‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 41 sur 55 · Les moyens d’acquérir les richesses — Pour · texte numérisé non relu

Les moyens d’acquérir les richesses — Pour

obtenir une portion de cette richesse qui fait vivre, il faut, à peu près comme l’a dit Mirabeau, qu’un homme soit travailleur, rentier, assisté ou voleur, c’est-à-dire qu’iV vive soit de son propre fonds., par un labeur actuel ou par le revenu résultant d’un labeur passé, soit du fonds d'autrui, en recevant ou en dérobant une partie de ce fonds.

Les deux premiers moyens sojit légitimes ; ils servent à la fois l'intérêt privé et l'intérêt public.

Le travailleur, quel que soit le genre de travail qu’il ait embrassé, agriculture, industrie, commerce, profession libérale, fonction publique, ne vit quen vertu de services qu il rend ci ses semblables et grâce à une rémunération, profit ou salaire, qui est d' ordinaire proportionnelle à la valeur du service rendu.

Nous disons « d’ordinaire » ; nous dirions « toujours » si I la liberté du travail, la concurrence et la moralité étaient abso-

lues. Dans un pays qui a des monopoles ou des privilèges, les individus qui en jouissent reçoivent souvent une rémunération supérieure à celle que leur assignerait le régime de la concurrence ; s’ils sont les auteurs du monopole, leur bénéfice est entaché d’immoralité, puisqu’ils ne l’obtiennent qu’à l’aide d’un dommage fait volontairement à leurs concitoyens; s’ils n’en sont ni les auteurs ni les promoteurs, leur bénéfice ^ est personnellement légitime et le tort retombe à la charge

îr. de la loi. Il peut se faire aussi qu’ils reçoivent une rémuné-

ration inférieure : c’est le cas où les travailleurs, subordonnés à un monopole exclusif, se font concurrence dans l’offre du travail et n’ont pas pour compensation la concurrence dans la demande. D’une façon ou de l’autre, la rémunération risque de n’ôtre pas proportionnelle au service et la balance peut être faussée : ce qui signifie que le principe de la liberté du travail est conforme à îidée de la justice.

CONCLUSION

Le rentier vit aussi grâce à la rémunération éCun service qu'il rend à la société. Le capital qu’il possède ne produit un revenu que parce que, secondant le travail, il aide à i

créer une somme d’utilités supérieure à ce revenu. Si le rentier a amassé le capital par son industrie personnelle, la rémunération n’est-elle pas, pour ainsi dire, doublement juste, puisque l’existence du capital atteste les services passés qu’il a directement rendus par son travail et que l’intérêt perçu chaque année prouve les services présents qu’il rend par son capital, fruit de l’épargne? Si le rentier a reçu, par testament ou par donation, ce capital, il a tous les droits du premier propriétaire; il pourrait donc avoir la fantaisie de dépenser ce bien en jouissances immédiates ; s’il le conserve, il y a utilité générale pour la production et il en retire lui-même pour son utilité particulière un revenu dont il vit. Y a-t-il là quelque chose qui ne soit pas conforme à la plus stricte justice, fondée sur l’harmonie naturelle des intérêts? Un fonctionnaire retraité, un pensionnaire d’un grand élablissement sont exactement dans le même cas ; ce sont des individus jouissant d’une rente viagère dont le capital est représenté par leurs services passés, souvent même par les retenues faites sur la rémunération de leur travail. Au point de vue économique, nous pouvons ranger dans la même catégorie les vieux parents que leurs enfants aident à vivre; ils reçoivent ainsi une légère indemnité des peines et des frais que leur ont coûtés ces enfants, devenus à leur tour d’utiles travailleurs.

L’homme, avons-nous déjà dit, le plus utile à lui-même et à ses semblables dans les conditions ordinaires de la vie industrielle, est celui qui réunit les deux qualités, travaillant beaucoup et capitalisant beaucoup. ,

Le troisième moyen, toujours inférieur aux deux premiers, \

peut être, selon les cas, utile ou nuisible à l’intérêt public ou à la fois à l’intérêt privé et à l’intérêt public. Faire une aumône, faire un don, c’est, au point de vue de la production, un acte indifférent en soi puisque c’est une portion de richesse qui passe, sans accroissement ni diminution, d’une main dans une autre. Envisagé d’un point de vue plus géné- ,

ral et jusque dans ses conséquences, un pareil acte cesse de i

LA MORALE DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE 389

paraître indifférent. Faire l’aumône sans discernement c’est s’exposer à fournir à l’oisiveté des moyens d’existence analogues à ceux que procure le travail. C’est donc troubler le sens moral d’une population et, en encourageant la paresse, entraver la formation de la richesse; V aumône irréfléchie peut être nuisible à t intérêt public.

