I. Kactset, Terrorisme et Communisme^ p
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liste ei\ai Confédération Générale du Travail.he pTemiev esi un groiipeiiienl politiijue, la seconde un groupement de syndicats ouvriers fédéiés et confédérés. Si Tun et l'autre poursuivent des réalisations socialistes, ils se différencient d'une façon radicale par bien des points.
Le parti socialiste politique. — Le parti socialiste, en France, après la dispersion de la première Internationale (fondée par K. Marx en 1864) et avant la formation de la seconde, est resté fort divisé. 11 a retrouvé aujourd'hui son unité essentielle. En décembre 1919 il disait compter, en chiffres ronds, i33.ooo cotisants.
Depuis le Congrès socialiste international d'Amsterdam (1904) les deux grandes fractions du socialisme politique. Parti Socialiste français e1 Parti socialiste de France — qui comprenaient d'une part les Indépendants, les Allemanistes (chef, M. Allemane), les Broiissistes (M. Paul Brousse), et d'autre part les Guesdistes (Jules Guesde), les Blanquistes (Blanqui), l'Alliance Communiste Révolutionnaire — se sont fondues dans le Parti Socialiste Unifié^ Section Française de V Internationale Ouvrière (S. F. 1. O.). "
Le Parti a pris pour or g^na U Humanité y fondée par Jaurès et dirigée par M. Cachin,
Avec d'autres fractions de la Chambre, les députés socialistes ont contribué à faire voter plusieurs lois sociales. Pacifistes et antimilitaristes dangereux, ils ont fait, avant la guerre, une obstruction systématique à tous les projets de loi concernant la défense nationale ; anticléricaux avant tout, ils ont voté toutes les lois de proscription et de confi scation ainsi que la loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat.
D'ailleurs, et dans ce parti lui-même, on peut distinguer plusieurs tendances ; les discussions portent surtout sur la question de l'internationalisme. Bien qu'ils soient tous ralliés au principe, tous ne sont pas d'accord sur les applications ni sur les étapes à ménager. On l'a vu notamment, sitôt la guerre terminée, lors de la conférence de Berne qui a réuni à nouveau les membres de l'Internationale socialiste. Certains déléguéS'français (Renaudel, Albert Thomas) voulaieat exiger 4,es socialistes allemands un acte et une déclaration de regret. Ceux-là constituent comme la droite du parti A%
l'école sociàlistk «37
centre, oscillant entre diverses tendances, mais inclinant vers les extrêmes, on trouverait, avec d'autres, l'ex-dépiité Jean Longuet, petit-fils de K. Marx... Et, à la gauche, ceux qui vont chercher leur mot d'ordre du côté de la Russie bolcheviste, qui veulent adhérer à la 3* Internationale de Moscou, celle fondée par Lénine et réglée par ses méthodes, Cachin, Frossard... L'homme de confiance de la Révolution russe, au pays français, est surtout l'instituteur Loriot ^
La Confédération Générale du Travail. — La Confédération Générale du Travail groupait, en octobre 1919, environ i.3oo.ooo cotisants, elle est, dans son ensemble, une organisation socialiste révolutionnaire. Beaucoup, sans doute, de ses syndicats afliliés ne sont [)as révolutionnaires, mais, par leur afîiliation et leur cotisation, ils font cause commune avec les niilitants socialistes qui dirigent le mouvement.
Le syndicalisme révolutionnaire n'a pas eu d'abord, dans notre pays, son autonomie ni sa doctrine. Chaque fraction du parti socialiste comprenait un certain nombre de syndicats, formés d'après la loi de 1884, mais dont les préoccupations se tournaient plutôt vers l'agitation politique que vers les réalisations professionnelles et immédiates.
