‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 33 sur 55 · CONSOMMATIONS IMPRODUCTIVES · texte numérisé non relu

CONSOMMATIONS IMPRODUCTIVES

d’opérations agricoles, indusrnhi!^' Commerciales que des circonstances défavorables ou une mauvaise gestion font échouer.

Perti*s accidentelles.

j D'entretien, I De luxe»

Lti niGsuie du luxe que chacun peut se permettre est déterminée par son revenu. — Chacun dbit faire de ce levenu deux parts ; la première, nécessaire, pour les dépenses d’entretien et de prévoyance; la seconde, facultative, pour les dépenses de luxe.

L’accroissement des consommations de luxe est légitime dans une société qui s’enrichit.

Il est inexact de dire que le luxe fasse aller le commerce ; car, dans ce cas, la nature de la chose consommée n’exerce pas d’influence favorable sur la somme du travail commandé.

L’assurance est une consommation préservative.

Elle a pour objet de garantir, en cas de perte accidentelle, le remboursement du capital assuré.

L’assurance a pour but d’éliminer le hasard, pour moyens la division des risques et l’association fondée sur le calcul des probabilités.

Une compagnie d’assurances bien organisée ne fait pas d’opérations aléatoires ; elle remplit le rôle de gérant d’une association de sécurité.

Les principales formes de l’assurance sont : d’unepart, 1 assurance maritime, l’assurance contre l’incendie, 1 assurance agricole, qui garantissent des capitaux matériels ; d autre part, l’assurance sur la vie et les sociétés de secours mutuels.

Les indigents sont les gens qui se trouvent dans l’impossibilité de subvenir aux besoins nécessaires de j’0xistence. — On comprend sous cette dénomination ceux qui tombent accidentellement dans 1 indigence, ceux qui sont à l’état permanent dans une demi-indigence, ceux qui ne travaillent pas par incapacité physique, ceux qui ne travaillent pas par vice.

La consommation charitable soulage l’indigence. L’indigence n’a pas un droit à l’assistance ; cependant la charité faite avec intelligence est, dans les sociétés humaines, un mode légitime et utile de distiibution

de la richesse.

L’assistance est donnée par les particuliers, pai les associations charitables et, sous forme d assistance publique, par les services publics. — Si l’assisté ne peut se prévaloir d’aucun droit à l’assistance, l’État, chargé de veiller à l’intérêt public, remplit un devoir social en assistant certaines infortunes, dans la mesure où ses ressources lui permettent de le faire.

L’assistance, est donnée sous forme d’ateliers de charité, de secours en argent ou en nature, de crèches, hôpitaux ou hospices, de patronage.

Sommaire. — 130. La population, la production et la consommation. — 131. Les naissances et les décès. — 132. Les mariages. — 133. La répartition par âges et par état civil de la population active. — 134. Les causes de la densité. — 135. La loi de Malthus et l'équilibre de la population et de la richesse. — 136. L’accroissement des populations. 137. L’émigration et la colonisation.

i:tO.La poimlation, la iii oductîoii et la eoiisominatioii.

— La question de la population intéresse toutes les parties de l’économie politique parce ({ue l’homme est véritablement

LA CONSOMMATION

l’unique agent de tout le mouvement économique : c’est lui qui produit et c’est lui qui consomme. Là où il y a beaucoup d hommes actifs fournissant beaucoup de travail, il est créé beaucoup de richesse; mais beaucoup d’habitants dans un pays consomment beaucoup de richesse pour vivre. Entre i! les trois termes^ population^ production^ consommation , il

I ij a nécessairement un rapport.

i Si ce rapport était constant, c est-à-dire si chaque homme

produisait et consommait toujours dans le même temps une meme quantité, il n y aurait pas de (juestion de population;

■ l’équilibre demeurerait toujours le même et la condition de

l’humanité serait uniforme et immuable.

Nous savons qu’il n’en est pas ainsi. Les hommes, dans chaque société, produisent plus ou moins suivant leurs qua-

. lités personnelles, suivant la somme des capitaux et Vétat

de la science.

I les produits qui leur sont utiles pour vivre, les

aliments sont au premier rang et ils proviennent de la terre, laquelle est en quantité limitée. La terre est donc un qua- 1 Irième terme dont il faut tenir compte.

