INTENSITÉ
L'intensité ou la force de la voix doit être en rapport avec les difficultés plus ou moins grandes qui s'opposent à ce qu'on soit bien compris.
Dans la conversation, il suffit de parler pour être entendu nettement de ses inter-
locuteurs, et pas plus. S'il y a plusieurs groupes dans un même appartement, il ne faut pas que la voix de celui qui parle domine la conversation des autres. Rien n'est fatigant comme d'entendre quelqu'un qui, s' étant accoutumé à parler très fort, semble, partout où il se trouve, vouloir s'imposer à tout le monde, et forcer toutes les autres conversations à cesser, pour se faire entendre seul.
II arrive cependant quelquefois, même dans la conversation ordinaire, que la voix s'élève sans préméditation, par exemple, lorsque l'on s'échauffe dans la discussion, et chaque fois qu'il y a contradiction entre les interlocuteurs. On y est porté instinctivement par l'idée inconsciente qu'en haussant le ton, on va imposer ses raisons à son adversaire, — De là, la nécessité de s'observer pour ne pas s'oublier, ni dépasser les bornes d'une honnête discussion.
Il n'en est pas deniênie dans l'émotion. Plus on est vraiment ému, moins on parle fort. Un ami (^) en rencontre un autre et
(1) Exemple donné par Delsarte.
l'invite à déjeuner. Il ne soupçonne rien, et parle fort. L'autre lui apprend qu'il vient d'éprouver un grand malheur, par exemple, qu'il vient de perdre un enfant chéri. A cette triste nouvelle, la voix du premier devient éteinte et voilée. Dans l'émotion, disait Delsarte, on dirait que le cœur monte à la gorge et étouffe la voix. Par contre, la douleur exagérée, fausse, nerveuse, s'exprime par une grande intensité de voix.
Lorsque, au lieu de la simple conversation, il s'agit de parler dans un grand édifice, surtout s'il y a beaucoup de monde, il faut sans doute parler fort ; toutefois l'orateur doit éviter une trop grande fatigue. Il doit viser à l'ampleur de la voix plutôt qu'à la force. L'ampleur des sons dépend moins de la poitrine que de la bouche ; c'est le contraire pour la force. Or on fatigue plus par les efforts de poitrine que par ceux des muscles de la bouche. Sans doute un son fort se fait mieux entendre qu'un son faible. Et c'est, à ce point de vue, un avantage des poitrines fortes sur les poi-
trines faibles. Mais ce n'est pas une raison pour que celles-ci s'épuisent en essayant de parler fort, puisque ce n'est pas nécessaire pour être compris. C'est ici surtout qu'il est important de parler lentement et d'articuler nettement, sans craindre une certaine exagération de l'articulation. On pardonnera volontiers celle-ci, quand on comprendra, grâce à elle, malgré la faiblesse de la voix.
Un grand point, pour se faire écouter, c'est de bien faire entendre la première phrase. Pour cela, il faut profiter de ce que généralement tout le monde est disposé à faire silence pour écouter les premiers mots de l'orateur. Il ne faut donc pas se précipiter, mais attendre que le silence se soit fait. Puis on prononce lentement et en articulant bien les premiers mots, sans parler trop fort, assez cependant pour que les articulations des consonnes se rendent, ainsi que les sons, aux derniers rangs des auditeurs. Si l'on a réussi à se faire comprendre, on sera écouté jusqu'à la fin. Une précaution nécessaire à
prendre, c'est que la voix, dans toutes les inflexions que demande le discours, reste homogène du commencement à la fin.
Les poitrines faibles sont souvent portées à procéder par éclats de voix. On fait un effort plus grand que ce qu'on est capable de soutenir, ]3uis la voix tombe. Outre que ces alternatives sont désagréables, comme les sons faibles sont plus diflicilenient entendus par contraste avec les sons forts, l'auditoire fatigue et finit par se lasser : il n'écoute plus.
Le défaut d'homogénéité se fait sentir d'une autre manière, plus ou moins chez tout le monde : je veux parler des cadences finales des phrases, quand on ne s'en défie pas. Il y en a bien peu qui songent à donner du volume à leur voix pour les chutes finales. Il en résulte que l'on perd beaucoup de mots, et parfois le sens complet d'une phrase. C'est donc un point sur lequel il est important de s'exercer avec soin.
Ce qui se fait par calcul suivant les circonstances où un orateur peut se trouver
placé, s'observe instinctivement suivant la position sociale de celui qui parle, dans la conversation. L'homme du peuple, ou des classes inférieures de la société, n'est pas accoutumé à se contrôler pour ce qu'il a à dire. Agissant plus sous l'influence de la vie que sous celle de l'intelligence, il sent peu le besoin de cacher son sentiment, et il parle fort, même dans la conversation. L'homme instruit, au contraire, qu'on doit toujours supposer faire partie de la société cultivée, ne s'abandonne jamais complètement ; il s'observe et ne dit que ce qui suffit pour être entendu.
Dans l'intimité cependant, et lorsqu'il n'y a aucune raison spéciale de se défier, il arrive souvent que même l'homme de bonne société se laisser aller à parler fort.
Ces diverses circonstances sont résumées dans le tableau suivant de l'intensité de la voix.
•43 ^OJ
2 ^ * !^ 0 :2 çi, >
va o; -u
-tJ -^J -r-l
Soci délie instr
xJl ri 0
CÙ
•i; fl
ai
fl .s
c5 fl
fl
ituati social
OQ P-
AETICLE SECOND