‹ Cours d'économie socialeChapitre 128 sur 310 · I. Ka.dtskt, Terrorisme et Communisme, 1920, p · texte numérisé non relu

I. Ka.dtskt, Terrorisme et Communisme, 1920, p

Et peu à peu la théorie de Marx domina toutes les autres tendances, absorba, dans une synthèse qui les dépassait, le blanquisme et le proudhonisme. Ge fut le règne, qui dure encore, du collectivisme.

Le collectivisme marxiste. — Jusqu'à Marx, toutes les plaintes, exprimées sur le ton calme ou colère, s'élevaient au nom de la justice outragée ; utopistes et violents, les révolutionnaires se prétendaient les champions du droit méconnu. Ge n'est pas précisément le point de vue auquel se place Marx en ses analyses. Il s'est mis, à ce qu'il assure, à l'école des faits, et c'est le « matérialisme historique » qui lui a dicté les conclusions qu'il apporte. Les conditions économiques règlent et commandent, à l'entendre, les institutions et les mœurs, elles amènent infailliblement les évolutions ou les révolutions.

Or les faits amenés, suivant Marx, par le système de l'industrie moderne, formaient un engrenage auquel on ne pouvait se soustraire. G'était d'abord la concentration des entreprises et du capital dans un nombre toujours plus restreint de mains. Gomme conséquence directe, c'était aussi la disparition des classes moyennes dont les membres s'en iraient grossir les rangs du prolétariat. Le machinisme augmentant la force de production, sans réclamer un surcroît proportionné de main-d'œuvre, il devait en résulter encore que cette armée du prolétariat compterait une nombreuse réserve. Les salaires fléchiraient donc et la « paupérisation » des masses irait toujours croissante. Par ailleurs, l'industrie, prise à son propre piège, obligée d'utiliser l'énorme capital et le matériel engagés, serait contrainte de produire plus que ses débouchés ne l'y autoriseraient. D'où les crises commerciales avec les ruines qui auraient pour résultat d'éliminer les firmes les moins solides, d'augmenter encore la concentration du capitale Finalement, le contraste deviendrait trop violent entre l'extrême richesse de quelques-uns et la misère du grand nombre. L'industrie tout entière aux mains de quelques individus offrirait une proie facile aux prolétaires. Et la révolution, amenée par le

i V. SiMKHOviTCH, Marxisme contre Socialisme. Paris, Payot, 1919.

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jeu et révolution des forces économiques, se produirait

inéluctable. La lutte des classes apparaissait ainsi comme une nécessité du matérialisme historique qui lui-même réglait la marche du monde, elle correspondait à une étape impossible à supprimer, conduisant au nivellement des conditions, au collectivisme.

Ainsi Marx admettait comme primordial le facteur économique, comme le faisait Proudlion, mais de façon bien différente pourtant. Pour lui, ce facteur, sans rendre les luttes politiques inutiles, en déterminait le caractère et en assurait le résultat. Il devenait donc vain de vouloir s'abstraire, comme les blanquistes, des conditions économiques, de rêver une révolution immédiate et d'un seul bloc, réalisée par un acte de volonté populaire. Le collectivisme, l'abolition de la propriété privée, ne s'instaurerait que par le jeu combiné des forces économiques et politiques. « Etudier les rapports et les tendances économiques et leur adapter, à tous moments, les buts et les méthodes politiques, c'est ainsi qu'il comprenait les rapports entre l'économie et la politique »*.

Telle est la théorie marxiste qui se donne pour basée sur îa science impartiale. Il suffirait de reprendre la chaîne des faits qu'elle invoque pour en constater la fragilité ou même la rupture. Il est faux que le capital se concentre en un nombre toujours plus restreint de mains et l'armée des petits actionnaires ou des petits propriétaires terriens va sans cesse en augmentant. Il est faux que les salaires diminuent, bien au contraire, faux que le danger général, surtout après la guerre, soit celui de la surproduction, faux encore que les conditions économiques divisent le monde en deux classes vouées à une lutte inexpiable.

Mais ce qui est écrit demeure, sinon dans les détails que l'on ne consulte guère, au moins dans l'impression générale que la thèse a provoquée. Et le marxisme reste en vogue représenté, en France, par les deux groupements dont il nous reste à parler.

Les organisations socialistes. — Nous l'avons dit, il en existe deux principales tout à fait distinctes : le Parti socia'

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