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3° Il faut parler à son auditoire ; celuiei doit sentir que c’est pour lui qu’on parle et que c’est à lui qu’on s'adresse, et non pas à un auditoire idéal.
4 Pour bien se remplir de son sujet, il faut être bien convaincu soi-même que l'auditoire a besoin de savoir ce qu’on veut lui dire ; par conséquent avoir bien à cœur de le lui dire, et ne pas chercher à lui dire autre chose.
5° Enfin il faut écrire suivant sa propre manière de parler, sauf les fautes contre la langue, qui ne font jamais partie essentielle du naturel. Il faut donc éviter les tournures étranges de phrases qui, n’étant pas dans la nature de l’orateur, ne sauraient être dites d’une manière naturelle.
Un discours ainsi préparé, étant bien uppris par cœur, pourra être dit d’une manière naturelle.
$3. Amplitude des inflexions dans le langage.
La même phrase, présentant toujours le même sens, se prononce-t-elle avec les mêmes inflexions dans tous les cas ? — La
réponse à cette question est affirmative quant au mode d'inflerions, mais négative quant à l'amplitude de celles-ci. — L'amplitude ou la profondeur des inflexions varie en effet :
1° Avec l’âge de celui qui parle ;
2° Avec la qualité relative des personnes à qui l’on parle ;
3° Avec la distance à laquelle il faut faire porter la voix.
I. Comme les inflexions de la voix constituent surtout le langage de la vie sensitive, c’est dans l'enfant qu’elles sont le plus accentuées. L'enfant fait ses inflexions très profondes : et c’est tellement naturel que, si l’on parle à un petit enfant, on cherche instinctivement à imiter ses inflexions, pour être mieux compris et plus sympathiquement écouté. Le vieillard lui fait ses inflexions peu profondes, parce qu’il est peu sensible. L'homme fait tient le milieu entre les deux. Ceci s’applique à la généralité des cas: mais il ya les exceptions qui dépendent de la plus ou moins grande sensibilité de chacun, soit
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d’une manière habituelle, soit dans des circonstances accidentelles,
Il. L’amplitude des inflexions varie aussi avec la qualité relative des personnes à qui l’on parle. Plus on est intime avec celles-ci, plus les inflexions peuvent être profondes. Elles le sont d'autant moins qu’on est plus gêné avec ses interlocuteurs, quelle que soit la cause de cette gêne.
Dans la couversation ordinaire, entre personnes intimes, ou dans la discussion très vive qui fait oublier la qualité de ceux à qui l’on parle, les inflexions sont généralement très profondes. Il en est de même dans un auditoire restreint où l’on parle familièrement. Mais lorsqu'on parle à quelqu'un qui en impose par son rang, ou sa dignité, ou la crainte révérentielle qu’il inspire, les inflexions sont bien moins prononcées. À plus forte raison si l’on s’adresse à un grand auditoire à qui l’orateur doit le respect. Parler alors avec l'amplitude des inflexions que l’on peut se permettre dans un auditoire familier, c’est tomber dans le trivial et trahir une mauvaise édu-
cation. C’est quelquefois ce qui arrive, dans les maisons d'éducation, lorsqu’on fat adresser un compliment par des jeunes gens ou des jeunes personnes à quelque grand personnage qui vient visiter l’institution : sous prétexte de les faire parler naturellement, on leur fait prendre les inflexions profondes de la conversation.
Quand on entend ces compliments on sent bien, sans généralement pouvoir dire pourquoi, que ce langage n’est pas naturel.
L'homme qui est sous l'influence de la crainte, ou sous la demi-influence de la boisson, et qui veut donner le change sur son état ou sur ce qu’il éprouve, exagère dans le sens opposé : il parle plus fort et fait ses inflexions plus profondes que d’habitude.
III. Enfin les inflexions varient de profondeur avec la grandeur de l'édifice où l'on parle, ou plutôt avec la difficulté plus ou moins grande que l’on éprouve à se faire: ndre. En effet, plus cette difficulté augmente, plus la voix doit faire d'efforts, ce qui rend d'autant plus diffi-
ciles les ini. ions profondes. Prenons, par exemple, un enfant qui interpelle son frère en lui disant: Maman l'appelle.
S'ils sont près l’un de l’autre, l’interpellation se fera avec une inflexion finale descedante assez prononcée ; si son frère, placé plus loin, lui fait répéter son interpellation, l’enfant parlera plus fort et la finale sera bien moins infléchie ; si enfin il est obligé de parler une troisième fois, il le‘fera de toute sa force en martelant ses syllabes et disant presque recto tono :
Ma-man-t’ap-pelle.
Vouloir faire des inflexions profondes dans un grand vaisseau rempli de monde, c’est tomber dans le trivial, risquer de ne pas se faire comprendre, et s’exposer à faire des éclats de voix aussi désagréables pour les auditeurs que fatigants pour l’orateur.
Le tableau suivant résume les notions précédentes.
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