MO
LA CIRCULATION
des voies de communication sur le débouche. Soit un bassin oudler ou le prix de la tonne de houille est de 10 francs et la
seiait dispose a la payer jusqu’à 20 francs ; mais il n’v a nas de roules, et les frais du transport à dos de cheval sont tels que nu ne songe a en faire venir. On construit des roules
rrafson‘de"lo‘" ^‘’n‘ “'ansports
a ra son de 10 centimes la tonne; immédiatement la houille
peut elle portée jusqu a 100 kiloméires (0 fr. 10 x 100
= 10 fr. + 10 fr. = 20 fr.) Si le chemin de fer abaisi son
arif a o centimes, la houille pénètre jusqu’à 200 kilomètres
L îôfr. +Yofr!'= ^
En supposant que roules et chemins de fer rayonnent de ' la loca de dans toutes les directions el que dans tout le pays la population soit uniformément répartie et partout disiiOTée à consommer de la houille jusqu’à concurrent de 20 francTla tonne, fe </e6ouc/ié de la marchandise s'accroît 1» sur chaque ligne, proportionnellement à la diminution du prix de transport, 2- sur toute la surface du pays dans anep~ sion qm est une fonction du rapport du rayon aï cercle
été^rrah’ T ?**"'*““* le supplément de consommation ait ete d abord de 40 tonnes achetées jiar les riverains des ima
rante premiers kilomètres de route consiruite, quand le réLu
mation a'Y. de consoni-
re tnt le ra Y- n"’’ kil«""^-
iriO Orin 1 ■ « * par conséquen’t (sans coinider
les 10 000 tonnes de consommation locale) à 5 024 tonnes
[xR- c est-a-dire 3,14 (40 x 40) = {,024]. Quand le chemin de fer a transporté à 100 kilomètres pour 20 francs la consmmmatmn a été portée à 31 400 tonnes [3,14 (100 x îflOi
— 31 400] ; enfin, quand il a transporté à 200 kilomètres liour le meme prix, elle a été portée à l2o 600 tonnes U 1/
(200 X aOO) = 12o 600] ^
LA CIRCULATION
L’influence des voies de communication n’est jamais exactement conforme à celte loi mathématique. Elle est d’autant moins sensible (jue la marchandise a par elle-même plus de valeur sous un petit volume el que, par conséquent, les frais de transport comptent moins dans le prix de revient. Elle n’est jamais égale sur toute la surface d’un pays, parce que les communications ne sont pas également faciles pour tous les points du territoire et parce que la densité de la population n est pas partout la meme. Mais la loi n’en est pas moins la tendance des faits, et on peut dire que I extension du marché est en raison progressive de la diminution des prix de b ansporl^ résultat de la facilité des communications.
La mer, qui est une roule toujours ouverte dans tous les sens, a procuré de tout temps aux hommes un mode de communication très économique; c’est pourquoi les nations maritimes ont été en général des nations commercantes et pourquoi les grands ports sont au nombre des marchés les plus importants du monde. ^
L est aussi pour celte raison que les cours d’eau ont été des routes fréquentées dès les débuts de la civilisation. Ce sont suivant l’expression de Pascal, « de grands chemins qui marchent », et par suite, des chemins économiques qui transportent d'eux-mémes, au moins à la descente, les marchandises avec peu d'elTort.
Les routes, moins économiques que les cours d’eau, leur sont supérieures parce que l’homme, les construisant luimême, les trace là où il veut aller, tandis qu’il est oblio-é d’aller où les fleuves le conduisent. Mais, pour faire des°routes comme pour faire des canaux, il a fallu que les sociétés lussent civilisées et riches. Un bon système de voies de communication coûte beaucoup et constitue un capital considérable; c’est, il est vrai, un capital très productif. Ainsi, un cheval qui, la où il n’existe que des sentiers, porte seulement 100 kilogrammes sur son dos, en traine 1000 dans une charrette sur une route bien entretenue et rend par conséquent, dix fois plus de services.
Les chemins de 1er sont des voies de communication beaucoup plus dispendieuses encore que les roules; on a calculé
ÉCONOMIE POLITIQUE. Jg
LA CIRCULATION
que la construclton des clieiniiis de ter dans le monde n’a pas coûté moins de cent milliards de francs de 1830 à 1880. Mais une société qui trouve le capital nécessaire pour en établir et qui a une circulation capable de leur fournir une clientèle sulfisante, trouve dans l’emploi de ces voies, quelque dispendieuses qu elles aient été d’abord, une économie considérable parce que la traction n’exige qu’un effort très faible, environ le dixiéme de celui qui est nécessaire pour traîner la charrette sur la route, et que le transport y est très rapide.
La poste et le télégraphe ([ui Iransineltent la pensée et, par conséquent, les ordres des commerçants, contribuent puissamment a rendre la circulation de la richesse plus active.
La seconde moitié du xix® siècle a vu s^opérer la plus grande révolution qui se soit jamais produite à cet égard dans l’ordre économique, puisque c’est depuis l’année 1850 que les divers réseaux de chemins de fer se sont soudés et complétés, que le télégraphe électrique a commencé à devenir d un usage général et que la navigation à vapeur a pris délinitivement possession des mers . Cette révolution s’est fait sentir non seulement sur les transjiorts, mais sur le prix des marchandises et des salaires, sur la nature et l’importance des relations commerciales des Etats, sur l’ensemble de la vie économique et jusque sur la politique; elle est loin d’avoir produit encore tous ses elfets.
105. I.a circulation. — Quand 011 veut se rendre compte de la manière dont s’opère le mouvement général de la richesse dans une société, il faut considérer deux choses, d’un côté la masse des richesses à échanger, de l’autre la masse des instruments d’échange.
Il est évident qu entre la masse des richesses l'i échanger et la masse des instruments d’échange il y a une intime corrélation, que la dernière doit être d’autant plus grande que la première est elle-même plus importante.
Le mouvement peut modifier très sensiblement ce rapport. Supposez — ce qui est impossible dans la réalité — que toutes les richesses produites soient directement consommées par les producteurs, les échanges seront nuis et, partant.
LA CIRCULATION 243
les instruments d’échange auront fort peu de services à rendre et auront peu <le valeur.
Supposez, au contraire, que les richesses produites circulent toutes, (ju’elles passent en moyenne dans les irains de deux propriétaires différents dans l’espace d’un mois, les instruments d’échange devront satisfaire aux besoins d’une certaine circulation, que nous pouvons représenter par (2 X 1- mois) pour l’année. Si, en un mois, il y avait huit échanges au lieu de deux, le coeflicient de la*^ circulation serait 90 et les instruments d’échange devraient satisfaire à une somme de besoins (juadruples.
Mais, d’autre part, une circulation des marcliandises <juadruple ne rend pas absolumeent nécessaire une (juanlité quadruple d’instruments d’échange, parce qu’eux-mèmes peuvent circuler plus vile et se multiplier en (juelque sorte pour faire face à de plus nombreux besoins. Une pièce de monnaie peut dans la même journée servir à un échange ou à vingt échanges et, dans le second cas, elle rend, sans coûter davantage, vingt fois plus de services.
On entend par circulation de la rirhessr le moucemenl de la richesse passant d an propra}la>,re à n/i antre par Céchange. Elle se com|)Ose de deux termes curn'datifs : la rircaJadon des marchandises proprement dites et la circnlafion des instruments d' échanije j ce dernier terme est d’ordinaire simplement désigné par le nom de circulation.
Il est utile que la circulation générale soit le plus facile et le plus rapide possible.
D’une part, les produits arrieent plus cite et moins chèrement à leur fin (jui est la satisfaction d’un besoin. Le capital employé à les créer reste moins longtemps engagé, et par suite les produits, grevés d’un moindre intérêt’ coûtent moins.
D’autre part, les échanges se font avec une moindre somme de monnaie et il y a économie sur la (piantité des métaux précieux employés comme instruments d'échange:
économie excellente tant (|u’elle ne nuit pas à la solidité des transactions.
Adam Smith a justement comparé la monnaie aux routes.
ii1
‘ LA CIRCULATION
Il laiü de bonnes routes ; mais si certaines routes, avec moitié moins de largeur, peuvent rendre les mêmes services, il faut les réduire de moitié et rendre à ^agriculture tout le terrain superflu : le pays en sera plus riche. 11 faut de la monnaie; mais, si avec moitié moins de monnaie on peut faire aussi bien le même nombre d’échanges, il y a profit à reporter la moitié du capital-monnaie sur d’autres emplois industriels : le pays en sera plus riche. D’un autre côté, il ne faudrait pas faire comme un manufacturier qui, commandant une machine à vapeur destinée à donner le mouvement à ses ateliers, ordonnerait, alin d’économiser un peu de tôle, de faire la chaudière moitié plus mince qu’il ne conviendrait et qui, peu de mois après avoir installé cette chaudière, la verrait éclater et démantibuler toute sa manufacture.
