‹ Cours d'éloquence parlée d'après Delsarte [microforme]Chapitre 13 sur 73 · INTERVALLES ADMIS DANS LE CHANT · texte numérisé non relu

INTERVALLES ADMIS DANS LE CHANT

D'après ce qui précède, on éomprend que la musique où le chant musical ne consiste

pas dans une suite de notes quelconques placées au hasard, et que la vraie musique doit avoir un sens. Aussi personne ne s’y trompe. Il y a des chants tristes et des chants joyeux, des chants majestueux et des chants légers, des chants guerriers et des chants endormants, |

Le chant musical cependant n’est pas identique au chant de la parole parlée.

Chez l'enfant au berceau, les signes de la sensibilité sont des vagissements entrecoupés. Leur acuité, leur forme descendante peignent la faiblesse, la douleur physique sentie. Quand l'enfant commence à connaître les doux soins de sa mère, de brève et descendante,sa voix devient plus calme, se prolonge, prend une forme posée, musicale même. Quant au chant qui accompagne la parole de l’homme, il procède par degrés insensibles et à peine appréciables, Si l’on voulait noter ce chant, pour qu’il pût être lu etexécuté par quelqu’un qui ne l'aurait pas entendu d'avance, la chose sevait impossible : toutes les méthodes de notation seraient impuissantes.

$1. Zntervalles.

Aussi, chez tous les peuples civilisés, soit pour s’y reconnaître, soit pour pouvoir ntiliser les instruments à sons fixes, soit pour la notation et la reproduction identique d’une mélodie quelconque, on a dû convenir, et l’on est convenu d'adopter une suite de sons procédant par intervalles déterminés du grave à l’aigu ou de l’aigu au grave.

La valeur de ces intervalles est arbitraire jusqu’à un certain point, mais doit être telle qu’elle ne froisse pas les lois de la nature et ne cesse pas d’être agréable à l'oreille, En effet lorsque deux sons, non à l’unisson, résonnent en même temps, ils ne produisent pas toujours sur l'oreille une sensation agréable. De là la distinction entre les sons discordunts et les sons concordants ; parmi ces derniers eux-mêmes il y en a dont l'accord est plus agréable que celui d’autres. Or, on a constaté que plus le rapport entre les nombres de vibrations des sons simultanés est simple, plus l’accord est agréable. À mesure que ce rap-

port se complique davantage l'accord devient moins agréable, et, passé une certaine limite, il cesse d’être un accord pour devenir une discordance ou une dissonance plus ou moins pénible.

Le plus simple des rapports est celui de 1 à 2, c’est-à-dire, le double ou la moitié.

Aussi les sons correspondants forment un accbrd tellement parfait qu’on le confond très souvent avec l'unisson : quand un chœur composé d'hommes et de femmes chante ensemble, les femmes croient bien chanter à l’unisson des hommes, et ne s'aperçoivent pas qu’elles font avec eux l'accord qui correspond au double des vibrations, tant cet accord est naturel. On a donné le nom d’octave à l'intervalle correspondant à cet accord, parce que les anciens l’ont divisé en huit degrés. C’est cette division qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours dans les pays civilisés de l’Europe et de l’ Amérique, et qui sert de base à l’échelle musicale ; on l'appelle gamme naturelle. Les intervalles de cette gamme ne sont pas égaux ; deux d’entre eux sont

à peu près de moitié plus petits que les autres. La gamme comprend done cinq tons et deux demi-tons. Si les instruments à sons fixes s’en tenaient à la gamme ainsi divisée, ils ne pourraient pas accompagner tous les morceau: de chants. dont quelques-uns se touveraient trop hauts pour la voix, et d’autres trop bas. Pour obvier à cet inconvénient, les: modernes ont divisé les tons en deux, et par suite la ganme en douze intervalles égaux ou demi-tons.

C’est ce qu’on appelle la gamme chromatique. Cette division permet aux instruments à sons fixes d'accompagner, dans un ton normal, tous les morceaux de chant.

De plus, comme cet accompagnement n’est pas généralement la simple reproduction de la mélodie du chant, mais que souvent l'artiste fait produire à ses instruments plusieurs sons simultanés en harmonie avec les notes de la mélodie, il faut de toute nécessité s’en tenir à la division moderne de la gamme qui, seule, se prête à tous les accords voulus.

Quand quelqu'un chante seul, sans ac-

CoMpagnement, il peut strictement parlant ne pas s’en tenir à la gamme, et faire par exemple, les intervalles plus petits, se rapprochant des inflexions de la parole parlée.

C’est ce qui se fait quelquefois, surtout PAT Ceux qui s'écoutent chanter. Ainsi ils adoucissent les intervalles un peu grands en faisant fous les intermédiaires, C’est un vrai défaut ; c’est de l’'empoulage musical ou, si on l’aime mieux, de la minauderie. Il faut en dire autant de ceux qui attaquent une note élevée en faisant toute une gamme chromatique pour y arriver. — Quand on par!:. que l’on parle : c’est très bien. Mais quid on chante, qu’on se contente de chanter l’air tel que composé ; on ne saurait faire mieux: le plus ‘est de l’exagération.

