Des causes du défaut de naturel
On peut ramener à deux les causes qui empêchent le naturel : 1° la gêne ; 2% un défaut dans la préparation du discours.
La gêne peut être due, soit à la fatigue de la mémoire, qui n’est pas assez sûre d'elle-même ; soit à l’inexpérience du débutant ; soit à la crainte révérentielle qu'inspire l'auditoire. Quelle qu’en soit la cause, il faut travailler à la faire disparaître, car elle produit une préoccupation qui se trahit dans le débit ; souvent même
cette préoccupation est la seule chose qui paraisse naturelle dans le discours.
Pour faire disparaître la gêne produite par la fatigue de la mémoire, il faut si bien apprendre son discours par cœur, que rien ne soit capable d’en faire perdre le fil. Il ne suffit pas pour cela de le savoir juste assez pour le réciter comme un enfant récite sa leçon; mais le savoir de manière à en être pénétré indépendamment presque des mots, et à se rapprocher ainsi le plus possible des conditions de l’improvisation. On sait le mot de Massillon, à qui l’on demandait quel était de ses discours celui qu’il jugeait le meilleur, il répondit que c'était celui qu'il savait Le mieux.
Quant à la gêne provenant de l’inexpérience de l’orateur, le meilleur moyen de la faire disparaître, c’est de #accoutumer jeune à parler devant un certain publie, après exercice préalable, comme cela se fait dans les petites sociétés littéraires des collèges et séminaires. Lorsque, comme on dit, on a brisé la glace, on est plus sûr de ses moyens, ce qui enlève une grave
préoccupation, Du même Coup aussi, par ces exercices répétés, on fait cesser, ou du moins l’on diminue beaucoup, cette gêne révérentielle provenant d’un auditoire qui en impose. Si l’on n’a pas eu l'avantage de ces secours préliminaires dans les collèges, il faut tâcher d'y suppléer en s’exerçant devant quelque charitable ami.
Le défaut de naturel dans le langage peut aussi, avons-nous dit, provenir de la préparation du discours.
Quand on s'adresse à un auditoire, ce doit être pour un but : on doit avoir à lui dire quelque chose qui le regarde ; et ce quelque chose, on doit avoir à cœur de le lui dire. Or souvent l’une ou l’autre de ces deux intentions manque ; quelquefois même toutes les deux font défaut. On prépare froidement un discours quelconque pour un auditoire quelconque. Ou bien encore on se propose plutôt de faire un discours que d’apprendre à son auditoire quelque chose dont celui-ci a besoin et qu'on tient pour cela à lui dire. Comment,
avec une semblable préparation, peut-on s'impressionner des besoins de son auditoire ? Comment peut-on se remplir de son sujet, lorsqu'on doit s'adresser, dans les mêmes termes, ou à des enfants ou à des hommes faits, à un auditoire de gens peu instruits ou à des gens lettrés, à des personnes bien disposées ou à un auditoire indifférent ? Dans des conditions semblables, ce n’est pas chose facile que d’être naturel.
Voici quelques observations qui seront d’un puissant secours pour arriver au naturel par la préparntion de son discours. Pour pouvoir s’imprégner de ce que l’on va dire, il faut :
1° Avoir un but, et n’en avoir qu'un ; autrement l’attention de l’auditoire se disperse et il profitera peu.
2 Il faut s'inspirer de son auditoire et écrire pour lui, de sorte que, si l’on doit plus tard traiter le même sujet devant un auditoire différent, il faut revoir son travail, pour bien se mettre en rapport avec le second auditoire.