Tous les métaux précieux existant dans un pays ne servent pas à l’échange il y a des trésors enfouis, de la monnaie mise en réserve par les particuliers pour des besoins ultérieurs ou par défaut de confiance : c’est là un capital métallique improductif (jui ne figure pas à un moment donné dans le mouvement de la circulation. La somme de ce capital improductif est très variable ; elle diminue dans les temps de calme et de prospérité, s’accroît dans les temps de crise et de défiance et augmente les embarras du marché par la raréfaction de la monnaie active. Les banques qui sollicitent les capitaux inactifs sont, à ce titre, un moyen de faire des économies sur la somme totale de monnaie nécessaire à un pays.
Les moyens de crédit économisent en effet la monnaie. Ils se substituent à elle, les billets de banque remplissant, dans un grand nombre de cas, les mêmes fonctions qu’elle', les effets de commerce apuit .une puissance de circulation beaucoup moindre, les virements agissant dans un cercle restreint, mais avec rapidité et économie. Il y a pourtant entre ces substituts de la monnaie des distinctions dont il importe de se rendre compte.
Qu’on imagine une nation isolée, sans aucune communication avec les nations voisines, possédant une certaine quantité de monnaie et une certaine ((uantité de marchan-
LA CIRCULATION *245
dises qui circulent avec une rapidité déterminée, le tout d’ime manière constante. QiLon introduise chez cette nation Xusaife des vii'ements et des effets de commerce : ^oilà une concurrence à la monnaie, et, si les métaux ne trouvent pas un autre emploi industriel, dans la bijouterie par exemple, les métaux précieux et, par consé(/uent, la monnaie baissent de valeur.
Qu’on essaye d’introduire V usage des billets de banque', les premiers qui sortent trouvent, pour ainsi parler, la place prise, le marché suffisamment garni, et ils rentrent s’échanger contre des espèces ou ils ne restent dans la circulation qu’à eau.se de leur commodité, en petit nombre et à condition qu’une somme en métaux précieux, à peu près égale à la somme des billets émis, demeure dans la caisse de la banque : la monnaie change peu de valeur. II en serait tout autrement si l’on avait donné cours forcé aux billets, c’est-à-dire si l’on fait du papier-monnaie.
Les phénomènes ne sont plus les mêmes si l’on établi! la libre communication entre cette nation et les nations voisines : ce qui est le cas ordinaire dans la pratique. L’iisa^m des virements et des effets de commerce, en inclinant les métaux précieux à la baisse, en fera exporter une partie, et l’exportation diminuant l’offre des instruments d’écbanf^e atténuera à son tour celte baisse. L’usage des billets de banque aura à peu près le même effet; il poussera à l’exportation chaque fois que la valeur des métaux sur un autre marché la rendra avantageuse, parce que la circulation aura un substitut toujours prêt qui la dispen.se, dans une certaine mesure et pendant un certain temps, de retenir par la hausse les métaux devenus trop rares.
Lhisage des moyens de C7xdit diminue la somme de monnaie métallique imcessoire aux échanges et produit un amoindrissement de la valeur des métaux précieux ou une exportation de ces métaux, à 7noins qu’il 7i'y ait une auginentation correspondante dans la masse des échanges.
I0<i. Le change. — D’une nation à l’autre il se produit
des fluctuations diverses dans la circulation métallique et fiduciaire.
LA CIRCULATION
Ünt‘ nation a-t-ello vendu l)caiieou() à une autre naliuii sans lui aehetei* autant, elle est sa créancière et le complément (le ce (|ui lui est dû lui sera payé en métaux précieux ou en valeurs (juelcompies.
Il laudra donc (pie les lian({uiers et négociants du pays déhileur achètent et rassemhlent des monnaies du pays créancier pour les lui expédier. Ces monnaies, rechercltées sur le marché débiteur, y l’eront prime, comme font toutes les marchandises rares. Ainsi, la livn^ sterling vaut au pair
l'r. il. Si la France a besoin dhmvoyer en Angleterre beaucoup d’argent, elle payera sur la place de Paris la livi-e sterling plus de io fr. il ; elle l’a payée jusipi’cà iO fr. 17 à l’époque de la crise de 1871. Au contraire, si c’est l’Angleterre qui a beaucoup de fonds à envoyer en France, la livre sterling ne se vendra peut-(*tre que io fr. 10 ou môme moins. Cette différence entre le pair et le priv du marché s’appelle change.
Le change est défavorable à la nation dont la monnaie est au-dessous du pair et favorable à celle dont la monnaie est au-dessus du pair.
Avant d’en venir à l’achat et au transport des métaux précieux qui est coûteux, les commerçants débiteurs cherchent à acheter des effets de commerce, surtoul des lettres de change, sur le pays créancier de manière à s’acquitter avec des papiers de crédit. Ils en trouvent; car, si la France est, à un moment donné, débitrice de l’Angletiîrre, l’Angleterre doit peut-être à la Russie el aux Etats-Unis et les banquiers peuvent offrir à leurs clients framjais des traites russes ou américaines tirées sur des commençants anglais. Mais alors ces traites, recherchées comme la monnaie, font prime comme elle, ([uoique dans une proportion différente, et on dit encore (fue le change est favorable pour une nation, défavorable pour l'autre.
On peut généraliser la définition de manière à la rendre applicable meme à deux localités d’un meme Etat et dire ; le change est le prb; aaciuel s'achète en an lieu une quantité déterminée de monnaie mélalUque ou fiduciaire livrable eu an autre Heu.
LA CIRCULATION
De loiite façon, il est favorable à la nation ou an lieu dont la monnaie et les effets sont en bausse chez une autre nation ou en un autre lieu, c’est-à-dire d la nation qui a plus de créances que de dettes sur un marché étranger. Au con^ traire, le change est défavorable à une nation qui a sur un marché étranger plus de dettes que de créances el dont la monnaie el les effets sont en baisse.
Ces oscillations du change se maintiennent toujours dans des limites peu étendues parce f[ue la prime qu’on consent à payer ne saurait excéder le prix du transport de l’argent im’^me depuis le domicile du débiteur jusi[u’uu domicile du créancier.
Le change peut être considéré comme une sorte de baromètre de Vétat du commerce ([u’il est utile de savoir consulter, mais aux indications duquel il ne faut pas attribuer un sens plus étendu qu’il n’a, pas plus qu’il ne convient de faire toujours prédire la pluie et le beau temps au baromètre orilinaire, fait pour mesurer la pression atmosphériipie.
Il n’est, en réalité, que le baromètre du commerce des métaux précieux , instrument de la circulation : change favorable signifie seulement excès d’exportation, change défavorable, excès d’importation; cela n’implique pas nécessairement qu’une nation s’enrichisse ou s’appauvrisse.
lot. Los erisos. — Dans la circulation intérieure d’une nation et dans le commerce international il v a des lluctualions d’un autre genre qu’on nomme crises et ()ui sont une rupture de l équilibre établi entre les différentes branches de la production et la consommation.
L’homme actif, au moment où il forme une entreprise, ne sait pas encore au juste ({uelle sera la consommation de sa marchandise. Il est bon (ju’on ait une certaine audace en industrie; car c’est l’abondance el le bon marché de la production nui déterminent l’abondance de la consommation.
L’homme actif engage donc des capitaux qu’il espère avoir dégagés et pouvoir rembourser à l’époque convenue. Cette époque arrivée, le capital sera-t-il réellement dégagé et disponible? C’est ce qu’il ne fait que présumer. Production, capital, consommation sont trois termes étroitement unis, qui
LA CIRCULATION
s’accroissent ou diminuent ensemble, mais qui pourtant ne
marclient pas tellement de front qu- l’un ne devance parfois les autres. ‘
I, “lurel de l’esprit d’enlreiirise c’est souvent
a pioduction production industrielle ou comraeiviale. qui tend a bâter le pas. Dans les temps de calme, lorsque les
ux e^ins l“ l'™'iuction suffit à peine
mcMen f .^"“mmateurs, beaucoup d’entrepreneurs se
ment o'/sf™‘^T‘' C’est le mo-
societé? nt «ù se forment les grandes
societ^es, ou 1 on spéculé a la hausse. Tel achète des marchandises parce qu’il prévoit qu’un mois après il les vendra P us cier; il n a pas l’argent nécessaire pour paver; mais il
aD?^'VlT‘^'*"'l''‘^ " l’a en elfet un mois apres et il a de plus le bénéfice à l’aide duquel il s’enrichit
turcs iricdlF"!™ ''' *''■ «I manufac-
tures tra aillent incesaniment à leur fournir des aliments.
