M(H VEMENT INTERNATIONAL DES CAPITAUX
fiscales pousse à l’expatriation des capitaux; de même y pousse l’incertitude du lendemain qui comprime l’esprit d’entreprise et restreint les occasions de placement que les capitaux pourraient trouver dans le pays même. Il n’est pas douteux qu’en France ces deux faits avaient contribué, dans les dernières années avant la guerre, à l’expatriation des capitaux. Ils ont continué d’agir dej)uis la guerre, et depuis 1924 avec une force beaucoup accrue.
G" Dans les périodes de dépréciation et d’instabilité de la monnaie, comme celle où nous sommes, les phénoiftènes monétaires sont une cause supplémentaire d’exportation des capitaux. Le cajiitaliste français qui craint la baisse du franc transforme ses francs en dollars, en livres, en florins et autres monnaies appréciées. Le capitaliste anglais ou américain qui croit, à un moment donné, que le franc a chance de se relever, achète des francs, sous forme de billets, de chèques, de dépôts en banque, de bons du Trésor, etc.; ou bien, s’il estime que les prix sont bas en France, il achète des propriétés foncières, des actions de sociétés industrielles, ce qu’on appelle des valeurs réelles, qu’il acquiert à bon compte et dont le sort est indépendant de celui de la monnaie. Tout de suite après la guerre, alors que le monde entier croyait à un prompt relèvement économique et financier de l’Allemagne, d’énormes achats de marks ont été faits par des Anglais, des Américains, des Espagnols, des Hollandais, etc. L’opération qui a consisté, pour l’Allemagne, à vendre à des cours encore assez hauts des marks qui par la suite ont perdu toute valeur n’a pas laissé que d’être assez fructueuse pour elle.
LA MIGRATION DES CAPITAUX ENVISAGÉE DU POINT DE VUE DE l’iNTÉRÈT NATIONAL. LE PROTECTIO.NNISME FINANCIER. LE RÔLE" DE l’ÉTAT
Le mouvement international des capitaux a des conséquences étendues. .\ prendre la question du côté le plus général, ce mouvement tend à procurer la meilleure répartition possible des capiteiux dis]ionibles et, par conséquent, leur utilité la plus complète. Il est avantageux, à considérer l’ensemble du monde civilisé comme formant un tout, que le capital aille là où il est le plus utile; cela d’ailleurs, de ce point de vue, est vrai de n’importe quelle espèce de biens.
Mais le monde civilisé est partagé en nations, et en toute question économique c’est l’intérêt national qu’il faut envisager
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d’aoord. Du point de vue de l’intérêt national, quels sont, soit pour les pays emprunteurs, soit pour les pays prêteurs, les effets de la migration des capitaux ?
Pour les pays emprunteurs, l’avantage qu’ils trouvent à importer des capitaux est évident, Le capital, c’est l’élément indispensable à la mise en valeur de leurs richesses latentes, à la constitution ou à la restauration de leur équipement économique. Le n’est pas que les pays emprunteurs fassent toujours un bon usage des capitaux qui leur sont confiés : Etats qui empruntent des centaines de millions ou des milliards et les dispersent en opérations politiques, en travaux tl’un rendement illusoire ou simplement en voleries, sociétés maladroitement ou malhonnêtement gérées, la liste en est longue. Perte pour l’emprunteur et pour le prêteur, pour celui-ci plus complète, car dans les mains du premier il est resté généralement quelque chose de l’or qui y a coulé. Mais ce sont là (les accidents, et l’œuvre accomplie dans les pays neufs par les capitaux des vieux pays est grande : elh? aurait pu sans doute dans bien des cas être accomplie à moins de frais, mais, telle qu’elle est, elle valait la peine d’être accomplie.
Pourtant riiabitude des emprunts tirés de l’étranger n’est pas sans jtérils. L’argent qui lui vient du dehors, un pays souvent en est moins ménager que de celui que l’effort national a gagné, et cela introduit ou encourage une mentalité de dissipation et d’imprévoyance qui peut nuire grandement, par la suite, au développement économique. Les intérêts ou dividendes qu’il faut payer au dehors, les remboursements auxquels il faut faire face, f c’est dans la balance internationale des comptes un élément de
* passif qui, dans certaines circonstances, est lourd à porter; ce
' peut être aussi pour les créanciers étrangers, soutenus par la puis-
sance politique de l’Etat de qui ils relèvent, l’occasion d’exer-
* cer une pression sur l’Etat débiteur.
Enfin, il y a une menace pour l’indépendance d’un pays dans le fait que le capital étranger soit maître des points stratégiques ^ de l’économie nationale, comme par exemple le système des ban-
ques ou celui des chemins de fer. L’introduction et l’emploi du capital étranger sont donc quelque chose en face de quoi l’Etat ne doit pas demeurer purement passif; il a une surveillance à exercer comme toutes les fois que l’intérêt national est en jeu; mais, dans ce domaine où le tact et l’habileté ont plus de place que la contrainte légale, son rôle est difficile.