‹ Cours d'éloquence parlée d'après Delsarte [microforme]Chapitre 12 sur 73 · A D CUS · texte numérisé non relu

A D CUS

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qu’il emploie sans effort et qu’on dit être sa voix naturelle, varie générclement d’un individu à l’autre, soit en hauteur, soit quant au registre. Dans un homme parfaitement organisé, cette voix moyenne s’accorde avec la voix normale absolue, ce qui lui permet de faire passer facilement sa voix par tous les états. Cet homme, s’il est prateur, aura un immense avantage, parce qu’il pourra donner à sa voix les tons qui conviennent aux divers sentiments.

Mais il est rare que ce parfait équilibre existe. Généralement la voix, chez un individu quelconque, incline soit vers la voix de poitrine, soit vers la voix de tête.

Il y en a, cemme dit l'expression populaire, qui ont le verbe haut, éclatant ; d’autres qui ont la voix couverte, ou nasillarde ; ce qui les constitue dans des états normaux relatifs qui s’écartent, soit d’un côté, soit de l’autre, de l’état normal absolu.

Caractères des voix normales relatives

Cé qu’il y a d’intéressant ici, c’est que

les caractères, au moins tels que donnés par la nature, se peignent et se trahissent par les voix normales relatives. Suivant, en effet, que cette voix incline d’un côté ou de l’autre de l’état absolu, elle indique une tendance plus ou moins marquée vers le caractère indiqué par le registre correspondant.

Si nous nous reportons au tableau (page 42) de la signification des sons, nous constaterons q'e les sons du registre excentrique, 1, correspondant aux énergies vitales ou actives, peuvent peindre l’état fort, confiant, sans défiance, pouvant aller, d’un côté, jusqu’à la compassion et à la bonhomie, et de l’autre, jusqu’à la brutalité et à la bestialité, caractères dont le bœuf et le lion constitueraient les deux extrêmes. De même les sons du registre concentrique, 2, voix de tête, comprimée, larmoyante, correspondant aux situations intellectuelles, passives, peuvent exprimer un état réfléchi, concentré, défiant, astucieux, craintif, souffrant, maladif, grincheux, rechigneux, sensible, pouvant aller d’un

côté jusqu’à la résignation la plus sublime et à l’héroïsme de la vertu cachée, et de l’autre jusqu’à l'hypocrisie la plus raffinée et à la plus froide cruauté.

Comme on le voit, s’il y a, dans chaque catégorie, des notes mauvaises, il y en a aussi heureusement assez de bonnes pour que personne ne puisse ni jalouser son voisin, ni trop lui jeter la pierre. De plus, quand il s’agit de l’homme, il ne faut jamais oublier que, s’il recoit en naissant un état physique qui détermine chez lui une tendance spéciale, cette tendance n’est jamais une force majeure contre laquelle il ne puissé pas réagir. L’homme reste tou- Jours en possession de sa liberté, qui lui permet de brider, réformer, contrecarrer, diriger et corriger la nature, de manière à pouvoir toujours faire servir à la vertu le caractère qui naturellement semble lui être le plus rebelle. Il ÿy aurait donc injustice à juger quelqu'un d’après les indices de sa nat'ire physique.

D'un autre côté, à cause même de l’influence de l’état physique sur le naturel

moral, on voit de suite l’importance qu’il y a pour chacun de bien s’étudier soi-même, et de travailler sans relâche à amortir les tendances naturelles défavorables ou dangereuses, et à les remplacer par une seconde nature, qui est la vertu. Or, comme la nature non contrecarrée prend tous les Jours une vigueur nouvelle, il su résulte l'obligation aussi bien que l'importance de commencer le plus tôt possible, ne seraitce que pour réduire les jugements, qui pourraient résulter des apparences physiologiques, à n’être que des jugements téméraires, et pour permettre de dire dans un sens excellent : « il ne faut pas se fier aux apparences. » Naturellement ce que nous venons de dire au point de vue moral, doit-il s'entendre aussi de la correction des défauts naturels, quand la chose est possible, afin de faire disparaître, ou au moins de diminuer les inconvénients qui en résultent au point de vue de l’expression pour l’orateur.

Maintenant, après toutes ces précautions oratoires, nous croyons pouvoir renvoyer

sans danger nos lecteurs à toutes les personnes de leur connaissance ou de leur entourage pour la vérification de ce que nous venons de dire sur les caractères en tant que se déduisant des conditions. normales relatives à la voix.

Ces réflexions morales, qu’on poutrait regarder comme un hors-d’œuvre, se rattachent cependant à notre sujet, qui est la formation de l’orateur. Dans tous les cas, comme la suite de ces études nous fournira souvent l’occasion de les renouveler, nous avons cru devoir leur donner une fois pour

toutes une certaine étendue, afin de n’y plus revenir. Au besoin, nous y renverrons nos lecteurs.