cis il arriie un moment où les ressorts trop tendus se
^sT Phu TT “ga-
d’'mtres On r, ™'’*i
cutres. Or la spéculation ne peut pas attendre; une fois ancee dans la voie de la hausse sur la pente du crédit elle ne peut plus s arrêter; car la continuation seule du crédit et
rieurs. Il n en est pas de iiiênie de la consommation qui finit
; -f" restreignant. Alors un divorce, latéüt .bord, se fait entre la production et la consommation et le moindre accident le fait éclater : c’est une mauvaise récolte qui oblige tout a coup la nation à employer pour sa subsis ance une plus forte portion de son revenu el, par suit à acheter moins d’autres produits; c’est une gueiTe oü une i ienace de guerre qui empêche les affaires à longue échéance et paralyse la circulation ; c’est une catastrophe survenue
sur un des grands marchés du monde qui a son contre-coup sur les autres marchés. ^
// faut néce^miremmt qu, la bahse se produise. Ce n est pas sans déchirements et sans souffrances : Jà est jus-
LA CIRCULATION
tement la crise. Les spéculateurs à la hausse résistent quelque temps, continuant à acheter ou refusant de vendre en baisse et faisant dans ce but leur plus énergique appel au crédit ; le portefeuille des banques se rempjlit plus que Jamais d'effets escomptés et la circulation des billets de banque augmente pendant que l'encaisse diminue. Il faut enfin céder, la résistance ne servant qu’eà aggraver les pertes, et la crise aboutit à de nombreuses faillites, à un ralentissement du travail, de la circulation, et bientôt à la diminution des effets présentés à l’escompte. C’est une période d’atonie J [lendant laijuelle les affaires languissent, les prix sont à la
I liaisse et le capital monétaire s’accumule dans les banques.
I On peut considérer cette période comme la liquidation de la
I crise dont la durée peut être courte ou peut se prolonger,
ii soit par la persistance des causes qui l’ont occasionnée, soit
par l’ambiguïté d’une li([uidation incomplète. C’est là ce qu’on appelle une crise commerciale.
D’autres fois, la perturbation est moins générale. Elle provient seulement d’un embarras dans la circulation monétaire,
ayant ordinairement pour cause une exportation trop considérable de métaux précieux : c'est ce qu’on appelle une crise monétaire.
: Les crises paraissent être une sorte de maladie périodique
I inhérente à notre état économique, sans que pourtant leur
retour soit fatalement marqué à des dates précises; les événements politiques, l’état des récoltes, les institutions écono-
iniques d un }tays, les habitudes commerciales d’un peuple peuvent les précipiter ou les ralentir. Depuis le commencement du xi\e siècle, nous en avons subi, en France, plus de dix el la plupart, les dernières surtout, ont été des crises à peu près générales sur les grands marchés d’Europe et d’Amériifue : en 1803, à la rupture de la paix d’Amiens; en 1805, à l’époque de la troisième coalition ; de 1810 à 1810, durant les dernières complications et les revers de l’Empire; en 1818, à la suite de la spéculation; de 1826 à 1830 et au delà; en 1836-37, à la suite d’une crise américaine; en 18-47, a la suite d’une mauvaise récolte, crise qui s’est prolongée et aggravée après la révolution de février; en 1857, par
LA CIRCULATION
snitf^ (le la spéculation ; en 18G4 et en 18Ü7, dans les années (pli (Uit précédé et suivi la guerre d’Allemagne, par suite (les évènements politiques; en 1878, à la suite de la surexcitation que la fin de la guerre entre l’Allemagne et la France avait donnée aux affaires et à la spécidation.
RÉSUVIÉS
Seivicô pour service i les produits s'éclumcjeni d'ovdinaire contre des produits. — C’est pourquoi tous, individus et nations, sont intéressés à la prospérité de chacun, et il ne saurait jamais y avoir, d’une manière générale, surabondance de produits.
Aussi, si le premier souci des hommes, travaillant en vue de leur bien-être, doit être de produire, le second souci doit être de faciliter l’écoulement de leurs produits, c’est-à-dire d’ouvrir et d’élargir les débouchés.
L extension du marché est en raison progressive de la diminution des prix de transport, résultat de la facilité des communications.
On entend par circulation de la richesse le mouvement de la richesse passant d’un propriétaire à un autre par l’échange. — Elle comprend deux termes : circulation des marchandises proprement dites et circulation des instruments d’échange.
Il est utile que la circulation soit le plus facile et le plus rapide possible, afin que les produits arrivent plus vite et moins chèrement à leur fin, et afin qu’il y ait économie sur la quantité des métaux employés comme instruments d'êchaime
L usage des moyens de crédi]; diminue la somme de monnaie métallique nécessaire aux échanges et produit un amoindrissement de la valeur des métaux précieux ou une exportation, à moins qu’il n’y ait une augmentation correspondante dans la masse des échanges.
LE COMMERCE
I.e dtange est le prix auquel s’achète en un lieu une quantité déterminée de monnaie, métallique ou liduciaire, livrable en un autre lieu. — 11 est tavorable a la nation créancière, défavorable à la nation débitrice.
Le change est un baromètre de l'état du commerce
auquel il ne faut pas se fier aveuglément.
Les crises sont une rupture de ré(|uilibre établi entre les différentes branches de la production et de la con-
sommation,
La crise est caractérisée par l’augmentation de la circulation des billets de banque, par la diminution de l’encaisse, par l’accroissement du portefeuille. — Elle est précédée d’une tendance à la hausse et suivie d’une baisse et d’une liquidation.
Les crises, commerciales ou monétaires, sont une sorte de maladie périodique de notre état économique.
LE COMMERCE
.Sommaire. — 108. I,e troc. — lof). Le commerce. — 110. Les diverses espèces de commerçants, — 111. Le commerce intérieur et le commerce extérieur. — 112. Les importations et les exportations. — 11,‘L Les douanes, la protection et le libre échange. — 114. Le commerce général et spécial et le transit. — 11 o. La géographie commerciale et la concurrence des nations. — 116. L'histoire des tarifs. — 117. Le rôle du commerce dans la civilisation.
108, Le troc. — Le mode priinilif de fécdiange est l’échange direct de produits propres à la consommation personnelle contre d’autres produits également propres à la consommation personnelle. Ainsi faisaient Pierre le cliasseur et Paul le p(x*heur; ainsi font les tribus de sauvages ([ui échangent un arc contre une fourrure; ainsi font h\s ni^gociants
LA CIRCULATION
européens, quand ils portent des cotonnades, des armes des en échangé de I ivoire ou des graines oléagineuses. Ce mode
eibîeX::dy:::::x'^
Son premier défaut est de mpan fourmr de n.eeurc rom-
e/ esses pai 1 épargné. Si un tailleur a iroinié plusieurs lia-
'1“ fe-' il je ses
^ ^ ^ 1 1 1 J * y nourri-
ture, et s il les garde jusqu au moment de les employer ^oil
a son usage personnel, soit à un échange, il lui faut un eiii-
placenienl considérable et du fourrage. S’il a reçu en échan-e
lies fruits ou des légumes, il n’a pas même la' ressource de
les conserver en consentant à faire les frais nécessaires - car’
d.ms quelques jours, ces fruits seront gâtés, et. s’il ne’ s’en
défait pas au plus tôt, à n'importe quel prix, il aura tout
cnm ** 1’*“ stabilité dans une pareille valeur, et
elle po'ssibleT"'^"'’’ '‘™"®™''|ues, serait-
.Son troisième défaut, conséquence des deux premiers esl‘
pnrptis^LTT’eTdrbTrh^^^^^^^^^^^^
e commerce proprement dit, lequel consiste dans la vente
I.a division du travail a pour effet de faire 'de la société I e grande association de coopéraleurs dont chaque meiiibre produit seulement certains objets, propres à’ satisfaire les besoins de beaucoup d’autres membres, et reçoit de beaucoup d au res a son tour les objets utiles à sa consommation personne le. Plus cette division est poussée loin, plus néces sairement le commerce est actif. En réalité, tout individu -i moins d elre nourri par sa famille ou de vivre d’aumônes
LE COMMERCE 253
fait des actes de commerce puisqu’il fait des échanges. Le rentier lui-même n échappe pas à cette loi; chaque jour, il échange l’argent provenant de son revenu contre les marchandises diverses que ses fournisseurs lui livrent; le propriétaire foncier qui vit de ses rentes fait même un double échange, celui de la jouissance de son immeuble contre un revenu en argent et celui de son revenu contre les choses qu’il consomme. Mais, dans le langage ordinaire, on réserve le nom de commerçanl s à ceux qui font spécialement profession de vendre et d'acheter.
