DU COMMERCE
La fonction commerciale consiste à mettre les liiens à la disjiosition de ceux qui les consomment; par opposition à la production, au sens étroit, c’est une fonction de circulation et d’échange; elle est essentielle dans une organisation économique ofi le lu’odiicteur ne produit pas pour ses propres besoins, mais pour le marché. Elle peut être remplie soit par les producteurs eux-mèmes, soit par des entrepreneurs spécialisés dans cette forme d’occupation professionnelle.
Toute entreprise agricole ou industrielle renqdit nécessairement une fonction commerciale. L’entrepreneur achète et vend; il achète des matières premières, des' services, de l’outillage, et
U vend des j)roduds a im certain depré de transformation; ce sont des opérations ooniiiierciales. Mais la production pour 1 échange a donné lieu à la formation d’un organisme commercial autonome, qui ne remplit que des fonctions commerciales sans participer à la ])roduction au sens étroit du mot. L’entreprise proi)rement commerciale est celle qui achète, des produds l)onr les revendre, sans leur faire subir des transformations matérielles. Qu’il y ait des hommes sjjécialisés dans la fonction commerciale, c’est une application du juâm ipe si général de la division du travail, et cette autonomie de l’organisme commei’cial est d’autant ]>lus conforme à la nature des choses que le marché est i)lus étendu, les besoins du public ])lus nuancés et plus coml»lexes, les sources d’aj)provisionnement en matières premières et les débouchés ouverts aux produits fabiiqués j)lus divers et pi(!s éloignés.
L’oi»inion commune n’apprécie pas à sa valeur exacte le rôle économique du commerçant. Le commerçant n’est pas un intermédiaire passif; il sollicite la demand( du consommateur, il la provoque par sa réclame, ses prospectus, ses affiches, ses agents; il prévoit, il interprète les besoins probables du public, et même il les suggère en faisant fabriquer à l’avance des produits à quoi le ])ublic ne songeait pas et (jui vont satisfaire des besoins ignorés de lui Ider, vulgarisés demain; novateur, parce (pie tout changement dans les besoins et les produits est pour lui une occasion de profd, le commerçant secoue l’inertie du public et l’entrahie à sa suite. On raisonne parfois comme si le commerce était dans le corps économique un organe inutile; cela témoigne de beaucoup d’irréilexion. Que la fonction commerciale absorlie dans certains cas trop d’activités humaines, c’est une autre (piestion; cela d’ailleurs peut se rencontrer dans diverses branches de la [iroduction juoprement dite.
La |)lace ipie tient l’organisme commercial dans l’économie modeiaie est très grande. Cept'ndant, il y a sur certains jioints un mouvement d’intégration de la fonction commerciale là la fonction de production, mouvement qui se traduit par la suppression du commerçant et le rattachement des services commerciaux à l’entreprise industrielle. Un industriel peut, au lieu de traiter avec des commerçants en gros ])our la vente de ses produits, organiser lui-mème la vente au commerce de détail ou même, dans certains cas, au juddic. La facilité, la rapidité des communications et des transports, la sécurité accrue des relations commerciales oïd rendu moins nécessaire l’existence d’in-
LE COMMERCE ET c’oRGAMSATION DES MARCUÉS 2!.>
lermédiaires; cela pousse à l’intégration du commerce a Ki pioduction. Toutefois, c’est un mouvement ([ui est très loin d’être général. Dans la phq)art des cas, l’internuRfiaire spécialisé subsiste. Les aptitudes commerciales ne sont pas liées anx aptitudes industrielles; chercher des débouchés, assurer et étendre des relations d’affaires, ce sont des choses qui requièrent une activité continue et des (pialités propres. Il se peut que 1 industriel ait intérêt à organiser dans sa maison des services commerciaux: il se peut aussi (pdil ait intérêt à abandonner à des prolessionnels toute la partie commerciale de ses opér.dions; C(da dépend d(!S circonstances. En tout cas, l’intégration du commerce dans l’industrie n’est possible qu’à un certain degré de conceidration
industrielle.
