- Îî mitive des avances que les hommes se sont faites les uns aux
P autres. Le sauvage qui a été plus heureux à la chasse que
:| son compagnon lui prête pour vivre quelques pièces de gibier
que celui-ci s’engage à rendre à la campagne prochaine; le r cultivateur qui ne consomme pas tout son blé en cède une
« partie à son voisin pauvre pour faire ses semailles, et le voisin
promet de rendre avec usure, à la moisson, la valeur prêtée :
^ rien de plus simple qu’un pareil contrat. C’est encore aujour-
d’hui une forme qui est dans les habitudes journalières de la vie. Les avances que l’ouvrier fait à son patron, les marchandises que le boucher, le boulanger, l’épicier fournissent à crédit au client, les vêtements que le tailleur et la couturière , livrent sans présenter leur note sont des espèces de prêts di-
; rects. Aucun engagement écrit ne lie les deux parties; les
; livres du vendeur sont le plus souvent l’unique preuve de la
créance; aussi ce genre de crédit lepose-t-il presque uniquement sur la confiance. Il rentre dans la catégorie ([u’on nomme crédit personnel, parce qu’/7 a pour fondement Vopinion cpCon a de la personne qui emprunte beaucoup plus que les valeurs réelles que l’emprunteur pourrait fournir comme garantie.
Les marchandises ainsi livrées sont souvent consommées sans produire d’une manière directe de nouvelles marchandises qui répondent du payement. Quand le négociant en vins vend à un cabaretier un tonneau de vin, il doit penser qu’il ne le vendra à son tour au détail qu’avec profit, et que
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la valeur de chacun des litres qui sortiront de sa cave se retrouvera en argent dans sa caisse, ou sous une autre forme dans son magasin : il y a là une certaine garantie. Mais, quand il livre le même tonneau de vin à un individu qui le consommera pour son propre usage, il peut se demander que sera devenue la valeur de la marchandise, s’il ne vient toucher le montant de sa facture que six mois après, lorsque tout le vin aura été bu? Il n’a d’autre garantie que la moralité de l’acheteur et sa condition générale de fortune : le crédit est personnel.
Malgré les risques auxquels il expose, ce crédit offre tant de commodités qu’il est d’un usage continuel et qu’il serait presque impossible de le bannir d’une société civilisée. Gomment vivrait-on s’il fallait avoir toujours la bourse à la main, payer chaque service au moment même où il est rendu, régler heure par heure et presque minute par minute le salaire des ouvriers et des domestiques; si l’on ne pouvait pas même, par exemple, prendre un abonnement de bain, parce que c’est payer par avance un service qu’on n’a pas encore reçu?
Il y a pourtant une certaine manière d’être de ce crédit qui n’est pas sans danger. Les petits crédits ruinent les petites gens, dit-on. Ce mot est juste. Celui qui est pauvre est sollicité par le désir de se procurer les jouissances dont il est privé; quand le crédit les lui offre, il est généralement porté à accepter, sans s’inquiéter du lendemain. Le lendemain arrive, il faut payer; s’il ne le peut pas, il s’endette; puis, comme la facilité de jouissances qu'on obtient sans bourse délier est- un appât auquel il résiste difficilement, il ne se libère péniblement d’une dette que pour en contracter d’autres, et il demeure pris dans un engrenage fatal. Il y a certains marchands ou prêteurs qui spéculent sur cette faiblesse. Payer comptant est pour la plupart des gens qui vivent d’un salaire modique le moyen le plus sûr de régler leur dépense sur leur revenu; si un pareil système leur impose par moments quelque légère privation, il est certain qu’il leur épargne en même temps, dans un avenir prochain, des difficultés et peut-être d’autres privations plus graves.
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2° Lt^rêt sur gage forme la seconde catégorie des contrats de crédit. Celle-ci diffère radicalement de la précédente. Dans la première, le crédit est personnel; dans la seconde, au contraire, il est rée/, c’est-à-dire qu’iV a pour garantie une chose, une valeur réelle. Un marchand a chez lui cinquante pièces de drap; mais comme, par suite de quelque circonstance extraordinaire, son drap ne se vend pas. il n’a pas d argent, et, comme il doit dans quelques jours payer son loyer, il va chez un capitaliste qui consent à lui prêter 1000 francs à condition que l’emprunteur dépose chez le prêteur, comme gage, vingt pièces qui valent à peu près le double et que ce dernier ne rendra qu’au remboursement de la dette : voilà le prêt sur gage. Ce qui le distingue des autres, c’est que les prêteurs gardent entre leurs mains, comme garantie, une valeur au moins égale à celle qu’ils fournissent. Ce prêt paraît donc ne les exposer à aucun risque; mais il est loin de favoriser autant ([ue les autres la circulation, puisqu’il ne met en mouvement la valeur prêtée qu’en frappant le gage d’immobilité.