Bien qu'f/s ne créent pas un produit , néanmoins les commerçants sont des producteurs à leur manière. En effel, produire, c’est créer une utilité, c’est rendre un service. Or, ne rendent-ils pas un service, ne créent-ils pas une incontestable utilité lorsqu’ils mettent un produit désiré à la disposition du consommateur qui sans eux en serait privé? Un Parisien a besoin de café ; comment se le procurerait-il si le commerce ne l’avait apporté à Paris? Gomment un citadin pourrait-il être assuré de se procurer du blé à une époque de l’année éloignée de la moisson si des commercants ne l’avaient acheté
aux cultivateurs qui avaient besoin d’argent et ne l’avaient conservé? Transporter, conserver, échanger les produits, voilà les trois genres de services que rend le commerce et qu’on pourrait confondre en un seul terme, en disant que le commerce a pour objet de transporter les produits d'un lieu dans un autre ou d'un temps dans un autre et toujours d'un propriétaire à un autre.
Il faut ajouter que le dernier genre de service, Véchange, est seul essentiel, que l’on peut faire et que les négociants font continuellement sur le marché acte de commerce, se vendant les uns aux autres, sans qu’il y ait transport ni garde de la marchandise, tandis que le transport et la garde seuls ne suffisent pas à constituer un acte de commerce.
On peut ajouter aussi que le commerce est un des modes du travail qui, comme tout travail utile, ajoute de la valeur aux produits. Nous pouvons y revenir encore par quelques exemples.
Un fermier avait fait préparer des peaux de boeufs dans
LA CIRCULATION
les pampas de rAmérique du sud; mais ces neiu^ n’„„- , qu une minime valeur, ri’ayanl qu’une ulililé fort reslrei'm .
aclràlé'eîT f “«'mercaiU qu t
les cornes et sabots; un autre vient les achète eî' ] portant à Paris, communique une valtrt ut ’a h ait qui gisait presque abandonnée. La chair des aiiiin t »î , en très grande quantité en vue de faire iln
un chimiste trouve le moyen d’en consert IcTSnirnù’
Irilils et le commerce leur donne une valeur «n ™ ,
ces conserves sur les marchés européens. opporlaiit
bonne qualité Un curninGrçam gii ad, été une ^^ande q^Ln'* lie a un prix fort modéré. Il le garde et cim^n. .
l.uil P^ye- Que représente cette nlus-valup'!' Plue' choses : en premier lieu,!’/, pendint eim
gent employé a l’achat; en second lieu le louer de la dans laquelle il a été conservé; en troisILetu îe! C
elle T,‘r“ 'iou de production au d^nii
elle du commerçant, soutirage, surveillance, etc • en t
cinq ans, il avait trop de vin pour vouloir donner l^ft’fran ' d une piece de la récolte nouvelle- auioiml-h? V"^^, à 360 francs un vin fait. ’ ^ *' ''“''«Ite
Prenons un troisième exemnie où il n’v qU «•
J-iin lieu éloigné, ni liïinspon dans un lulnL Iüini’*'”'ïf‘
p....n à I. i,.ii. „ d,r.“s.ï,",;
LE COMMERCE
2oo
vendent l’une un homard, une autre un poulet, une troisième des haricots ; elles ont acheté ces marchandises le matin même, et elles les lui revendent dans 1 après-midi en prélevant chacune un certain hénélice. Ce bénéfice n’est-il pas le prix d’un service? Pour ii’avoir pas à le payer, le Parisien aurait dù se lever avant (|uatre heures du matin, assister à la criée ù la l'ois au marclié aux poissons, au marché à la volaille, au marché aux légumes, ce (|ui était peutêtre impossilde, et il aurait été, après avoir perdu beaucoiq» de temps, obligé d’acheter de gros lots de [Révisions (car 011 n’a pas le temps de vendre au détail à cette heure) dont il n’aurait pas eu l’em[doi.
110. Les diverses espèces de eoinmerçaiits. — Pans le commerce comme dans l’industrie, la division du travail a introduit jieu à peu un très grand nombre de catégories.
Pans les sociétés pauvres le commerce est médiocre; ce qui domine, c’est le commerce en détail. Il est exercé presque toujours de marchand à consommaleur, avec de petits capitaux, le plus souvent dans le voisinafpi immédiat du consoinmateur, tantôt à poste fixe dans une boutique, tantôt de village en village ou à certains jours déterminés dans un marché par des marchands forains.
II y a en général d'autant plus de commerce de détail ({u’il y a plus de produits à vendre ; mais, quoiqu’il roule sur une somme d’affaires beaucoup plus considéralile dans les sociétés riches que dans les sociétés pauvres, il y est en quelque sorte relégué au second rang par le commerce en gros, lequel est exercé presque toujours de commerçant à commerçant, avec de gros capitaux, et exige un marché étendu.
Le commerce en gros a pour objet de former les grands approvisionnements, d’accumuler les réserves de produits nationaux pour les livrer au commerce en détail en temps opportun et de faire venir les produits étrangers, <{ue le petit commerce ne pourrait ni connaître ni aller chercher. II détermine par ses opérations le cours des principales marchandises, c’est-à-dire les prix régulateurs du marché; el, malgré certains inconvénients de l’agiotage auquel il donne quelquefois lieu, il a pour effet de diminuer les variations
J- A CIRCULATION'
extrenais et subUos de vnlenr dues u la rareté ou à l'a/mn danee, so,t en faisanl venir les prcluils en plus srand
te quand d prévoit la rareté, soit en les écoulant par avance quand il pressent une Irop grande abondance.
Il s exerce par terre, par eau (c’est-à-dire par eau douce 1 eu es, rivières et canaux) et ;aaonee,-,,uel que soi 1 no ’
t n &l nrrirn-'™" ^■'--va-
tioii, ecliange. Le troisième, avons-nous dit, est seul essenliel au commerce. Le plus souvent même le transi, nri io„ ae fasse aux frais et pour le compte du commeTaél X,'';:! execule par lui, mais par une tierce pei'sonne professant l’'« des transports. Par terre, celle tierceCZ peut eire une compagnie de c/iemin de fer ou un enLpreneur de
nnlmtLr P»r mer, un
Les deux rôles sont distincts. L’industriel qui s’est cliar.-é du transport a reçu le ballot au point de dénarl il l„ °i intact an point d’arrivée et reçoit le prix c^liV? e^
“ur^^rjfdTfto''"
aues . lac/ ai doit toujours se résoudre pour lui en nnp
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lli. Le commerce intérieiii* <»»
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lequel la dl-S'r tra"vdl'LSenif ' ‘
1 échangé ne serait pas absolument inconiiu*
épuiS"rp;orirn'IX'-7l"e,fa:îd!^ ““ “
anquel il donne en échange une de ses llécims'' '“'T’ brome, de rendre du gibier à la cts^pIS^e
jjüj tiummrjnhrj
On peut constater iju’un certain commerce lointain existe sous forme île troc, môme dans les contrées les plus barbares. Lorsijue nos premiers aïeux ont commencé à faire usage du bronze, bien longtemps avant que les Romains ne pénétrassent en Gaule, ce bronze leur venait par le commerce de (luebjue pays éloigné, comme la Phénicie ou la Grèce. Aujourd’hui encore c’est par suite d’un trafic du
même genre (jue les sauvages habitants de l’Afrique centrale possèdent des armes à feu.
Néanmoins en règle générale on peut dire que /c rommerce^ fondé sur In dwlston du trnvaU et sur la diversité des productions, tend à s'accroître en quantité sur place et à s elendre davantage au loin, à mesure qu'un ijeuple est plus riche. La masse principale des échanges journalieis se lait dans le principe à l’intérieur de petits groupes isolés ne communiiiuant entre eux que par des relations très limitées, puis le groupe s agrandit et plusieurs groupes communiquent ou se fondent ensemble par suite d’une jilus grande sécuiité du tralic et de quelques lacilités des communications; des rappoits suivis de commerce s'élaldissent peu à peu entre toutes les parties d’un même pays qui ont quelque chose à vendre et à acheter.
On peut ainsi distinguer théoriquement trois époques suc- C6SSIV6S d€ cioiliscitioH. coiùiuqvckiIq '
^ La première, purement agricole, dans lafjuelle chacun \it a peu prés complètement des produits de sa chasse ou de sa terre et où la duusion du travail existe à peine à l'état rudimentaire et accidentel;
La seconde dans laquelle les métiers de la localité s’organisent, 1 un taisant des chaussures, un autre des maisons, etc., mais où, les relations ordinaires étant bornées au canton, la division du travail est purement individuelle;
La troisième où, les provinces et les Etats communiquant ensemble, chaque région apporte sur les marchés imi lui sont ouverts les choses qu’elle produit le mieux ou le plus economiquenieiit, telle des denrées alimentaires, telle des matières premières, telle des produits manufacturés, de môme qu a l époque précédente chacun faisait et fait encore dans
ÉCONOMIE PüLIÏIQCE. J 7
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il-;
ÈM -
LA CIRCULATION
la localité prise pour exemple ce qu’il est le plus apte à faire, chaussures, maisons ou vêtements : alors apparaît la division territoriale du travail.