$2. Valeur des intervalles dans la parole parlée.

Il est en général impossible de donner des règles sur le valeur précise des inter- Valles dans le langage ; vu que, comme nous l'avons déjà remarqué, la signification

des inflexions se tire plutôt de la forme ascendante ou descendante de la voix que de l’amplitude des intervalles. Cependant dans certaines phrases courtes, on peut, jusqu’à un certain point, déterminer des sens assez définis comme correspondant à quelques intervalles. On peut ainsi faire le petit tableau suivant, auquel toutefois il ne faut pas donner trop d'importance :

indifférence Tierce mineure... inquiétude affirmation indifférente satisfaction Septième... touchant parfait

En prenant seulement les trois notes do, sol, do, que nous désignerons pour plus de clarté par les chiffres 1, 5, 8, (1, do, inférieur ; 6, sol; 8, do, à l'octave), on peut vérifier sur la phrase C’est très bien, les différents sens qui peuvent résulter de l’ordre dans lequel on chante ces notes

l 1 5 8 Etonnement : c’est très bien !

8 1 5 Contre l’attezte : mais c’est très bien !

Û 6) 1 8 Exaltation : mais c’est très bien !

5 8 1 Encouragement : c’est très bien !

& -$ 1 Débpit (les lèvres pincées) : c’est très bien !

Il y a des exclamations, des interjections, des conjonctions, qui, avec certaines inflexions, sont une grande ressource dans le discours, parce qu’elles sont comme un résumé de situation, ou font prévoir en un instant le sens de ce qui doit venir. En voici quelques exemples : (1) Interrogation avec surprise :. Hein? (do

sol, x montant ).

Pour appeler : H6! (mi sol, ex descendant ).

Cri signifiant « prenez garde ! »: #6! (do

= do, en montant ).

Douleur résignée : 0} ! (do la, en descendant ).

Admiration : Oh! (mi ré do si la sol, ex descendant ).

(1) Il ne faut pas dire ces expressions comme on chante un morceau de chant : les notes mises ici ne sont que pour donner une idée de l’ar qu’on retrouve dans ces expressions dites saturellement.

Surprise : Tiens! (mi ré do si la sol mi, descendant puis remontant de sol à mi).

Défiance : « C’est possible, mais toutefois...» mais (fa sol fa mi ré do si la sol, montant de fa à sol. et descendant).

$3. Des cantiques

Puisque les airs doivent avoir un sens, et que les paroles en ont un bien déterminé, il faut, dans le choix des airs que l’on veut associer à des paroles données, s'arranger pour que les deux s'accordent dans l’ensemble. Tout le monde admet et comprend linconvenance qu’il y aurait à chanter un service de mort sur les airs du Jour de Pâques, comme à jouer une marche funèbre à un mariage. [l arrive cependant que des chantres se contentent de constater que le rythme d’un air s’applique à la coupe des vers qui composent un chant où un cantique, pour qu’ils l’adoptent sans s'occuper d’autre chose. Or ce n’est pas toujours que ces airs conviennent aux paroles. On peut facilement s’en convaincre en faisant attention à un certain nom-

bre d’airs légers, sautillants, et par conséquent inconvenants, sur lesquels on chante quelquefois le Tantum ergo. (1)

Il y a certainement mauvais goût, pour ne pas dire plus, à transporter à l’Eglise, sur des paroles sacrées, des airs dont tout le monde peut chanter en même temps les paroles profanes ou grivoises. On peut se demander aussi si la piété y gagne à remplacer les airs graves et si bien appropriés du plain-chant, pour les hymnes d’Eglise, par les airs légers de chansons profanes.

Avant de quitter ce sujet, qu’on nous permette une remarque qui s’y rapporte.

L'air sur lequel on chante des paroles a sans doute un sens; mais c’est un sens vague, très général. Ce sont les mots qui précisent le sens. Il importe par conséquent que les mots des cantiques surtout, soient parfaitement compris ; autrement les cantiques manqueraient leur but. Or

(1) En transportant ainsi sur des paroles latines un air cemposé pour des paroles françaises, on s'expose à chanter contre toutes les règles de l’accentuation latine.

Par exemple, un certain air bien connu de l’Ave maris stella.

on dirait qu’il est devenu de mode, surtout chez les demoiselles qui ont un peu de vogue comme chanteuses, de n’articuler que très peu les consonnes, de manière à rendre les paroles tout à fait inintelligibles. Il est arrivé plusieurs fois qu’à l'issue d’un office religieux, on s’est demandé si certain s0/0 avait été chanté en latin, en français ou en italien. Transformer ainsi la voix humaine en un simple tuyau d'orgue, ce n’est vraiment pas la peine, et ce n’est pas propre à édifier.

Les organistes pourraient avantageusement aussi diminuer leur jeu quand ils accompagnent un chant dont on aimerait à comprendre les paroles.

Un autre défaut c’est d'ajouter aux paroles des syllabes qui n’en font pas partie, par exemple : Heureux le cœur-re fidèle, où règne la fer-re-veur. (C’est un ampoulage de mauvais aloi, qui va Jusqu'au ridicule,

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