L’organisnu' commercial, considéré comme autonome, peut Itrésenler des degrés divers de complication. Le passage de la marchandise, d’un producteur à un autre, ou du producteur au consommateur, peut se faire par l’intermédiaire d’un seul comnierçuiU ou de plusieurs. Il y a fré(iuemment entre le producteur (‘t le consommateur un double échelon commercial : commerce de gros et commerce de détail. Le détaillant est seul en relations avec le public; et, de condition modeste souvent, avec un débit faible, une solvabilité qui a besoin d’être surveillée de près, il ne peut (pie difficilement traiter av(>c le ]»roducteur lui-même; entre le producteur et lui s’interpose le commerçant en gros.
11 y a des cas curieux de multiidicité des rouages commerciaux. Dans la boucherie parisienne, le boucher de quartier achète la viande au lioucher en gros, le chevillard, qui lui-même ne tiaite pas directement avec l’éleveur, car entre l’éleveur et le cheWllard il y a un commissionnaire (1). Le commerce d’exportation à destination des pays d’outre-mer se fait iiarfois jiar l’entremise de quatre intermédiaires : maison de gros française, maison^ de commission française, maison de gros étrangère, maison de détail
étrangère (2).
Celte iduralité d’intermédiaires dans l’organisation commer-
p) Roulan.l, Le marché de la Villette, in Economiste Irancais, 1011,
2^ sf'iiiufîtrc.
(2) Giraud, L’onjanLsation technique du commerce d’exportation, thèse Taris, 1912. — Sur la complexité du commerce d’exportation, ou trouvera une documentation très précise, en ce qui concerne Hambourg particulièrement, dans l’ouvrape de Vouters, Les procédés d’exportation du commerce
allemand, thèse Paris, 1908.
2ir.
L ORGAMSATION DE LA PRODUCTION
ciale R depuis longtemps soulevé des critiques. La fonction commerciale elle-même n’y a pas échappé. Un des plus véhéments détracteurs du commerce a certainemenl été le socialiste français Fourier. 11 a traité les commerçanis d’agents parasites et improductifs, d’ennemis naturels de la fahrique, de corsaires industriels vivant aux dépens des producteurs (1). Ce sont des thèmes qui ont été maintes fois repris par bien d’autres auteurs.
La néc(‘ssité de la fonction commerciale est, comme on l’a dit lout a 1 heure, certaine. Mais la question se pose de savoir si cette fonclion commerciale est remplie d’une façon satisfaisante. Les nombreuses criti(}ues faites à ce sujet se ramènent à l’idée essentielle que voici : il y a troj) de commerçants, le commerce absorbe tro[) d’activités qui auraient ailleurs un emploi plus utile, il est
un rouage économiipie trop comjiliqué, trcq» coûteux pour les services rendus.
Ces criiiques sont-elles fondées.^ 11 ne faudrait pas leur donner une jioitée trop générale, mais elles expriment certainement une part de vérité, fort variable selon les jiays et surtout selon les catégories de commerce. Et on comprend très Ijien comment il se fait que le commerce se prête plus que l’industrie et l’agriculture au gaspillage des activités humaines. L’exploitation commerciale n’implique pas de prime abord la nécessité de coûteuses installations; on peut l’aborder avec un faible capital. La part de l’éducation technique y paraît moindre à beaucoup do I>ersonnes, ce qui est une erreur, mais ce qui incite à tenter la chance, dans les opérations commerciales, bien des gens (pii n’auraient pas l’idée d’entreiirendre une industrie. Il se fait ainsi vers le commerce un incessant appel de lionnes volontés (pii s’essayent.
Lola est vrai surtout pour le commerce de détail; il est le refuge d’une foule de petites gens qui ont un caiiital modi(7ue, qui aiment mieux tenter la chance à leur compte que d’entrer dans la hiérarchie d’une grande entreprise. C’est une carrière fort encondirée, où beaucoup perdent U peu qu’ils avaient pu i'is(pier, où la plujiart végîdent, mais (pii garde cependant l’attrait de l’indépendance. Cet encombrement explique, au moins en partie, r(*cart parfois énorme entre les prix du commerce, de gros et ceux du commerce de détail, les majorations de oO p. 100, 10(1 p. loo et même plus, que les détaillants font subir aux prix
(1) Lire notamment flaiifs les (Ouvres choisies de Fourier (Petite Bibliotlièiiiie économique) le morceau intitulé Le commerce.