Où s’arrête cette extension des rapports commerciaux? Logiquement, elle ii’a pas d’autres limites que celle du globe terrestre. Partout où existe une richesse naturelle ou créée par l’industrie humaine il est utile qu’elle puisse être trans- ,
portée en tout lieu où elle peut trouver des acquéreurs, c’està-dire occasionner un échange de services entre deux hommes. Toutefois, la politique et l’économie politique s’accordent i
pour établir une différence entre les échanges qui ont lieu . dans l'intérieur d'un même Etat soit sous forme de troc, soit sous forme de vente, d’artisan à consommateur ou de négociant à négociant, dans la même ville ou de province à province, en gros ou en détail, et qu’on désigne sous le nom de commerce intérieur, et les échanges qui ont lieu d'un Etat à un autre soit entre étrangers, soit même entre concitoyens, en gros ou en détail, et qu’on désigne sous le nom i
de commerce extérieur. ,
Dans tous les temps et dans tous les pays, le commerce intérieur, quoique souvent plus modeste en apparence, est beaucoup plus important que le commerce extérieur par la somme totale des échanges auxquels il donne lieu. Aujour- (1 hui, dans la plupart des Etats civilisés, le commerce intérieur est libre et on en accepte sans murmure les consé-
quences, qui sont des bienfaits : on ne songe pas à se plaindre sérieusement à llouen que l’introduction des vins du Bordelais fasse une concurrence dommageable au cidre de la vallée d’Auge. ni dans la foret d’Orléans que l’introduction des houilles d’Anzin à Paris diminue le nombre des consommateurs de bois.
H2. ï.oH iiiiportniîoiiK et les ex|toi‘tntloii». — Le commerce extérieur, (|ui par essence ne diffère pas du commerce intérieur, est presque partout soumis à la réglementation des lois. Il consiste, comme tout échange, en un double mouvement : celui de la chose vendue et celui de la chose achetée. (Je qu’une nation transporte hors de ses frontières comme marchandise ([u’elle a vendue ou qu’elle a l’intention
LE COMMERCE
de vendre à des nations étrangères, s’appelle exportation. Ce qu’une nation fait entrer ou laisse entrer sur son territoire comme marchandise achetée par elle ou seulement apportée sur son marché par des étrangers, s’appelle importation. Importation signifie donc dans la plupart des cas achat et exportation vente.
^ En principe, il semble qu’une nation se comporte dans 1 échange exactement comme un particulier. Echangeant valeurs contre valeurs, elle exporte l'équivalent de ce qu'elle importe. Il n’y a guère qu’un cas, assez rare d’ailleurs, qui puisse légèrement altérer l’équivalence : c’est celui où une marchandise qui est sortie d’un pays pour se rendre dans un autre périt en route par naufrage ou autrement.
En réalité, une nation agit autrement que des particuliers.
Les commerçants achètent presque toujours avec de la monnaie ou avec des signes représentatifs de la monnaie et, quand ils vendent, ils reçoivent à leur tour de la monnaie ou des signes représentatifs de la monnaie ; c’est dans leur caisse que la balance se fait et qu’ils voient, au bout de l’année,^ si, de leurs échanges multiples, il reste un profit.
Bien que le commerce d’une nation ne se compose que de la somme des échanges des particuliers, le procédé général n’est pas le même. La monnaie qui a servi de mesure à chaque échange est dans le fait reléguée à l’arrière-plan et sert rarement au payement effectif. Presque tous les débiteurs d’une nation font ce payement avec des traites qui sont tirées sur des débiteurs de l’autre nation, et il s’établit ainsi une compensation générale dont nous avons expliqué le mécanisme en traitant du change. Cette compensation ne se fait pas nécessairement dans le laps d’une année. Elle ne se fait pas non plus nécessairement entre les deux nations contractantes; les créances et les dettes de plusieurs nations tierces peuvent y contribuer grâce à l’intermédiaire des banquiers. Elle ne se fait pas nécessairement toute en valeurs de marchandises vendues ; les titres de valeurs mobilières, les achats de propriétés foncières, les dépenses des voyageurs à 1 étranger peuvent fournir un appoint notable.
Une double erreur, qui a eu longtemps cours en matiér''
LA CIRCULATION
de commerce extérieur, consiste à croire qu’une nation ne s’enrichit que par ce qu’elle vend aux étrangers et qu’elle s’appauvrit par ce qu’elle leur achète, que, par conséquent : 1" Il est bon que la somme des exportations soit aussi forte que possible et la somme des importations la plus réduite possible ;
La différence constatée se paye, dans tous les cas, en métaux précieux, et constitue le bénéfice net ou la perte sèche d une nation. Cette différence est appelée balance du commerce. On disait que la balance était favorable quand les exportations étaient en excès, qu’elle était défavorable quand le chiffre des importations était supérieur, comme on dit change favorable ou défavorable; l’état du change est d’ailleurs souvent un résultat du mouvement commercial.
Cette doctrine, qui exerce une influence fâcheuse sur Ja réglementation douanière, suppose : 1“ que l’on peut exporter sans importer, vendre sans acheter : ce qui est faux ; 2° que les métaux précieux sont la seule richesse désirable : ce qui est faux; 3® que les chiffres d’importation et d’exportation représentent exactement la réalité du mouvement commercial, et qu’il faut solder le compte annuel avec une somme d’or et d’argent précisément égale au reste de la soustraction : ce qui est faux.
Bastiat a spirituellement critiqué, par l’exemple suivant (le cas de naufrage d’ailleurs, nous avons dit, influe peu sur les résultats généraux), la prétention de calculer le gain ou la perte d’une nation d’après le système de la balance du commerce.
« PermeUez-moi d’apprécier le mérite de la règle selon laquelle les partisans de la balance calculent les prolits et les pertes. Je le ferai en racontant deux opérations commerciales que j’ai eu l’occasion de faire. J étais à Bordeaux. J’avais une pièce de vin qui valait 50 francs; je l’envoyai à Liverpool, et la douane constata sur ses registres une exportation de 50 francs. Arrivé à Liverpool, le vin se vendit 70 francs. Mon correspondant convertit les 70 francs en houille, laquelle se trouva valoir, sur la place de Bordeaux 90 francs. La douane se hâta d’enregistrer une importation
LE COMMERCE
de 90 francs. Balance du commerce en excédent de l’exportation, 40 francs. Ces 40 francs, j’ai toujours cru, sur la foi
de mes livres, que je les avais gagnés. M. M m’apprend
que je les ai perdus et que la France les a perdus en ma personne. Ma seconde opération eut une issue bien différente. J’avais fait venir du Périgord des truffes qui me coûtaient 100 francs. Elles étaient destinées à deux célèbres ministériels anglais qui devaient me les payer à un très haut prix que je me proposais de convertir en livres. Hélas! j aurais mieux fait de les dévorer moi-même (je parle des truffes, non des livres ni des tories). Tout n’eût pas été perdu comme il arriva, car le navire qui les emportait périt à la sortie du port. La douane, qui avait constaté à cette occasion une sortie de 100 francs, n’a jamais eu aucune rentrée à inscrire en regard. Donc, dira M. M...., la France a gagné 100 francs, car c’est bien de cette somme que, grâce au naufrage, l’exportation surpasse l’importation. Si l’affaire eût autrement tourné, s’il m’était arrivé pour 200 ou 300 francs de livres, c’est alors que la balance du commerce eût été défavorable et que la France eût été en perte! »
H3. Les douanes, la proteetion et le libre éeliauj^e. —
Pour constater le mouvement du commerce extérieur, pour percevoir des droits sur les marchandises qui entrent et qui sortent ou pour les empêcher d’entrer et de sortir, les gouvernements ont établi les douanes sur la frontière de l’Etat. Les droits de douane comprennent des taxes à l’exportation et des taxes à l’importation.
Les taxes à F exportation sont rares, parce que les gouvernements considèrent en général comme d’une bonne politique de faciliter le placement des produits nationaux à l’étranger. En cela, ils ont raison. Une des exceptions à cette règle est le cas où un pays jouit à peu près du monopole d’un produit agricole ou minéral et prélève, sous forme de droits d’exportation, un impôt que supporte en grande partie l’acheteur étranger.
Les taxes à l'importation sont nombreuses et figurent comme une des sources importantes du revenu de presque tous les Etats civilisés. Elles peuvent être déterminées d’après
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LA CIRCULATION
des systèmes douaniers différents : le système restrictif qui comprend le régime prohibitionniste et le régime protecteur avec plusieurs variétés d’application; le système libéral qui comprend le libre-échange et le régime fiscal.