Cependant déjà une organisation ouvrière se développait qui réclamait plus ou moins son indépendance. Même il y en avait deux : la Fédération nationale des syndicats qui aspirait à unir, à travers la France, les ouvriers de même métier et la Fédération des Bourses du Travail qui adoptait pour ses groupements une base plutôt régionale, la Bourse du Travail d'une localité formant le centre des organisations ouvrières diverses de la région. Ces deux Fédérations eurent des fortunes distinctes et f|ui ne comportaient pas toujours une bienveillance ri"(ipi()(|ue. La première, plus sujette aux influences el aux ilis('ussions politiques, végétait ; la seconde connaissait iIhs jours plus prospères, grâce à l'activité d'un propagandiste et .secrélaire Fernand Pelloutier. En 1893, au congres de Liino^^es, on tenta de réunir sous le nom de Confédératlni générale du Travail les fédé-
I. Depuis le Congrès de Tours (décembre lyjo). l'unité du parti socialiste a été brisée et la scistion s'est Taile sur le point 'le l'adhésion a l'Internationale de Moscou oii règne le bolchevisme avec sen préieniiun» de souveraineté sur le monde oaTrier-.
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rations des syndicats et celles des Bourses. Mais l'œuvre ne fut vraiment réalisée que sept années plus tard, au Congrès de Montpellier (22-0.7 septembre 1902) *.
Telle qu'elle lonctionne aujourd'hui, la G. G- T. rappelle, par sa constitution même, les origines dont nous venons de dire un mot. Chaque syndicat, adhérent à la C. G T., doit être inscrit tout à la fois à la Fédération nationale aas syndicats de la profession et à l'Union départementale, ][ui a été substituée, en 1914» à la Bourse du Travail comme groupement régional.
L'organe ordinaire de décision et de contrôle poiT tout le mouvement est le Comité confédéral national dont les réunions ont lieu tous les trois mois ou plus souve» t, si les circonstances le demandent. Il est composé de délégués directs, «f à raison d'un par Fédération et d'un pour chaque Union départementale, les délégués of- ""Ues-ci devant obligatoirement résider dans le département qu'ils représentent ». Ce Comité confédéral national nomme la Commission administrative permanente composée d3 trente membres et siégeant une lois par semaine, les six membres de la Commission de contrôle chargée de la gestirn financière et le Bureau confédéral comprenant un secrétaire général, trois secrétaires adjoints et un trésorier.
Notons enfin les Congrès généraux où chaque dé'égué (et cette clause a faitl'obje' de nombreuses discussions) possède une voix, quel que soit le nombre des adhérents à l'organisation qu'il représente.
Divergences entre le parti politique socialiste et 1 -i C. G. T.
— Gomme le parti socialiste, la G. G. T. se propose la destruction de la société présente, mais elle a ses méthodes et ses visées particulières. C'est aujourd'hui par le bi lletin de vote, par la conquête électorale des pouvoirs p iblics et l'action parlementaire que le Parti socialiste poliliqu î compte arriver à ses fins. Sans condamner absolument cette méthode, le syndicalisme révolutionnaire, dominé par d'ancit ns anarchistes et des anarchisants, en fait abstraction. Sa méthode propre est T « action directe », c'est-à-dire l'action ;ans l'in-
1. V. JouHAUX, Le Syndicalisme et la C. G. T. Paris, éditions de la i- irène, igao. L. Garrigtjet, L'Evolution actuelle du socialisme en France. Paris, Bl ud, loia.
l'égolk socialiste aSg
termédiaire de représentants politiques. Si le syndicalisme « cégétiste » n'est pas antiparlementaire, il est aparlementaire. La force de ses organisations lui suffit : par la pression morale qu'il exerce sur le patronat, l'opinion publique et TEtat bourgeois, au mojen de manifestations diverses — principalement de la grève, de la grève généralisée surtout quand elle est possible, — il se fait fort d'imposer une à une concessions, lois et réformes sociales. Il est sûr que cette action directe a jusqu'à présent obtenu par intimidation plus d'une mesure en faveur du prolétariat. Mais surtout le syndicalisme révolutionnaire se croit en mesure d'amener, au moment propice, par la grève générale, l'avènement de la société nouvelle.
