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LES TYPES

Un corps parfaitement équilibré, bien symétrique, ne présentant, lorsqu'il repose tranquillement sur les deux jambes, aucun écart partiel, en un mot, reproduisant le type de l'état normal absolu, est un cas excessivement rare, si tant est qu'il existe. De même que les caractères absolument neutres n'existent probablement pas, et que chacun apporte en naissant un caractère spécial, qui pourra bien être corrigé ou modifié par la culture et surtout par la vertu, de même aussi le corps, par le fait seul qu'il reflète toujours les indications spéciales de l'âme, présente presque toujours certains types qui lui sont naturels.

Il y a trois espèces de types : 1° le type constitutionnel, que nous apportons en naissant ; 2° le type passionnel, qui est transitif et se reproduit sous l'empire d'une

passion ; S*" le type habituel ou d'habitude.

L'habitude est, comme on sait, une seconde nature. L'habitude de reproduire un genre de mouvements finit par façonner l'être et par créer un type qui n'est pas de naissance. C'est ce type qu'on appelle habituel. La reproduction fréquente des mêmes attitudes peut finir par modifier jusqu'aux os, surtout dans la jeunesse. De là l'importance d'empêcher les enfants de prendre des attitudes vicieuses, qui, à leur âge, peuvent facilement devenir habituelles et impossibles à corriger plus tard. Ainsi, par exemple, il importe beaucoup d'empêcher les enfants dont la constitution est faible, de prendre, lorsqu'ils s'appliquent sur leur table de travail, une position qui puisse finir par donner à leur épine dorsale une courbure permanente, dommageable à leur santé.

Quelles qu'elles soient, les attitudes ou constitutionnelles ou habituelles sont celles que l'on prend lorsqu' aucune circonstance particulière ne tend à les modifier, en d'au-

très termes, lorsque l'on n'exerce sur soimême aucun effort musculaire spécial.

Elles constituent, pour chacun de nous, notre état normal relatif.

Ainsi l'homme d'action, le militaire, aura habituellement une attitude excentrique ; l'homme d'étude, l'homme de cabinet, au contraire, présentera plutôt une apparence concentrique. Evidemment ces états normaux sont relatifs. Ce qui, dans un militaire, serait concentrique peut être excentrique dans un homme de bureau ; de même un homme d'étude qui se redresse peut se trouver, par rapport à son attitude normale relative, à l'état excentrique, tandis que peut-être la même attitude atteindrait à peine l'état normal relatif d'un militaire.

Quand donc on veut apprécier dans quel état relatif se trouve un individu quelconque, il faut toujours commencer par constater dans quelle grande division il se trouve naturellement. Ce n'est qu'après cette connaissance préalable qu'on pourra juger l'état d'âme qu'indique son apparence extérieure.

Appliquons ces remarques aux différentes classes de la société.

L'ouvrier, habitué à un travail matériel pénible, voit son corps se plier aux exigences de ses efforts. Celui qui porte habituellement des fardeaux peut constater que les muscles de ses jambes se développent davantage. L'obligation de forcer les jointures à demeurer fixes malgré l'effort qui tend à les faire plier, finit par leur enlever leur souplesse. Il en est de même de celui qui fatigue habituellement ses bras, comme les bûcherons, les scieurs de bois : les muscles de leurs bras se développent, et l'effort constant fait pour maintenir ferme la hache ou la scie, ossifie presque les jointures des -mains et rendent celles-ci raides et lourdes.

Ceux donc qui ont l'habitude de travaux corporels pénibles n'ont pas de souplesse dans les petits organes ; ils ont un marcher lourd, les mains habituellement concentriques ; ils gesticulent avec le bras tout entier et avec le corps ; ils tournent tout d'une pièce.

L'homme de profession, au contraire, qui n'a pas fatigué ses membres, a les muscles moins développés, et est plus délicat ; il a les sens plus exquis, la tête plus intelligente et plus agile ainsi que les membres. Il ne gesticule pas avec le corps, dont l'équilibre est plus instable, parce qu'il se tient plutôt sur un pied que sur les deux. Il gesticule avec les bras, et souvent même seulement avec la main et les doigts. Tous ses membres sont plus souples ; il marche avec plus de délicatesse et d'une manière plus dégagée.

Les enfants de ces deux classes d'hommes se ressentent des habitudes paternelles par imitation instinctive. L'enfant du peuple, à part quelques exceptions, est plus lourd que l'enfant de la classe instruite ; ses formes et ses mouvements sont plus raides et moins sveltes, tant que l'éducation, et une éducation lente, n'est pas venue changer cette première disposition naturelle.

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