V. P. Vincent, Sociallsmo y Anarquismo, p
écrivains à une conclusion opposée. On appelle organes, ainsi raisonnent-ils, certaines parties de l'être vivant, de structure et de fonction propres, ayant pour premier principe de leur opération le principe vital même et pour fin directe le bien-être de l'être tout entier ; donc la famille et les associations ne sont pas les organes de la société. La seule conclusion qui découle logiquement de cette définition, c'est que la société n'est pas un organisme physique et physiologique. On dit encore : la police, l'armée, la magistrature, ce sont là de vrais organes, car ils n'existent que pour la société ; ils reçoivent leur direction de l'autorité suprême et concourent directement au bien commun. Mais c'est précisément parce que la police et l'armée reçoivent directement leur impulsion de l'Etat, parce qu'elles n'ont pas d'activité immanente, qu elles ne sont pas dans un sens exact des organes de la société. La police, l'armée, les fonctionnaires concourent directement au bien commun de la société, voilà pourquoi ce sont des instruments mis par la société aux mains de l'Etat. L'administration est le type accompli d'un mécanisme automatique, inerte, irresponsable, distribuant jusqu'aux extrémités du corps social l'impulsion partie du moteur central.
Article 5. — La sociologie et l'organisme social.
L'Ecole transformiste ^ — La théorie de l'organisme sociïil a été étrangement dénaturée par les sociologues de l'Ecole transformiste*. D'une analogie ils ont fait une réalité ; d'une vie morale composée d'actes libres concourant à une fin commune, ils ont fait un processus physique ou physiologique relevant de la biologie et de l'histologie. Quelques citations suffiront pour faire connaître et réfuter du même coup ces théories fantaisistes.
I. Gonf. les ouvrages de Gcmplovicz et de Lubbock ; — Kidd, l'Eifoluiion sociale;
LiLiENFELD, la Pathologie sociale; — Mismer, Principes sociologiques ; — Tarde,
les Lois de l'imitation, l'Opposition universelle ; — Vaccaro, les Bases sociologiques du droit; — Worus, Organisme et Société, — Combes de Lkstrade, Eléments de sociologie; — Balicki, l'Etat comme organisation coercitice; — Espinas, les Origines de la technologie ; — Giddims, Principes de sociologie.
a. Conf. de Vareilles-Sommièees, les Principes fondamentaux, ch. xxv; BEtroAMT, le Droit individuel, ch. m, § 5; — Claudio Jannet, Socialisme d'Etat, p. 1411
I20 l'ordre social
M. Fouîlée * affirme sérieusement que tous les cerveaux de citoyens d'une nation forment la masse nerveuse de cette nation ; les familles sont les ganglions ; les cités, les viscères ; la capitale, le cerveau, qui n'est qu'une vertèbre grossie et devenue dominante ; les penseurs, les savants, sont les cellules perfectionnées du cerveau.
Ahrens enseigne que le droit est le réseau nerveux de la société^
Herbert Spencer a disséqué le corps social et y trouve un appareil producteur ou digestif, un appareil distributeur ou vasculaire, un appareil régulateur ou nervo-moteur. L'appareil nutritif est la classe agricole et industrielle ; l'appareil vasculaire est la classe commerçante ; l'appareil nervo-moteur est le gouvernement^
Schaffle, dans son volumineux ouvrage sur la Structure du corps social, décrit dans les derniers détails les éléments histologiques, les cinq tissus fondamentaux, l'épiderme, l'épithélium, les apophyses, les vertèbres, les systèmes osseux, nerveux et vasculaires du corps social *.
Bluntschli a fini par découvrir le sexe de l'Etat : l'Etat est masculin. « Il en est de même, dit-il, du caractère masculin de l'Etat moderne, que l'on a reconnu en l'opposant au caractère plutôt féminin de l'Eglise. Une communauté religieuse peut avoir tous les autres caractères de l'Etat, et cependant elle ne sera point un Etat, ni ne voudra l'être, parce qu'elle ne se gouverne pas consciemment et virilement elle-même, ni ne s'empare librement des choses de la vie externe ; elle ne veut que servir Dieu et remplir ses devoirs religieux ^ » L'auteur ajoute en note : « J'ai montré de plus près, dans mes études psychologiques, le caractère mâle de l'Etat. L'expression française : « l'Etat, c'est l'homme », ne signifie pas seulement que l'Etat est l'homme [homo^ Mensch) en général, mais aussi que l'Etat représente la nature masculine (ci/*, Man) en général : l'Eglise, la nature féminine. »