Le système restrictif frappe de prohibition ou de fortes taxes les produits de certaines industries étrangères, moins en vue de procurer un gros revenu au Trésor public que d empecher ou de gêner l’importation et la vente de ces produits Son but déclaré est la protection de V industrie nationale : c est pourquoi on le désigne sous le nom de système protecteur. Le système mercantile, qui consiste à régler les douanes en vue d’exporter beaucoup de marchandises et d’en importer peu et de recevoir le complément ou balance en métaux précieux, est une variété du système protecteur* le système prohibitif est le système protecteur poussé à ses conséquences extrêmes ; \q système compensateur, qui prétend compenser par une taxe douanière la charge des impôts supportés par le producteur national, en est une forme atténuée La protection douanière est fondée sur le raisonnement suivant. Il est bon qu’une nation riche exerce toutes les grandes industries dont elle peut se procurer la matière premiere et il est bon que son gouvernement, protecteur des intérêts nationaux, favorise le développement de ces industries. Si une nation étrangère fabrique une certaine marchandise a meilleur marché qu’elle, il faut que le gouvernement mette sur cette marchandise un droit assez élevé pour que le produit étranger revienne plus cher que le produit indigène et que 1 avantage reste à ce dernier sur le marc lé national ; par là, se trouve écartée une concurrence qui, dit-on, ruinerait la manufacture nationale et on espère que cette manufacture pourra se soutenir et se développer grâce à la protection douanière qui lui confère une sorte de monopole national. On fait valoir en faveur de ce système plusieurs considérations : doter le pays d’industries nécessaires ou lucratives que la concurrence étrangère étoufferait dans leur germe ; assurer ainsi du travail et du bien-être à la population ouvrière du pays; se rendre indépendant de l’étrLger en se dispensant de lui acheter des produits dont on suppose
LE COMMERCE
qu’il aurait acquis le monopole après avoir ruiné l’industrie nationale.
Sans doute, le gouvernement a' le devoir de favoriser le développement des forces productives de la nation : il le fait, par exemple, en entretenant des écoles. On ne peut donc lui dénier tout droit de donner des encouragements à certaines industries : il le fait, par exemple, en décernant des prix dans des concours. Mais la protection douanière est-elle un bon mode d’encouragement?
1° Elle impose un sacrifice dont il est presque impossible de mesurer l’étendue. En effet, si l’on met un droit de 30 francs sur un produit valant environ 130 francs sur le marché national, c’est qu’on estime que le producteur étranger pourrait le livrer à 100 francs, tandis que le producteur national ne peut pas le fabriquer à moins de 130 francs et qu’on juge utile de faire payer aux consommateurs ce supplément de 30 francs. Or, à combien se monte le sacrifice imposé à la consommation par cette augmentation du prix? A peu de chose peut-être, si l’industrie est languissante; mais, si elle prospère, — et c’est le résultat qu’on espère atteindre, — le sacrifice, autrement l’impôt établi sur la consommation au profit de certains manufacturiers, se multipliant par le nombre des unités du produit vendues, peut s’élever à une somme considérable. Si le gouvernement avait, au lieu de promulguer un tarif protecteur, assuré une prime fixe à chaque produit sorti des fabriques nationales, comme on l’a fait parfois, notamment pour la marine, il auraildu moins connu l’étendue du sacrifice qu’il exigeait de la nation.
2“ Quand on promulgue un tarif protecteur, on pense l’établir seulement pour la période de temps nécessaire à la consolidation de l’industrie protégée ; c’est un moyen d’éducation; on n’oserait pas le réclamer si l’on croyait ou si l’on disait que celte industrie dût rester toujours impuissante et le sacrifice être perpétuel. Cependant l’histoire ne présente guère d’exemple d’une industrie venant déclarer au gouvernement qu’elle est devenue adulte et qu’elle peut se passer désormais des faveurs d’une tutelle. Les raisons en sont bien simples.
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la circulation
Jamais un induslriel, si sa manufaclure prospère ne iuee
bénéfices. Tant qu’une industrie donne dl capitaux et les entrepreneurs se portent de ce cote et, suivant la situation et l'Iiabilelé de cliacun il s’éta w une eclielle très variée de profils, depuis ceux’ qui fôm
“■ péniblement; pour ces
erniers, le moindre abaissement des tarifs, quelque élevés
i:i d“;r •' ‘ éi .Su. ™
Kn second lieu, les manufacturiers qui réalisent des béné. pilctlZl Teur'Srieb ifc^oilafioreT Z
; æj:
f„- un gouvernement, désireux de satis
aire des intérêts autres que ceux des in^niifacîl^^ers S'
legies, abaisse les droits de douane, la concurrence n’étoulîe
I s nécessairement l’industrie nationale ; celle ci souffre
<1 abord et les établissements mal constitués sLcon Lni
mais ceux qui étaient dans de bonnes conditions économitiues
lesistent en se transformant, et l’industrie y trouve nuelàu^
fois un s limulant qui l’excite à grandir. C’est, par exemple
Te iro'L''dèT “ de commercé
élé jusqu’à dire 5quraLéës7u^^^^^^^^^ française serait « brisée comme du verrp » • nr !
* n,.|,.,ûEiESÆ«" SEFir'*";
LE COMMERCE
un petit nombre d’industries; ordinairement ces industries ne sont pas du nombre des plus modestes d’un pays, mais au contraire, du nombre des plus puissamment organisées parce que ce sont celles qui ont le plus d’influence pour obtenir du gouvernement des tarifs protecteurs. L’inégalité qui en résulte entre les différentes catégories de producteurs est d’autant plus choquante.
5® Il en résulte que, si les tarifs protecteurs assuraient du travail, ce ne serait qu à une traction de la population ouvrière. Or, comme la moyenne des salaires dans les industries très privilégiées n’est pas supérieure à la moyenne dans les industries non privilégiées, on doit en conclure que ces
tarifs n’exercent pas l’influence qu’on leur suppose sur le bien-être des salariés.
6® Pour rendre un pays indépendant de l’étranger sous le rapport des tissus de coton, il ne suffirait pas d’empêcher l’introduction des fils pour dentelle et des calicots; il faudrait pouvoir se procurer la matière première, le coton, sans avoir besoin de l’acheter à l’étranger : ce qui est impossible aux Etats européens. La vérité est, en premier lieu, que l’industrie et le commerce modernes ne permettent pas aux nations de se passer les unes des autres; en second lieu, qu’une nation ne dépend pas d’une autre parce que les fabricants de
l’une et de l’autre rivalisent d’efforts pour se concilier une partie de la clientèle.
£e système protecteur, qui peut se justifier dans quelques cas exceptionnels pour une durée strictement limitée, est, en tègle générale, un mauvais mode àü encouragement à la production nationale: il crée une inégalité, il atteint rarement le but et il ne répond pas aux promesses qu’il fait.
Le système libéral se préoccupe moins de l’intérêt de telle catégorie de producteurs que de l’intérêt général des consommateurs ; il se propose pour but de faciliter le commerce extérieur et d’assurer au marché national le plus lar^e approvisionnement au moindre prix possible. °
Le libre-échange raisonne de la manière suivante. Exercer le commerce est travailler; donc tous les droits et tous les avantages de la liberté du travail s’appliquent au commerce
LA CIRCULATION
aussi bien qu’à l’induslrie, au commerce extérieur aussi bien qu au commerce intérieur. Comme, de nation à nabon i"
P"“«Palement dans l’échange
d’imooria inr 7 P““'’ «'’fet
d importation, il faut presque toujours avoir produit un ob et
(Te.xportation une nation ne peut être, suivant une exores-
sion quelquefois employée, « inondée » de produits étraLers
ses produits. Ceci veut dire que /a liberté commerciale
y ie C/e hberte du travail, est, au point de vue des ré-
«/'extension du
^ ^ ** P®“P'e civilisé tous les avan-
rtlriiM, Aussi le libre-écliange absolu
d’exporMoi. des droits d’importation et
commrfnoven^T' ^es droits de douane
dt: ran“r%T'’^“ - p--^« --1“-
uises etrangerea. Il n impose que des droits modérés avec d d^sTe T“® e’dérieur
tr buan, f ““‘'^ration même du droit, con-
reverpublic.°”“ ''''
.luf'irf^r? ‘•“““i®’’ ^l'esdons économiques
qui ont ete le plus discutées dans les assemblées politiques
prô ëction er ' n P^’™ ™“‘’ de
S Drivé, n! ““''■■ent de très graves inté-
canfes t-f “ T''®'**'® "“•* ”“'“ns commer-
dartôute, r tous les esprits et triomphé
monlreni t’uiTi- *?'p^ principes économiques dé-
montrent 1 utilité et I équité du régime libéral; niais les intérêts prives résistent ou même attaquent avec d’autant plus de chances de succès qu’ils sont plus soutenus par des coniderations empruntées a la politique proprement dite.