: Nous savons aussi que tous les hommes dans une même

i société ne consomment pas la même quantité de richesse;

! l’état de fortune met entre eux de grandes inégalités à cet

égard. Or, s il n y a que 100 unités de richesse dans un pays, si l’on ne peut s’en procurer davantage par le commerce et si, d’autre part, 10 habitants en consomment à eux seuls improductivement 50, il est évident que ce pays ne pourra pas faire vivre autant d’habitants ou qu’il les fera vivre dans une condition plus misérable que si chacun n’avait consommé qu’une unité ; dans ce dernier cas, 100 unités auraient entretenu 100 habitants. Bans le premier cas, en supposant qu’une unité' soit un minimum nécessaire, le pays n’en entretiendra que 60 (10 4- 50). La répartition de la richesse est donc un cinquième terme qui influe sur la population.

Il y a donc une question de la population. Elle est même une des plus graves que l’économie politique ait à traiter parce que, la richesse étant faite pour sustenter la vie des hommes et pour leur procurer du bien-être, l’état de la po-

f LA POPULATION 305

i pulation peut être considéré comme la pierre de touche de

I l’organisation économique d’une société. C’est aussi une des plus difficiles. Elle est devenue l’objet d’une science particulière, la Démographie, qui emprunte presque toutes ses données à la statistique.

Avant d’indiquer les résultats principaux de cette science qui intéressent l’économie politique, nous pouvons déjà indiquer les lois les plus générales d’équilibre de la population et de la richesse.

Quand la production et les capitaux s' accroissent dans une société, la population tend à s'accroître.

I Quand la moyenne de la consommation individuelle

dans une société s'accroît, la population tend à s'accroître \ plus lentement ou à devenir stationnaire.

I Quand toute la terre est occupée et que l'augmenta-

■ tion des produits agricoles ne peut être obtenue que par une culture plus intensive, V accroissement de la population devient plus difficile.

' Quand les inégalités factices dans la répartition de la

richesse diminuent, l’accroissement de la population devient plus facile.

Ces lois, dont plusieurs ont été mises* en lumière par M. Courcelle-Seneuil, ont, comme toutes les lois économiques, leurs exceptions parce que des causes secondaires en modifient souvent les effets.

1 131. Les naissances et les décès. — La multiplication

des hommes, comme celle des autres espèces d’êtres animés, est soumise à des lois physiologiques. Ces lois, quelles qu’elles soient, sont modifiées dans une certaine mesure par l’état social et, comme il ne peut y avoir de statistique que dans des sociétés civilisées, on ne connaît les résultats numériques de la démographie que pour l’état social.

Les relevés des naissances constatent que la natalité, c’està-dire le rapport du nombre annuel des naissances à la population qui fournit ces naissances, varie de 50 (Russie) à l20 (Rhode Island) par 1 000 habitants. La moyenne est d’environ 35 naissances par 1 000 habitants, ou 1 naissance ' par 29 habitants. Il y a des États qui s’élèvent beaucoup au-

306 LA CONSOMMAÎION

dessus de cette moyenne, par exemple la Serbie, qui atteint 42 et la Russie qui paraît atteindre 49. Il y en a d’autres qui restent bien au-dessous : la France n'a que 25 à 26 naissances par i 000 habitants^ à peu près comme l’Irlande, et, aux Etats-Unis, le Connecticut et le Rhode-Island sont à un niveau encore inférieur.

Dans l’intérieur d’un État, la natalité est rarement la môme pour les populations urbaines et pour les populations rurales, et elle présente de grandes différences d’une province à une autre : elle est quelque peu inférieure à 20 en Normandie, tandis qu’elle dépasse 33 en Alsace. Elle n’est pas non plus la même dans tous les temps. En général, elle diminue brusquement dans les temps de crise, de famine et de guerre et se relève bientôt après. Mais, en temps ordinaire, chaque État ou chaque région conserve à peu près le taux de natalité qui lui est propre.

Cependant lorsqu’on considère le mouvement d’une population pendant une longue période, on s’aperçoit que des changements lents se produisent d’une manière continue dans le rapport des naissances à la population sans cependant dépasser certaines limites : en France, par exemple, la natalité qui était d’environ 30 1/2 sous la Restauration, est descendue à 25 1/2 dans la période décennale 1871-1880.

On peut dire en donnant une conclusion anticipée pour les autres manières d’être du mouvement de la population : le mouvement de la population est soumis à des lois que déterminent des causes physiologiques, clûmatériques, morales et sociales; ces lois marquent une certaine régularité de la natalité, de la nuptialité et de la mortalité dans le monde; elles montrent (qu'il existe un taux moyen différent suivant les groupes de population et qu il se produit des changements accidentels ou continus en plus ou en moins dans un même groupe, le tout renfermé entre certaines limites extrêmes de variation.

