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Le Socialisme intégral, a* vol

ii6 l'ordre social

étudier l'assemblage de ces parties dans le tout, c'est-à-dire la structure intime de la société civile. Sommes-nous en présence d'un mécanisme ou d'un organisme ? cet organisme, s'il existe, est-il physique ou moral ? Tel est le problème dont nous cherchons la solution.

Abticls 4. — I>a structure organique de la société.

Qu'est-ce qu'un organisme? — Qu'est-ce donc qu'un organisme ? Personne ne nie que la constitution propre des corps vivants ne soit organisée. Que voyons-nous dans un corps vivant? Ce sont d'abord des parties hétérogènes douées d'activité, des cellules, des tissus, des appareils très divers. Cependant, à considérer la chose de plus près, le caractère propre de la constitution organique ne consiste point dans l'hétérogénéité d'activités élémentaires s'ajoutant numériquement, car une machine, un appareil électrique, par exemple, contient souvent des actions auxiliaires, physiques et chimiques, actions hétérogènes assurément. Quel est donc le caractère dominant d'une structure organique, celui qui distingue nettement l'organisme du mécanisme? Le voici : dans un organisme les diverses parties ont une activité propre, autonome; elles sont subordonnées entre elles, unies par un principe directeur d'un ordre supérieur, formant un tout harmonique et concourant au bien commun de ce tout. Considérez le corps humain : la main, le pied, le foie, l'estomac, le cœur et les autres organes ont chacun leur fonction distincte; ils sont unis d'après une loi d'harmonie, se prêtent un mutuel concours et contribuent dans leur sphère respective au bien et à la prospérité de tout le corps. Dans un mécanisme, au contraire, on ne rencontre pas d'activité spécifique et autonome, mais le rôle de chaque partie consiste uniquement à recevoir et à transmettre une impulsion, un mouvement venu du dehors. « L'organisme, nous dit le P. Liberatore^ diffère du mécanisme en ce que ce dernier prend une matière absolument

i. InsiitxUione» Ethieœ et Juri» naturaîit, p. a, cap. 11, art. 4, prop. 3.

inerte et la dispose habilement, mais sans produire un mouvement qu'une force particulière imprime à tout l'appareil ; l'autre, au contraire, se compose de parties douées d'une structure particulière et se mouvant d'une force propre dans l'orbite de leur action. Ainsi, dans le corps humain, la tête ne revendique pas l'office des autres membres mais elle les guide et les gouverne pour le bien de tout le corps. » Ces considérations nous fournissent les deux traits caractéristiques de l'organisme : activités propres et spécifiques ; union de ces actions dans et pour le tout, c'est-àdire le corps. Appliquons à la société ces deux caractères.

L'organisme social. — La société est-elle composée de groupes hétérogènes, ayant des droits propres, un mode d'action distinct, une autonomie relative ? Après ce que nous avons dit plus haut, la réponse n'est pas douteuse. Les familles, les communes, les classes, ont des droits et des intérêts spéciaux et indépendants de l'Etat. Ces diverses parties indépendantes sont-elles reliées par un principe d'unité ? Tendent-elles harmonieusement vers une fin commune, le bonum commune de la société? C'est ce que nous avons démontré à plusieurs reprises. Dès lors, la conclusion s'impose : la société se compose de parties hétérogènes, qui, douées d'une certaine autonomie, jouissent d'une activité propre, sont unies pour le bien commun du. tout, c'est ce que nous appelons un organisme moral^. Comme le remarque M. Ch. Périn, a toutes les fonctions particulières entre lesquelles se partage l'activité sociale se réunissent pour former, par l'assistance mutuelle, la vie commune et complète d'un peuple. Aussi n'est-ce point sans raison qu'on a comparé la société à un organisme vivant et se mouvant par la force d'un principe interne d'unité qui rattache les unes aux autres toutes ses parties*. »

Ne dites pas que cette conception de la société est nquvelle, fraîchement importée des pays d'Outre-Rhin. Cette théorie, Aristote l'expose en maints endroits, saint Tho-

1. V. n. Pksch, Die Sociale Frage, VIII Heft, p. 46 et 37 ; — Weiss, Sociale Frage und $ociale Qrdnung, p. SSp., aSp seq. ; — Costa-Rossetti, Philoiopkia moralis, p. 834 ; — Meteh, Die sociale Frage, I Heft, p. 4a, seq.

%. Premier* principeê d'écon. polit,, p. i38.

ma l'ororb sociax

mas *■ et ses commentateurs l'adoptent. Les philosofiplies. catholiques la reproduisent^, Léon XIIl la rapporte dans ks passages de l'Encyclique Rerum novarum, où il fait allusion au corps et aux membres de la société, au corpus sociale, etc. Cette théorie de la société organisme ayant été attaquée vivement par plusieurs écrivains modernes ^^ il importe d'en préciser avec soin la signification.

Et d'abord, la société n'est pas un organisme physique^ un organisme physiologique exerçant des actions propre^ ment vitales. La société est un organisme moral, parce qu'iL présente plusieurs traits de ressemblance avec l'organismie physique, tout en ayant avec lui de nombreuses divergences\ Je m'explique. L'unité du tout, des parties hétérogènes et autonomes, l'action harmonique des parties dans L'intérêt du corps, voilà les trois points de ressemblance entre les deux organismes. Mais les divergences sont nettement tranchées. Dans l'organisme physiologique l'unité est physique ; elle est morale dans l'organisme social; dans le premier, l'autonomie des parties n'est qu'apparente ; le principe vital étant la source unique de la vie des organes ; elle est réelle dans le second. Dans le corps vivant, les membres existent entièrement pour le corps^ leur activité est orientée directement au bien commun; au contraire, dans l'organisme moral, les difïérentes parties ont une fin particulière, elles existent indépendamment de la collectivité et ne concourent qu^indi/'ectement au bien commun dxjL corps sociaL

En serrant de trop près l'analogie entre les deux organismes, les socialistes ont tiré cette conclusion que l'individu a, vis-à-vis de l'Etat, des devoirs et nan des droits, et qu'il dépend de la collectivité, comme la molécule dépend du corps vivant. C'est confondre l'organisme moral avec l'organisme physique. Ce même sophisme a conduit d'autres

I. De Regimine PHnctpum, lib. I, cap. r; — Sumvt. TheoL, ■• p., q. 60, a. S«

a. Il faudrait citer les noms de tous les professear« de philosophie cathoiiqae qui ont publié leurs cours. — Conf. l'excellent ouvrage : El Organismo social, par

SAHTJkMAJUA DE PaBEDES.

3. Y. Conférences d'Etudes sociales de Notre'Dame-du'Haui'MoHt, 1S94, n* 3, 671 tq.

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