LA MIGRATION DES CAPITAUX, SES MODALITES ET SES CAUSES
Les opérations de prêt et de placement entre nations revêtent des formes multiples.
«) Il y a les placements à court terme, opérations de banque et de bourse (Q. Les banques ouvrent ou se font ouvrir des crédits a l’étranger, elles tirent des effets de commerce sur l’étranger ou acceptent des tirages faits sur elles, elles placent des fonds en escomptes ou en reports sur les places étrangères. Par l’arbitrage, des valeurs cotées sur plusieurs places sont achetées sur l’une,
vendues sur l’autre, de façon à faire profiter l’opérateur des différenres de cours.
b) ]1 y a les placements à long terme, qui peuvent eux-mêmes se réaliser de bien des façons : achat de propriétés foncières, urbaines ou rurales, à l’étranger; commandite d’entreprises industrielles, agiicoles, commerciales; fondation de sociétés; souscrin-
(1) Pour ce.s diverses opérations, s. reporter au t. I, liv. II, chap. ii et ni
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teuis <1.‘ certaines catégories de valeurs étrangères de les lui prê ter, et il s’eu est servi pour gager des emprunts contractés à l’étranger. La plupart des titres ainsi empruntés par l’Etat ont été vendus fiar lui, comme le contrat lui en donnait le droit, pour rend)Ourser les emprunts dont ils étaient le gage.
Il y a une autre différence, pour la France, entre la situation d’avant la guerre et la situation actuelle. Avant la guerre, notre actif en valeurs ou propriétés étrangères était un actif net, Nous étions largement créanciers de l’étrangt-r du fait de nos placements et très peu débiteurs, parce ipie la plus grande partie de la fortune nationale, propriétés foncières, entreprises de toutes sortes, valeurs mobilières, était entre nos mains. Actuellement, en face de notre créance sur l’étranger, il faut placer notre dette envers l’étranger. L’Etat français a contracté des emprunts extérieurs, soit auprès des gouvernements eux-inômes, soit auprès des banques, et il a émis des titres qui ont été souscrits par le public étranger. En outre, celui-ci, dans les périodes de temps où il a cru à la hausse du franc, a fait chez nous des placements à long terme ou à court terme pour des sommes consirlérables.
Pour ce qui est du commerce des marchandises, les divers pays sont, les uns plus im])ortaleurs et les autres plus exportateurs, mais ils sont tous à la fois l’un et l’autre. Le mouvement des capitaux se présente sous un autre aspect. Il y a des pays qui sont presque exclusivement emprunteurs, et d’autres presque exclusivement préteurs; de ceux-ci on dit communément qu ils sont les banquiers du monde; l’Angleterre et la France tenaient ce rôle de banquier avant la guerre de 1914; l’Allemagne, bien qu’avec des chiffres moindres, était aussi un pays préteur, ainsi (jue la Ihdgique. La guerre a rayé de cette liste la F’rance, l’Allemagne et la Itelgique, qui sont devenus <les pays emprunteurs, au moins pour quelques années. Outre l’.\ngleterre et quelques pays d Europe (jue leur neutralité a enrichis pendant la grande guerre, comme par e.xemple les Pays-Pas, le pays vers qui se tournent maintenant les sollicitations des emprunteurs, c’est les Etatsrnis. Sortant de la guerre avec um- riclu'sse énormément accrue, les Etats-Unis ont a{)i)aru au monde comme le sauveur financier, et c’est pour ce jiays une fonction nouvelle, car jusqu’en 1914, malgré une prospérité économique déjà remarquahle, il était plus hahitué à emprunter des capitaux qu’à en prêter.
D’une façon générale les pays emjirunteurs sont plus nombreux que les pays préteurs. Ceux-ci ne peuvent être que des pays qui
MOUVKMKNT INTERNA TIONAL DES CADITAT X i
ont des capitaux en surabondance. Les pays emprunteurs sont d’abord tous les pays neufs, où la demande de capital dépasse ce dont le pays peut disposer sur sa propre épargne; ce sont aussi des jiays de vieille civilisation, comme le Japon et la Chine, mais demeurés longtemps à l’écart du mouvement industriel moderne et qui veulent .se donner un éiiuipement économique rajeuni; ce sont enfin d’anciens pays riches appauvris par les circonstances, comme le sont la pluiiart des belligérants d’Europe au sortir de la grande guerre.