La mortalité, c’est-à-dire le rapport du nombre annuel des décès à la population , est généralement inférieure à la natalité chez les peuples civilisés. Quand une exception se produit par suite d’une épidémie, d’une famine

ou d’une guerre, le taux de la mortalité peut s élever très haut : il a été de 79 sur 1 000 habitants en Finlande l’an 1865. Dans le cas d’une calamité de ce genre, la population est d’ordinaire doublement atteinte a la fois par une natalité moindre et par une mortalité plus grande ; c est ainsi ({u’en 1871, en France, la natalité a été inférieure à 23 et la mortalité supérieure à 34 par 1 000 habitants.

La mortalité moyenne des peuples civilisés est aujourd’hui d’environ 26 décès par i 000 habitants. Les pays slaves, Serbie, Russie, Croatie, et la Hongrie ont un taux élevé, de 32 à 42, tandis que celui des États Scandinaves varie entre 19 et 17 et que les relevés de quelques États de la Nouvelle-Angleterre (États-Unis) accusent 19 à 16. La France compte 2S à 24 décès par 1 000 habitants.

La mort ne frappe pas également tous les âges. La première enfance est l'âge le plus exposé. On peut dire d’une manière générale que près du quart des enfants qui naissent meurent dans l’année; cette mortalité enfantine varie d’ailleurs beaucoup d’un pays à un autre puisqu’elle n’est guère que de 10 décès par 100 naissances en Norvège, tandis qu’elle atteint 30 dans l’Allemagne du sud et, dans un même pays, elle varie beaucoup suivant la condition sociale des parents ; les familles riches éprouvent des pertes beaucoup moindres que les pauvres parce qu’elles peuvent donner plus de soins et de bien-être à leurs nouveau-nés, et les enfants illégitimes meurent en beaucoup plus grand nombre que les enfants

légitimes.

Le nombre des garçons qui naissent est tous les ans de 5 pour 100 environ plus fort que celui des filles : l’excédent des naissances masculines serait même beaucoup plus grand si l’on y comprenait les mort-nés. Mais, dans la première enfance, il meurt plus de garçons que de filles, de sorte que l’équilibre s’établit à peu près dans la maturité de la vie.

A l’âge de cinq ans, il ne reste guère, suivant les pays, que 60 à 80 pour lOÜ de la génération qui était venue au monde cinq ans auparavant. La vie s aflermit à cette époque : de 10 â 30 ans, la mort enlève par année moins de 1 pour 100 des survivants; de 30 à 70 ans, elle fait des progrès, lents en-

LA CONSOMMATION

core, qui cependant vers la fin de la période emportent, par année, plus de 5 pour 100 des survivants. A partir de 70 ans, elle frappe à coups réitérés et, vers 85 ans, elle enlève par année, comme dans l’enfance, le quart des survivants dont les derniers passent très rarement la centaine.

Voici, à peu près et en nombres ronds, comment se soutient dans la vie une génération et ce qu’on pourrait appeler la durée moyenne ou survie moyenne d'une génération. Soit 1 000 ;naissances; h la fin de la première année, il y a environ 800 survivants; à la fin de la cinquième année, 700; à 20 ans, 650; à 50 ans, 450; à 75 ans, 220; à 100 ans, il n’y a plus, sinon comme une rare exception, de survivants.

Dans la carrière de la vie il y a deux parties que chaque génération jonche de ses morts, l’entrée où tombent, entre la naissance et la cinquième année, ceux qui ne sont pas assez bien constitués pour vivre, et l’extrémité où s’arrêtent, entre 70 et 80 ans, les forces vitales épuisées; dans l’intervalle, les morts sont semés en petit nombre sur la route, de sorte que l’on peut dire que la chance de vivre des individus bien constitués est d'environ 75 ans.

Gomme il naît chaque année une nouvelle génération, il y a environ 100 générations qui coexistent ensemble et qui constituent la population d’un pays, les plus anciennes n’ayant plus qu’un petit nombre de représentants, la génération qui vient de naître étant seule à peu près au complet. Si l’on suppose que chaque génération soit de 1 000 individus à la naissance, celle qui a un an comptera 800 individus; celle de deux ans, 750, celle de trois ans, 740; celle de quatre ans, 710; celle de cinq ans, 700, et ainsi de suite; l'ensemble des , survivants de toutes les générations qui forment à un moment donné une population est composé à peu près comme le sont les états successifs d'une même génération, en supposant que le nombre des naissances ne change pas.