LE COMMERCE 267
' fi 4. Le commerce général et spécial et le transit. —
Une marchandise peut passer et repasser la frontière sans avoir été l’objet d’un échange dans le pays : elle est venue chercher un acheteur qu’elle n’a pas trouvé ou elle n’a fait que traverser le territoire pour gagner un autre Etat ; il ne serait pas juste de lui faire payer le droit de douanes. C’est pourquoi l’administration douanière de beaucoup de pays distingue le commerce extérieur en deux catégories : commerce général comprenant toutes les marchatidises qui entrent dans un pays et qui en sortent, à quelque titre que ce soit et quel que soit le propriétaire, et commerce spécial comprenant seulement, d V importation, les marchandises étrangères qui entrent dans la consommation nationale et, à r exportation, les marchandises nationales ou nationalisées qui sont expédiées à l'étranger.
Les marchandises étrangères qui cherchent un acheteur et qui ne veulent pas acquitter le droit avant de l’avoir trouvé demeurent, après leur entrée, dans certains lieux spéciaux, dits entrepôts, lesquels sont considérés comme des territoires neutres. Elles peuvent y rester un temps quelconque et en sortir librement, sans taxe, pour être réexpédiées dans un pays étranger; dans ce cas, elles figurent seulement à l’exportation et à l’importation du commerce général. Mais, si elles sont consommées dans l’entrepôt ou si -elles en sortent pour être vendues sur le territoire national, elles acquittent le droit et figurent à l’importation du commerce spécial, après avoir figuré une première fois au commerce général.
Les marchandises qui se rendent d un pays étranger dans un autre pays étranger, en empruntant seulement les voies de communication du territoire national, sont dites marchandises de transit ; elles n’acquittent pas de droits d’importation et ne figurent pas au commerce spécial.
Les douanes donnent lieu à des combinaisons fiscales très complexes. Quand un négociant fait entrer en entrepôt une marchandise qu’il réexporte sans l’avoir vendue ou quand un industriel, jouissant du droit d’entrepositaire, importe de la houille qu’il réexporte sans l’avoir consommée, il ne paye pas de droit. Mais, quand un meunier importe d’Odessa du
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9fiC
la circulation
blé qu’il réexportera ensuite sous forme de farine nour la ferrrn H ™porte de la fonte d^Ande-
iSrivr ï
ses produits sur les marchiretlCr n reslituer à la sortie une soltt SÎvaienteL' dS udfrpayer à l’entrée la matière première employée : c’es ce Vu’on nomme drawbaH- ; on bien exiger, comme pou le Lns^ certa, nés garanties, afin de s’assurer que les matitérn é
a™Trèc“main“d’''“''“" *»rties après
avoir reçu une main-d œuvre : c’est ce qu’on nomme adL\
swns ,empora«-es. Quelquefois la douaüe va au « dutm
boursement ; pour quelques industries que le gouvernement
se propose d’entourer d’une protection pécialf “^ ”00»^
des prunes d’exportation le plus' souvenf ou r/me rsTsTèmeTs'''''””’ “ france •
système des prîmes est presque abandonné aujourd’hui n réglé generale, les combinaisons douanières les moins complexes sont les meilleures parce aue ce sont ZnT ■
lîfraude': de prise“à
I l s. l a sé««,. aphte e„.«meeeialc e, la eanem eeace des
ria e du travail, fondée sur la diversité des productions nain lelJes propres a chaque province. II existe, à plus forte raison' e diversité de productions naturelles d’un Etat à un autre’
nn-ràTi ? animaux Zt sou
a la loi des climats, et leur production dépend en premier leii de la latitude et de l’altitude, en second lieu, de la'^nature et de 1 exposition des terrains. Cette diversité, due à des causas naturelles, est une des raisons du commerce international
LE COMMERCE 269
Toutefois il ne faut pas croire que la nature, élément passif, soit la seule cause de la diversité des productions de chaque contrée. \J homme, élément actif, fait à cet égard plus encore que la nature. C’est un double aspect qu’il ne faut pas perdre de vue quand on étudie la géographie commerciale et qu’on cherche à se rendre compte du genre et de l’importance du trafic des nations entre elles. Aussi est-ce dans les contrées où Vhornme vaut le plus par Vénergie, par l'instruction et par les capitaux que la production et le commerce sont le plus considérables ; c’est dans ces contrées que l’homme, dominant la nature, crée non seulement une agriculture riche dont les produits suffisent ou contribuent largement à nourrir une population dense, mais une industrie manufacturière puissa?ite et variée.
L’Europe et les Etats-Unis, principalement, en Europe, les Etats de l’occident et du centre avec le nord de l’Italie, et, aux Etats-Unis, les Etats du nord-est, sont les contrées où ces qualités se trouvent réunies au plus haut degré. De toutes les autres contrées du monde, le commerce importe dans ces contrées privilégiées les matières premières que l’industrie doit mettre en œuvre et le complément de denrées alimentaires que consomment leurs habitants, nombreux et relativement riches, pendant qu’il exporte en échange des produits ynanufacturés. Il se forme ainsi à travers le monde des courants réguliers de circulation de la richesse. Les contrées les plus civilisées y jouent le double rôle de laboratoires où les matières, produites ou extraites dans les diverses parties du inonde, sont transformées par l’industrie humaine en utilités variées pour le service du genre humain et pour le profit des nations manufacturières, et de pompes qui aspirent les unes et refoulent les autres.
Ce sont les nations les plus industrieuses et les plus riches qui coininandent le mouvement ; ce sont aussi elles qui, exportant le plus importent le plus, et qui, précisément à cause de leur richesse, achètent aux autres nations non seulement beaucoup de matières premières et de denrées, mais aussi beaucoup de produits manufacturés quoiqu’elles en fabriquent elles-mêmes une très grande quantité.
LA CIRCULATION
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Les nations industrieuses s'efforcent à l’envi de placer leurs produits sur tes marchés étrangers ; de là une eoncurrence qui stimule l’esprit d’invention et d’entreprise et que la liberté commerciale favorise. Les procédés des grandes industries reposant aujourd’hui sur des données scientifiques et les communications scientifiques étant devenues infimes entre tous les peuples civilisés, il y a moins de secrets de fabrication qu’autrefois. Toute nation qui a des hommes entreprenants, des capitaux et des moyens de communication peut se flatter de fonder chez elle des manufactures capables d’approvisionner son marché et de lui permettre d’entrer en lice avec les autres nations sur le marché general. Aussi, quoique la division du travail aille en augmentant avec le progrès economique, les nations industrieuses tendent a former chacune un groupe complet par la variété de leurs industries manufacturières : ce qui rend quelquefois plus difficile l’importation chez ces nations des produits manufacturés de l’étranger et ce qui augmente la concurrence generale sur les marchés du monde, mais ce
manifeste de l’accroissement général de 1 activité humaine et de la richesse.
H6. L’histoire des tarifs. - Les Etats modemes n’ont
guere commence avant le xvie et même avant le xvii° siècle à
avoir une politique douanière suivie. Ils ont d’abord été sé-
uits par idée de la balance du commerce, et la plupart
notamment la France sous l’administration de Colbert, ont
adopte le système mercantile qui consiste, d’une part à
permettre aussi largement que possible l’entrée des matières
premières et des denrées et à en interdire la sortie dans le but
de favoriser 1 ajiprovisionnement des fabriques nationales et
alimentation des travailleurs ; d’autre part, à favoriser la
sortie des produits manufacturés et à en défendre l’entrée
dans le but de réserver le marché national aux nationaux et
de leur procurer des débouchés sur les marchés étrangers
Ce système est une variété du genre restrictif; il a duré en
France jusqu’à la Révolution de 1789 qui lui substitua un tarif fiscal.
Mais les guerres de la Révolution et de l’Empire entraînè-
IH
LE COMMERCE
rent la France à proscrire par tous les moyens le commerce anglais des marchés de la France et du territoire de ses alliés; le blocus continental, décrété par Napoléon comme instrument de guerre, bouleversa les relations naturelles du commerce.
Ce système disparut avec le rétablissement de la paix. Le gouvernement de la Restauration, cherchant à satisfaire les vœux de la grande propriété et de la grande industrie, composa un tarif protecteur. La plupart des autres grands Etats suivaient alors une politique analogue.
L’Angleterre, dont l’industrie était très puissante et le commerce très étendu, fut la première à rompre avec la tradition protectionniste ; après quelques réformes partielles dont l’origine remonte au ministère de Huskisson (18:25), elle renonça, sous l’inlluence de Cobden et par la volonté du ministre Robert Peel, à ses lois sur les céréales, protectrices de l’agriculture britannique (1846), et elle adopta un tarif fiscal, conforme au système libéral. La France est entrée dans la même voie en 1860 et plusieurs autres Etats ont suivi son exemple. Mais les Etats-Unis ont de leur côté donné l’exemple contraire par un tarif très protecteur. La lutte entre les deux systèmes, protection et liberté, reste ardente et les tarifs de la plupart des Etats oscillent encore de
l’un à l’autre.
