Eucjcl. Rerum novarum, § Et que Ton ne pense pas
de raction du prêtre : « Dociles aux conseils que Nous vous avons donnés dans notre Encyclique Rerum Novarum, vous allez au peuple, aux ouvriers, aux pauvres. Vous cherchez par tous les moyens à leur venir en aide, à les moraliser, à rendre leur sort moins dur. Dans ce but, vous provoquez des réunions et des congrès, vous fondez des patronages, des cercles, des caisses rurales, des bureaux d'assistance et de placement pour les travailleurs. Vous vous ingéniez à introduire des réformes dans l'ordre économique et social, et pour un si difficile labeur vous n'hésitez pas à faire de notables sacrifices de temps et d'argent; c'est encore pour cela que vous écrivez des livres ou des articles dans les Journaux et les revues périodiques. Toutes ces choses en elles-mêmes sont très louables, et vous y donnez des preuves non équivoques de bon vouloir, d'intelligent et généreux dévouement aux besoins les plus pressants de la société contemporaine et des âmes\ »
Si l'on considère attentivement les paroles du Souverain Pontife, on y trouve la nature et les éléments de l'action sociale du prêtre, o Vous allez au peuple^ aux ouvriers^ aux pauvres », voilà le triple objet de cette action. Aller au peuple, n'est-ce pas aborder la question sociale ? Aller aux ouvriers, n'est-ce pas s'intéresser à la question ouvrière ? Aller aux pauvres, n'est-ce pas essayer de résoudre la question de la misère imméritée, le problème angoissant du paupérisme ? Mais Léon XIII ne se contente pas de déterminer l'objet de l'action sociale du prêtre, il en indique encore clairement le but : a Vous cherchez par tous les moyens à leur venir en aide, à les moraliser et à rendre leur sort moins dur. » Le prêtre ira donc au peuple pour lui porter aide, moralisaiion^ bien-être. Aux malheureux qui succombent sous le fardeau, ou qui sont délaissés, il viendra en aide ; aux pauvres âmes qui sont exposées à la ruine des mœurs, il sera un principe de relèvement et de moralisation ; à l'immense multitude des travailleurs, dont le sort est trop dur, il procurera un certain bien-être. Pour réaliser ce magnifique programme, quels moyens convient-
I. Lettre Encyclique de S. S. le Pape Léon XIII aux Archevêques, Efêques et au Clergé de France, 8 septembre 1899.
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il d'employer? Le Pape les énumère avec soin et en détail : les réunions et congrès, les patronages, les cercles, les caisses rurales, les bureaux d'assistance et de placement. Enfin Léon XIll, du terrain des institutions à fonder, passe sur un terrain plus large et plus vaste : « Vous vous ingéniez, dit-il, à introduire des réformes dans l'ordre économique et social. » Quelles réformes ? Le Souverain Pontife ne les développe pas ici, mais on peut affirmer que par ces mots il entend les réformes dont il a parlé dans son Encyclique Reruni Novarum^ l'organisation professionnelle et la législation sociale.
Nous retrouvons la même pensée pontificale exprimée en ces termes dans l'Encyclique aux évêques d'Italie : « Ensuite devenus prêtres, qu'ils (les séminaristes) s'occupent avec un soin particulier du peuple, de tout temps l'objet des plus affectueuses sollicitudes de l'Eglise. Arracher les enfants du peuple à l'ignorance des choses spirituelles et éternelles, et avec une industrieuse tendresse les acheminer vers une existence honnête et vertueuse, confirmer les adultes dans la foi et les exciter à la pratique de la vie chrétienne en dissipant les préjugés contraires, promouvoir dans le monde laïque catholique les institutions reconnues vraiment efficaces pour l'amélioration morale et matérielle des multitudes, par-dessus tout, défendre les principes de justice et de charité évangéliques, où tous les droits et tous les devoirs de la société civile trouvent un juste encouragement : voilà dans ses parties principales la noble tâche de leur action sociale ^ » Enfin dans l'Encyclique Graves de Communia qui trace les règles de l'action populaire chrétienne, Léon Xîll adresse ces paroles au clergé : « Dans tout cet ordre de choses, et intimement lié aux intérêts de l'Eglise et du peuple chrétien, quels ne doivent pas être, on le comprend, les efforts de ceux qui sont voués aux fonctions sacrées, et quelles ressources variées de doctrine, de prudence et de charité ne doivent-ils pas mettre en œuvre pour y réussir? Combien il est opportun d'aller au peuple, de s'employer à son bien suivant les temps et les circons-
I. Lettre Encyclique de S. S. le pape Léon XIII aux évéquea d^ Italie, 8 décembre 1902. § 11 est évident. Vénérables Frères,
17^ l'ordre social
tances, il nous a paru bon surtout de l'affirmer dans Nos entretiens avec les membres du clergé. Plus souvent encore dans Nos lettres aux évêques et aux autres hommes de l'ordre ecclésiastique, même dans ces dernières années, nous avons loué ce souci plein d'amour pour la classe populaire et nous avons dit qu'il appartient bien en propre aux clercs des deux ordres ^ »
Cette doctrine s'est retrouvée exactement la même dans les actes pontificaux du successeur de Léon XIll, le Pape Pie X. Qu'il suffise de rappeler le Motu proprio du i8 décembre 1908 sur l'action populaire chrétienne, le Bref du 19 mars 1904 à M. le comte Medolago Albanie président du 2^ groupe de l'Œuvre des Congrès catholiques en Italie, l'Encyclique « Il fermo proposito » du 11 juin 1905 sur l'action catholique, la Lettre du 20 février 1907 aux directeurs provisoires de l'Union économico-sociale jjour les catholiques italiens^ la Lettre sur le Sillon du 26 août 1910, la Lettre du 18 décembre 1910 aux archevêques et évêques du Brésil^ la 2* Lettre du 6 juin 191 1 aux archevêques et évêques du Brésil, la Lettre « Singidari quadam » du 24 septembre 1912 sur les syndicats allemands.
Et le pape Benoît XV actuellement régnant n'a point parlé autrement. Voici comment il écrivait, au début de 1920, à l'évêque de Bergame.
« Ce n'est pas par la violence et le désordre qu'on défend la cause de la vérité et de la justice : car ce sont des armes qui blessent d'abord ceux qui s'en servent. C'est donc le devoir des prêtres et en particulier des curés de s'opposer vigoureusement à ces ennemis déclarés de la foi et de la société et de combattre contre eux, vénérable Frère, sous votre conduite. Et que personne ne croie que, dès lors qu'il s'agit d'une question économique, ceci soit étranger au ministère sacré ; car c'est justement cette question qui met en péril le salut éternel des âmes.
Que vos collaborateurs regardent comme un de leurs devoirs de se vouer à la science et à l'action sociales en y consacrant le plus possible de leurs études et de leur activité — et de venir en aide, par tous les moyens, à ceux qui,