‹ Cours d'économie socialeChapitre 99 sur 310 · V. Staatslexikon, v» « Arbeiterfrage », p · texte numérisé non relu

V. Staatslexikon, v» « Arbeiterfrage », p

de poussières et de l'odeur nauséabonde de l'huile et de la graisse ; la chaleur intense en été comme en hiver (par suite de l'éclairage au gaz) ; le bruit des machines ; la durée du travail souvent exagérée, tout cela rend insupportable le séjour à l'usine, favorise l'alcoolisme, l'immoralité et la débauche.

Le travail des machines exige, en général, plus d'attention et d'agilité que de force musculaire ou d'apprentissage. Aussi les femmes, les jeunes filles, les enfants peuvent, dans beaucoup de métiers, remplacer avantageusement les hommes, et, en tout cas, leur travail coûte moins cher : c'est ainsi que le travail des femmes et des enfants a pris une extension de plus en plus grande au détriment de la famille. La guerre a encore singulièrement aggravé cet état de choses. En dépit des palliatifs, des lois protégeant la maternité avant et après la naissance de l'enfant, de l'institution à l'usine des chambres (V allaitement^ l'ouvrière mariée ne peut que bien difficilement remplir son devoir d'épouse et de mère. Les enfants, émancipés par le contact de l'usine, rendus indépendants par le salaire qu'ils touchent, se soustraient à l'autorité de leurs parents et à la discipline austère du foyer de famille. Les jeunes filles, enfin, sont exposées, de la part des contremaîtres ou des ouvriers, à des périls de séduction faciles à comprendre. Que deviendra l'organisme social si l'élément fondamental, la famille ouvrière, est aussi gravement atteint ?

D. Surproduction et crises. — Autrefois, avant l'essor prodigieux des usines, le patron travaillait pour la clientèle de la ville ou d'un cercle restreint ; la plupart du temps, il produisaitsurcommande etréglaitsa production sur la demande. Le fabricant du xx* siècle travaille pour le marché national ou pour le marché du monde ; il n'a donc aucun point de contact avec le consommateur, dont il ne reçoit point les commandes directement, mais bien par l'intermédiaire du commerce. Dans l'impossibilité de prévoir les fluctuations d'un marché aussi étendu, l'industriel produit parfois plus qu'il ne peut vendre. C'est la surproduction. D'ailleurs l'excès de production devient une conséquence nécessaire de la division du travail et de la fabrication en grand : autant

tgo l'ordre social

de causes qui amènent la surproduction, alors même que le nombre des fabriques et des ouvriers resterait invariable, le débit n'éprouvant pas de changements notables.

Beaucoup d'entreprises fonctionnent avec des capitaux empruntés ; la plupart achètent et vendent à crédit. Dès que l'encombrement du marché se produit, l'offre surpasse la demande, les prix baissent, le bénéfice, la « rentabilité » (die Rentabilitàt) de l'affaire diminue et, par suite, le crédit, la confiance dans la solvabilité de l'entreprise. Aussi le capital «st réclamé le plus tôt possible, ou prêté plus difficilement.

D'autre part, l'industrie, si elle veut continuer à produire sans débouché, exige plus de capitaux qu'auparavant. La panique augmente le mal ; on vend à vil prix, et les entreprises, fondées sur un capital insuffîsant, étreintes dans i'étau du crédit, s'écroulent, tandis que celles qui possèdent de puissants capitaux traversent la crise économique ; elles prennent plus d'extension et de développement par la ruine de leurs concurrents-

Le contre-coup de ces crises pour les ouvriers, ce sont le chômage, le manque de travail, l'abaissement des salaires, la diminution des heures de travail, toutes causes de misères et de souffrances.

Assurément la crise atteint aussi les patrons et les capitalistes, mais c'est avec des effets très différents. Il est rare qu'une crise industrielle ou commerciale réduise en grand nombre les employeurs à l'indigence ; le plus souvent, elle ne produit d'autre résultat que de les forcer à restreindre leur genre de vie ou à faire appel au crédit. Pour l'ouvrier qui ne gagne que le nécessaire, la privation ou la diminution du salaire le plonge dans la misère. Ce n'est plus le convenable, c'est l'indispensable qui est en jeu ; ce n'est pas un petit nombre qui est dans la gêne, c'est une multitude qui est aux prises avec la faim.