Cette loi marque la tendance; mais elle ne se vérifie nulle part d’une manière absolue dans la pratique, parce que toutes les générations à la naissance sont rarement égales en nombre et parce que toutes ne sont pas atteintes chaque année dans les mêmes proportions par la mort. De plus, le taux de survie

n’est pas le même pour chaque pays ; si l’on compare en Europe les deux Étals qui représentent à peu près les extrêmes pour la période enfantine qui est la plus exposée à la mort, on trouve que la Norvège, à l’àge de cinq ans, conserve 820 survivants, tandis que la Russie paraît n’en avoir que 575.

C’est par ce mouvement continuel d’entrée dans la vie et de sortie que les populations se perpétuent en se renouvelant, avec une disposition marquée à s’accroître. En effet, de la moyenne actuelle des naissances qui est 35 et de la moyenne des décès qui est de 26 par 1 000 habitants en Europe, il résulte un excédent et un accroissement moyen annuel de 9 par i 000.

Cet accroissement est loin d’être égal dans tous les pays. Ainsi, d’après les constatations des recensements successifs, pendant qu’il s’élève à 10 et à 12 par 1 000 en Allemagne et en Angleterre, il est bien inférieur en Hongrie (5 p. 1000) et surtout en France où il n’est guère que de 4,2 en moyenne depuis le commencement du siècle et où depuis vingt ans il est descendu à 2,4 environ. La France est, nu xix® siècle, le pays d Europe dont la population augmente le moins vite par l'excédent des naissances sur les décès.

Les mariages et la fécondité. — C’est surtout par le mariage que se recrute la population. Quoique des trois grands faits de la vie que relève la statistique, le mariage soit celui qui dépende le plus de la volonté humaine, il se produit cependant à peu près avec la même régularité que la naissance et la mort et il est soumis également à la loi des nombres, parce que les raisons physiologiques et sociales qui déterminent les mariages se produisent à peu près constamment de la même manière dans les sociétés civilisées. La nuptialité ou rapport du nombre annuel des mariages à la population est en moyenne d’un peu plus de 8 mariages par 1000 habitants.

Les extrêmes pour la population européenne (la Turquie exceptée) se rencontrent dans la Serbie, qui dépasse 1 1 mariages par 1 000 habitants, et dans les États de la presqu’île Scandinave (|ui en ont un peu moins de 7 ; dans certaines années, la Serbie a dépassé 45 mariages par 1 000 habitants (en 1879) et la Suède et la France sont descendues à 6 (en 4870). La

310 LA CONSOMMATION

nuptialité moyenne de la France est un peu inférieure à 8 (7,9 mariages par 1 000 habitants).

En France, les ({uatre cinquièmes environ (78,5 0/0) des hommes qui contractent mariage le font entre 20 et 35 ans et la plupart (37 0/0) entre 25 et 30, tandis que les neuf dixièmes des femmes (90 0/0) se marient entre 15 et 30 et que l’âge le plus ordinaire du mariage est pour elles entre 20 et 25 ans (38.6 0/0). Ces rapports peuvent être considérés comme une sorte de moyenne, quoiqu’ils diffèrent d’un pays à l’autre suivant les institutions et les mœurs; ainsi, en Angleterre, les hommes se marient plus tôt (48 0/0 de 20 à 25 ans) et les femmes un peu plus tard (83 0/0 seulement avant 30 ans).

Les naissances illégitimes varient aussi ; elles figurent, dans la statistique des pays dont les relevés méritent confiance à cet égard, depuis 3,4 (Pays-Bas) jusqu’à 15,8 (Bavière) pour 100 du total des naissances. La France peut être prise comme moyenne avec un taux de 7,3 O/O.

Si la moyenne des naissances est de 35 par 1 000 habitants, il y a donc en moyenne environ 32,5 naissances légitimes et 2,5 naissances illégitimes. Gomme il y a 8 mariages par an, la fécondité légitime est d’environ 4 enfants par mariage. Ce nombre moyen des enfants nés par mariage varie aussi sensiblement d’un pays à un autre. 11 s’élève à 4 environ en Saxe et peut-être à 5 en Russie; en France il descend à 3,2.

133. La l•épaI*titioll par âges et par état eîvil et la population active. — Une population peut être divisée d’après l’âge en plusieurs groupes. En France, au recensement de 1876, le rapport des trois groupes à la population totale était : enfants au dessous de 15 ans, 27 0/0; adultes (de 15 à 60 ans), 61 0/0; vieillards (au-dessus de 60 ans) 12 0/0.

