‹ Cours d'économie socialeChapitre 225 sur 310 · I. Progrett and Poverty, p. a · texte numérisé non relu

I. Progrett and Poverty, p. a

a. Ibid., p. 943.

pour conserver et développer son existence. De là je tiré plusieurs conclusions :

1° Le droit est assurément le même poui tous; mais il ne s'ensuit nullement que tous aient droit aux mêmes moyens de conserver leur existence. Celui-ci vivra de son travail, celui-là de ses revenus ; l'un tirera les moyens de subsistance de la propriété foncière, l'autre sera soutenu par la bienfaisance privée ou publique. Mais qui oserait soutenir que le droit à l'existence, le même pour tous, entraîne le droit naturel de posséder la même somme de biens terrestres que son prochain.

1" Le droit à l'existence détermine, dans la plupart des cas, le devoir moral du travail. Il donne à chacun le droit de travailler et de jouir des fruits de son travail. Cependant ce droit au travail n'a rien de commun avec celui dont parle Louis Blanc. D'après lui, le droit des ouvriers au travail imposerait à l'Etat le devoir de donner de l'occupation aux ouvriers sans travail. Le droit à l'existence ne signifie point un droit réel, mais un àvo\\. personnel^ le droit de gagner sa vie parle travail.

3° Il existe entre le droit à Texistence et le droit de propriété un rapport intime. La propriété privée est subordonnée au droit à l'existence commune à tous les hommes, c'est-à-dire qu'en cas d'extrême nécessité on peut prendre au prochain ce qui est nécessaire pour sauver sa vie; par là on exerce le droit à l'existence. Vous direz peut-être : si le droit que confère l'extrême nécessité était universellement exercé par tous les pauvres, il en résulterait un désordre social très grave. C'est vrai, mais que s'ensuit-il? Que l'Etat doit empêcher cette catastrophe. Dans ce but, se basant sur la subordination du droit privé au bien public, agissant comme protecteur du droit naturel à l'existence, l'Etat, — dans les pays où la charité chrétienne ne suffît plus, — déterminera par des lois positives le moyen de sauver les pauvres de l'extrême indigence.

Henry George appuie son raisonnement sur une comparaison, un roman reproduit par tous les socialistes. Une île €st entièrement occupée par des habitants, qui possèdent et exploitent le sol tout entier. Arrive un naufragé, devra-t-il mourir de faim ou être rejeté à la mer? L'instinct du juste

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ne commande-t-il pas que ce pauvre malheureux ait sa part dans la propriété du sol ?

Ici, comme dans tous les raisonnements faux, la déHiiction est arbitraire; elle s'appuie sur l'identité du droit à l'existence et du droit réel de propriété; elle confond la possession des biens temporels et l'usage de ces mêmes biens. En réalité, il n'y a pas de conflit nécessaire entre le droit à la vie de l'un et l'occupation intégrale de l'île par d'aulres. Pas plus dans le milieu imaginaire où nous transporte H. (jeorge que sur le continent européen, il n'est requis pour vivre d'être propriétaire foncier ; il suffit d'avoir l'usage et la jouissance des produits de la terre. Le naufragé en question a le droit de prétendre à cet usage et à cette jouissance, s'il est dans le cas d'extrême nécessité. Il pourra même, par son travail, acquérir des objets mobiliers et plus tard des immeubles. Ce cas se vérifie tous- les jours dans notre société. Dans un milieu où tout est occupé, il n'y a pas de place pour l'appropriation simple et primitive ; on ne peut acquérir que dépendamment du droit d'autrui.

4° « Le droit de jouir du produit de son travail ne peut pas exister sans le libre usage de ce qui est nécessaire au travail [opportunities] \ »

La belle raison ! Un menuisier a le droit de faire une table, donc il a le droit de s'approprier le bois nécessaire partout où il le trouvera. ! George confond le droit au produit du travail et le droit de produire. Le propriétaire d'un londs a droit à tout le produit de son travail, l'ouvrier qui loue ses services a droit au juste salaire, le produit du travail appartient au patron.

L'auteur de Progress and Poverty a essayé de donner à sa théorie un regain de popularité en adoptant le mot du parti national irlandais: la terre au \)eu\)\e^ the land to the people. Mais bien différent est le sens que donnent à cette expression le parti irlandais et le socialisme agraire. Pour le premier, le sol de la verte Erin, en grande partie injustement confisqué, doit être restitué à ses légitimes possesseurs. Le second déclare que le sol est la propriété collective et indivise de la nation. Le premier sens exprime une juste

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