Si l’on essaye de résumer l’histoire générale des douanes dans la suite des âges de la civilisation, on peut y distinguer trois grandes périodes :
Une première période dans laquelle les communications étant rares, l’industrie et le capital presque nuis, on ne se préoccupe pas d’un système douanier; on n’a pas de douanes, comme chez la plupart des tribus sauvages, où l’on charge, sans autre vue que celle d’enrichir un seigneur, certaines marchandises de droits, comme au moyen âge ;
Une seconde période dans laquelle, le système mercantile dominant les esprits, on s’applique à développer la manufacture nationale par des droits restrictifs ;
Une troisième période dans laquelle, les communications étant devenues rapides et fréquentes, les peuples civilisés
LA CIRCULAT [ON
ayant contracté des besoins industriels et personnels dont
la satisfaction exige le concours des cinq parties du monde,
les capitaux et la science rendant la production et la con-
curi ence possibles dans un grand nombre de contrées, le
système libéral s impose à la sagesse des gouvernements
comme la meilleure politique et comme une condition de progrès.
l lî. Le rôle du commerce dans la civilisation. — Logiquement, le commerce est un fait secondaire et dérivé; il vient après la production qu’il présuppose. Historiquement, le commerce est aussi ancien que la formation des premières
sociétés, et il est un des premiers liens qui ont uni les hommes en société.
On ne peut pas affirmer d’une manière absolue que le contact commercial d’un peuple très barbare avec un peuple très policé soit toujours avantageux au premier. Le barbare peut être incapble de se servir des instruments de travail que la civilisation lui fournirait et il est toujours capable de se corrompre par les jouissances qu’ellë lui offre : c’est ce qui a eu lieu pour les sauvages de l’Amérique septentrionale.
Mais entre nations civilisées, on peut dire qu'en règle générale le commerce exerce toujours une influence favo~ table à la richesse et à la civilisation.
Pour prouver combien est fausse la pensée d’isoler une nation, quelque industrieuse qu’elle soit, un orateur anglais disait spirituellement à ses concitoyens :
« Être indépendant de l’étranger, c’est le thème favori de aristocratie territoriale. Mais qu’est-il donc ce grand seigneur, cet avocat de l’indépendance nationale, cet ennemi de toute dépendance étrangère ? Examinons sa vie. Voilà un cuisinier français qui prépare le dîner pour le maître et un valet suisse qui apprête le maître pour le dîner. Milady, qui accepte sa main, est toute resplendissante de perles qu’on ne tiouvera jamais dans les huîtres britanniques et .'a plume qui flotte sui sa tete ne fit jamais partie de la queue d un dindon anglais. Les viandes de sa table viennent de la Belgique, ses vins du Rhin ou du Rhône. Il repose sa vue sur des fleurs venues de l’Amérique du sud et il gratifie son
LE COMMERCE 273
odorat de la fumée d’une feuille venue de l’Amérique du nord. Son cheval favori est d’origine arabe et son chien de la race de Saint-Bernard. Sa galerie est riche de tableaux flamands et de statues grecques. Veut-il se distraire? il va entendre des chanteurs italiens, vociférant de la musique allemande, le tout suivi d’un bal français; S’élève-t-il aux honneurs judiciaires? l’hermine qui décore ses épaules n’avait jamais figuré jusque-là sur le dos d’une bête britannique. Son esprit même est une bigarrure de contributions exotiques; sa philosophie et sa poésie viennent de la Grèce et de Rome, sa géométrie d’Alexandrie, son arithmétique d’Arabie et sa religion de Palestine. Dès son berceau il pressa ses dents naissantes sur du corail de l’océan Indienet, lorsqu’il mourra, le marbre de Carrare surmontera sa
tombe.... Et voilà l’homme qui dit : « Soyons indépendants de l’étranger. »
Nous pouvons faire la même expérience sans sortir de notre pays et des conditions sociales les plus modestes. Un ouvrier de Paris, avant de se rendre le matin à l’atelier mange un morceau de pain fait avec la farine de la Beauce et boit un verre de vin, mélange des crus du Languedoc et de 1 Orléanais, pendant que sa femme prend le café au lait que les caféiers de Java, les cannes à sucre de Cuba et les vaches de Normandie ont servi à lui composer. Il s’habille avec une chemise dont le coton, venu de l’Inde a été tissé à Rouen et avec un paletot dont le drap, produit de Lodeve, contient des laines de l’Australie et de l’Espagneil met des souliers dont le cuir a été la peau d’une vache paissant dans la Pampa Argentine. Il regarde l’heure à sa montre et il ne se doute pas que, dans un si petit objet il v ait à la fois de l’acier de la Suède, du cuivre du Chili’ des rubis du Brésil, de l’or de la Guinée, pas plus qu’il ne se doute que les cinq parties du monde, avant même qu’il soit hors de sa maison, ont en quelque sorte rivalisé pour
satisfaire ses besoins et que le commerce est l’auteur de ces jouissances.
Résumons les avantages que le commerce procure aux nommes.
ÉCONOMIE POLITIQUE. jg
LA CIRCULATION
l° Le commerce, en distribuant chaque chose à l’endroit précis où elle est le plus recherchée, accroît par ce seul fait la somme des utilités.
2® Le commerce est nécessaire à la division du travail; il la rend plus facile et, pour ainsi dire, plus spéciale à mesure qu’il devient lui-même plus varié et il donne^ dans les pays manufacturiers, naissance à de nombreuses indus~ tries^ par suite de 1 importation de matières premières.
3 11 augmente l activité laborieuse des hommes non seulement par les industries dont il provoque l’établissement, mais par les jouissances nouvelles qu’il offre et par les besoins qu’il fait naître.
4° En établissant entre diverses contrées habitées des relations fréquentes, U apprend aux peuples à se connaître et il contribue à les éclairer les uns par les autres.
3° En stimulant les découvertes maritimes, il enseigne à rhomme à mieux connaître la Terre, son domaine. C’est au génie du commerce qu’est due la découverte du passage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance.
C® En lui faisant connaître la terre, il l’invite à prendre possession par la colonisation des régions d’où partent et où aboutissent, à travers les mers, les produits échangeables.
7® En multipliant les liens qui unissent les peuples, en affaiblissant par le contact certains préjugés qui les séparent le commerce, qui a souvent été l’occasion de guerres, tend cependant, par suite d’une vue plus juste des intérks de chacun, à rendre les guerres moins fréquentes.
RÉSUMÉS
Le troc, mode primitif du commerce, ne fournit pas de mesure commune aux valeurs échangeables ; il gêne l’accumulation des richesses et restreint le commerce.
Le commerce proprement dit consiste dans la vente et I achat, c est-a-dire dans 1 échange d’une marchandise quelconque contre de la monnaie; il a pour objet de transporter les produits d’un lieu dans un autre, d’un
LE COMMERCE
temps dans un autre et toujours d’un propriétaire à un autre : l’échange est seul essentiel pour constituer un acte de commerce.
Bien qu’ils ne créent pas de produits, les commerçants sont des prodùcteurs, créant de l’utilité.
On distingue le commerce en détail et le commerce en gros; ce dernier a surtout pour effet de diminuer les variations de valeur dues à la rareté ou à l’abondance.
L'industrie des transports est distincte du commerce.
Le commerce, fondé sur la division du travail, tend à s’accroître en quantité sur place et à s’étendre davantage au loin, à mesure qu’un peuple est plus riche.
On distingue le commerce intérieur, qui généralement est libre, et le commerce extérieur, qui est soumis à la réglementation des lois.
Le commerce extérieur comprend l’importation et l’exportation, le commerce général et le commerce spécial, les entrepôts, le transit. — Une nation exporte à peu près l’équivalent de ce qu’elle importe.
Les taxes à l’exportation sont rares. Les taxes à l’importation sont réglées d’après un système restrictif ou libéral. — Le système protecteur, qui est du genre restrictif, est en général un mauvais mode d’encouragement à la production nationale. — La liberté commerciale,qui, au point de vue des droits du producteur, est synonyme de liberté du travail, est, au point de vue des résultats généraux de l’échange, synonyme d'extension du marché. — Le régime fiscal, qui est du genre libéral, est le plus convenable aux grandes nations commerçantes.
C’est dans les contrées où l’homme vaut le plus par l’énergie, par l’instruction et par les capitaux que la production et le commerce sont le plus considérables; on y trouve une population dense, une industrie manu-
' ^ LA CIRCULATION
facturière puissante et variée. - Les nations les plus
industrieuses importent surtout des matières prel
mieres et des denrées alimentaires et exportent des
produits manufacturés ; étant riches, elles achètent
aussi a 1 etranger beaucoup de produits manufacturés
- Les nations industrieuses tendent chacune à former un groupe industriel complet.
Lorsque la civilisation économique est parvenue au point ou les communications sont devenues rapides et requentes ou les peuples civilisés ont contracté des besoins industriels et personnels dont la satisfaction exige le concours des cinq parties du monde, où les capitaux et la science rendent la production et la concurrence possibles dans un grand nombre de contrées la liberté commerciale s’impose en quelque sorte
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