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I. Le Pape, les Catholiques et la Question sociale, p. lao

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les retentissantes formules où se complaît l'erreur : L'ouvrier a droit au produit intégral de son travail ; la propriété privée engendre la lutte des classes ; la solidarité doit remplacer la charité, etc ?... Dans les couches profondes du peuple, le socialisme se présente comme une religion nouvelle destinée à remplacer l'ancienne foi, la vieille chanson de l'humanité, suivant l'expression de Jaurès. Le prêtre pourra-t-il défendre la doctrine évangélique contre les attaques multipliées, réfuter avec succès les erreurs sociales, s'il ignore les principes et les fondements de l'ordre social chrétien ? Pourra-t-il parler avec autorité et compétence s'il n'a pas étudié les questions sociales dont les collectivistes se font une arme contre l'Eglise et la religion ? Qu'on ne dise pas que le bon sens suffit à cette tâche... Prêtez l'oreille aux bruits de la rue, jetez un regard rapide sur les livres, revues et journaux publiés parles socialistes, et vous serez convaincu de la nécessité absolue d'une étude sérieuse et approfondie !

Un puissant mouvement de réformes sociales agite la société contemporaine ; c'est un fait incontestable. Dans cette mêlée confuse d'aspirations populaires, tout n'est pas à dédaigner, tout n'est pas à rejeter, tout n'est pas injuste. D'autre part, un mouvement qui ne serait pas dirigé par des idées justes et des principes vrais, mais seulement par de bons sentiments ou des intentions généreuses, risquerait d'entraîner aux plus graves erreurs et de conduire aux pires déviations. Dans cette poignante alternative, quel est pour le peuple chrétien le guide autorisé, quel est le conseiller représentant de Dieu et de l'Eglise, sinon le prêtre ? Son rôle propre n'est-il pas d'enseigner les principes de justice et de charité chrétiennes en dehors desquels il ne saurait y avoir de réforme sociale utile et féconde, de juger entre les revendications légitimes et les revendications injustes ? Or, tout cela demande la connaissance des lois qui régissent l'ordre social et économique.

Le prêtre est docteur, mais il est aussi et surtout pasteur. A ce titre, il panse les blessures de l'âme et soulage les misères corporelles, immense est le champ d'action de la charité sacerdotale, mais cette vertu doit être dirigée par la prudence et la discrétion. Si elle est immuable dans son

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principe, la bienfaisance ne laisse pas de revêtir des formes variables suivant les temps, les lieux et les circonstances. Actuellement, et non sans raison, on attache plus d'importance aux institutions de prévoyance qu'aux œuvres d'assistance, on tend à remplacer la bienfaisance individuelle par la bienfaisance associée, les patronages deviennent des foyers de propagande au lieu d'être simplement des centres de préservation.

Le prêtre peut-il ignorer ces formes nouvelles de la charité, rester étranger à l'évolution moderne de la bienfaisance ?

Exerce-t-il le ministère dans les villes, il étudiera le fonctionnement de l'œuvre des habitations ouvrières, des secrétariats du peuple, des sociétés de secours mutuels, des caisses de retraite pour la vieillesse. Se rappelant que le Souverain Pontife recommande d'enrôler les ouvriers dans des associations destinées à remplacer les anciennes corporations, il pèsera les avantages respectifs des syndicats patronaux, ouvriers ou mixtes, et recherchera les moyens de paralyser l'influence antireligieuse des syndicats socialistes.

Vit-il au milieu des populations rurales, il éludiera la constitution des caisses rurales, examinera quels services peut rendre un syndicat paroissial, fédéré ou non avec les autres syndicats du canton, il se mettra au courant des assurances contre la mortalité du bétail, des sociétés coopératives qui peuvent arracher à la misère de braves cultivateurs en qui la pratique de la religion est trop souvent somnolente. Or, cette étude, est-il besoin de le dire appartient à l'économie sociale.

Si le soulagement des infortunes temporelles est une partie du ministère du prêtre, il ne faut pas oublier que son rôle principal, sa fonction primordiale, c'est d'être un sauveur d'âmes, c'est de communiquer et de conserver aux hommes la vie surnaturelle, et de les disposer au bonheur éternel du ciel.