Quoiqu’il y ait des enfants au-dessous de 15 ans et des vieillards de plus de 60 ans dont le travail soit productif, on peut dire, d’une manière générale, ([\xe\di population active^ celle dont le travail fait vivre l’autre partie, est la population adulte et que le groupe dont l’existence dépend le plus du travail d’autrui est celui des enfants, parce qu’il travaille

LA CONSOMMATION

encore peu et qu’il n’a pas, comme une partie du groupe des vieillards, le revenu d’un travail antérieur pour vivre. Aussi les nalions dont la fécondité est grande ont-elles à faire de plus grands sacrifices que les autres pour élever par le travail et le revenu de la population active un plus grand nombre d’enfants : tel est le cas de l’Allemagne, qui, au recensement de 18/1, comptait un nombre d’enfants équivalant

à 34 0/0 de sa population, tandis que la France n’en comptait (en 1876) que 27 0/0. *

Si l’on décompose ces trois groupes d’âges, enfants, adultes et vieillards, en prenant la France pour exemple, voici ce qu’on trouve d’après le recensement de 1876.

Les (Isiix S6X6S s BfjxiïlihvQïit (I psu pv6s^ quoique Je nombre des naissances masculines soit toujours le plus considérable. La proportion des enfants du sexe masculin est un peu plus forte; mais les maladies de la première enfance, ensuite les agitations et les travaux de la vie enlèvent un plus grand nombre d’individus du sexe masculin, si bien qu’il y a, somme toute, dans presque toutes les sociétés européennes, un peu plus de femmes que d’hommes; cette infériorité numérique du sexe masculin est marqué surtout après les guerres. Au contraire, dans beaucoup de colonies, le sexe masculin l’emporte parce que l’immigration y introduit d’ordinaire plus d’hommes que de femmes.

Les célibataires constituent la moitié de la population * mais ils se partagent eux-mêmes en deux moitiés à peu près égales, les enfants qui vivent d’ordinaire dans le sein de la famille et par le revenu de la famille, et les adultes qui ont en général une existence indépendante.

L’autre moitié de la population est ou a été mariée. Mais il y a dans le veuvage près du cinquième de cette moitié (1/12 de la population totale) et ce cinquième renferme deux fois plus de femmes que d’hommes parce que les veuves se remarient plus rarement que les veufs. C’est ce qui explique aussi pourquoi il y a plus d’hommes que de femmes dans le célibat. Plus des quatre cinquièmes (plus des 2/5 de la population totale) sont dans Vétat de mariage. Gomme les vieillards n’ont pas ordinairement d’enfants à élever, c’est

au groupe des ménages adultes, formant environ i/o delà population totale, ou plus exactement à la moitié la plus jeune de ce groupe, qu’incombe principalement l’entretien de la population enfantine.

Cette population, qui comprend les enfants au-dessous de quinze ans, constitue, en France, un peu plus du quart de la population totale. Car, de la grande mortalité des enfants, il résulte que, s’il naît en France un peu plus de trois enfants par mariage, chaque ménage, (jui comprend deux personnes, n’élève pas jusqu’à l’âge adulte et par conséquent ne ren/l pas en moyenne à la société trois personnes : d’où la lenteur de l’accroissement de la population française.

Les proportions entre les divers groupes varie, dans certaines limites, suivant les nations; mais, en règle générale, on peut dire qu’une population qui, dans le rapport des groupes, a une proportion d'adultes relativement considérable est dans une condition favorable au bien-être et à V épargne, parce qu’elle possède plus de bras et d’intelligences pour produire et moins de bouches pour consommer, qu’une population dans laquelle les enfants et les vieillards sont en proportion plus forte.

-134. Les causes de la densité. — On peut dire aussi, d’une manière générale, que les populations sont groupées sur les diverses parties du globe en quantité proportionnelle aux moyens d'existence quelles y trouvent.

Mais il y a plusieurs raisons qui ne permettent pas de regarder cette proportion comme étant une règle absolue; la principale est que l’expression de moyens d’existence est un terme vague qui ne correspond pas dans tous les pays et dans tous les temps à une même somme de consommations : les Hindous vivent au nombre de plus de 100 sur un kilomètre carré, en produisant et en consommant moins de richesse que les Français, qui ne sont que 70 par kilomètre carré.