Employer une partie de son revenu à soutenir le vieillard ou 1 infirme sans ressources, à soulager une misère accidentelle et imméritée, à faire traverser une crise à une famille dans le besoin, à élever des enfants pauvres jusqu’à ce qu’ils soient devenus des hommes laborieux, c’est faire une bonne action. Au point de vue moral, celte action élève l’âme de celui qui en est l’auteur; au point de vue économique, elle est utile à ceux qui en sont 1 objet, et, dans les derniers exemples cités, elle sert l'intérêt public puisqu’elle conserve ou qu’elle forme des forces actives qui pourront rendre amplement au capital national par leur travail ce que la bienfaisance en aura distrait pour les sauver de la mort ou de l’ignorance.

Le quatrième mode est funeste à Vintérêt public comme à l intérêt privé. Rien de plus certain que le dommage fait à 1 intérêt privé : c’était mon bien, le voleur m’en prive. On voit moins clairement le tort fait à l’intérêt public. Ce bien que je possédais à titre légitime et qui était peut-être le fruit de mes épargnes, je le ménageais en bon propriétaire et je l’utilisais. En supposant, ce qui est rare, que, par le fait du vol, il n’ait pas été en partie détérioré, il a passé dans les mains d’un mauvais possesseur qui en fera très probablement un mauvais usage ou parce que, n’ayant pas eu la peine de l’acquérir par le travail, il le dissipera, ou parce que, craignant de laisser découvrir sa faute, il n’osera pas en faire publiquement usage. Un voleur s’introduit chez un bijoutier, prend 30 000 francs en bijoux dans la montre et 2 000 francs en argent dans la caisse. 11 ne peut vendre les bijoux tels quels; il détache les pierres, fond l’or et il ne lui reste plus qu’une valeur brute de 12 000 francs : voilà déjà 18 000 Irancs anéantis. Les 2 000 francs qui étaient un capital de circulation servant au commerce et productif d’intérêts sont, en moins d’un mois, consommés en débauches

CONCLUSION

et anéantis. Les 12 000 francs restant, partagés entre les complices et les recéleurs, ont bientôt la même destinée, et les 30 OOO francs volés deviennent une perte non seulement pour le bijoutier dépouillé, mais pour la société dont le capital national est amoindri d’autant.

La loi punit les voleurs; mais la surveillance administrative ne saurait atteindre tous les gains illicites qui, au point de vue économique, appartiennent à ce quatrième mode d’acquérir. Un marchand trompe sur la qualité ou sur la quantité de la marchandise livrée et réalise un gros bénéfice : c’est un vol au préjudice de l’acheteur et au préjudice de la société dont il trouble le sens moral, comme le trouble toute acquisition de richesse qui n’a pas pour origine le travail, un don volontaire ou une transmission légale.

Le jeu n’est pas un vol, mais il a en grande partie les conséquences économiques du vol. Il ne sert jamais l'intérêt public puisqu’il n’est pas une augmentation, mais un simple passage de la richesse d’une main dans une autre, et il lui est souvent nuisible ; gain subit et facile conduit à la dissi-

pation et, par conséquent, à l’anéantissement des capitaux acquis de cette façon. Quand le jeu devient une profession et mène à la fortune, il exerce sur l’esprit d’une population la même influence démoralisatrice que les profits du marchand prévaricateur.

Donc, entre i intérêt public et les intérêts privés légitimes il y a solidarité et harmonie.

Quand un intérêt privé paraît contraire à l’intérêt public, il faut s’en défier et examiner scrupuleusement. Si l’antagonisme est dûment constaté, on est en droit de supposer qu'il s’agit d’un intérêt privé illégitime, ayant pour origine un dol, une fraude et rentrant, plus ou moins directement, dans le quatrième mode d’acquérir.