A cette fin, tout dans l'action sacerdotale doit être subordonné, c'est d'elle que les moyens purement humains tirent leur efficacité et leur raison d'être. Mais pour sauver les âmes, il est absolument indispensable que le prêtre aille au peuple, qu'il prenne contact avec lui et se mêle à sa vie. Il

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faut bien avouer que dans les temps présents, chez la plupart des gens, chez les hommes surtout, le sentiment religieux n'est plus assez puissant pour les pousser à l'église. La maison de Dieu est abandonnée, le prêtre vit isolé au milieu de populations indifférentes. Il y a donc dans un très grand nombre de paroisses un apostolat de conquête à entreprendre. Le peuple ne venant plus à l'église, il faut aller le chercher partout où il se trouve, lui parler le langage qu'il comprend, l'attirer par les biens sensibles pour l'orienter vers les biens impérissables ou surnaturels. Or, n'est-il pas évident que les œuvres telles que les patronages, syndicats, caisses rurales, mutualités, bureaux de placement, etc.. offrent une occasion, fournissent un moyen de communication du prêtre avec le peuple ?

La grande masse simpliste incarne la religion dans le prêtre pour beaucoup, le prêtre et la religion, c'est tout un. Celui-ci doit donc rendre la religion aimable, prendre en main les intérêts de la population qui lui est confiée, prouver par un dévouement inlassable qu'il n'est pas, comme le disent ses ennemis, un « égoïste », cherchant à gagner de l'argent, mais bien un homme qui aime profondément le peuple, qui a au cœur la passion de lui être utile et de l'aider à améliorer son sort. Le clergé d'Allemagne, par la création de caisses Raiffeissen, l'association des paysans, l'organisation du compagnonnage, la fondation de syndicats, a fait reculer le socialisme dans les régions catholiques et sauvé la foi du peuple ; les vaillants prêtres de Belgique, par la création des Unions professionnelles et de toutes sortes d'institutions sociales, ont ramené la prospérité parmi des populations qui étaient sur le chemin de la ruine : dans la Haute Italie, le clergé, par des œuvres de toute nature, a pu arracher à la misère et au socialisme irréligieux les populations rurales. C'est que, et j'insiste sur ce point, entre les mains du prêtre, les institutions économiques doivent dépouiller leur caractère profane pour devenir des instruments de régénération chrétienne parce qu'ils sont orientés vers une fin surnaturelle.

« Prêtres, écrit M^ Bondi, évêque de Tortone, nous voudrions que chaque matin vous célébriez la sainte messe avec ferveur, que chaque jour vous fassiez la méditation, que vous accomplissiez vos devoirs de religion et de minis-

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tère, mais nous voulons, et le Pape aussi le veut, que de l'autel, de la méditation, du confessionnal, du temple, vous vous élanciez dans la place publique, dans les cercles, partout où il y a à travailler pour Dieu, pour l'Eglise, pour la famille, pour la société '. » Ce devoir du prêtre M*' l'Evêque de Belley le décrit éloquemment en ces termes : « Oui, certes, il faut aller au peuple en l'aimant sincèrement et en le lui faisant voir. Il faut aller au peuple par la parole et par les œuvres, en lui parlant avec affection et en lui rendant tous les services possibles, en prenant part à ses misères et à ses souffrances, en s'intéressant à son sort et à ses affaires ; il faut aller au peuple en lui faisant connaître et en l'aidant à fonder, là où il le permet, des œuvres par lesquelles il puisse légitimement améliorer sa situation et rendre sa condition moins dure, en créant en sa faveur des patronages, des cercles, des mutualités scolaires, des bureaux d'assistance et de placement, des syndicats, des sociétés de secours mutuels et des caisses rurales.

« Il faut aller au peuple en l'élevant jusqu'à nous et non en nous abaissant jusqu'à lui ; ou si c'est en nous abaissant jusqu'à lui, que ce ne soit que par la compassion, la bonté, l'affabilité, le dévouement. Voilà comment il faut aller au peuple, mais non en prenant ses passions et ses vulgarités '. »

Ces paroles d'évêque — et on pourrait en citer beaucoup d'autres — ne sont que l'écho de l'enseignement de Léon XIII. Dans l'Encyclique Rerum Novarum^ il insiste sur le rôle des œuvres d'intérêt matériel dans l'action sociale de l'Eglise. « Que l'on ne pense pas, ainsi s'exprime-t-il, que l'Eglise se laisse tellement absorber par le soin des âmes, qu'elle néglige ce qui se rapporte à la vie terrestre et matérielle. Pour ce qui est en particulier de la classe des travailleurs, elle a fait tous ses efforts pour les arracher à la misère et leur procurer un sort meilleur '. » Dans TEncyclique au clergé de France, il trace en détail le programme

I. Ijettre pastorale de Mgr tévique de Tortone à son clergé, 1902.

a. Mgr Lason, évèque de Belley, depuis cardinal-archevêque de Reims. Lettre au clergé de ton diocèse sur certains périls qui menacent UEgUte de France dan» le» temps présents, igoa.

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