Néanmoins il faut remarquer, comme aj/plication de la règle générale, que la zone glaciale n’a presque pas d’habitants parce qu’elle n’offre que très peu de moyens d’existence et de bien-être, qu’il en est de même des déserts, que les montagnes, peu propres au labourage, et que les steppes,

LA CONSOMMATION

qui n’y sont pas propres, ont une population peu dense ; qu’au contraire, la population est généralement dense dans les plaines arables et dans les vallées dont le sol est généralement fertile et par où passent les voies navigables, sur les côtes où la pèche procure des aliments et où le commerce construit ses ports, aux principales étapes des voies de commerce, naturelles ou artificielles, près des mines de houille et près de la force motrice des chutes d’eau où l’industrie accumule ses usines, dans les grandes villes où le capital abonde et où il y a une grande demande de travail.

Par suite, il existe des différences considérables entre le nombre d’habitants que comporte une même étendue de territoire. Ainsi, tandis que, par kilomètre carré, la province d’Arkbangel, région froide, a une densité de 0,4 habitant et que la province d’Astrakhan, région de steppes, en a 2,9, le Lancashire, région toute manufacturière, compte 707 habitants.

L’homme est attiré vers les régions où la mise en œuvre des richesses naturelles, les conditions avantageuses du sol et les ressources de la civilisation lui font espérer que son travail sera rémunérateur; il s’y fixe et il y multiplie. Aussi, en général, ces régions sont-elles non seulement les plus denses, mais celles dont la densité augmente le plus rapidement. Il semble que, dans un même État, une province qui a 50 habitants par kilomètre carré soit plus susceptible de recevoir de nouveaux habitants qu’une province qui en a 150; c’est cependant le contraire qui se produit souvent et qui se manifeste dans les recensements successifs, précisément parce que la densité plus grande dans la seconde province était déjà due au privilège qu’elle avait de renfermer beaucoup d’éléments de* richesse. L’attraction de la population vers la richesse peut être assez fortement prononcée pour que, dans un pays dont la population générale augmente peu , la concentration vers les grands centres d’industrie et de commerce ait pour conséquence une diminution du nombre des habitants dans les parties moins favorisées : c’est le cas de la France depuis un certain nombre d’années.

Quand une contrée acquiert (juelqu’une de ces qualités qui déterminent la densité, par la découverte d’une mine, par la

ly

fondation d’un port, l’ouverture d’une voie commerciale, la création d’un centre administratif, les habitants se portent de ce

côté et la population augmente.

lîJrt. La loi de Mallhus et l'équilibre de la population et de la richesse. — Les faits indiquent donc qu’il existe un rapport intime entre le nombre des habitants et la quantité de richesse produite dans une contrée.

Le premier économiste qui a cherché à déterminer avec précision ce rapport est Mallhus. 11 était frappé, ainsi qu’il le dit, de « la tendance constante qui se manifeste dans tous les êtres vivants à accroître leur espèce plus que ne comporte la quantité de nourriture qui est à leur portée. » Il crut pouvoir affirmer que la tendance de la population était d’augmenter en proportion géométrique, que, d’autre part, dans les conditions les plus favorables à l’industrie, les moyens de subsistance ne pouvaient augmenter que selon une progression arithmétique, et il posa la formule suivante que l’on désigne sous le nom de loi de Malthus :

Progression de la population : 1, 2, 4, 8, 16, 32.... 4096 — des subsistances : 1, 2, 3, 4, 5, 6 13

Il en concluait que, si l’homme n’avait pas la prévoyance et l’énergie de restreindre volontairement le progrès de la population, la rupture d’équilibre entre le nombre des consommateurs et la quantité des choses consommables aurait pour conséquence fatale la misère de la société et le retranchement par la mort de ceux qui naîtraient en surabondance.

Il y a une observation vraie dans la loi de Mallhus : rhurnanité tend à s'accroître et son accroissement est subordonné à ses moyens d'existence.

Mais : 1® il est téméraire de prétendre exprimer par une formule mathématique un rapport variable qui n’est pas susceptible de précision numérique ; 2° l’observation des faits, sans laquelle toute théorie de ce genre manque de fondement, n’autorisait pas alors, malgré la crise que subissait l’Angleterre, et n’autorise pas aujourd’hui à affirmer ces tendances divergentes.

la consommation

11 y a peu de pays où la progression de la population soit geometiique. Le fait peut se produire cependant dans les pay^ nouveaux que féconde la colonisation par une race d hommes civilisés ; aux États-Unis, il s’est produit jusqu’ici une augmentation dont le rapport est d’environ 1 à 2.4 par période trentenaire ; mais il faut ajouter que cet accroissement est du pour une part notable à l’immigration, qui a introduit 11 millions d habitants dans le pays de 1820 à 1880.