LE COMMERCE ET l’oBG.ANISATION DES MARCHÉS
du gros. iN’ayant chacun qu’un débit restreint, ils ne peuvent subsister rju’en prélevant sur chaque article vendu un taux élevé de liénéfice (i). D’ailleurs, le développement des grands magasins d’une part, des coopératives d’autre part, a fait cesser ou tout au moins a atténué certains abus criants.
Si l’on veut toutefois réduire à sa juste mesure la critique facile du petit commerce de détail et de ses jirix, il faut tenir compte de diverses circonstances, de celles-ci notamment :
1“ La clientèle est sensible au luxe des installations; elle va de préférence à la bouticjue bien située, brillamment éclairée, lichement décorée; tout cela se jiaie.
2° Il y a une partie de la clientèle (lui aebèle à crédit et (pii paie irrégidiènunenl ; le détaillant devient une sorte de bau- (piier, qui a des fonds aventurés de droite et de gauche. Les frais et les lisques que cela entraîne ont pour conséciuence une majoration des prix.
Le commerce éveille l’idée de marché. Le marché est le lieu où se rencontrent b's acheteurs et les vendeurs de telle marchandise; par extension, on a i>ris l’habitude d’appeler marché l’ensemble même des offres el des demandes qui sont en situation de se rencontrer et de donner lieu à des échanges : le marché du blé, le marché du café, le marché du coton, c’est l’ensemble, en un lieu donné, à Paris, au Havre, à Liverpool, des offres et des demandes de ces ]iro(luits. L’aire géogra[ihique sur laquelle un marché s’étend est ([uel([ue chose de très variable ; pour certaines denrées vendues au détail, un village, un quartier d’une ville, une rue, une iiortion de rue, forment un marché; pour le commerce de gros des produits de grande consommation, on peut jiarler d’un marché mondial. Les marchés se pénètrent, agissent les uns sur le autres, et leurs limites respectives varient incessamment.
(Lest le commerce ([ui forme les marchés par l’apport des demandes et des offres; acheteur, le commerce va à la rechérche des offres; vendeur, à la recherche des demandes; il tend à la mise en contact des unes et des autres.
Quels sont les procédés el les modes d’action du commerce.*
(1) Cf. sur les détail ; de Foville, L'ne enquête sur les prix de
détail, in Economiste français, 1887, semestre. .
L OIîGA.MSATION DE LA PRODUCTION
- Les procédés du commerce. Ét.ilages; échantillons; ventes publiques; expositions. Les voyageurs de commerce.
Le coiirlier reelierclie les gens disposés à aelieler el les gens (lisj)osés a vendre; il les inel en relations el les amène à traiter. Il n’est pas jiarlie au eontrat, il n’aclièle ni ne vend à son compte; c’est le pur intermédiaire. Il lire son bénéfice du courtage payé })ar les parlies an conirat ]tour j)rix de son intervenlion.
Le commissionnaire traite les affaires en son nom; il est achelenr on vendeur; mais il agit en vertu d’un mandai reçu d’une autre j)ersonne à hujuelle il deviu rendre des comptes. Les maisons de commission ont leur place surtout dans le commerce d’exportation. Le producteur agricole ou industriel connaît mal les pays étrangers, l’état du marché, la solvabilité des clients; il «■barge de la vente de ses jiroduits une maison de commission. Inversement, un acheteur étranger, qui connaît mal notre marché, chai'gera une maison française de commission d’acheter pour lui. -Mais l’importance de la commission tend à diminuer, les relations directes étant devenues plus faciles.
Considérons le commerçant dans son rôle de vendeur. Il s’agit pour lui de trouver la demande disposée à absorber l’offre. Comment va-t-il la trouver et la provoijuer.^ 11 y a toutes sortes de jirocédés mis en œuvre.
