LE TIMBRE
Les sons de même hauteur dans l'échelle diatonique et de même coloris, peuvent encore différer par une troisième propriété, leur tinihre. Le timbre est cette qualité du
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son qui permet de distinguer les différentes espèces d'instruments, comme aussi les voix humaines les unes des autres. Le timbré est le résultat des harmoniques et des vibrations de toutes sortes qui accompagnent le son principal du corps sonore.
C'est le timbre qui donne aux instruments et aux voix leur physionomie spéciale, qui permet de les classer comme nous l'avons fait dans le tableau général des sons, (page 44).
Le timbre n'est pas inaltérable. On peut le modifier par la culture et se fabriquer une voix.
Une voix naturelle est presque toujours plus ou moins altérée par une foule d'influences délétères. Avec une culture intelligente et persévérante, on finit par se débarrasser de la plupart des défauts saillants ; et, pour peu qu'on soit naturellement doué, on peut arriver à une voix agréable et même sympathique, en même temps que puissante. Il n'y a personne qui n'ait été à même de constater la grande difi'érence qu'il peut y avoir entre une
voix bonne mais inculte, et la même voix cultivée. Que de fois n'entend-on pas dire : « Quelle belle voix ! — si elle était cultivée » !
§ unique. Défauts de la voix.
Les principaux défauts à éviter sont ceux des voix caverneuses, des voix nasillardes, des voix aigres. Ce n'est pas du premier coup que l'on réussit à s'en corriger ; il faut y mettre beaucoup de bonne volonté et de la constance, sans se laisser décourager par l'insuccès apparent des premiers efforts.
T-out en travaillant à se corriger de ses défauts, il faut bien se garder de dépasser le but, ce qui ferait arriver à une voix, non plus seulement cultivée, mais maniérée. Ce serait tomber dans un autre défaut, plus froissant peut-être que le défaut de culture. Dans une voix inculte, on admire sans réticence les qualités naturelles ; dans la voix maniérée, on ne peut s'empêcher d'être choqué de la prétention qui s'affiche par l'affectation.
Le maniéraye vient généralement de l'imitation ou exagérée, ou faite sans discernement. Il Y a en effet dans l'imitation un danger que nous croyons utile de signaler.
Une personne qui excelle à quelque point de vue, a presque toujours, à côté de ses excellentes qualités, quelques petits défauts, qui disparaissent presque, ou plutôt qu'on pardonne facilement à cause des bonnes qualités prédominantes. Or, comme un défaut frappe toujours davantage parce que c'est une faiblesse, il arrive très souvent qu'on prenne le défaut pour la qualité, et que, tout en croyant imiter celle-ci, c'est le défaut qu'on s'efforce de reproduire. En voici un exemple : Vers le milieu du siècle dernier, l'abbé Holmes jouissait d'une réputation considérable, bien méritée, comme orateur de la chaire : il enthousiasmait ses auditeurs. Bien qu'il sût parfaitement le français, il avait conservé un accent anglais assez prononcé, qui, en trahissant son origine étrangère, ajoutait un certain charme à sa parole française si
élégante d'ailleurs. Plusieurs je une s Canadiens de talent, voulant se modeler sur le célèbre orateur, s'empressèrent avant tout d'imiter son accent anglais sans remarquer que ce qui n'était pas un défaut chez un étranger comme M. Holmes, en était un énorme pour des Canadiens-français.
C'était dépasser le but dans un sens, sans l'atteindre dans l'autre.