Recensemenl Population. Progression d’une période Progression

trentenaire a Vautre. depuis 1790.

Il s’esi produil égalemenl au Canada et dans les colonies de I Australasie. Mais les subsistances et la richesse générale n ont pas augmenté dans ces pays moins rapidement nue •a population. On en peut juger par le commerce extérieur des Eta s-lm,s qui de 1790 à 1800, était en moyenne de 10/ millions de dollars et qui a été de 1 S03 millions de dollars en 1880; quoiqu’il se soit développé moins vite que la richesse intérieure, il a augmenté dans la proportion de

1 a 14, pendant que la population augmentait dans la proportion de 1 à 12,7. ^

-Même chez les peuplades sauvages où la richesse est très peu considérable et reste stationnaire parce que la science industrielle ne progresse pas, la mort, qui y fauche sans (loute largement n a cependant pas besoin, comme le supposait Malthus, d'abattre en coupe réglée à chaque génération un superllu croissant d’existences. Los institutions et les mœurs y pourvoient d’une manière inconsciente et en grande partie preventive : les naissances sont peu nombreuses^ C’est du moins ce qu, résulte, à défaut de statistique, de l’obser- ™tion la plus suivie qui ait été faite à ce sujet, celle d’un Irançais qui a vécu dix-sept ans avec les sauvages, très peu civilises, du nord de l’Australie et qui assure que tes femmes mariées, quand elles ont des enfants, n’en ont

jamais plus de trois ou quatre, qu’elles nourrissent pendant cinq ans.

C’est donc dans d’autres formules que celle de Malthus qu’il faut chercher les véritables lois expérimentales de la population.

D’autre part, la statistique démographique, qui calcule surtout la natalité, la nuptialité, la mortalité et la densité, est loin de fournir tous les éléments nécessaires à la connaissance des lois de la population et ne livre pas tout le secret de la condition économique des peuples, non plus que la connaissance exacte de leur état économique ne donnerait tout le secret de leur état moral. Naître, vivre et mourir sont des faits considérables sans doute; mais, en premier lieu, ces faits dépendent plus encore de la nature physiologique de l’homme que de sa condition sociale; en second lieu, il y a bien des manières de vivre, et, quoique le bien-être contribue à préserver l’existence, la durée moyenne de la vie ne saurait être regardée comme la mesure exacte du degré de richesse et de l’égalité de la répartition dans une nation.

En résumant et en complétant les données que nous avons rassemblées pour éclairer quelques parties de ce problème complexe, nous conclurons que Le nombre d'haintants que comporte un territoire dépend :

1° Des conditions physiques du climat et du sol ijue peut utiliser le travail de l’homme, c’est-à-dire des forces de la nature;

2® De la quantité de capital et de l’état de la science industrielle qui augmentent la productivité du travail;

3® De V étendue des débouchés qui permettent à la population de se procurer des aliments en échange des produits de son industrie ;

4“ De la moyenne des consommations individuelles qui, dans un état déterminé de richesse, permet à d’autant plus d’habitants de vivre que cette moyenne est plus faible ;

5° Du degré d'égalité dans les consommations individuelles qui, en supposant un état de richesse déterminé, permet à un plus grand nombre de petits consommateurs

LA CONSOMMATION

de vivre à mesure que diminue le nombre des gros consommateurs.

Les deux dernières conditions ont déjà été indiquées

Sur la première condition, celle qui est relative au sol et au climat, l’homme ne peut exercer, dans la plupart des cas, qu’une faible influence.

Il en exerce une souveraine sur la seconde et sur la troisième, qui, à leur tour, exercent une influence prépondérante et toujours une influence heureuse par leur accroissement sur l’accroissement de la population ; elles sont la grande raison de la densité, quoique dans certains cas restreints, comme l’emploi des machines en agriculture et l’extension des prairies, le progrès de la science industrielle tende à diminuer la population sur le territoire agricole. Il est opportun de rappeler à ce propos les périodes de civilisation économique que nous avons indiquées en parlant de l’exploitation du sol :

Période sauvage où la chasse et la pêche nourrissent beaucoup moins d’un habitant par kilomètre carré;

Période pastorale où l’élevage des troupeaux ne nourrit guère plus de S à 4 habitants par kilomètre carré;

Période agricole où la culture de la terre, avec un faible capital, nourrit (du moins en Europe) de 20 à 50 habitants environ par kilom'etre carré ;

Période industrielle et commerciale où, grâce à une culture intensive, nécessitant un fort capital, et à l’importation d’un supplément d’aliments payés par la richesse produite sur place, plusieurs centaines d'habitants par kilomètre carré peuvent vivre.