1® 11 y a l’étalage de la marchandise qui, dans le commerce de ilétail, est devenu un art subtil. Le magasin du détaillant est une exposition permanente de la marchandise habilement paréo et placée sous l’aspect le plus llatleur. Dans les grands magasins de vente au détail, l’habitude s’est introduite de faire à certaines épotiues de l’année, tantôt pour une catégorie de marchandises, tantôt pour une autre, des expositions précédées d’une bi'uyanle publicité, avec rabais des prix et « occasions », qui réveillent l’attention du iiublic et l’empèchenl de désapprendre le chemin de la maiso'n. Dans le commerce enli'c jirofessionnels, commerce de gros ou demi-gros, on traite souvent sui' échantillons, du moins quand il s’agit de marchandises produites par séries.
2“ Les ventes publiques aux enchèies tiennent une place importante dans certaines places étrangères : par exemple à Lon-
LE COMMERCE ET l’oRG.AMSATION DES MARCHES
«ait./
dres pour les laines coloniales, à Anvers, à Hambourg. L usage n’en est ]>as très répandu en France. C’est cependant un mode le vente qui offre de grands avantages : ])ublicité des cours, affluence des acheteurs, écoulement rapide de la marchandise.
3® 11 y a les expositions collectives, où c’est non j)lus une maison qui dans ses locaux expose sa marchandise, mais un groupe plus on moins nombreux et varié. Files oïd joue, a partir de la seconde moitié du xix® siècle, un rôle considérable. Ce <pii les caractérise, c’est que les marchandises de même esi)è.ce sont placées côte à côte sous les yeux du public qui compare, el, s’il est compétent, peut juger : c’est une mise en concurrence des vendeurs.
Les exjiositions sont de diverses sortes. Files se distinguent d’abord par leur degré de généralité. Certaines expositions sont qualifiées d’universelles; tous les peujiles et tous les produits y sont conviés. La première exjiosition de ce genre a eu lieu ù Londres en 18ol. Ces expositions universelles sont devenues par la suite des espèces de foires a jilaisir, et cela a comj)romis leur réimtation technique. La tendance actuelle est plutôt aux expositions spécialisées, qui sont d’une organisation moins difficile et moins coûteuse ; expositions spécialisées, soit quant au territoire appelé à concourir (exposition nationale, régionale, urbaine), soit quant à l’espèce des produits (exposition du meuble, de l’automobile, <le l’aviation, souvent alors sous le nom de salon, qui sent moins la boutique).
A un autre jioini tle vue, on distingue les expositions périodiques et non périodiques, temporaires ou permanentes. Les expositions du genre salon tendent à être périodiiiues. 11 y a dans certains pays des expositions permanentes de j)roduils étrangers (comptoirs d’échantillons, musées commerciaux).
On distinguera encore les eJcpositions sédentaires et les expositions ambulantes. Celles-ci sont organisées ]»ar des groupements de négociants et d’industriels qui cherchent à étendre leurs débouchés, et elles le sont pour des pays encore peu industrialisés ; par exemple, une expédition ambulante de fournitures scolaires a été organisée par un groupi' d’éditeui'S allemands dans la région de Pékin et a déterminé de nombreuses affaires 'li. L’exposition ambulante se promène, selon les pays, en voiture, en wagon ou en bateau (expositions flottantes).
(I) Giraud, op. cit., p. I”C; on trouvera dans le même auteur d autres ■exempli's cMirienx.
ü-io L ORGANISATION DE LA DRODLCTION
I.es expositions ne sont pas senleinenl un moyen de saisir la; clitmlèle (1). Elles sont aussi un tahleau d’ensenihle des profirès techniques accomplis, et une occasion ])our les professionnels de vérifier ou de compléter leur connaissance de l’état actuel de l’induslrie; c’est par les expositions que les modèles nouveaux se vulgarisent. Il convimit enfin de remarquer que, dans nos habitiules françaises, les expositions sont nécessairement suivies d’une pluie abondante de décorations, et ce n’est pas, ])our beaucoup' de gens, leur moindre avantage.
'i° Il y a tout un personnel dont la fonction est d’aller audevant de la demande, de la solliciter, de visiter la clientèle : ce sont les vovageurs de commerce. Parmi les causes de l’extension du commerce allemand à l’étranger, il y a eu, de nombreux témoignages l’attestent,' l’activité et les bonnes méthodes de ses voyageurs. Là comme en bien d’autres domaines, la formation professionnelle méthodique a pris le pas sur l’empirisme. M. Yves (iuyot cite en ex-emjile les voyageurs de commerce américains (jui sont capables, dit-il, « de démonter, de remonter et de réparer la montre, la machine à coudre ou la machine à écrire qu’ils sont chargés de vendre » (2).
