‹ Cours d'économie socialeChapitre 179 sur 310 · I. — Division du travail · texte numérisé non relu

I. — Division du travail

Division du travail. — La division du travail est une répartition des travaux dans laquelle les travailleurs se partagent les diverses opérations de la production, en sorte que chacun d'eux ne fait qu'une partie du produit définitif.

La première forme de la division du travail consiste dans la diversité des métiers. Cette division professionnelle du travail a de grands avantages. Un homme qui met toute son intelligence et toute sa force à une œuvre unique a beaucoup de chance d'y mieux réussir et d'y acquérir une grande* habileté. Il l'exécutera avec une rapidité et une économie plus grandes, il choisira la profession qui convient le mieux à ses goûts et à ses aptitudes. La division professionnelle dans la petite industrie est approuvée de tous. Des producteurs indépendants, faisant un produit complet, développent à la fois leur situation et leur art par leur habileté et leurs qualités spéciales.

La seconde forme de la division du travail se manifeste dans la repartition des diverses opérations élémentaires nécessaires à la production d'un produit complet. Comme exemple de la division du travail dans une même manufacture, la fabrication des épingles est devenue légendaire. « Non seulement, dit Adam Smith, la fabrication des épingles forme un métier particulier, mais cet ouvrage est divisé en un grand nombre de branches, dont la plupart constituent autant de métiers particuliers. » Smith prend une manufacture qui n'occupe que dix ouvriers, la production quotidienne y étant de 48-000 épingles, soit 4'8oo par ouvrier, a S'ils avaient tous travaillé à part, ajoute-t-il, et s'ils n'avaient pas é é façonnés à cette besogne particulière, chacun d'eux, assurément, n'aurait pas fait 20 épingles, peut-être pas une seule dans sa journée. » Supposons que la production d'un ouvrier travaillant seul eût été de 20 épingles par jour, la force productive se trouve, par le fait de la division du travail, multipliée par 240, — puisque 25X34o=4-8oo.

Avantages de la division du travail. — i" Réunion dans un même atelier des opérations distinctes formant une série continue. Delà résulte une grande économie detemps, l'organisation étant réglée de manière que les ouvriers soient occupés sans interruption ;

2° Suppression du temps perdu pour la mise en train, lorscju'on change d'occupation; suivant l'expression pittoresque de Karl Marx, la continuité du travail permet de resserrer ies pores de la journée ;

Z" Meilleur emploi de V outillage ; car si, à chaque tâche partielle, sont affectés des outils spéciaux, toutes les portions du matériel sont utilisées en même temps;

^'' Développement de l'habileté technique des ouvriers. Un forgeron faisant seul des clous en fabriquerait 200 à 3oo ; il en ferait 2.5oo avec la machine. Dans les manufactures de tabac, certaines ouvrières arrivent à rouler jusqu'à i.5oo cigares à la journée ;

5° Meilleure répartition du travail selon la force physique et les différentes aptitudes des ouvriers. C'est ce qui a permis l'introduction, sur une large échelle, des femmes, des jeunes filles et des enfants dans les manufactures. Dans les fabriques anglaises d'aiguilles, les doigts déliés <îes enfants aiguisent deux fois plus de pointes que les adultes.

Inconvénients de la division du travail. — i* Abaissement de V intelligence de l'ouvrier. — a A mesure, dit Tocqueville, que le principe de la division du travail reçoit une application plus complète, l'ouvrier devient plus faible, plus borné, plus dépendant. L'artfait-il des progrès, l'artisan rétrograde ^ » Adam Smith fait la même remarque : « Un homme, dit-il, dont toute la vie se passe à remplir un petit nombre d'opérations simples dont les effets sont toujours les mêmes perd naturellement l'habitude de déployer ou d'exercer ses facultés et devient, en général, aussi stupidë et aussi ignorant qu'il soit possible à une créature de le devenir. Ainsi Sd dextérité dans son métier particulier est une qualité qu'il semble avoir acquise aux dépens de ses qualités intellec-

i. De la Démocratie en Amérique, t. III, p. aj8.

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luelies. Or cet état est celui dans lequel l'ouvrier pauvre, c'est-à-dire la masse du peuple, doit tomber nécessairement dans toute société civilisée et avancée en industrie, à moins que le Gouvernement ne prenne des précautions pour prévenir le mal'. » — J.-B, Say, Proudhon^, Sismondi, expriment la même pensée.

2° Altération de la santé. — La répétition de la même occupation stupide, prolongée pendant toute une vie, Funiformité des mouvements s'exerçant pendant de longues heures dans l'immobilité, au milieu des machines en mouvement, au sein d'une atmosphère surchauffée et viciée, amènent nécessairement la dégénérescence de l'ouvrier industriel.

3" Dépendance plus grande de l'ouvrier. — L'ouvrier, ne sachant fabriquer qu'une partie souvent infime du produit, dépend d'une manière plus étroite de l'industrie et du patron. Si l'industrie chôme, s'il est renvoyé par son patron, il lui faut aller chercher ailleurs et souvent assez loin un emploi similaire. Certains ont encore signalé, comme inconvénient de la division du travail, la suppression du « salaire moral » c'est-à-dire de la satisfaction que pouvait ressentir un ouvrier dans la réalisation d'une idée quelque peu personnelle, d'un travail complet, bien à lui.

Limites de la division du travail*. — Ces inconvénients exagérés par les déclamations des socialistes, ou dissimulés dans les dissertations platoniques de l'école orthodoxe, proviennent surtout de la division excessive et minutieuse du travail dans l'usine. En réalité la division du travail est une nécessité de l'industrie mécanique moderne : elle constitue un progrès et une source légitime de richesses et de profits ; vouloir la supprimer pour revenir à l'industrie patriarcale ou domestique serait une absurdité de gros calibre. Mais, si les abus de la division du travail ne sont pas une raison suffisante de proscrire le travail divisé, il n'en est pas moins nécessaire de remédier, dans la mesure du possible, aux

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