I. Summ. Theol., a« a», q. 58, a
a. Conf. Ch. Périn, le Patron; — Harmel, Manuel d'une corporation chrétienne, le Catéchisme du patron ; — Fougerousse, Patrons et Ouvriers de Paris; — CI. Jahnet, le Socialisme d'État; — A. Gibon, le$ Accidents du travail; — Latollée, Classes ouvrières en Europe. — Somvent on emploie aussi, à propos du régime ici envisagé, l'expression « paternalisme a, tandis que le mot « patronage » se trouverait réiervé aux oeuvres de jeunesse.
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la question sociale. « Le régime du patronage, dit-il, se reconnaît surtout à une permanence de rapports maintenus par un ferme sentiment d'intérêts et de devoirs réciproques. L'ouvrier est convaincu que le bien-être dont il jouit est lié à la prospérité du patron ; celui-ci, de son côté, se croit toujours tenu de pourvoir, conformément à la tradition locale^ aux besoins matériels et moraux de ses subordonnés ^ » Voici les principales mesures pratiques inhérentes au régime du patronage ^ :
I* Aider les ouvriers à se procurer des logements hygiéniques à bon marché et une subsistance peu coûteuse ;
2° Les empêcher de faire des dépenses inutiles, luxueuse» ou nuisibles à la santé ;
3° Favoriser ou encourager l'épargne au moyen de caissesd'assurances contre la maladie, les chômages, les accidents et l'invalidité de la vieillesse ;
4** Veiller à la bonne éducation des enfants ;
5° Dans les périodes de crises industrielles, garder lea ouvriers aussi longtemps que possible;
6* Assister d'une manière spéciale les familles ouvrières chargées d'enfants.
Suivant les circonstances, le patron mettra ces mesures à exécution, en totalité ou en partie, par lui-même ou par des intermédiaires, par voie de conseil, de direction, de protection ou d'assistance directe.
Vous remarquerez que les œuvres de patronage sont précisément celles que nous avons assignées à la société patronale ; et cependant, ces deux régimes du travail sont foncièrement et juridiquement différents au point de vue du droit naturel. Les mêmes actes sont posés, à titre de charité, bienfaisance ou bienveillance, dans le patronage ; à titre de justice imparfaite et par obligation d'état dans la société patronale. Que le patron puisse donner à ses ouvriers aide et protection par des motifs distincts, rien n'est moins dou-
I. La Réforme sociale en France, t. III. — Conf. les Ouvrieri européens, t. I, p. 467 ; — le Programme des unions de la paix sociale, p. 118 ; — F Organisationdu travail, passim.
a. Conf. pour la description détaillée des œuvres du patronage : Gh. Péri^. l* Patron, à la fin de l'ouvrage ; — Nouveau Dictionnaire d'économie politique, art, « Patronage » ; — Hubert Brice, les Institutions patronales, leur état actuel. Leur avenir.
teux. Son intérêt personnel ne le pousse-t-il pas à assurer de cette iaçon la stabilité, la fidélité et le dévouement de son personnel ? Il peut encore se déterminer, par amour de de la paix sociale, par le noble et généreux désir de contribuer à la réconciliation des classes. La charité envers ses ouvriers, qui sont, pour lui, le prochain à un titre tout particulier, ne le pressera-t-elle pas de secourir leur indigence intellectuelle et morale ? Enfin le patron chrétien se rappellera qu'il possède une autorité réelle, un reflet de la majesté divine, qu'il est, dans sa sphère d'action, minister Dei in bonum ; alors le sentiment du devoir, la conscience de sa^ responsabilité, la ferme conviction de la mission qu'il a reçue de Dieu, exalteront son zèle et son dévouement.
La thèse et l'hypothèse. — Nous venons de décrire les rapports entre les patrons et les ouvriers.
En pratique, dans Vhypothèse^ ces rapports sont tout autres. Les ouvriers entendent se placer sur le pied d'égalité avec le patron, les engagements sont de plus en plus instables. De son côté, le patron ne reconnaît d'autres obligations que celles qui sont établies par la loi et confirmées par la jurisprudence ; le régime des sociétés anonymes rend le patronage de plus en plus difficile.
Voilà le fait, mais le fait ne prime pas le droit. Pour les socialistes, cette situation est le commencement de l'émancipation du quatrième état. Le Congrès de Halle réclame « l'abolition du travail mercenaire, la suppression de toute espèce d'exploitation, le nivellement de toute inégalité politique et sociale ». Le Congrès socialiste de Bruxelles déclare « que les ouvriers devront s'organiser fortement, non seulement pour lutter contre le patronat, mais aussi pour établir les bases d'une société égalitaire ». Le Congrès d'Erfurt demande « l'assimilation équitable des ouvriers agricoles et des domestiques à gages aux ouvriers industriels, l'abolition de la classe des domestiques ».
Dans une région diamétralement opposée, plusieurs économistes libéraux voient dans l'indépendance absolue du patron et de l'ouvrier une nécessité sociale. D'après M. Yves Guyot, le patronage, c'est « le socialisme des patrons... Le mot patron doit disparaître du vocabulaire économique^
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parce qu'il comporte d'un côté une idée de reconnaissance et de déférence qui altère le véritable caractère du contrat de travail * ».
Sans admettre ces excès dans un sens ou dans l'autre, remarquons que Y hypothèse la plus actuellement vérifiée aujourd'hui, ne laisse pas tout à fait à la thèse sa simplicité et sa portée premières. La société patronale, telle que nous l'avons décrite, s'adapte surtout au cas où un patron, propriétaire de l'entreprise, emploie un nombre plus ou moins grand de travailleurs rétribués suivant le contrat de salaire habituel.
Mais les conditions tendent de plus en plus à changer. La concentration des entreprises met en œuvre des capitaux dont les détenteurs ne s'occupent pas directement de la marche des usines. Ce n'est pas qu'ils ne puissent ou ne doivent intervenir, par les assemblées d'actionnaires pour exiger que les conditions d'hygiène et de moralité soient observées*. Il faut bien avouer pourtant qu'en pratique l'intervention sera lointaine, intermittente, souvent inefficace. Les directeurs, plus spécialement chargés de l'entreprise, ont une responsabilité plus immédiate et des moyens d'agir plus constants (si les actionnaires n'entravent point, par leurs exigences d'un gain trop fort, les réformes ou les améliorations utiles). Mais enfin l'on doit reconnaître que l'union morale entre employeurs et employés, du fait même de la complexité des industries modernes, tend à devenir malaisée.
D'ailleurs, de plus en plus aussi, les ouvriers repoussent l'ancienne conception du salaire qui, rétribuant la forcei ravail {labor) mettait au service du patron cette activité de -a main-d'œuvre, constituait un contrat qui lui-même donnait naissance à la société patronale inégale. Ils veulent plutôt voir dans le contrat de travail un pacte dans lequel euxmêmes, apportant leur part sous forme de main-d'œuvre, garderaient leurs droits proportionnels sur le produit final {opus). Ce serait alors une vraie association. Cette idée