Le voyageur de commerce n’est pas seulement un agent de vente, mais de renseignements. « En observant les modes et les usages du j)ays qu’il visite, en raiiportant des échantillons des objefs préférés jiar la clientèle, il peut contribuer à diriger la fabrication des jiroduits qu’il répami, en conformité avec les goûts des consommateurs » (3).
Le voyageur ne fait que passer; loisque le débouché commercial en vaut la peine, son action est com|détée par le reiu'ésentant ({ui, sédentaire, peut ac([uérir une connaissance plus approfondie du jtays et de la clientèle et exercer une inilucnce plus continue nue le vovaseur. Le dernier terme enfin- de l’évolution, ce sera la
(t) On a comparé .“souvent les expositions modernes aux foires de jadis. La res.semblance est plus apparente que réelle. Les grandes foires de jadis étaient l’instrument prineipal du commerce de gros. Ni les moyens de communication et de tiansport, ni le volume des affaires n’étaient suffisants ])our que le mouvement commercial se répandît tout le long de l’année; il se concentrait à certaines époques, et les marchands venaient de loin s’approvisioniKT ou vendre à la foire. -\ujourd'hui le mouvement commercial est un courant continu, et, d’autre part, la rencontre matérielle des acheteurs et des vendeurs n’est plus nécessaire. Cf. Sclimoller, Principes d’économie politique, traduction française, t. III.
(i) Yves Ciuyot, Le commerce et les commerçants, Paris, 1900.
(Il) Clerget, Manuel d'économie commerciale, 28 édition, Paris 19t9.
LE COMMERCE ET l’oRGANISATION DES MARCHES
fondîiüoii d’un comptoir de vente, d’une succursale apprmisionnée de marchandises par la maison mère (1).
§ 2. — La publicité.
Le commerce est insépaiidile de la [uililicité, et celle-ci esl de Ions les lemps; mais elle est devenue une techidquo extrêmement complexe (2). C’est aux Etats-Unis qu’elle paraît avoir atteint le plus haut point de pi'rfection; il y a dans ce pays un enseignement de la publicité dans les écoles de commerce, exemple tpii est maintenant suivi en Eunqie, et dans les grandes maisons de commerce américaines, il y a un service de publicité rationnellement organisé. Le coût de la publicité aux Etats-Lnis atteindiait ()0(l millions de dollars; en Allemagne, un document officiel évaluait, en 190S, le coût des annonces à plus de 400 millions de marks; en Angleterre, les sommes dépensées pour la publicité s’élèveraient à 100 millions de liv. st. Ce sont des chiffres en partie conjecturaux, mais qui indiquent l’ordre de grandeur des dépenses de publicité.
Ulusieurs des ])rocédés mentionnés ci-dessus sont de la publicité : étalages, expositions individuelles ou collectives, visites de vovageurs, tout cela a pour objet de faire connaitie la marihandise et de provoquer l’achat. Mais il s’est créé, en dehors de cela, une technique de la jiublicité dont voici les iirincipaux
[)rocédés.
1“ Le catalogue adressé, ou d’office, ou sur demande, a la clientèle connue ou éventuelle; catalogue illustré souvent, avec les indications les plus précises sur l’article proposé et i)arfois des échantillons (étoffes). Beaucoup de ventes se font sur catalogue; les grands magasins de Paris expédient un grand nombre de marchandises choisies sur catalogue. Aux Etats-Unis, en .\ngleterre, il y a des maisons dont l’objet propre est la vente ]>ar
correspondance (mail-order) (3).
2° L’annonce faite dans les journaux et revues.
(1) Les méthodes de vente son! très diverses; c’est un sujet qu une série de monographies pourrait seule bien éclaircir, et il faudrait distinguer par catégories de produits. On trouvera dans certains chapitres de l'ouvrage de Germain Martin et -Martenot, La Côte-d'Or, étude d'économie rurale, un excellent exemple d’études de ce genre, 38 part., cliap. i et n.