Depuis la guerre, la surproduction avait semblé devenir de plus en plus un danger éloigné. L'intense fabrication du matériel de guerre pendant les hostilités et la rareté de la main-d'œuvre avaient à peu près fait disparaître le chômage. Les salaires ont augmenté dans des proportions inattendues et le travail manuel, plus réclamé, a même distancé le labeur intellectuel dans l'échelle des rémunérations. Pourtant,

devant le prix toujours croissant des articles usuels, les acheteurs se récusent. Les crises de surproduction commencent à se produire dans plusieurs branches de l'industrie. Si les salaires ont monté, le coût de la vie a suivi (et en partie comme l'effet suit sa cause), une gradation propor^ tionnée. Et puis démoralisé par son éducation matérialiste, influencé par l'exemple des nouveaux riches jouisseurs, Touvrier a cédé trop souvent à ses instincts, s'est créé nombre de besoins factices et ignore ordinairement l'épargne lors même que ses ressources présentes pourraient la lui permettre.

L'insécurité de l'ouvrier. — D'ailleurs très souvent encore, le salaire, insuffisant pour un ménage de plusieurs enfants, ne permet pas de prélever, sur le strict nécessaire, une part pour l'épargne.

La maladie, l'accident, la vieillesse sont encore des menaces qui pèsent sur la vie de l'ouvrier et deviennent souvent les introducteurs de la misère. On a tenté d'y pourvoir partiellement par toute une série de mesures dont nous dirons quelques mots plus loin. Mais ces garanties légales, du fait de leur insuffisance ou de leur complexité, n'ont pas obtenu l'efficacité désirable. L'assurance sociale ne fonctionne qu'avec des lacunes ou des intermittences qui laissent place à bien des risques, rendent le présent trop précaire et l'avenir trop exposé.

Les associations ouvrières n'ont point, par ailleurs, le patrimoine collectif qui permettrait aux plus sages de parer aux besoins de leurs membres. En Angleterre, les vieilles et puissantes Unions ont pu, dans certains cas, payer les assurances contre un chômage de durée limitée, elles se trouvent impuissantes devant les crises plus prolongées. Et les ouvriers non qualifiés, les unskilled^ embrigadés en grand nombre dans de nouvelles associations, dans le Neiv Trade Unionism^ n'ont pas des ressources suffisantes pour solder la prime d'assurances, que les anciennes Unions réclamaient comme subside aux institutions de prévoyance. A plus forte raison, les autres pays laissent-ils la population ouvrière aux prises avec beaucoup des incertitudes de l'avenir.

ig* l'ordre social

3° Eléments politiques de la question sociale. — « La question sociale, comme le remarque excellemment M. Charles Périn, comprend deux problèmes : le problème du gouvernement de la société et le problème du travail. Séparer l'un de l'autre, c'est s'exposer à fausser les solutions des deux côtés ^ » N'est-il pas évident que le travail s'exerce dans un milieu politique qui peut en favoriser ou en contrarier le développement et la prospérité, que la force immense dont dispose le pouvoir public peut être, pour la classe ouvrière, un instrument de salut ou d'oppression?

Le travailleur, sans doute, est juridiquement libre, et sur le pied d'égalité avec les autres citoyens ; mais a-t-il le pouvoir vrai et complet d'exercer ses droits individuels ou sociaux ? Peut-il former des associations de défense et de prévoyance, garderie repos du dimanche, remplir ses devoirs d'époux ou de père, se mettre à l'abri des accidents et des risques de l'industrie?

Il y a donc lieu de chercher si, et dans quelle mesure, doivent être restreints les droits de l'ouvrier et du patron, du capital et du travail ; si les faibles sont suffisamment protégés par la loi; si, enfin, la législation n'est pas, en beaucoup de points, en matière d'impôts par exemple, impôts indirects principalement, un fardeau plus lourd pour le travailleur que pour le capitaliste.

Voilà l'élément politique de la question sociale.

La question politique, en effet, comprend l'ensemble des rapports qui doivent régner entre le pouvoir et les sujets ; la question sociale renferme les rapports des sujets entre eux dans l'ordre du bien temporel. D'où il suit que ces deux questions, tout en étant distinctes dans leur notion, leur but et leur étendue, sont loin d'être étrangères l'une à l'autre et, en pratique, se trouvent étroitement liées entre elles.

Articlk 3. — Causes et remèdes.

Causes et remèdes. — A moins de tomber dans les erremonts de l'école historique, on ne peut restreindre l'étude

Page 1