RE ST M
disent plus ou moins que ce qu’il a dans l'esprit, sans compter souvent les arrièrepensées.—Or cette affectation atteint Jjusqu’à son langage mimique, et comme alors il n’est pas sous l'influence du sentiment, ilen résulte des gestes arbitraires qui deviennent souvent des tics ou des habitudes contraires au naturel.
Au reste, nous Pouvons dire du langage du geste ce que nous avons dit de celui des inflexions de la voix. S'il nous est à peu
: près impossible de trouver à priori par le
- raisonnement la forme des gestes qui expriment le mieux ce que nous voulons dire, nous n’en gardons Pas moins l'instinct de la signification des mouvements mimiques que nous voyons faire aux autres, Aussi nous est-il bien plus facile d'apprécier le désaccord des gestes d’un orateur avec le sens de ce qu’il dit, que de lui suggérer comment il devrait gesticuler.
Toutefois il Y a cette différence entre le
langage des sons et le langage mimique, que l'oreille ne tolère pas un son faux, tandis que l'œil se résigne à voir un geste mal appliqué, quand il a une forme élégante.
Cela vient de ce que le geste est le langage du cœur, ‘lont les sentiments, dépendant de la volonté, sont bien plus élastiques que les phénomènes vitaux qui s’imposent, et que les raisonnements de l’intelligence, qui n’admettent pas de faux-fuyants. Ainsi un geste élégant plait toujours à la multitude, même quand il est appliqué à faux.
Mais est-il impossible d’apprendre la gesticulation de manière à pouvoir raisonner ses gestes ? — Non, car autrement ce traité n'aurait plus sa raison d’être.
Seulement il ne faut pas, sans étude préalable, raisonner ses gestes à priori. Il faut commencer par observer la nature dans ses modèles les plus fidèles, les plus exempts de toute addition arbitraire; et cette étude doit consister à noter exactement la forme de chaque geste avec le sentiment qui lui correspond.
Le grand orateur Lacordaire faisait dépendre ses plus grands effets oratoires de l'improvisation, Parce que, chez lui, la pré- Occupation ne portait que sur ce qu’il voulait faire admettre par ses auditeurs, et par suite ne nuisait pas à l'instinct des langages naturels, mais au contraire l’exaltait. Cependant Lacordaire à voulu contrôler par l'observation la science qu’il empruntait si admirablement à l'instinct, afin de n’être Pas pris au dépourvu si l’instinct venait À lui faire défaut. Pour cela il loua un appartement donnant sur une des halles les plus animées de Paris. Or il n’y a personne qui n’ait entendu parler de la renommée des femmes des Halles de la grande ville : c’est bien loin d’être le type de la bonne éducation et du savoir-vivre :
mais en revanche c’est la nature, dans s0:1 type le plus grossier sans doute, mais réunissant l’absence de respect humain et de préoccupation étrangère de l'enfance, avec l'énergie et la vivacité de l’âge viril - luttant pour la vie. Le grand orateur alla donc, tous les jours de marché, pendant
PES ct se ds
RTE Fair dar ein CEE RENE
CET EE Fr E rs
en tan
LT pete
plusieurs mois, s'installer dans sa fenêtre, d’où il pouvait suivre toutes les discussions, toutes les altercations, voire même les bordées d’injures que les incidents de chaque jour ne manquaient jamais d'amener en les diversifiant. Il étudiait en 1 ème temps avec soin les gestes qui accompagnaient naturellement toutes ces manifestations ; et il put ainsi constater comment s’expriment la satisfaction, le mécontentement, la joie ou la colère, la jalousie, l’orgueil froissé ou victorieux, l’indignation vraie ou fausse, etc.
Comme de raison, il restait un travail à faire pour ennoblir des gestes dont la trivialité était trop souvent d'accord avec la grossièreté du langage. Toutefois c'est dans une altercation entre deux poissardes que Delsarte disait avoir observé le geste le plus naturel et le rlus noble d’indignation de la part de celle que l’autre accusait d’avoir tr'ché.