Quelques mots ^explication, p
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Au fond, le socialisme d'Etat n'est que l'application à l'ordre économique d'un régime politique fondé sur l'omnipotence de l'Etat ; application rendue plus facile par la pulvérisation sociale provenant de l'individualisme, La centra^ lisation moderne, d'après M. A. Leroy-Beaulieu, est grosse de socialisme d'Etat. « En rompant tous les liens entre les. citoyens, en abolissant les corps spontanés et les groupements naturels, formés par le voisinage ou les intérêts com-. muns, en rasant toutes les franchises communales et toute autonomie provinciale, en ne laissant debout, sur cette France dénudée, pareille à une table rase, que l'Etat omnipotent en face de l'individu isolé, — l'infiniment grand devant l'infiniment petit, — en nivelant tout sous le pesant rouleau de sa bureaucratie, la centralisation moderne a préparé le sol pour l'établissement légal du socialisme d'Etat ^ »
Remarquons, une fois de plus, que ce socialisme d'Etat ne se confond pas avec le collectivisme ou socialisme proprement dit. Car la centralisation du premier peut se faire aux mains d'un pouvoir bourgeois, autoritaire... tandis que le second ne veut connaître qu'un « Etat prolétarien » réduit aux seules fonctions administratives indispensables et qui, sans contrainte d'aucune sorte, réaliserait la chimère toujours poursuivie de l'égalité dans la liberté^.
Le seul moyen efficace de combattre le socialisme d'Etat, c'est de l'attaquer au cœur, en brisant la centralisation et en rendant à la société son organisme naturel. C'est à cette oeuvre éminemment patriotique que se dévouent les réformateurs chrétiens ; ils doivent y apporter d'autant plus d'ardeur que le péril socialiste est plus menaçant.
Article 6. — Progrès du socialisme.
La France ne peut pas être socialiste ! Jamais les campagnes ne seront gagnées par le collectivisme ! On dit bien haut ces affirmations, on s'encourage au repos et à la confiance, et l'on ne fait rien pour arrêter la marche en avant du
I. Revue des Deux Momies, t. CX, 1892, p. 99. a. Yandeuvelde, le Socialisme contre VEtat.
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socialisme. La vérité est que le socialisme gagne du terrain * il envahit les ouvriers des villes, atteint les ruraux et pénètre dans les couches supérieures de la société. Ce fai* est incontestable.
Les syndicats ouvriers, les bourses du travail, foyers actifs du socialisme, voient leur nombre s'accroître d'année en année. Les doctrines du parti sont répandues à profusion par un nombre considérable de journaux et de revues. Il y en a pour toutes les catégories de lecteurs, depuis le Peuple, le Populaire^ le Journal du Peuple et VHumanité^ quotidiens populaires, jusqu'aux revues, s'adressant au monde savant. Le socialisme augmente dans les grandes villes et dans la plupart des centres ouvriers, comme le prouve le nombre croissant des voix obtenues par les candidats socialistes dans les élections générales qui ont eu lieu depuis i885.
Et si, en 1919, l'attitude du parti après la guerre, son intransigeance révolutionnaire qui écartait toute alliance avec les radicaux, le scrutin vaguement proportionnel, onl diminué le nombre des représentants socialistes à la Chambre, on n'en saurait conclure à une réduction du nombre d'électeurs collectivistes, au contraire. Le parti se vante d'avoir obtenu, en 1919, 1.700.000 voix contre 1.400.000 en i9i4«
La progression est analogue en plusieurs autres pays, notamment en Allemagne, en Italie, etc.
Quoi qu'on en dise, le collectivisme s'étendra dans les campagnes, si nul obstacle sérieux, c'est-à-dire social, ne se dresse devant lui. Déjà il a conquis de nombreux électeurs ruraux. Et au dernier scrutin de 1919, tout le département de la Haute-Vienne, longuement et savamment travaillé, passait au parti socialiste unifié qui s'emparait de tous les sièges. Nous avons dit comment, de plus en plus, depuis la guerre, les préoccupations des meneurs collectivistes se tournaient vers les campagnes, avec une tactique un peu différente, suivant qu'il s'agit des socialistes politiques ou des syndicalistes révolutionnaires. Ceux-ci, avant la guerre, avaient réussi à grouper la Fédération des agricoles du Midi dans l'Aude (3. 000 membres en 19 14), If^ Fédération des bûcherons du Centre
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(4.000 membres en 191 4), ^c Syndicat des vignerons de la Marne {i.Soo membres en 1914), et ^a Fédération horticole et agricole de France (35o membres en 1914). On pourrait y ajouter les résiniers des Landes, et les ouvriers feuiliardiers du Centre. C'est peu et la guerre a bouleversé d'ailleurs ces organisations. Mais la C. G. T. recommence et intensifie sa propagande. Depuis quelques mois» la Fédération nationale des Travailleurs de l'agriculture (c'est le titre du nouvel organisme) a pour tâche de diriger et vivifier le syndicalisme révolutionnaire à travers les campagnes françaises *.
La C. G. T., avec ses habitudes et ses exigences tirées de l'industrie citadine, n'a peut-être pas beaucoup de chances de gagner les campagnes. Mais,, nous l'avons vu, le parti socialiste emploie une tactique plus efficace.
Les meneurs socialistes flattent la cupidité qui trop souvent travaille le pe' d cultivateur et ont pour auxiliaire l'attachement mèrr - qu« porte à son lopin de terre le paysan français, (^uaud les déclamateurs du parti auront mis dans la tête du petit propriétaire rural que le seul moyen pour lui d'éviter la ruine, la vente ou l'hypothèque, est de se jeter dans les bras du socialisme, hésitera-t-il longtemps ?
Le péril grandit. Dirons-nous comme M. de Molinari jadis : « Malheureusement il est fort à craindre que la classe dirigeante d'aujourd'hui ne soit pas plus disposée à faire son examen de conscience que ne l'était sa devancière de l'ancien régime... Il faut en prendre son parti, et, puisque aucune réforme n'est possible, se résigner de l)onne gfrnco à laisser faire le socialisme et à laisser passer la révolution'^ »? C'est le langage du découragement. La grandeur du mal et l'imminence du danger doivent bien plutôt exciter la résistance et provoquer l'union de toutes les forces sociales contre l'ennemi commun. Dans ce but, il nous reste à étudier la tactique de l'attaque socialiste et à indiquer la stratégie de la délense catholique.