Quand une mesure d’intérêt public nuit à un intérêt privé, il faut examiner scrupuleusement si l’antagonisme est bien constaté. Il faut d’abord chercher s’il ne s’agit pas d’un intérêt privé illégitime fondé sur un monopole ou sur un privilège, auquel cas il convient de ne pas hésiter, tout en ménageant les droits qu’une jouissance longue et légale a créés

LA MORALE DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE

en faveur des usufruitiers. Dans le cas où il n’y aurait rien de semblable, il faut s’assurer que la somme des intérêts privés qui gagnent est notoirement supérieure à la somme des intérêts privés qui perdent à l’exécution de la mesure; sans quoi, il n’y aurait pas intérêt public. Souvent môme il est juste que la société, qui réalise un profit, indemnise les intérêts privés qui perdent.

1 <>7. L’importance morale des notions de travail et d'épargne. — Les deux vertus cardinales de l'économie politique. avons-nous dit, sont le travail et l'épargne, que l'on pourrait nommer le pr'incipe créateur et le principe conservateur ; tout ce que nous avons exposé dans ce précis confirme cette proposition. Aucun produit agricole, industriel ou commercial n’existe qui ne soit créé par le travail; aucun produit ne subsiste qui ne doive sa conservation à l’épargne.

La plus austère doctrine philosophique de Tantiquité, le stoïcisme, résumait sa morale dans cette maxime : « Supporte et abstiens-toi ; » grande maxime, capable sans doute de communiquer à l’âme de celui qui s’en est pénétré une noble indépendance en le mettant en quelque sorte en dehors et au-dessus des événements, mais dangereuse parce qu’elle décourage l’activité individuelle et qu’en isolant les hommes elle rompt en quelque sorte le lien des sociétés. Bien supérieur est le précepte évangélique qui prescrit l’amour du prochain : « Aimez-vous les uns les autres; faites à autrui ce que vous voudriez qui vous fût fait à vous-même; » c’est l’esprit de charité qui parle.

L’économie politique, fondée sur l’idée de l’utile, ne s’élève pas jusqu’à cette hauteur morale. On a essayé de donner pour principe à l’épargne l’idée du sacrifice, afin de constituer une économie politique chrétienne : c’est une erreur. On épargne non pour se sacrifier, mais au contraire pour se préparer dans l’avenir une jouissance supérieure à la jouissance dont on s’abstient dans le présent ; c’est de V intérêt bien entendu. Mais, par cela même qu’elle traite des questions de pur intérêt, l’économie politique parle une langue qui est pour ainsi dire familière et accessible au commun des mortels; quand elle arrive à cette conclusion que la richesse ne saurait exister

CONCLUSION

et ne saurait s’accroître qu’autant que les hommes travaillent et économisent et qu’elle leur dit : « Produisez et épargnez, » la morale peut s’appuyer sur ses démonstrations pour répéter avec une autorité plus pénétrante : « Soyez la- . borieux et économes. »

Ce qui revient à dire que, dans le fonds constitutif de l’homme de bien, il y a deux qualités essentielles qui doivent = figurer : Y activité et la prévoyance. *

Pour que l’homme soit actif, il faut qu’il ne se laisse jamais envahir par cette force d’inertie qu’on nomme paresse et qui peut prendre tant d’empire sur un esprit faible ; que, de plus, il contracte de bonne heure la saine habitude d’un travail régulier et constant ; car une fougue intermittente n’est pas une véritable activité et conduit rarement au but. Pour que son activité soit productive, c’est-à-dire crée plus d’utilités qu’elle n’en consomme, il faut qu’elle soit dirigée par V intelligence^ partant que le développement intellectuel du producteur soit aussi étendu que possible : c’est pourquoi l’économie politique proclame la nécessité de l’éducation morale, de l’instruction, générale ou professionnelle, et du progrès de la science.

La prévoyance est une des plus précieuses vertus de l’homme et, il faut le dire, une des plus difficiles à pratiquer, parce qu’elle consiste dans le renoncement à une jouissance présente qu’on voit et qu’on touche en quelque sorte, au profit d’un avenir qu’on ne voit pas et qu’on n’a pas toujours la sagesse de prévoir. Nous avons plusieurs fois insisté sur son principal effet économique, qui est la formation du capital et nous en avons dit l’importance.