(2) Sur la publicité, consulter Clerget, op. cit. chap. iv; Mataja, Lhe Iteklame, Leipzig, 3« édition, 1920; Gérin, Précis intégral de publicité, m'M
(3) Le fonctionnement îles « Mail-orders » est décrit a\cc précision par
Moride, op. cit.
ZiZ L ORGANISATION DE LA I RODLCTION
3" L’affirhe sur les murs, sur les rideaux des théâtres, dans les gares, sur des iianiieaux de bois postés le long des voies ferrées, voire même sur le sol ou dans les nuages, ou encore l’affiche ambulante, les hommes-sandwich.
i” La réclame sur coupe-papier, buvards, porte-allumettes, boîtes, calendriers, presse-papier et autres menus objets.
Il y a évid(>mment des cas où la publicité n’a servi qu’à duper la clieulî'le et à opérer de véritables « razzias commerciales ». .Mais il ne faut pas s’arrêter à cela pour ap{)récier son rôle économique; elle est devenue un rouage indispensable du commerce. Elle met en contact l’offre et la demande, fait connaître à l’acheteiir éventuel la nature, les qualités, le prix des marchandises; e’est fiar elle que les arli(des nouveaux peuvent se faire une clientèle; sur nos marciTé's agrandis, où l offre et la demande n’ont plus les occasions de se rencontrer (pie fournit le voisinage, la publicité est le lien tissé entre elles. Puis, la publicité éveille et amplifie les besoins; les com|)agnies de cbemins de fer le savent bien, qui affichent sur les mur> de nos villes la blancheur des cimes et le Ilot rafraîchissant de plages où le ciel est éternellement jiur.
11 ne faut pas exagén'r, généralisaid à tort (juebpies fàclu-ux exeiiifiles, la puissance de tromperie de la [uiblicité. Elle lient bit'u fournir un succès passager à une marchandise ipii ne vaut rien, mais il n’y a de succès durable que pour celle qui est ]iar quelque nité bien adapttV aux besoins de la clitmtèle. 11 ne faut jias non plus si* laisser rebuter par ce qu’il y a de vulgaire et de grossier dans certains jirocédés de réclame; la publicité, et c’est là un dt* ses asjK'cIs b'S [ilus al tachants, est une écob* de psychologie, mit' des parties de l’art de manier les hommes.
§ 3. — L’outillage commercial.
L’outillage commercial est relalivemeul très simiile et nullement comparable à celui de l’iudusiiie. Il n’y a guère à mentionner ([ue les « magasins généraux ». On aftpelle ainsi des lieux de dépôts des marchandises, nli^ à la disposition du public commeiTant par des entreprises formées ^à cet effet. 11 y eu a dans les principaux [lorts de commert e et dans les grandes places commerciales. Cette institution offre deux sortes d’avantages.
1° De grands magasins collectifs sont mieux aménagés et moins coûteux que le seraient de multiples magasins particuliers i)ouvant contenir la même quantité de inarcbandises; c’est l’avantace de la concentration.
LE COMMERCE ET l’oRGANISATION DES MARCHÉS
2° Les marchandises déposées dans les magasins généraux font robjf't d’échanges sans dé}daceinents. Exiles sont en effet lejuésentées jiar des litres délivrés aux dejiosauts, titres qui pement par endossement circuler et faire ainsi ]»asser de main en main le droit à la livraison de la marchandise. Dans la législation française, il y a deu.x sortes de litres afférents à la marchandise déposée dans les magasins généraux : le récépissé et le warrant; celui-ci est un bulletin de gage, (pii permet au déiiosant de faire un emprunt gagé par la marchandise sans, qu’elle soit matérit'llemenl déplacée; ces deux titres sont a ordre, de ^0Ile <pie le déposant lient transmettre jiar endossement soit la propriété, soit un droit réel sur la marchandise (1).
g 1. L’organisation des marchés. Les bourses de commerce.
Les marchés où se traitent des opérations portant sur de gramb's (piautilés d(* marcbaridisi's s<* créent a eiLX-mêmes, ]>ai nécessité, une organisation déti'rminée; c’est dans h's bourses de comuu'rce (2) cpie cetli* oi’gaiiisation pri'iid ses f(')iuu's les plus nettes. Les bourses sont des maridiés (pii présentent un c('rlain
nomlm* de caractères remanpiables.
