DÉFINITION DE LA SCIENCE SOCIALE
Objet de la science sociale. — La société, tel est l'objet de la science sociale. Mais, dans cette étude, l'homme peut se proposer un double but : observer et décrire les phénomènes variables, les faits contingents qui se manifestent dans les associations d'hommes formant des sociétés ; ou bien rechercher, établir les lois générales, les principes et les causes des sociétés.
La première espèce de connaissance est purement empirique ; la seconde seule s'élève à la dignité de science, car la science plane dans les régions supérieures de l'universel et des causes.
Un homme connût-il le nom et la position de toutes les étoiles, la forme de leurs trajectoires et la valeur de leurs vitesses, il n'en resterait pas moins étranger à la science de l'astronomie ; qu'il ramène tous ces mouvements si complexes aux lois très simples de Kepler et au principe de la gravitation universelle, et le voilà en possession de la science, de la vraie science astronomique. Rechercher, déterminer les lois générales des sociétés, tel est l'objet de la science sociale.
Au reste, il n'est pas difficile de reconnaître, parmi les différents principes de la société, celui qui joue le rôle principal.
Antoimr. I
1 IB-TRODrCTIOH
Qu'est-ce, en effet, qu'une société prise dans le sens le ping large, sinon Tunion de plusieurs hommes tendant, par des moyens communs, vers un même bien, ver» une même fin ?
Dès lors rélémeut qui détermine La^ nature de la. société lui donne son caractère distinctif et règle les détails de sa constitution, c'est, à n'en pas douter, la fin, le but, le bien commun de cette société. La science sociale a donc, pour première mission, de rechercher et de déterminer les rapports qui doivent exister entre les membres de la société, pour qu'elle atteigne sa fin propre.
De cette notion de la science sociale se dégage le lien qui rattache cette science à la morale.
La science sociale et la morale. — On définit la philosophie morale ou simplement k morale : La science qui dirige les actes humains d'après les principes de la droite raison^.
Ceci posé, l'activité de l'homme vivant en société n'est évidemment qu'un cas particulier de l'activité humaine considérée en général : d'où il faut conclure que la science qui règle celle-ci tient sous sa dépendance la science qui dirige celle-là.
Expliquons la même vérité sous un.e autre forme. Deux sciences sont subordonnées lorsque la fin de la première est soumise à la fin delà seconde. Appliquons ce principe incontestable aux deux sciences dont nous parlons. La fin propre de la science sociale, c'est la fin de 1# société civile : le bien commun temporel des citoj^ens ; quant à la science morale, elle a pour fia le terme suprême, la souveraine perfection de l'homme, je veux dire la fin dernière de toute la création, Dieu, le bien absolu et infini. Or, je vous le demande, le bien temporel n'est-il pas subordonné au bien éternel. Le fiisi à i'infini, le particulier à l'absolu ? Concluez donc que la science sociale est subordonnée à la morale, ou alors niez que l'homme, individu ou société, soit fait pour le bien».
La science sociale, disons-nous, dirige l'activité die l'homme vers le bien social ; mais c'est là un bien général
I. Pour la notion dte la morale, v. Schiftixi, Dtsput. Phii, moralis, Tol. I. p. ri ■) et Cathrein, MoraJphiloiophie, Bd I. EJoleitang, § i.
L ECONOMIE: SOtCIAEB OH POLITIQUE i
C[ui comprend plusieurs biens particuliers ; l'acliivJfié fenumaimev considérée dans ses rapports avec les autres hommes, revêt des formes multiples. Aussi la science sociale se ramifie en plusieurs sciences sociales particulières,, qifti, à leur to«ir, dépendent de la morale: et sont régies par elle : la politique, le droit, l'économie politique, etc.
Cette division nous parafé plus naturelle et plus ration- Bielle que celle qui consiste à considérer lai science sociale comme l'ensemble du droit, de la morale et de l'économie politique.
« La science sociale, écrit M. BécKaïux*, étudie le monde comme être moral, dcmé d'une vie propre et constitué selon un ordre naturel et constant; tel est son rô-le magnifique de fixer les lois fondamentales de cet ordre et les conditions de l'harmonie sociale. Or l'kojsnme ne se conçoit pas en dehors de la société. Il a de» devoirs, dea droits, des besoins. A tous ces titres^ il relève de la science sociale... L'lM)mme reçoit de la morale le principe du bien ;, du droit, le principe du juste ; de l'économie politique., les lois de la richesse. »
Mais il est temps de quitter les hauteurs de la science sociale générale pour aborder Fécanoiniô sociale,, cjpui en est une partie.