L'activité., dirigée avec intelligence., et la prévoyance sont les qualités Jiécessaires aux producteurs et sont., avec à

la science et le capital.^ les plus efficaces pour la pro- !

duction. La morale signerait volontiers la première partie de cette proposition.

168. La liberté et la re^^poiisabilité. — L’homme produit par son travail ; l’homme capitalise par son épargne ; l’homme, en un mot, fait la richesse et, dans les limites des forces que la nature met à sa disposition et des circonstances sociales

LA MORALE DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE

OU accidentelles qui le secondent ou le gênent, il est l’artisan de sa destinée matérielle. Plus la force productive qu’il possède par ses facultés personnelles ou par ses capitaux est puissante et libre, meilleure en général est cette destinée. C’est pourquoi V économie politique conclut au développement le plus complet de la valeur intrinsèque de V homme et à la formation de son activité, de son intelligence , de sa moralité et, conséquemment, de sa liberté par laquelle il met en œuvre son activité et son intelligence. La liberté individuelle, dans une société bien pondérée, doit grandir avec la civilisation ; mais avec la liberté doit grandir parallèlement la responsabilité qu'il est juste de faire toujours proportionnelle à la liberté.

Plus, d’une part, est entière la liberté de produire, de louer ses services, de vendre, d’acheter, plus, d’autre part, la responsabilité doit être sérieuse; c’est ainsi que la justice règne dans les intérêts matériels. Nul, en effet, n’a droit de se croire ni de se dire opprimé quand chacun, passant ses contrats d’échange quand il veut, comme il veut, avec qui il veut, subit seulement les nécessités inhérentes à la nature des choses, mais ne subit pas de gêne provenant des règlements sociaux. La supériorité économique des hommes les uns sur les autres ne peut alors être attribuée qu’à une plus grande force de production, naturelle ou acquise : or on sait que, dans lintérêt général, il ny a jamais trop de forces productives et de telles supériorités sont avantageuses à la fois à celui qui les possède et à la société.

Tout par le travail et par l'épargne est la maxime que doit avoir devant les yeux tout homme entrant dans la carrière ; il doit savoir qu’en parcourant cette carrière il sera probablement récompensé par la bonne ou par la mauvaise fortune, selon qu’il aura été laborieux, intelligent, persévérant, économe ou paresseux, capricieux, prodigue, c’est-àdire selon qu’il aura, au profit de ses semblables comme au sien, créé ou manqué à créer ou même détruit des utilités : A chacun selon ses œuvres.

16», Les cliaiiees de la fortune. — En disant « à chacun selon ses œuvres, » nous n’entendons pas que la fortune soit

394 CONCLUSION

la mesure du mérite des hommes, ni môme, au point de vue purement économique, l’équivalent du travail et de 1 intelligence dépensés par chacun. La nature ne fait pas tous les êtres égaux ; les uns naissent beaux et vigoureux, les autres laids et chétifs. Les conditions sociales ne les mettent pas davantage au même niveau ; les uns sont élevés dans la richesse, d’autres dans la pauvreté ; tels ont l’intelligence vive et tels autres ont l’esprit lourd ou faux. Deux hommes peuvent entrer ensemble dans la carrière de la vie avec des qualités et des ressources égales et cependant rencontrer, chemin faisant, une suite de circonstances favorables ou d’obstacles imprévus qui, bien que le premier n’ait pas plus de mérite que le second, finit par le conduire à une grande fortune, tandis que son compagnon végété dans la médiocrité. Un homme voit ses affaires prospérer par son travail, mais des chagrins de famille empoisonnent son bonheur. Ces inégalités sont la condition même de l'humanité et de la vie sociale. Elles peuvent faire gémir parfois le moraliste compatissant à des misères imméritées, mais elles ne sauraient être imputées à l’économie politique.

Celle-ci étudie les faits et constate les lois qui régissent les phénomènes de richesse et donne des conseils favorables à la production et au bon emploi des biens ; mais elle n’affecte pas le rôle de redresseur des torts de la destinée et de réformateur du genre humain.