Les placements à l’étranger, à court terme ou à long terme, ont pris une très grande importance, et leur développement a été facilité par l’organisation bancaire moderne. Les transports de capitaux ne se traduisent qu’exceptionnellement par un envoi matériel de numéraire; ce sont seulement des créances et des dettes qui se forment et qui viennent se mêler au courant des créances et des dettes nées des relations économiques de toute sorte que les nations ont entre elles; le tout se règle par la voie du change et la circulation réelle du numéraire est médiocre. Pour les placements en valeurs mohilières, le capitaliste ([ui les fait ne se donne pas du tout par là le souci ipie peut causer la gestion d’intérêts en pays étranger; rien n’est changé dans ses habitudes; souvent il ai hète des valeurs étrangères à la bourse de son pays, comme les valeurs nationales, il en touche les coiqions aux guichets des mêmes bamjues qui lui paient ceux des valeurs nationales, et même il n’y a aucune nécessité qu’il sache exactement en quelle partie du monde est situé le pays dont il est créancier ni quel genre d’industrie exploite la société dont il est actionnaire.
Outre les grands perfectionnements de l’organisation bancaire, il y a un autre fait qui a beaucoup facilité la migration des capitaux : c’est l’accroissement de ce qu’on peut appeler la sécurité juridique. Les diverses législations positives reconnaissent aux étrangers des droits à peu près pareils à ceux des nationaux; en cas de contestation judiciaire entre nationaux et étrangers, l’impartialité du juge, sans être parfaite, est dans une certaine mesure assurée; enfin, le droit international privé formule des règles qui donnent une assiette juridique plus ferme qu’autrefois à la solution des contestations entre nationaux et étrangers.
On comprend bien les raisons qui peuvent pousser les citoyens d’un Etat, ou dans certains cas cet Etat lui-même, à contracter
des emprunts au dehors. Mais quelles raisons peuvent avoir les capitalistes d’un pays de placer au dehors leurs capitaux .3 Le capitaliste qui place son argent à l’étranger ou en valeurs étrangères qu’il détient dans son propre pays, c’est évidemment qu’il y trouve ou croit y trouver certains avantages. Voici, rattachés à cette idée générale, les divers motifs qui peuvent agir sur le capitaliste.
1° La différence des taux d’intérêt entre les pays prêteurs et les pays emprunteurs : les capitaux suivent leur pente naturelle en allant à la recherche des intérêts élevés, comme les hommes sont attirés par les hauts profits et les hauts salaires. Rareté des capitaux eu égard aux emplois possibles dans les pays emprunteurs, abondance dans les pays prêteurs, il s’ensuit une différence dans le taux de l’intérêt qui donne naissance aux mouvements de capitaux.
2° La recherche des débouclies commerciaux : une industrie qui veut conquérir des marchés extérieurs est amenée dans certains cas à y faire des installations, agences, maisons de vente, filiales, soit directement, soit en commanditant des maisons de la place; dans les deux cas, il y a placement de capital à l’étranger. Ou bien une industrie prendra des intérêts dans des entreprises étrangères qui peuvent lui fournir des matières premières. Les complications de l’industrie moderne rendent fréquentes ces occasions de placement.
d” La nécessité de faire crédit à des clients et à des débiteurs.
On ne peut continuer à vendre des marchandises qu’à des pays qui peuvent continuer à les payer. On risque de perdre les sommes déjà prêtées si le débiteur devient insolvable; le sort du pays créancier est lié à celui du pays débiteur, de sorte que de nouveaux prêts sont en certaines circonstances le seul moyen de sauver la mise engagée. Telle est à peu près la situation des Etats-Unis vis-à-vis des belligérants européens; si ceux-ci, faute de secours financier en temps utile, tombent en déconfiture, les Etats-Unis en pêdiront; ils ne sont donc pas entièrement libres de refuser l’emploi de sauveur.
4° Le souci jiour le capitaliste de ce qu’on appelle la dispersion géographique des placements. Il y a pniu de pays qui ne soient exposés à des risques : guerres, troubles intérieurs, etc. Disperser ses placements en divers pays est pour le capitaliste une assurance contre les risques.
0° Dans certains cas, la crainte, dans un pays, de mesures