La quatrième condition peut avoir de fâcheux effets; car une population qui, dans un pays médiocrement riche, est très nombreuse parce qu’elle consomme peu, est une population misérable; accroître la moyenne des consommations (pourvu toutefois que ces consommations ne soient pas celles du vice) et par là le niveau du bien-être dans la masse d’une population est un des résultats les meilleurs d’une bonne économie sociale.

La cinquième condition est désirable seulement en ce sens qu’il faut éviter les institutions qui, créant ou maintenant

des inégalités, compriment l’essor de l’activté humaine; mais il faut bien se garder de toute institution qui, en vue d’une égalité d’abaissement, déprimerait celte activité et qui, en arrêtant l’effort des supériorités, arrêterait l’essor de la richesse nationale.

Aux cinq conclusions précédentes, il convient d’ajouter :

6® En vertu de lois physiologiques et sociales, la population a une tendance générale à augmenter par un excédent des naissances sur les décès.

7° Dans les centres d'industrie où l’exploitation des mines, les manufactures, le commerce sont actifs, la population augmente, en outre, par \' immigration.

8® Dans Vétat actuel de la civilisation économique et grâce aux progrès modernes de la science industrielle, la puissance des moyens de production a pour résultat ordinaire que la richesse s'accroît plus rapidement que la population»

Il est certain qu71 n’en a pas toujours été ainsi ; l’histoire montre qu’il y a des temps et des pays où la richesse et la population sont stationnaires ou môme rétrogrades.

9° Il arrive souvent qu’à mesure qu’une population devient plus riche, le nombre des naissances tend à diminuer et, quoique la mortalité de l’enfance diminue aussi, t accroissement de la population se ralentit. Dans une même population, les classes riches ont, pour plusieurs raisons, la même tendance : c’est presque toujours par l’accession successive de ceux qui montent des rangs inférieurs de la société dans les rangs supérieurs que les classes élevées complètent leur recrutement. L’examen des faits montre cependant que cette dernière loi souffre quelques exceptions.

136. L’accroîsseineiit des populations. — L’accroissement de la population intéresse l’état économique et l’état politique d’un pays.

Sous le rapport économique, population qui s'accroît rapidement a un grand nombre d’enfants à élever : c’est dans le présent une lourde charge qui pèse sur la population active et qui diminue son bien-être. Mais, comme l’homme est la force productive par excellence, la jeune génération, lorsqu’elle est élevée, devient une source plus abondante de ri^

LA CONSOMMATION

chesse ; il y a cependant une condition à observer, c’est qu’elle conserve dans son accroissement une certaine proportion avec l’accroissement du capital nécessaire pour faire valoir le travail.

Il y a certainement une limite au nombre d’habitants ({u’un espace donné de terre fertile peut nourrir. Mais où est cette limite ? Personne ne peut la fixer, parce qu’elle recule à mesure que progresse la science industrielle. Quand, dans un état donné de cette science, la limite est dépassée, une population industrielle peut encore se nourrir avec des aliments importés et la quantité de la richesse manufacturière qu’elle peut produire et donner en échange est beaucoup moins limitée que celle de la richesse agricole.

Il est vrai que, pour qu’il y ait importation d’aliments quelque part, il faut qu’il y ait ailleurs excédent de production agricole ; mais il s’en faut de beaucoup que toute la terre soit, suivant l’expression de Jules Duval, saturée d’hommes et qu’aucune contrée ne puisse produire plus que ses habitants ne consomment. Le progrès des moyens de communication qui caractérise la science industrielle de notre temps facilite ces importations et, par suite, la formation de groupes d’une très forte densité.

Sous le rapport politique sur lequel il n’y a pas lieu d’insister ici, un Etat dont la population augmente plus rapidement que celle des Etats voisins devient relativement plus puissant parce qu’il peut mettre sur pied une armée plus nombreuse, si ses ressources financières le lui permettent, et parce qu’il pèse d’un poids plus considérable dans le commerce et dans toutes les questions internationales. C’est ainsi ({ue les Etats-Unis, avec leur population de plus de oO millions d’individus, sont devenus une des grandes puissances du monde.

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