Elle considère la liberté du travail comme un droit et comme un mode d’organisation sociale propice à la richesse, et elle montre que, dans les sociétés où les institutions genent cette liberté par des castes, par des ordres de personnes ou des corporations privilégiées, par des restrictions à la production ou à la transmission des l3iens, les individus sont arrêtés dans le déploiement de leur activité et peuvent moins facilement que dans les sociétés libres produire des œuvres économiques en rapport avec leur intelligence et obtenir une rémunération proportionnelle à leurs œuvres.

Au contraire, dans les sociétés fondées sur le principe de la liberté du travail, chacun peut s’élever par son activité aussi haut que son énergie le portera, dans quelque direction

LA MORALE DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE 395

qu’elle le conduise, et les exemples abondent d’hommes qui montent, à chaque génération, des degrés inférieurs jusque vers les sommets, comme les exemples d’hommes qui, étant nés dans la région de la fortune, retombent par leur inertie ou par leurs vices dans les bas-fonds.

Les voies sont ouvertes ; chacun est libre de s y engager et de cueillir au passage les fruits auxquels il a droit ; c est en ce sens qu’on peut dire « à chacun selon ses œuvres ». Mais il est probable que le cavalier y avancera plus que le piéton, le piéton plus que le cul-de-jatte et que celui qui aura un beau temps cheminera plus commodément et plus vite que celui qui sera assailli par l’orage ou par la neige.

iîO. La lutte contre la misère. — Les efforts que font les hommes pour améliorer 1 état économique diminuent la misère, mais ne la suppriment pas. Chaque génération, bien qu’aidée par le legs de capital matériel et de capital intellectuel que lui ont transmis les générations précédentes, est tenue de vivre de sa propre industrie. Or, dans aucune génération, on ne saurait supprimer l’inégalité des forces acquises, c’est-à-dire de la richesse, sans un bouleversement inique, fatal à la richesse même et condamné à ne produire qu’une égalité très éphémère, et d’aucune génération on ne saurait extirper le vice et l’inégalité des intelligences sans une réforme radicale de la nature humaine qu il n est pas donné à l’homme d’opérer. Le progrès tend à diminuer certaines inégalités en mettant à la portée d’un plus grand nombre les moyens de s’élever, grâce à une instruction plus largement répandue et grâce au capital qui se communique d’autant plus aisément qu’il est plus abondant; mais il ne saurait abolir entièrement certaines causes permanentes d’inégalité.

En présence de cette misère, l'économie politique démontve que l' expansion la plus large des forces productives^ en produisant l’accroissement de la richesse, est le meilleur moyen d'obtenir la diminution du mal. Elle constate, en consultant les faits contemporains et l’histoire, que les sociétés dans lesquelles se rencontrent les plus grandes inégalités permanentes de fortune sont, en général, celles où la liberté et l’industrie sont peu développées, comme les sociétés antiques

CONCLUSION

constituées avec des maîtres et des esclaves, les sociétés féodales constituées avec des seigneurs et des serfs, certaines sociétés orientales fondées sur le despotisme, et que les sociétés oh il y a, en général, le plus d'égalité dans les fortunes et surtout le plus d'accès à la fortune sont celles oh il y a le plus de liberté, d'instruction et de capital, celles oh la classe moyenne est relativement nombreuse et oh toutes les carrières sont ouvertes à toutes les activités.

Les doctrines socialistes, vivement émues par cette misère, proposent des remèdes qui ne feraient le plus souvent que l’aggraver, lorsqu’elles affaiblissent le ressort de l’activité en amoindrissant le rôle de la liberté et de la responsabilité individuelles, et qu’elles prétendent attribuer à l’État le droit de faire une répartition factice de la ricbesse.

lî'l. Le résumé de l’œuvre économique. — En face de la nature est placé l’homme, être intelligent et libre. Pour vivre, il faut qu’il consomme; pour consommer, il faut nécessairement qu’il produise et presque toujours qu’il échange. C’est pourquoi I bomme pratique le travail et ce travail est d’autant plus fructueux que l’bomme a préalablement exercé une action plus grande sur lui-même, sur la nature et sur la société.

Son action sur lui-même consiste à acquérir la science, à développer son activité et ses qualités intellectuelles et morales, au premier rang desquelles se place la vertu de l’épargne.