SECTION SECONDE Fusion des registres.

Il y a des morceaux de chant d’une étendue plus grande que la portée du registre normal des voix ordinaires. Quelquefois aussi on commence un morceau de chant

sans assez s'assurer s’il ne monte pas trop haut. On se trouve alors obligé de monter dans la voix de tête. Cela n’a aucun inconvénient quand on sait, comme on dit, fondre les registres de sa voix, c’est-à-dire, faire si bien les passages de la voix normale à la voix de poitrine ou à la voix de tête, qu’on ne s’aperçoive pas de la transition. Comme cette fusion des registres n’existe pas généralement, il y a souvent un changement notable et désagréable quand on passe de l’un à l’autre ; quelque chose d’analogue à ce qui aurait lieu si, commençant à jouer un air sur la flûte, on tombait dans le son du cor pour les notes basses, ou dans le son du hautbois pour les notes hautes. Sans doute, dans la voix humaine, la différence n’est pas aussi grande ; mais il suffit qu’il y en ait une pour qu’il y ait défaut.

Ainsi on rencontre quelquefois des voix qui, à l’état normal, sont belles, et qui,en montant dans la voix de tête, s’étranglent par un resserrement du gosier et prennent un ton nasillard d{sagréable ; d’autres,

surtout dans les voix de femmes, en descendant dans la voix de poitrine, prennent un ton cuivré qui contraste avec le ton moelleux de la voix normale, Il est donc important pour un chantre de s'exercer à bien fondre les registres de sa voix. Il est heureusement assez rare qu’il y ait à cela des obstacles naturels insurmontables.

Une bonne direction et le travail y font généralement arriver.

Voici une remarque qui se rapporte au même sujet. Les chœurs en plusieurs parties, composés pour voix égales, peuvent être chantés indifféremment ou par des voix de femmes ou d’enfants, ou par des voix d'hommes, Il n’en est pas de même pour des chœurs composés pour voix inégales. C’est gâter de semblables chœurs que de faire chanter, par exemple, la partie de basse par des femmes, ou de remplacer les sopranos par des ténors.

SECTION TROISIÈME Les inflexions de la voix parlée.

Nous avons remarqué que la parole naturelle n’est pas un récit monotone toujours sur le même ton, mais qü’elle est accompagnée d’un véritable chant. C’est précisément ce chant qui est le langage de la vie. Il consiste en ce que la voix, en prononçant les paroles, monte ou descend suivant une série de modulations qui ne sont pas arbitraires et qui ont un sens indépendant des caprices de la volonté.

C’est ce qui fait que le langage des inflexions de la voix n’est pas un langage arbitraire, et dont on puisse à volonté changer la signification ; c’est un langage que l’homme tient de la nature et qui est universel. Même, comme c’est le langage de la vie sensitive, il est jusqu’à un certain point compris des animaux, et, d’une certaine manière, parlé par eux.

Il est probable que le sens des modulations de la voix est fondé sur les lois phy-

siques du son. On ignorera peut-être tou- Jours la relation de cause entre les inflexions de la voix et leur signification, Mais on peut établir le fait de cette signification.

On a constaté en effet que celle-ci dépend plutôt de la forme consécutive des modulations de la voix que de la valeur des intervalles entre les sons consécutifs.

De fait les inflexions peuvent varier beau- ‘coup en étendue et signifier la même chose pourvu que la forme en soit la même. Or cette forme consiste à monter du grave vers l’aigu, ou à descendre de l’aigu vers le grave, ou à rester sur un même degré.

En examinant bien ces trois formes, ou constate que la voix monte dans l’exaltation, l’étonnement, la contestation, c’està-dire, dans l’état excentrique, 1: la voix descend dans l'affirmation, ls tendresse, l'abattement, c’est-à-dire, dan: ‘état concentrique, 2; enfin la voix ne .'infléchit pas, ou très peu, dans le calme, la possession de soi-même, l’indécision,—i’état normal, 3; l'interrogation se fait générale-

ment en montant quand on ignore la réponse à la question ; et en descendant quand on la connaît à peu près ou qu’on la prévoit.

Exemple : Un tel va-t-il mieux ? (prononcé successivement dans les deux hypothèses).

C’est sous l'impression des sentiments extrêmement variables qui nous animent que se produisent lesalternatives montantes ou descendantes du chant qui accompagnent le discours. Et c’est la quasi impossibilité de pouvoir saisir et apprécier par le raisonnement la suite de ces impressions fugitives, qui rend si difficile l’exécution faite de sang-froid d’un chant que nous faisons pourtant si bien lorsque nous parlons sous l'impression du moment.

SECTION QUATRIÈME Ee chant musical.

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