Encyclique Jmmortale Dei
PREFACE
Tespérons, qu*entre le socialisme et l'école libérale il y a place pour un chemin très large, très éclairé, très sûr, à notre avis le seul sûr, celui d'où la Révolution française nous a fait dévier. < L'erreur fondamentale de la Révolution française, a dit excellemment M^ Freppel, est de ne concevoir et de n'admettre aucun organisme intermédiaire entre l'individu et l'Etat'. Dès lors, il ne reste plus à chacun qu'à préconiser, au gré de ses préjugés, de ses intérêts ou de ses passions, ou bien l'individualisme à outrance, ou bien l'universelle providence de l'Etat ; on peut dire que le libéralisme et le système socialiste, qui, aujourd'hui, se traitent en frères ennemis, sont deux fils de 1789. Plût au ciel que le symbole économique et social de la Révolution n'eût jamais obscurci des notions pourtant fondamentales chez ceuxlà mêmes qu'animaient les meilleures intentions ! On ne s'étonnera pas que nous nous rattachions à une école à la fois plus nouvelle et plus ancienne que le xviii* siècle : un anneau de la chaîne a été brisé ; il faut à tout prix en renouer les tronçons épars : là seulement est le salut. Œuvre délicate, difficile, de longue haleine, qui exige de la prudence sociale et tout l'art du Gouvernement ; œuvre de tact autant que de logique, où les principes les mieux établis ne trouveront pas toujours leur application directe ; mais, pour ajourner l'application, ne condamnons pas le principe, gardons-le, je dirai même, affirmons-le d'autant plus nettement qu'il risque de tomber en oubli. Ainsi a procédé, dans ses immortelles Encycliques, celui que nous invoquerons comme la première de nos autorités, le prophète social, le penseur de génie, le