Son action sur la nature consiste à discipliner les forces naturelles et à accumuler, sous forme de capital, les produits qu’il tire de la matière.

Son action sociale consiste surtout à assurer aux activités individuelles la sécurité la plus complète et la libertéXo. plus large possible, aux richesses la circulation la plus facile, à seconder le développement des forces productives et à procurer assistance aux plus faibles et aux plus malheureux.

Les résultats sont ordinairement faibles au début des sociétés. Mais, à mesure que la civilisation grandit et que les forces productives s'accroissent, que l'organisation industrielle et sociale se perfectionne et que le gouvernement est meilleur, ils deviennent plus considérables, et la richesse augmente. Alors la nature est plus complètement assujettie

LA MORALE DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE

et l’homme en tire, avec plus de facilité et en plus grande abondance, les produits qui servent à la satisfaction de ses besoins.

Ce n’est pas qu’il acquière par là le droit ni le moyen d’être oisif. Car, d’un côté, l’abondance est due en partie à un déploiement plus grand d’activité ; d’un autre côté, les besoins croissent avec les moyens de satisfaction. Mais, à mesure qu’une société est moins entièrement absorbée par le service des besoins rudimentaires du corps, elle consacre wwe grande portion de ses forces à la satisfaction des besoins moraux et intellectuels ; par là elle s’améliore. A mesure que la somme totale de la richesse s’accroît , non seulement les jouissances augmentent dans les rangs supérieurs et moyens, mais les privations diminuent dans les rangs inférieurs : par là encore elle s’améliore.

C’est ainsi que l’œuvre économique sert à la fois le déveveloppement matériel et le développement moral des sociétés. Dans la partie de l’œuvre qui concerne la production et la circulation, travail, intelligence, capital, direction imprimée aux forces de la nature, tout part de l'homme et, dans la partie qui concerne la consommation, tout retourne à l'homme.

Aussi pouvons-nous répéter en terminant que, pour obtenir de bons résultats économiques dans une société, il importe de rendre, autant que possible, les individus énergiques au travail, instruits et intelligents, moraux et surtout capables d’épargne, et de constituer une bonne organisation sociale et industrielle, propre à favoriser le développement des forces productives, V ordre et l’essor de la liberté.

Résumés

L’humanité subsiste par la richesse. — Plus il y a de richesse, plus la population peut s’accroître et vivre dans le bien-être.

La richesse est une puissance : elle impose des devoirs à ceux qui la possèdent.

L’homme doit vivre de son fonds ou du fonds d’autrui. — Le travailleur et le rentier ont des moyens

iî'

398 CONCLUSION

d’existence légitimes qui servent à la fois Tintérêt privé et l’intérêt public. — Le principe de la liberté du travail est conforme à l’idée de justice.

L’aumône irréfléchie peut être nuisible à l’intérêt public; l’assistance bien faite peut servir l’intérêt public. — Le vol et la fraude sont funestes à l’intérêt public comme à l’intérêt privé. — Entre l’intérêt public et les intérêts privés légitimes, il y a solidarité et harmonie.

L’activité, dirigée par l’intelligence, et la prévoyance sont les principales qualités nécessaires aux producteurs et sont avec la science et le capital, les plus efficaces pour la production. — C’est pourquoi l’économie politique conclut au développement le plus complet de la valeur intrinsèque de l’homme, c’est-à-dire à la formation de son activité, de son intelligence, de sa moralité, de sa liberté.

Il est juste de faire la responsabilité proportionnelle à la liberté : c’est un moyen de faire régner la justice dans les intérêts matériels.

Dans l’intérêt général, il n’y a jamais trop de forces

productives.

Tout par le travail et par V épargne : à chacun selon ses œuvres.

L’économie politique prouve que l’expansion des forces productives est le meilleur moyen d’obtenir la diminution de la misère en produisant l’accroissement de la richesse. — Les sociétés où il y a, en général, le plus d’égalité dans les fortunes et le plus d’accès à la fortune sont celles où il y a le plus de liberté, d’instruction et de capital, celles où la classe moyenne est relativement nombreuse et où toutes les carrières sont ouvertes à toutes les activités.

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