RYTHME
Le rythme règle la succession des sons quant à leur vitesse. Il en est du discours comme du chant musical : le débit peut être lent ou rapide. Ce qui a été dit de la force du son par rapport à l'émotion, peut se .dire aussi de la vitesse du langage : cette vitesse semble être en raison inverse de l'émotion. La précipij:ation dans la parole indique par conséquent absence d'émotion du cœur. C'est ce qui se vérifie généralement dans la lecture, et c'est souvent aussi le cas dans le débit d'un discours appris par coeur, surtout chez les débutants. Ceux-ci en effet sont le plus souvent préoccupés de leur gêne ; la mémoire chez eux remplace le sentiment, et l'inquiétude remplace l'émotion; or l'inquiétude est dans l'intelligence et non dans le cœur. C'est ce qui rend facile de reconnaître quelqu'un qui récite et ([uelqu'un qui improvise. Au reste la précipitation n'a pas seulement l'inconvénient d'accuser
un homme qui parle sans l'influence du cœur ; elle nuit encore à l'effet du discours^ d'après ce que nous avons déjà dit sur la nécessité d'une certaine lenteur dans la parole pour qu'elle puisse être bien goûtée. Cette lenteur ne doit pas être uniforme. Le discours improvisé, en effet, est entrecoupé d'une foule de petits silences qui lui constituent une lenteur sui generls. Ces petits silences passent inaperçus des auditeurs ; mais il n'en est pas de même de leur omission. -Un professeur qui, par trop de facilité et trop de volubilité, parle presque sans interruption, est très fatiguant et surtout endormant, parce qu'il ne laisse rien à faire à ses auditeurs, qui sont purement passifs ou étrangers à son discours. Une certaine hésitation chez l'orateur, qui, par exemple, cherche l'expression pour rendre une idée qu'il a déjà fait entrevoir, intéresse l'auditoire. Chacun cherche le mot et voudrait le suggérer ; tout le monde travaille. Quand l'orateur trouve le mot propre, chacun s'applaudit intérieurement, comme s'il l'avait suggéré. Il ne faut pas
toutefois que cette hésitation soit affectée. En général, les mots, et à plus forte raison, les syllabes, qui vont naturellement ensemble, doivent se suivre comme les sons d'un orgue, c'est-à-dire, de manière que la fin d'un mot soit liée au commencement du suivant, à moins qu'on ne les sépare par un silence significatif:
Il y a pourtant à cette règle une exception qui vient d'une circonstance extrinsèque. Certains édifices très sonores prolongent les sons et les font empiéter les uns sur les autres lorsqu'ils se suivent de trop près; ce qui rend le discours confus. Il faut alors saccader les syllabes, les séparer les unes des autres, et laisser à la sonorité de l'édifice le soin de prolonger et de relier les sons. Cette nécessité est. une véritable difficulté, qui exige un exercice particulier préalable ; mais il faut bien s'y astreindre, sous peine de n'être pas compris.
Aussi lorsqu'on doit parler souvent dans un grand édifice, il est bon de l'étudier au point de vue de la sonorité. Souvent il
suffit de parler dans une direction déterminée pour se faire bien entendre partout, tandis que la moindre déviation peut empêcher une partie de l'auditoire de comprendre. Quand on ne parle qu'en passant et pour la première fois dans un édifice, il est toujours prudent de s'informer de la meilleure position à prendre.
ARTICLE TROISIEME