(le sont des marchés iiour professionnels, non (fue le public n y ])uiss(* jias faii'(‘ d’opéridions, mais, ('U di'oit ou eu fait, les opérations se font par l’eidremise de professionnels, courtiers ou
commissiounaires.
(À' sont des marchés organisés de façon à rendre aussi rapide et complète (pie [lossible la reucoidre des offres et des (k'mandes. tietle iT'ucoutre des offres el d(*s demandes est assurée d abord par le caractère iirofi'ssionuel des gens entre (|ui se traitent les ojiérations; elle Et^sl aussi jair des lègles dont l’oliiet est de donner la publicité la plus complète, dans ce groupe de professionnels,
(!) On notera on passant quo la loi française a institue des warrants agricoles qui ne supposent pas, coinine les warrants ordinaires, le placement dans un local spécial de la marchandise donnée eu gage; le warrîint agricole peut r*tre conslitué sur des denrées que remprunteur garde dans ses granges ou dans ses caves finis des 18 juillet 1808 et :î0 avril 100(1). Mais ragricullure ])araît ne faire aucun usage de cette institution créée pour elle.
(2) En droit positif français, l’expression bourse de commerce s applique aussi bien h celles où se traitent les opérations sur valeurs mobilières qu'à celles où S(‘ traitent les opérations sur marchandises (art. il C. comnr); mais l’usage a prévalu de n'ajipeler ainsi que ces dernières.
-2 i L ORGANISATION DE LA PRODUCTION
aux offres el aux demandes. La public ité pend se faire, ou par la criée des offres, des demandc-s, et des ]>rix praticiués à tout moment, ou par une procédure d’inscription sur des registres. Quel que soit le jtrocédé adopté, le résultat essentiel ejue l’on cherche a obtenir est que tous les vendeurs connaissent toutes les demandes d’achat, et tous les acheteurs toutes les offres de vente. Une bourse bien organisc-e doit réaliser autant qu’il est possible les conditions théoriques du marché parfait.
H n’y a jias de bourses de commerce jiour toutes les marchandises, seules y sont traitées les marchandises de large consommation, jiouvant former des stocks assez importants pour donner lieu à un mouvement continu d’échange, et suffisamment homogènes pour que les opérations puissent être faites sur cichantillons ou plus simplement sur désignation d’un type convenu. Les juincipales maic’handises traitées dans les bourses de commerce sont : les céréales de toutes catégories, les graines oléagineuses, les huiles, le café, le sucre, l’alcool, les métaux, le colon, la laine. Mais toutes ces marchandises à la fois ne sont pas traitées dans une même bourse; les bourses sont très spécialisées, el celles où «e traitent les opérations sur plusieurs marchandises sont constituées jiar des groupements jirofessionnels distincts dont chacun ne s’occupe que d’une seule sorte de ])roduits. A Paris, on traite à la bourse de commerce les céréales, les farines, les huiles, les alcools et les sucres, mais chaque groujie constitue un marché à part administré par un syndicat de commerçants. Le marché des laines en France est à la bourse de Loubaix; celui du café est au Havre, à Marseille et à bordeaux. En Angleterre, la spécialisation est jKiussée très loin; a Londres, il y a plusieurs bourses de commerce distinctes.
Une bourse de commerce est essentiellement constituée par le groupement des intéressés. Mais il y a deux tyjies d’organisation possibles : ou bien les intéressés se donnent librement une constitution et des règlements; ou bien les ]iouvoirs publics interviennent pour imjioser un règlement ou pour bomologuer celui que les intéressés ont fait. En Angleterre, c’est le jiremier type qui prévaut; .en France, l’Etat garde une part d’autorité, un décret étant nécessaire pour l’institution des boiwses, et l’article 71 du Code de commerce les plaçant expressément « sous l’autorité du gouvernement «; en Allemagne, chaque bourse est administrée par un comité choisi, partie par les professionnels de la bourse partie par les chambres de commerce, mais l’Etat homologue les statuts des bourses et institue auprès de chacune d’elles un commissaire chargé du contrôle.