L’éuii^ration et la eoloiiisatiuii. — L’émigratioil
peut être déterminée par plusieurs causes :
i° Par V insuffisance de moyens d’existence qui pousse une partie de la population à aller chercher du travail hors du pays natal ;
2" Par la perspective d'un meilleur avenir dans un pays ^ étranger ;
3° Par des conditions politiques qui rendent intolérables à certaines catégories de personnes le séjour dans le pays natal ;
4° Par la facilité des communications, par les relations établies entre les pays d’émigration et les pays d’immigration, par des institutions publiques ou des entreprises pri~ vées qui, dans le pays natal, favorisent l’émigration ou qui, dans le pays de destination, attirent l’immigration.
La première cause pousse surtout les plus pauvres à émigrer et elle agit d’ordinaire avec plus d’énergie dans les temps de crise et de disette que dans les temps de prospérité. La seconde sollicite des individus appartenant à diverses classes de la société, surtout à la classe moyenne, et elle se fait sans souffrance ; mais elle n’agit que sur un nombre relativement restreint d’individus, parce que ceux qui ont déjà une certaine situation dans leur pays se résolvent moins facilement à le quitter que ceux qui n’ont aucune situation. La troisième est accompagnée de violences et de souffrances morales; mais elle a été plusieurs fois l’origine de colonisations fécondes, lorsqu’elle déportait sur une terre nouvelle des hommes ayant des qualités morales et intellectuelles propres à la formation d’une société régulière. La quatrième aide puissamment à augmenter et à régulariser le courant de l’émigration.
On peut distinguer les pays vers lesquels se porte ï immigration en anciens et en nouveaux.
Les anciens pays sont ceux où, la terre étant complètement appropriée et cultivée, l’immigrant est attiré par un appât autre que l’espérance de la propriété foncière. Entre les anciens pays il existe des courants que déterminent des intérêts privés et qui portent dans presque tous les pays des hommes de presque toutes les nations ; il existe aussi des courants généraux, un qui porte des pays les plus avancés en civilisation vers les pays moins avancés des émigrants de la seconde catégorie (émigration en vue d’un avenir meilleur), s’adonnant principalement au commerce et aux V professions libérales, un autre qui porte des pays ayant relativement plus d habitants que de capitaux vers des pays ayant plus de capitaux que de bras des émigrants
ÉCONOMIE POLITIQUE. ‘“it
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de la première catégorie, appartenant principalement à la classe des salariés.
Il y a, en France, un courant de ce genre qui amène au nord des Belges et des Allemands, au sud-est des Italiens.
Quand les lois contrarient ces courants, elles entravent le progrès économique parce qu’il est toujours bon que le capital et le travail, qui se cherchent l’un l’autre, puissent se rencontrer.
Un Etat qui arrête l’émigration porte atteinte à la liberté individuelle et condamne une partie de ses citoyens à la misère ; un Etat qui prévient ses citoyens des fraudes par lesquelles on peut chercher à les attirer à l’étranger sert, au contraire, leurs intérêts.
Un Etat qui empêche l’immigration porte atteinte à la liberté du travail et préjudice au capital national. D’autre part, il est incontestable, en considérant les choses du point de vue élevé de la politique, qu’il vaudrait beaucoup mieux qu’une nation fût capable de satisfaire par l’accroissement de sa propre population aux emplois nouveaux que l’accroissement de son capital requiert ; mais, si cette condition désirable ne se réalise pas, c’est la natalité de l’Etat et non sa capitalisation qu’il faut accuser.
L’immigration dans les pays nouveaux se lie intimement avec la question de la colonisation ; c’est en effet le plus souvent dans l’espérance d’acquérir de la terre et de se faire une nouvelle patrie qu’y vont les émigrants, même ceux qui n’ont d’abord que la perspective du salariat, et c’est, en conséquence, vers les pays où les richesses naturelles, mines ou terres, ne sont pas entièrement appropriées, qu’ils se dirigent. Cette tendance est un bien pour V humanité envisagée dans son ensemble, puisqu’elle a pour résultat de mettre en œuvre dans le monde une plus grande quantité de richesses naturelles et de faire que l’homme civilisé prenne plus complètement possession de la terre, son domaine. Elle est un bien pour les émigrants qui ne réussissent sans doute pas tous, mais dont beaucoup fondent des familles -vivant dans une plus grande abondance qu’elles n’auraient pu le faire au ' pays natal. Elle est un bien, sous le rapport politique et
économique, pour le pays nouveau auquel manquaient des bras et des capitaux pour faire valoir ses richesses naturelles. Elle un bien pour l'Etat d'oii partent les émigrants parce qu’il y gagne directement si le pays nouveau est sa colonie et indirectement si le pays n’est pas sa colonie; car le fait seul d’une colonisation nouvelle étend le marché commercial des nations, et la circonstance particulière d’émigrants qui ont la langue et les mœurs d’une nation profite d’une manière spéciale au commerce de cette nation; l’inlluence économique et politique du pays natal se répand dans le monde par les essaims qui en sont sortis.
Aussi y a-t-il intérêt pour un Etat qui possède des colonies à y faire des travaux préparatoires et à y prendre des mesures propres à favoriser la colonisation, et pour un pays nouveau à attirer l’immigration.