Les réalisations futures du syndicalisme révolutionnaire semblent d'ailleurs devoir différer de celles du Parti socialiste, comme déjà différaient les méthodes. Même parmi les socialistes politiques ils sont nombreux, nous l'avons vu, ceux qui parlent de détruire l'Etat. Mais ils prévoient pourtant, après la prise du pouvoir par les ouvriers, une période plus ou moins longue où s'imposera « la dictature du prolétariat ». Cette dictature aura pour effet de transformer tout ce qui pourrait subsister de l'ancien régime bourgeois, de détruire tous les vestiges de la propriété privée... Les syndicalistes révolutionnaires, en théorie du moins, ne veulent pas de cette dictature. Ils protestent que, dès maintenant, et par une préparation continue, les syndicats doivent se mettre en mesure de remplacer, le moment venu, le « régime capitaliste ». Au jour dit, par la grève générale, on arrêtera l'ancienne machine et mettra la nouvelle en marche. C.e sera alors une fédération de syndicats qui, par une discipline librement « consentie », dans a les ateliers sans maîtres » se chargeront de la production. Au centre, à la place de l'ancien Etat, un Conseil économique du Travail, formé par les représentants des producteurs et des consommateurs, se chargerait de coordonner les efforts. « L'atelier fera disparaltie le gouvernement ». Cette formule proudhonienne est adoptée volontiers par les syndicalistes révol.itionnaires qui invoquent de plus en plus l'autorité du révolutionnaire français. En fait, leur souci à peu près exclusif des facteurs économiques, leur désir de voir la classe proicturienne
c s'affranchir » par ses propres moyens les rattachent à la tradition proudhonienne. Et en dépit de l'avis contraire émis par M. Georges Sorel, qui croit voir dans le syndicalisme révolutionnaire français l'aboutissement normal du marxisme*, ils semblent bien s'être éloignés du docteur socialisteallemand. Pourtant, parce qu'ils sonttoujours fidèles au collectivisme final, parce que, pour y parvenir, ils préconisent toujours la lutte des classes, ils restent, somme toute, marxistes impénitents et ne peuvent se rattacher, malgré qu'ils en aient, à la véritable école proudhonienne^.
Ajoutons que, dans la Confédération générale du Travail (G. G. T.), il y a une minorité turbulente qui ne se préoccupe pas de la préparation ou la juge dès à présent suffisante pour s'emparer des moyens de production et continuer à les mettre en œuvre. Ceux là décrètent à tout moment la grève générale, ils ont été les principaux auteurs des agitations de Tété de 1920 qui ont entravé la production, agité le pays et abouti à une instruction judiciaire contre la G. G. T. « à fin de dissolution » ^. Le grief trop justifié est que ce syndicalisme révolutionnaire, sorti du cadre professionnel prévu par la loi, s'occupe surtout d'agitation politique et violente.
Ges mêmes minoritaires ont voulu, au dernier Gongrès de la G. G. T. à Orléans (septembre 1920) faire voter l'adhésion à la 3* Internationale, celle de Moscou, où l'on établit en principe que les syndicats doivent obéir aux « soviets » partout souverains. Leur motion a été repoussée, la G. G. T., dans l'ensemble, reste fidèle à la 2^ Internationale syndicaliste, celle qui, après la guerre, s'est reconstituée à Amsterdam. Les minoritaires, sans « briser l'unité ouvrière », ont voté, après le Gongrès, leur adhésion à Moscou.
On aurait tort de croire d'ailleurs — comme on le fait trop souvent — que les majoritaires Jouhaiix, Merrheim, Dumoulin... sont gens à vues positives et beaucoup plus sages. Eux aussi répudient avec véhémence le titre de a réformistes » et proclament qu'ils veulent aller jusqu'au
I. G. Sorel, La décomposition du marxisme. Paris. Rivière, 1910.
a. V. R. Pinot, La Confédération ^rnérale du. Travail et les idées proudhotiennes. Revue hebdomadaire, \" mai 1920 ; — H. DU Passage, Avec Marx ou froudhon ?. Etudes, 5 juillet 1920.