C’est donc une forme imparfaite. Elle est née du défaut de confiance, et on la trouve fréquemment usitée aux époques et dans les circonstances où la confiance manque. Les .Tuifs dont les lois, au moyen âge, entravaient plus qu’elles ne protégaient les opérations commerciales, prêtaient presque toujours sur gage. Les usuriers prêtent sur gage. Encore aujourd’hui, dans les temps de crise industrielle, les prêts sur gage se multiplient ; quand la confiance règne et que le commerce est prospère, les négociants trouvent à placer aisément jeurs produits et ne songent guère à les mettre en ga^e pour obtenir le prêt d’une somme inférieure au prix de
Cependant il y a une forme de prêt sur gage qui n’a pas au même degré ces inconvénients : c’est le prêt sur warrant.
Le warrant est un certificat de dépôt de marcbandises dans un entrepôt ; la marchandise n en peut être retirée que sur la présentation du warrant, lequel jieut se transmettre par endos d’un propriétaire à un autre. Le propriétaire peut non seulement vendre, mais emprunter, en remettant le warrant
à son prêteur. Cette remise équivaut à un véritable gage, mais n’empêche pas de faire voir et d’offrir en entrepôt sa marchandise à ses clients. Il y a une autre forme de prêt sur gage qui est encore très usitée et qui rend des services, surtout à la classe pauvre : c’est le mont-de-piété.
3° Le crédit ou prêt hypothécaire est une variété du prêt sur gage. Comme lui, il appartient à la classe des crédits réels ; mais il diffère du précédent, d’abord parce que le gage, au lieu d’être une marchandise quelconque, est toujours un immeuble, terre, maison ou tout autre bien devenu immeuble par destination ; ensuite, parce qu’au lieu d’être immobilisé, à titre de garantie, entre les mains du prêteur, le gage reste dans la possession de V emprunteur, qui peut le faire fructifier. La raison de cette dernière différence est facile à comprendre. Lorsque le gage est un meuble, l’emprunteur pourrait très bien l’aliéner ou le détruire, s’il en conservait la jouissance ; lorsque c’est un immeuble, il ne le peut pas, et le prêteur est toujours sûr de retrouver la garantie de sa créance.
La supériorité de ce genre de crédit sur le précédent est facile à saisir. Le prêt sur gage, immobilisant la marchandise, la rend en quelque sorte stérile ; le prêt hypothécaire fait circuler la richesse en fournissant à l’emprunteur les capitaux dont il avait besoin, sans, pour cela, stériliser la terre; car le propriétaire continue à en jouir et peut même l’aliéner, pourvu que l’immeuble réponde de la dette entre les mains du nouveau possesseur.
4» Le prêt direct est un crédit personnel ; le prêt sur gage et le prêt sur hypothèque sont des crédits réels. Le crédit commercial tient de la nature de l’un et de l’autre et il est, par sa nature propre, supérieur à tous les autres. Le crédit commercial est le résultat d'une opération de commerce, vente de marchandise ou avance de capital, faite par un négociant à un autre négociant, non plus, par conséquent, en vue d’une consommation improductive, mais en vue de la revente de la marchandise ou d’une consommation productive ; c’est le cas du cabaretier que nous avons cité plus haut.
La circulation
Ce crédit donne plus de sécurité aux prêteurs que le crédit simple, puisqu’il repose sur une valeur réelle qui oit devenir productive entre les mains de l’emprunteur. Il procure plus d avantages aux emprunteurs que le prêt sur gage, parce qu il n’immobilise pas une partie de leur fortune pour dégager I autre. Il n entraîne pas, pour le recouvrement de a creance, les mêmes lenteurs que le prêt hypothécaire • SI le payement n’a pas lieu à l’échéance, le créancier est immédiatement autorisé à saisir les biens mobiliers du débiteur, et le débiteur, qui connaît cette prompte rigueur de la loi, s expose rarement à ses coups ; de là l’exactitude d’une part et la confiance de l’autre. Aussi est-ce sous cette forme que le crédit est surtout un instrument d'échange et qu’il coMourt le plus à la circulation avec la monnaie.
O» On peut être capable d’employer fructueusement des capitaux d emprunt et cependant ne pas inspirer une contiance suffisante pour trouver un prêteur; c’est le cas de beaucoup d’artisans, d’une ouvrière qui désire avoir une machine a coudre, d’un marchand au détail gêné pour paver son terme, d’un petit fabricant qui veut acheter des matières premières. S ils faisaient partie d’une société de crédit et que emprunteur s’entendît avec plusieurs autres membres de la société qui prendraient, à charge de revanche, l’engagement de rembourser solidairement la dette en cas de nLpayement par l’emprunteur, les uns et les autres constitueraient par leur union la solidité de crédit qui manque à
chacun d eux. C’est le crédit solidaire, qui rend de grands services aux petites bourses.