C’est par la colonisation que la race européenne s’est répandue depuis la découverte de Christophe Colomb, qu’elle a occupé à peu près toute l’Amérique du nord entre le 52® et le 22e parallèle, qu’elle s’est mêlée ou substituée en partie à la race indigène dans la zone tropicale et dans la zone subtropicale de l’Amérique du nord et de l’Amérique du sud et qu’elle y a importé à sa suite la race noire, qu’elle a peuplé la partie méridionale et une partie de la région méditerranéenne de l’Afrique, qu’elle a établi sa domination sur l’Inde, sur une partie de l’Indo-Chine, de la Malaisie et de la Sibérie et qu’elle a créé, au xix® siècle, un foyer nouveau de civilisation dans l’Australasie. On peut évaluer aujourd’hui à environ 85 millions les représentants de la race européenne, pure ou mélangée, qui vivent dans les pays hors d’Europe : on sait quelle influence cette diffusion a eu sur la richesse de l’Europe, sur celle du monde en général et sur la politique des temps modernes.
RÉSUMÉS
Entre les trois termes, population, production, consommation, il y a nécessairement un rapport.
Lois générales d’équilibre de la richesse et de la
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population : quand la production et les capitaux s’accroissent dans une société, la population tend à s’accroître; quand la moyenne de la consommation individuelle s’accroît, la population est plus lente à s’accroître ou tend à devenir stationnaire ; quand toute la terre est occupée dans un pays et que l’augmentation des produits agricoles ne peut être obtenue que par une culture plus intensive, l’accroissement de la population devient plus difficile ; quand les inégalités factices dans la consommation de la richesse diminuent, l’accroissement de la population devient plus facile.
La statistique constate qu’il y a en moyenne, en Europe, 35 naissances, 26 décès, 8 mariages par 1 000 habitants. — Malgré les variations annuelles, chaque pays a un taux à peu près constant de natalité, de nuptialité et de mortalité qui le caractérise.
La première enfance est la période de la vie la plus exposée à la mort. — La chance de vivre des individus bien constitués est d’environ soixante-quinze ans.
L’ensemble des survivants de toutes les générations qui forment, à un moment donné, une population est composé à peu près comme le sont les états successifs d’une même génération.
De l’excédent moyen des naissances sur les décès il résulte dans l’Europe contemporaine, un accroissement moyen annuel de 9 par 1 000 habitants.
La fécondité légitime, c’est-à-dire le nombre moyen des enfants par mariage, est de 4. — Les naissances illégitimes figurent, en outre, pour un peu plus de 7 0/0 dans l’ensemble de la natalité.
Les deux sexes s’équilibrent à peu près dans les populations européennes, avec une certaine infériorité numérique du sexe masculin, quoique le nombre des naissances masculines soit plus considérable. — En
France, les célibataires, composés mi-partie d’enfants et mi-partie d’adultes, forment la moitié de la population ; les gens mariés forment l’autre moitié : il y en a près d’un cinquième dans le veuvage et plus des quatre cinquièmes dans le mariage.
Une population qui a une proportion considérable d’adultes est dans une condition favorable au bien-être et à l’épargne.
Les populations sont groupées sur les diverses parties du globe en quantité proportionnelle aux moyens d’existence qu’elles y trouvent. — Les vallées, les plaines arables, les côtes, les mines, les forces motrices, les grandes villes sont propices à la formation de populations denses.
Lois expérimentales de la population. — Le nombre d’habitants que comporte un territoire dépend des conditions physiques du climat et du sol, du capital et de la science industrielle, de la moyenne des consommations individuelles, du degré d’égalité dans les consommations individuelles. — On peut distinguer, sous le rapport de la densité que comporte un territoire, la période sauvage, la période pastorale, la période agricole, la période industrielle et commerciale. — La population a une tendance générale à augmenter par un excédent des naissances sur les décès. — Elle augmente dans les centres industriels par l’immigration. — Aujourd’hui , la richesse s’accroît dans beaucoup de pays civilisés plus vite que la population. — Dans une population qui devient plus riche l’accroissement tend souvent à se ralentir.
Une population qui s’accroît rapidement s’impose dans le présent une lourde charge ; mais elle a chance de former pour l’avenir une source plus abondante de richesse.
L’émigration peut être déterminée par l’insuffisance
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des moyens d’existence, par la perspective d'un meilleur avenir, par des causes politiques, par la facilité des communications, par des relations ou des institutions qui la favorisent.
L’immigration, dans les anciens pays, a lieu soit des pays les plus avancés en civilisation dans les pays moins avancés, soit des pays ayant relativement plus d’habitants que de capitaux dans les pays ayant plus de capitaux que de bras.
L’immigration dans les pays nouveaux et la colonisation sont un bien pour l’humanité, pour les émigrants, pour le pays nouveau qui les reçoit et pour le pays ancien d’où ils partent.
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LKS FONCTIONS ÉCONOMKIUES DE l’éTAï
Sommaire. — 138. L’organisation sociale au point de vue écononii(|iic. — 139. La liberté individuelle et Faction de l’État, — 140. Les fonctions économiques de l’État. — 141. Le socialisme d’État.